Peut-on dire qu'il y a trop de pesticides dans le raisin ?
Les producteurs de raisin de table traînent une association de lutte contre les pesticides devant la justice pour « dénigrement ».

Un procès pour dénigrement était intenté ce mercredi devant le Tribunal de grande instance de Paris par les producteurs de raisin de table contre une association de lutte contre les pesticides, à qui il est reproché de ne pas être « objective » dans une étude.
500 000 euros de dommage et intérêt, c'est la somme réclamée par le syndicat des producteurs de raisin de table à l'association MDRGF (Mouvement pour le droit et le respect des générations futures).
Au-delà de cette somme, ce que souhaitent les agriculteurs, c'est, comme l'explicitait leur avocat Me Patrick Gontard :
« que quand on tape sur internet “raisins+pesticides” on ne tombe plus sur ce site, mais sur la publication de la condamnation. On saura alors que l'on ne peut pas dire tout et n'importe quoi ».
Selon lui, « une association se comporte comme un média » du fait d'Internet, et se doit du coup d'être « objective ». (Voir la vidéo)
Car les producteurs de raisin ne remettent pas en cause l'étude elle-même (selon laquelle 99,2% des raisins analysés contiennent des résidus de pesticides), réalisée à la demande de plusieurs ONG européennes et dans cinq pays, ni les analyses du laboratoire allemand, mais le fait que le MDRGF, lorsqu'il en a communiqué les résultats, n'ait pas dit « contrairement à celui d'autres pays, le raisin français est aux normes, haro sur le raisin italien et grec ».
Cette phrase est à l'image de toute la plaidoirie de l'avocat des producteurs de raisin, qui semblait juste regretter que l'association MDRGF, au modeste budget de 100 000 euros par an, ait eu une telle audience sur ce sujet. Morceaux choisis :
« Quand on milite pour que toute l'agriculture soit bio, on cherche à détruire l'agriculture traditionnelle. »
« Quand je regarde la salle [une vingtaine de militants associatifs présents et une poignée de journalistes, ndlr], on voit bien qu'on est en présence d'une association qui a une énorme faculté de mobilisation. »
« Il faut arrêter de se barricader derrière le droit à l'information, on n'a pas le droit à la déformation, à la propagande. »
« Cette association jette l'anathème sur tout le monde, elle utilise le terme “contamination” pour dire pesticides=danger. »
Qui nuit aux producteurs de raisin ?
Si l'affaire a été mise en délibéré au 10 février, il est difficile d'imaginer que l'association soit condamnée. Les avocats de MDRGF ont bataillé pour expliquer que la notion de « dénigrement » impliquait de « jeter un discrédit sur un concurrent en diffusant des informations malveillantes. » Or, remarquait Me Alexandre Faro, défense de MDRGF, « l'association n'a pas tenté de capter la clientèle des producteurs de raisin ».
Mieux, la baisse des ventes de raisin serait-elle consécutive à la publication de l'étude, le 24 novembre 2008, comme s'en plaint la fédération ? Me Faro, schéma à la main, est ferme sur la question :
« Impossible. Le raisin produit en France se vend exclusivement entre août et octobre, et marginalement en novembre. Dire que cette étude a eu de tels effets est de la malhonnêteté. Pourquoi n'attaque-t-il pas plutot la grande distribution ? »
Pour l'autre avocate de l'association, la députée européenne (Modem) Corinne Lepage, c'est toute la base de ce procès qui est « fantaisiste » et n'a pour autre but que de museler les associations et la liberté d'expression. (Voir la vidéo)
L'avocate a martelé, jurisprudence à l'appui, qu'une association ne se devait « pas d'être objective mais loyale et honnête ». Elle lance donc :
« Si mettre en lumière des faits avérés, à savoir qu'il y a trop de résidus de pesticides dans les fruits et légumes, c'est du dénigrement, alors le Grenelle de l'environnement qui dit qu'il faut diviser par deux les pesticides, c'est aussi du dénigrement. Et la DGCCRF, il faudrait aussi l'assigner pour dénigrement quand elle fait chaque année son bilan sur les résidus de pesticides ? »
Photo : une grappe de raisin (Gezellig-girl.com/Flickr)
- 24196 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 19 40 70 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81084 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque









































5
De Liger
liger.amsud.net | 20H44 | 06/01/2010 |
Le Canard Enchaîné (3 juin 2009) en avait parlé dans sa rubrique "Conflit de Canard". L'article m'avait marqué.
Lorsque la vérité devient un délit, la justice est très virtuelle.
De regain
22H21 | 06/01/2010 |
IL en est des pesticides comme de la dioxine produite par les incinérateurs par exemple, tout dépend qui place le curseur de la norme et à quel niveau. Cela me rappelle un débat suite à la projection du film « nos enfants nous accuserons »où Jean François Narbonne professeur de toxicologie à l'Université Bordeaux 1 expliquait notamment qu'un des plus grands incinérateurs d'Europe de la ville de Bègles ne polluait pas car il était aux normes!!.
La norme une fois ce mot prononcé et vous êtes invités à passer votre chemin et ne plus poser voire se poser des questions sur notre santé, sur l’utilité d’un tel procédé, sur l’éventualité d’un suivi plus poussé, d’une recherche plus élaborée. Enfin des questions normales en quelque sorte. Donc pour en revenir à nos raisins nos chers viticulteurs ne veulent pas que l’on sache qu’ils passent proportionnellement plus de temps à arroser de pesticides les vignes du seigneur qu’en cueillir les fruits de leur travail. Mais qu’avez-vous à gagner en travaillant, en produisant en communiquant de la sorte, demain quand nos enfants vous accuserons quelle justice vous leurs rendrez. Celle de je ne savais pas, celle de j’étais obligé, celle de j’étais aux normes.
Fatalement vous transformerez ses raisins en ceux de la colère et votre dénigrement passera pour de la piquette.
Enfin outre le fait de vouloir réduire au silence cette association et ses nombreuse passionnées inconnues d’une vie autrement sans pollution de toutes sortes, vous contribuez à l’obscurantisme d’un autre siècle où la pensée unique maintenait le pouvoir et l’église à l’abri de toutes contestations. La vie n’a pas de prix encore moins celui du silence
De Bebop1er
Cadre environnement | 00H26 | 07/01/2010 |
Les analyses sont fiables et aucunement subjectives car réalisées par un laboratoire allemand indépendant. Le MDRGF a été reconnu d'utilité publique, et ce n'est surement pas en utilisant des rapports faux et subjectifs qu'ils en sont arrivés à cette reconnaissance ...
Tout d'abord, voici leur site, donnant les détails sur le procès (que chacun puisse se faire sa propre opinion) :
http://www.generations-futures.org/ensemble_generations_futures.html
(oui, je sais, vous allez me dire que ce sera forcément subjectif ... mais, la Fédération Nationale des Producteurs de Raisins de Table (FNPRT) se veut très, trop, discrète sur la toile ...)
Le fond de cette attaque est purement une affaire de gros sous ... En effet la FNPRT se plaint d'un risque de la diminution des ventes suite à la publication de cette analyse ... or cette analyse est parue en novembre 2008, statistiquement, c'est début novembre que les ventes de vin de table diminuent et l'été le plein boum, ce rapport n'est pas la cause de la baisse. Nous pouvons également indiquer que les ventes de vin de table de 2008 ont été supérieures à celles de 2007 ...
Attaque pour "dénigrement du raisin de table", je ne pense pas que le MDRGF soit contre le raisin de table en tant que tel ... Ce sont les résidus de pesticides présents dans ce raisin qu'il dénonce !
On suit le "bel exemple" des US, où il existe un loi protégeant les producteurs contre ce genre d'analyses aussi véridiques et légitimes soient-elles, afin de protéger encore et toujours la même chose : leur profit ...
De plus, si tout le monde n'est pas convaincu du danger que représente les pesticides, je vous invite à regarder le documentaire "Nous enfants nous accuseront" de Jean-Paul Jaud, qui est je trouve, une excellente introduction à la problématique des pesticides ...
Je n'ouvrirai pas la porte aux OGM qui sont selon moi une "fausse" solution (encore une !) permettant uniquement d'entretenir les lobbies pétro-chimiques en détruisant de surcroît la biodiversité et attentant à la santé des consommateurs ...
Il existe de nombreuses techniques ne nécessitant pas l'utilisation de pesticides ou d'engrais de synthèse. Par exemple Monsieur (oui Monsieur ! :-D) Pierre Rabhi assure des rendements égaux à ceux de l'agriculture industrielle par ses techniques agricoles biologiques ... De nombreuses études le démontrent également ...
Qu'est ce que je n'aime pas employer cette expression "agriculture biologique", il serait plus juste de définir l'agriculture actuelle comme "agriculture industrielle" et l'agriculture biologique comme la "vraie" agriculture sans adjectif ! (On peut bien entendu utiliser des adjectifs précisant les techniques employées :-D afin de préciser). Le fait de dire "agriculture biologique" montre bien que nous nous marchons sur la tête !
Parenthèse sémantique fermée, j'ajouterai que la FAO elle-même a indiqué, d'après une de ses études, que l'ensemble des surfaces arables sur la planète est tout à fait suffisant pour nourrir la population mondiale avec une agriculture "biologique". Il existe des solutions naturelles pour lutter contre les maladies ou les prédateurs des cultures (par les plantes, une oxygénation du sol par la présence de vers de terre par exemple) ... L'industrie chimique nous a "simplement" fait oublier ces savoirs pour assurer ses profits ... .
L'autre enjeux dans cette affaire est, ne l'oublions pas, la liberté d'expression et le droit à l'information des consommateurs !
Doit-on se taire sur les dangers des pesticides sous prétexte qu'ils vont perdre de l'argent (ce qui en plus n'est pas vrai pour notre affaire) ? La vie (santé) humaine a-t-elle un prix ?
Qu'ils assument un peu leurs erreurs ! Ils fabriquent des produits pouvant se révéler dangereux pour l'homme et on doit les laisser faire sans rien dire ?
Regardons en face les vrais problèmes ! Allons au-delà de notre mentalité ! La fin de l'homme est-elle de produire interminablement des richesses ? Arrêtons un peu avec l'homo economicus ...
Que le débat sur l'identité humaine s'ouvre !
De kkadim
service public rhone alpes | 09H16 | 07/01/2010 |
cela me rappelle une autre affaire, il y a peu d'années : de mémoire, un journaliste, je crois du moins, avait critiqué les qualités gustatives d'un certains vin ( vin incertain dailleurs ). la réplique fut la même : attaque devant les tribunaux pour dénigrement. malheureusement je n'ai pas suivi l'affaire et ne sait comment elle s'est terminée.
De nosil35
en mutation | 12H54 | 07/01/2010 |
La FNSEA a encore frappé ... Sans donner beaucoup d'arguments sur leur bonne volonté ou sur la qualité qu'ils revendiquent pour les produits Français.
A les entendre, les agriculteurs Italiens (un des plus gros producteurs d'aliments BIO en Europe loin devant nous) ou Grecs sont des empoisonneurs quand les français sont honnêtes ... Ben voyons ...
Que la vérité soit connue de tous les dérange et pour museler rien de tel qu'un procès. Monsanto s'en est fait le chantre, ainsi que beaucoup d'entreprises semencières ou groupe de pressions productivistes agricoles.
Les renvois en appel puis en cassation puis devant la cour européenne donneront au temps toute latitude pour détruire cette association.
J'ai cependant confiance dans notre justice ...