06/01/2010 à 13h53

Taxe carbone : Sarkozy désavoue Fillon pour la seconde fois

Julien Martin | Ex-Rue89

En repoussant la nouvelle version de la taxe carbone au 1er juillet, le Président contredit le Premier ministre et son gouvernement.


La taxe carbone n’est pas qu’un point de discorde entre le Conseil constitutionnel et le gouvernement. Elle l’est aussi entre les deux têtes de l’exécutif, Nicolas Sarkozy et François Fillon. En annonçant que la nouvelle mouture de fiscalité écologique ne s’appliquera que le 1er juillet, le Président vient de désavouer, sans le dire, son Premier ministre pour la seconde fois sur le sujet.

Les deux hommes s’étaient déjà contredit il y a quatre mois. Dans une interview accordée au Figaro Magazine du 5 septembre, François Fillon tranchait le débat d’alors sur le prix de la tonne de CO2 :

« La taxe entrera en vigueur en 2010, de façon progressive, en partant du prix de la tonne sur le marché, soit 14 euros. »

L’affirmation du Premier ministre avait été communiquée dès le 2 septembre et avait provoqué la colère des écologistes qui réclamaient le double. Résultat : le lendemain, au sortir d’une réunion Nicolas Sarkozy, la secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot déclarait dans la cour de l’Elysée, au micro de France Info :

« Le Président nous a confirmé que les arbitrages sur la contribution climat-énergie n’étaient pas rendus, ni sur le montant ni sur les modalités de compensation. » (Ecouter le son)

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2009_09_04_Duflot.mp3

Ce montant allait en effet être fixé à 17 euros dans le texte définitif, que le Conseil constitutionnel a censuré fin décembre. Une censure à laquelle vient donc de succéder un second camouflet adressé par le chef de l’Etat au chef du gouvernement.

« Même avant, pourquoi attendre juillet ? »

A peine quelques heures après la décision des Sages d’invalider la taxe carbone le 29 décembre, François Fillon s’était fendu d’un communiqué pour rappeler que « la mise en place d’une contribution carbone est une priorité du président de la République et du gouvernement » :

« Un nouveau dispositif tenant pleinement compte des observations du Conseil constitutionnel sera donc proposé dans le cadre de la loi de finances rectificative relative aux investissements d’avenir, qui sera présentée au Conseil des ministres du 20 janvier 2010. »

Les ministres en charge du dossier lui emboîtent aussitôt le pas. La secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno ne dit pas autre chose le 31 décembre dans les colonnes de France Soir :

« Nous allons présenter un nouveau dispositif le 20 janvier en Conseil des ministres pour que la loi passe au Parlement au mois de février dans le cadre du collectif budgétaire sur le grand emprunt. »

La veille déjà, le ministre du Budget Eric Woerth, interrogé sur RTL sur le point de savoir si la nouvelle taxe carbone allait s’appliquer en juillet, avait répondu : « Même avant, pourquoi attendre juillet ? » Avant de répéter :

« On va le faire très vite, on va le faire pour le 20 janvier. Le 20 janvier, je vais présenter le collectif budgétaire (...) qui contiendra le nouveau texte sur la taxe carbone. L’intention du gouvernement, c’est de la mettre en oeuvre très rapidement. (...)

Le texte va repasser à ce moment-là à l’Assemblée et au Sénat courant du mois de février. Donc il pourra s’appliquer dès cette période-là. » (Ecouter le son)

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2010_01_06_Woerth.mp3

« Le véhicule législatif n’a pas encore été défini »

Mais pour la deuxième fois en quelques mois, Nicolas Sarkozy a décidé de contredire son Premier ministre et tout le gouvernement. « Le président de la République a eu l’occasion d’évoquer la taxe carbone. (...) Je vous annonce que la nouvelle taxe carbone entrera en vigueur le 1er juillet prochain », a déclaré mardi le porte-parole du gouvernement Luc Chatel. Et de préciser :

« La prochaine taxe carbone ne sera pas intégrée au projet de loi de finances rectificatives présenté le 20 janvier prochain. Le 20 janvier prochain, Jean-Louis Borloo, comme le Premier ministre et le président de la République l’avait indiqué, présentera un dispositif dans le cadre d’une communication en Conseil des ministres.

Ensuite, nous aurons une période de quelques semaines de concertation avec les différents acteurs. Et c’est à la suite de cela que le texte sera présenté au Parlement. Le véhicule législatif n’a pas encore été défini. » (Ecouter le son)

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2010_01_06_Chatel.mp3

Même si Luc Chatel tente de le masquer, le désaccord est de nouveau patent. Pas de taxe carbone dans un projet de loi le 20 janvier, mais une simple « communication ». Et un examen au Parlement repoussé après les régionales de mars.

Nicolas Sarkozy le sait : adopter une taxe carbone, qui devra cette fois peser sur les entreprises pour ne pas être censurée, serait suicidaire pour l’UMP à l’aube des élections. Ou comment se débarrasser d’une patate chaude pour ne pas embarrasser son parti, quitte à désavouer un peu plus encore son Premier ministre.

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  • vauvenargues
    vauvenargues
    Le whisky est le cognac du con( (...)
    • Posté à 14h03 le 06/01/2010
    • Internaute 66571
      Le whisky est le cognac du con( (...)

    Ou quand la grandeur de la cause écologique recule devant des
    considérations électoralistes ! ! !
    J’imagine aisément la torture morale de notre président obligé de
    « pondre » une loi équitable, au risque quasi certain de vexer ses
    amis...

  • authueil
    authueil répond à Julien Martin
    authueil.org
    • Posté à 14h17 le 06/01/2010
    • Internaute 32575
      authueil.org

    Même si cela avait été sarkozy qui avait fait l’annonce, cela n’aurait rien changé. D’ailleurs, je doute que Fillon se soit lancé sans passer au préalabale un coup de fil à Sarkozy.

    Les délais étaient bien trop courts au regard de la complexité du texte. Tous les spécialistes se sont d’ailleurs demandé comment le gouvernement allait faire pour tenir ce délai du 9 janvier.

    A mission impossible, nul n’est tenu.

  • otzi
    otzi
    salarié
    • Posté à 14h25 le 06/01/2010
    • Internaute 100587
      salarié

    formidable cette capacité à gérer les problèmes. Donner la sensation d’être un chef, incarner le pouvoir, diriger, donner des ordres, être indépendant et différer les problèmes . La france c’est trouvé un vrai chef ou en tout cas une équipe qui sait ce qu’obéir aux ordres en se taisant veut dire.

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 15h35 le 06/01/2010
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout

    Il faut ajouter qu’aujourd’hui Chantal Jouanno a du rattraper une superbe gaffe de Sarkozy qui a précisé qu’en retoquant la taxe carbone le conseil constitutionnel faisait perdre près de 2 milliards sur le budget 2010 !
    Or la taxe carbone telle qu’elle nous a été vendue ne devait rien rapporter à l’Etat, n’est-ce pas ?
    Pour une fois que le président parlait vrai !

  • fab 31
    fab 31
    travailleur social
    • Posté à 15h38 le 06/01/2010
    • Internaute 69381
      travailleur social

    Bon...ça fait des dizaines de fois que je demande qui peut me renseigner sur ce « fillion »....j’en entend parler assez souvent dans differentes phrases....parfois même des phrases vulgaires genre « il a été mis au trou fillion par l’abbé son » (moi je comprend pas ces blagues)..... mais svp aidez moi...QUI C’EST ? ? ? ?

  • ces choses là sont rudes
    • Posté à 16h19 le 06/01/2010
    • Internaute 66903
      retraité

    Moi je ne dit plus rien de mal sur $arko jusqu’à fin janvier.
    Il ya une commission qui doit décider des aides pour les sites internet d’infos le 29 Janvier.
    Et puisque derrière cette commission, comme pour toutes les autres il y a le visage de notre très aimé président ....
    Et j’aime bien « Rue 89 » Je vais donc faire comme ce remarquable ministre Besson .25 jours de lâcheté , je devrais y survivre.