24/12/2009 à 17h13

Face aux adversaires de la viande, le steak déclare la guerre

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Les éleveurs, accusés d'être de gros émetteurs de gaz à effet de serre, ripostent en lançant une campagne pro-viande.


C'est un dommage collatéral du sommet de Copenhague : la guerre entre végétariens et professionnels de la viande est ouvertement déclarée. Au départ : un appel à la « grève de la viande » pour lutter contre le réchauffement climatique relayé par deux végétariens célèbres, l'ancien Beatle Paul McCartney et le président du Groupe d'experts international sur le changement climatique (Giec) Rajendra Pachauri.

A l'arrivée, une campagne de communication massive menée par les professionnels du bétail (Interbev), appuyés par le Centre d'information des viandes (CIV). Rien n'est assez gros pour défendre le bifteck menacé : pleines pages de pub dans la presse, édition spéciale du quotidien pour enfants L'actu, spot bien léché sur CIV.TV...

Le message est le suivant : si la France est aussi belle, il faut en remercier les prairies... et donc les vaches qui paissent dessus. (Voir la vidéo)

Fabrice Nicolino, journaliste et auteur de « Bidoche », un livre sur les ravages de l'industrialisation de la viande, se réjouit qu'après avoir refusé tout débat avec lui, le lobby de la viande soit finalement forcé de monter au créneau pour défendre ses chiffres... contestables. Regardons voir.

Mange-t-on trop de viande ?

La consommation de viande étant un « signe extérieur de richesse », plus on se développe et plus on devient carnivore. Sauf qu'en France - et c'est bien ce qui inquiète la filière- la consommation est en baisse depuis 1999 selon les chiffres avancés par le CIV : 117 grammes par jour et par personne en 2007, au lieu de 147 huit ans plus tôt.

Ce qu'oublie le lobby de la viande c'est que ce marché s'est mondialisé et que les prédictions de l'agence de l'ONU pour l'agriculture (la FAO) sont alarmantes : la consommation mondiale devrait doubler d'ici à 2050, passant de 229 à 465 millions de tonnes.

En Europe, les Français ne sont pas les plus gros consommateurs de viande selon les données exprimées en « kilo équivalent carcasse » venant des abattoirs : avec 89 kg par an et par habitant, les Français sont dans la moyenne européenne, le Danemark et l'Espagne faisant figure de champions de la bidoche (112 kg/an/personne) et la Finlande et la Suède goûtant peu ces produits là (72 kg/an/personne).

L'élevage est-il si polluant ?

Le rapport de la FAO qui faisait jusqu'ici autorité rendait l'agriculture responsable de 18% du total des émissions de gaz à effet de serre, loin devant les transports. Selon un nouveau calcul mis en avant par la filière, l'élevage herbivore représente 11% du total des émissions françaises. Réalisée par l'Institut de l'élevage, l'étude est assez poussée pour être crédible, mais ce chiffre reste « énorme, et éminemment discutable » pour Fabrice Nicolino :

« Car c'est tout un système industriel qu'il faudrait prendre en compte avec les intrants, engrais, produits vétérinaires, antibiotiques... et les sortants, transport à l'abattoir, exportations... On ne peut isoler un aspect. »

D'ailleurs, une nouvelle étude de Worldwatch, un institut de recherche américain reconnu pour son sérieux, chiffre lui à 51% les parts d'émissions de gaz à effet de serre imputables à l'élevage ... Caroline Guinot, chef de projet environnement au Centre d'information des viandes, relativise :

« Worldwatch a intégré la respiration des animaux, normalement jamais prise en compte dans les calculs, pris des équivalents CO2 pour le méthane différents des autres, et considéré le pouvoir réchauffant des gaz sur 12 ans au lieu de 100 ans ... c'est la bataille des chiffres ! »

Grâce aux prairies, l'élevage pollue-t-il moins ?

Surtout, la brillante idée du lobby de la viande est de présenter les prairies comme des « puits de carbone », le mot magique qui fait oublier tout le reste. Selon le CIV :

« Les prairies d'élevage compensent au moins 30% des émissions de l'élevage ruminant par ce stockage, ce qui correspond à la quasi-totalité du méthane émis par les ruminants. »

En résumé, les bovins émettent certes des gaz à effet de serre, notamment du méthane qui contribue gravement au réchauffement climatique, mais si on supprimait bovins et prairies, on supprimerait aussi un absorbant de CO2 !

Présentation légèrement biaisée de la réalité car, comme remarque Fabrice Nicolino, « les prairies absorbent bien moins de gaz carbonique que les forêts ».

Et puis dire que les vaches sont herbivores laisse à penser que les 20 millions de bovins français mangeraient exclusivement de l'herbe, or celle-ci ne compte que pour 60% de leur alimentation, le reste étant composé de maïs (20%), de céréales (12%) et de tourteaux (6%) selon les chiffres fournis par le CIV lui-même.

  • 28922 visites
  • 303 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • zozo26
    zozo26
    rien
    • Posté à 17h40 le 24/12/2009
    • Internaute
      rien

    D'ailleurs, une nouvelle étude de Worldwatch, un institut de recherche américain reconnu pour son sérieux, chiffre lui à 51% les parts d'émissions de gaz à effet de serre...

    Rien à dire il faut devenir Végétarien ou Vegan c'est bon pour les milliards d'animaux torturés exploités et exécutés dans les abattoires.

    Pour la terre qui est polluée par ces exploitations.

    se dire écologiste et ne pas être Végétarien révèle d'une schizophrénie morale.

    Go Vegan Pour les animaux, la terre et contre la faim dans le monde.

  • tlaloc
    tlaloc
    Retraité
    • Posté à 18h00 le 24/12/2009
    • Internaute
      Retraité

    C'est l'élevage intensif qu'il faut supprimer, pas l'élevage dans les prairies .Pas de nourritures au soja ogm , aux antibiotiques aux pesticides. Vive le boeuf limousin, charollais, salers, blonde d'acquitaine et j'en oublie.

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 18h12 le 24/12/2009
    • Journaliste
      journaliste, auteur

    Effectivement, je crois que sans tomber dans l'intégrisme vegan on peut manger moins et mieux, en refusant tout produit issu d'élevages industriels pour privilégier les animaux élevés notamment en montagne, là où on ne ferait de toutes façons pas pousser des céréales ! à noter que les moutons,par exemple, paissent sur des terrains nettement plus arides ou pauvres que les vaches...

  • sobriquet
    sobriquet
    Courageux anonyme
    • Posté à 20h17 le 24/12/2009
    • Internaute
      Courageux anonyme

    Le CIV marque un point en défendant l'importance environnementale des prairies. Cela, même si les visuels ne correspondent pas vraiment aux prairies de pâtures que l'on s'attendrait à voir. Et puis, avec la quantité de renoncules qu'il y a dans ces prairies, leurs élevages ne vont pas faire long feu...

    Cela dit une grande part de la viande produite en France provient d'animaux qui n'ont quasiment jamais vu la couleur d'un pâturage. Songeant en particulier aux veaux, élevés dans l'obscurité pour produire une viande plus savoureuse.

    Ainsi donc, le jour où la consommation de viande aura tellement baissé que seules ces pâtures produiront de la viande, cette campagne aura toute sa pertinence.

    En attendant, 1 kg de bœuf hors pâture nécessite toujours, pour être produit, 16 000 L d'eau et 7 kg de céréales, dont environ 40% de tourteaux provenant d'Amérique du Sud, dont une part considérable d'OGM. Il faut environ 4 hectare de cultures intensives pour produire la viande qui nourrira un Français moyen pendant une année.

    Et pendant ce temps, y'en à qui crèvent de faim, même à Noël.

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 23h40 le 24/12/2009
    • Internaute
      oiseau

    Tiens ?

    « La france est belle grace à... » avait été un argument, jadis, des paysans pour souligner qu'ils faisaient un travail gratuitement : celui de l'entretien des chemins, des espaces verts et plus généralement de la campagne. Ils espéraient une petite subvention pour ça. Raté !

    L'argument ressort cette fois par les producteurs/distributeurs de bidoches. L'argument reste cependant toujours sujet à caution. Si la France est belle, tout dépend où on la regarde. Des près remplie de détritus, il y en a je n'appellerais pas ça « beau ». La beauté est donc un élément subjectif puisque tout dépend de ce que l'on regarde et de nos motivations à regarder.

    Ce qui est intriguant, c'est que si les producteurs/distributeurs de bidoches s'abaissent à ce genre d'arguments faciles et plutôt faiblards, on peut s'interroger sur l'existence d'arguments plus fort. A leur place, j'aurais parlé du plaisir de manger de la viande, des vertus nutritionnelles de la viande ou de la « nécessité » de manger de la viande pour un régime équilibré. Cela me parait être des arguments plus forts et donc plus porteurs.

    « Oui, mais » la défense d'une chose ne passe pas nécessairement par l'argumentation rigoureuse. Ce peut aussi jouer sur les images. Et quelle image est plus porteuse en ces temps de conscience des problèmes écologiques que les vertes prairies, prairies si bonnes que des bovins placides et heureux y paissent ? .

    Ainsi, on peut se moquer de cet argument faiblard sur la beauté des pâturages pour défendre la viande. Cependant, ce n'est pas nécessairement un argument. C'est peut-être une sorte d'amorce visuelle bien verte pour se faire passer comme les défenseurs de de l'environnement campagnard. Comme c'est là, l'image que bien des français se font des écologistes, c'est donc un contre-feu qui cherche à brouiller l'identification des « bons écolos » afin de ruiner leurs arguments.

  • Cris Ratounette
    • Posté à 00h27 le 25/12/2009
    • Internaute

    Merci thomas0031 pour ce beau commentaire.

    J'en rajoute encore une petite couche sur l'absurdité de l'argument puit de carbone des prairie. C'est complètement ridicule face à la déforestation, notamment en Amazonie pour le paturage et le fourrage (dont une bonne part OGM), donc pour la viande.
    De plus le carbone, ni même plus largement les GES, n'est pas le seul problème environnemental de la viande.
    Je ne vais pas faire le tour. Le principal c'est le gaspillage et la pollution de l'eau. Et là l'élevage arrive très clairement en tête.

    Sur la question éthique maintenant, certains aiment comparer leur droit de manger de la viande à celui de ne pas en manger. Et viennent même réclamer le droit de pas être « emmerdés par ces intégristes vg sectaires ».
    Seulement c'est comme s'ils se plaignaient de ceux qui demandent l'abolition de l'esclavage humain ou autres atrocités. Et d'ailleurs à l'époque les abolitionnistes étaient raillés. Mais maintenant, on trouve abérant de défendre l'esclavage humain pour conserver ses privilèges égoïstes.
    Opposer le droit d'être végétarien à celui de manger de la viande, c'est comme opposer le droit de l'assassin à celui du non-assassin… en oubliant complètement de prendre en considération l'intérêt de la victime. C'est comme opposer le droit de manger des enfants humains à celui de refuser d'en manger.

    Si seul compte la liberté de manger ce qu'on veut alors pourquoi ne pas faire naître des enfants humains pour les enfermer dans des camps où on les fera grossir dans la détresse physique et psychologique et enfin les exécuter ; tout ça pour pouvoir manger leur chair ou la vendre aux consommateurs ? La seule différence entre ce que je décris et la réalité dans les élevages (y a aussi la question de la chasse et de la pêche) c'est le fait que les êtres exploités soient humains ou pas.

    La mesure à prendre est entre l'intérêt de manger la chair d'un être et celui de cet être à ne pas être maltraité et tué pour que d'autres le mange.

    Le droit de chacun doit avoir comme seule limite celui d'autrui. C'est uniquement pour protéger un intérêt supérieur qu'une liberté doit être entravée.

    Et justement, il s'agit bien ici d'intérêts incompatibles entre eux, dont il faut donc déterminer celui qui doit primer sur l'autre : Le droit de consommer de la viande (plaisir que je rappelle inutile) ou le droit d'êtres sensibles de ne pas être tués et maltraités. L'intérêt futile (gustatif, vénal) de manger de la viande justifie t-il de maltraiter et tuer des animaux sensibles, donc d'aller contre leur intérêt majeur, notamment vital ?

    Cris

  • Dissonance
    Dissonance
    met le doigt où ça fait mal.
    • Posté à 09h47 le 25/12/2009
    • Internaute
      met le doigt où ça fait mal.

    Le débat sur ce billet est grandiose, vraiment.

    Messieurs dames les végans, je vous trouve encore trop timorés :

    Vous n'imaginez pas les souffrances que vous pouvez faire subir aux plantes qui vous nourrissent. Ce sont des êtres-vivants au même titre que vous, vous devriez leur porter la même considération qu'aux animaux.

    En conséquence de quoi, je vous suggère vivement de songer à devenir au plus vite des bouffeurs de cailloux, afin de pouvoir libérer le monde végétal de votre joug infernal. Une alternative qui pourrait également vous contenter, si elle ne se heurtait pas violemment à votre conception écolobscurantiste : L'alimentation en gélules ou par intraveineuse...

    Allons encore un peu plus loin : Les minéraux aussi font parti du Grand Tout Universel. Et je ne vois pas bien au nom de quoi on s'arrogerait le droit de confisquer ainsi la matière pour son bénéfice personnel. Là encore, je vous propose une solution simple : Le jeun perpétuel.

    Évidemment, les esprits chagrins vont s'insurger contre l'inconséquence de mon propos, me faisant remarquer à juste titre que la vie ne peut perdurer sans apport nutritionnel.

    Je répondrai à ceux-là que ce sont nos amis végans qui désignent eux-mêmes la voie vers laquelle tend leur mode de vie, et que je ne fais que pousser leur raisonnement à sa limite. Leur condition d'être vivant les emmerde déjà, manifestement. Qu'ils en tirent les conséquences, toutes les conséquences...

    Bon appétit et joyeux noël.

    P.S. Outre le caractère hautement trollifère de ce post, une information pertinente ici : Lien
    notamment sur la question des acides aminés limitant. Le régime « tout végétal » est a priori possible, mais confine à mon sens à transformer sa cuisine en laboratoire de biochimie, pour peu qu'on souhaite éviter toute carence. Et pour quel plaisir, au final ?

  • bouil
    bouil
    agro
    • Posté à 14h07 le 25/12/2009
    • Internaute
      agro

    je crois qu'il y a un décalage dans cet article, les problèmes liés à l'élevage dans les pays du Nord ne sont pas ceux avancés !
    OK les vaches rejettent du méthane, mais la cause principale se situe au niveau du système d'élevage en lui-même, et particulièrement sur l'alimentation. Et oui, il ne faut pas croire que nos vaches à viande sont toutes élevées en prairies (qui constituent des services environnementaux, soit), mais ce sont pour la majorité des vaches laitières de réforme que nous retrouvons dans nos assiettes, qui n'ont jamais vu une pature de leur vie, et qui sont nourries avec des concentrés provenant pour la majorité du Brésil, en ce qui concerne le soja. Ces producions de soja se font au détriment de l'agriculture familiale, sont fortement mécanisées, apauvrissent les sols, contribuent à la déforestation de l'Amazonie, et expulsent les paysans qui avancent de + en + vers la forêt, avant d'être expulsés à nouveau.
    Alors pourquoi ne produisons-nous pas nous-meme les aliments pour notre bétail ? ah oui c'est vrai profitons des avantages comparatifs nous disent les institutions internationales ! oui profitons de l'avantage comparatif du Brésil, qui exploite sa main d'oeuvre et détruit ses ecosystèmes fragiles, pour nourrir nos vaches alors que la pauvreté du Brésil est grandissante et que le nombre de paysans sans terre augmente !
    résultat : on obtient des élevages bovins dans les pays du Nord qui contribuent au réchauffement climatique ! bravo le libéralisme !

  • Herminien
    • Posté à 15h21 le 26/12/2009

    Je suis loin des 117 grammes de viande par jour, j'en consomme 400 à 500 dans une semaine au maximum.
    Du coup, puisque c'est rare je ne choisis que du très bon, produit en France, en général dans la région de mes parents.
    Je fais donc ce que je peux pour ne consommer qu'une viande moins nuisible à l'environnement que les élevages intensifs, d'ici ou d'ailleurs.
    J'apprends aussi à mes gamins à consommer toutes les parties, l'idée étant qu'abattre un animal pour n'en consommer que le quasi ou les parties les plus nobles est un comportement d'enfant gâté du monde occidental. Mes gosses aiment donc autant la cervelle, la fraise, les tripes, la langue, les oreilles qu'un steak ou un rôti. Chez moi on n'abat pas un animal pour n'en consommer que le filet.
    A vouloir boycotter toutes les viandes sans aucun discernement on ne va obtenir qu'une chose : les petits élevages locaux soucieux de produire bon et sain vont disparaître et seuls les gros élevages qui ont les reins solides et vendent moins cher vont survivre. On risque de sacrifier une production française souvent traçable et moins dopée à diverses saloperies, c'est le contraire de l'effet recherché.