21/12/2009 à 15h56

Fillon réchauffe les relations avec la Chine refroidies par Jouanno

Julien Martin | Ex-Rue89


Chantal Jouanno et François Fillo à Seignosse en septembre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

Attention, exercice de grand écart en perspective, souplesse exigée. Juste après Copenhague, la France critiquait la Chine pour son refus d’être contraints de limiter à deux degrés le réchauffement de la Terre. Aujourd’hui, les Chinois sont choyés par le Premier ministre français en voyage en Chine, pour ne pas voir se refroidir le climat économique entre les deux pays.

Un exercice d’autant plus ardu après les déclarations de Chantal Jouanno ce week-end. Furieuse de l’accord a minima et non contraignant issu du sommet de Copenhague, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie a fustigé « l’attitude totalement fermée de la Chine » dans une interview au JDD. Avant de réitérer au micro de RTL :

« Ce qu’a révélé Copenhague, c’est effectivement la position puissante et fermée de la Chine. » (Ecouter le son)

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« Chantal Jouanno devrait s’inspirer de cet échec »

Alors, à peine posé le pied sur le sol chinois, le Premier ministre français s’est empressé de prononcer un discours caressant ses hôtes dans le sens du poil, promettant qu’il parlerait dudit accord avec son homologue Wen Jiabao. Un texte qu’il semble apprécier plus que sa secrétaire d’Etat à l’Ecologie :

« Bien sur, la France aurait souhaité que l’accord de Copenhague aille plus loin, mais il y a un accord. Copenhague a donc été une étape essentielle sur laquelle il nous fait désormais bâtir. »

Si François Fillon n’a chargé directement Chantal Jouanno, les parlementaires de la majorité qui l’accompagnent s’en sont occupés pour lui, sans qu’il ne les dédisent. Au premier rang desquels Maurice Leroy, député du Nouveau Centre, qui n’a pas hésité sur Europe 1 à aller jusqu’à remettre en cause l’action de l’Europe pour mieux dédouaner la Chine :

« Moi, j’aime bien commencer à balayer devant ma propre porte. Chantal Jouanno devrait s’inspirer de cet échec, si échec il y a, qui est avant tout celui de l’Europe. » (Ecouter le son)

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La Chine peut clamer son « droit au développement »

Il faut dire que Matignon a annoncé viser la signature d’une « dizaine d’accords », dont un de plusieurs milliards d’euros pour le fabricant français d’aéronautique français, Safran. Et François Fillon n’est pas arrivé seul pour convaincre : en plus des parlementaires et de quatre ministres (Christine Lagarde, Eric Woerth, Dominique Bussereau et Frédéric Mitterrand), une vingtaine de chefs d’entreprises l’accompagne.

La Chine peut donc sereinement continuer à clamer d’abord son « droit au développement » et même, par la voix de son Premier ministre, à déclarer que « ses actions ouvertes, transparentes et efficaces ont joué un rôle constructif dans les résultats de la conférence » de Copenhague. Tant qu’il y a des contrats à signer, elle n’est pas menacée. C’est ainsi qu’elle avait déjà pu critiquer sans risque la rencontre entre le dalaï lama et Nicolas Sarkozy en 2008.

En ce sens, Eric Le Boucher, éditorialiste économique à Slate.fr, a raison d’affirmer cyniquement que « l’accord de Copenhague n’est pas un échec, contrairement aux trémolos entendus partout » :

« Ceux qui annonçaient l’impasse du processus de Copenhague ont eu raison. Ceux qui disaient que l’Europe à vouloir imposer des “restrictions” faisait fausse route, ont eu raison. Ceux qui plaidaient dans le désert pour d’autres méthodes ont eu raison. Ceux qui disaient que l’écologie ne peut pas se faire “contre” l’économie ont eu raison. »

Photo : Chantal Jouanno et François Fillo à Seignosse en septembre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • Pr Ourcq
    • Posté à 16h35 le 21/12/2009
    • Internaute 90201

    Le processus de Copenhague a échoué et montre en cela la toute puissance de l’économie sur l’écologie. Ce sont les marchés qui nous intéressent qui influence nos politiques écologiques.
    En ces temps, où les expressions comme « moraliser l’économie », « réguler l’économie », sont tant à la mode, on voit bien, une fois de plus que ce sont de belles paroles, de jolies discours, bien loin d’actes.
    Nous faisons encore le choix de conquérir les marchés des pays émergeant au détriment de la survie de notre espèce.
    De surcroit, si on ne manifeste aucune forme de fermeté dans ce domaine qui fait aussi partie de la diplomatie, nous donnons l’image de pays faibles donc incapable d’intervenir sur le plan diplomatique.

  • christobal0094
    christobal0094
    citoyen du monde
    • Posté à 17h08 le 21/12/2009
    • Internaute 77671
      citoyen du monde

    la Chine pollue beaucoup et produit pour tous.
    le Canada pollue enormement et produit pour les US
    les US produisent environ 50 % de leur electricite avec du charbon, comme en gros,le Danemark, la Suede, l’Allemagne, la Pologne, l’Angleterre, etc...

    Fillon est dans sa logique et l’illusion que l’UMP puisse etre sensible au sort de la planete est ramenee a la real-politik traditionnelle.

    le modele economique respectueux de l’environement est a batir, a imaginer et passe par les pays pauvres et/ou les regions pauvres des pays emergents : Chine, Inde, Bresil.

  • Mercure
    Mercure
    Éditeur à Montréal [QC]
    • Posté à 19h04 le 21/12/2009
    • Internaute 29208
      Éditeur à Montréal [QC]

    Difficile d’avoir une opinion sur Copenhague, sans informations pouvant servir de base au raisonnement, et par conséquent à la négociation.

    Ce qui manquait, c’était d’abord le recensement des actions de réduction des émissions par les participants, disons depuis 1990, par les gros pollueurs en volume, É-U, Chine, U-E. On se serait sans doute aperçu que, partie de loin, la Chine met depuis cinq ans les bouchées doubles, car elle-même y a intérêt dans tous les domaines de l’écologie. Ceci est notamment vrai dans le très important domaine des mines de charbon. Avec l’aide de nombreuses entreprises occidentales, notamment européennes et françaises, les mines les plus « sales » sont progressivement fermées, en même temps que les « plus propres » sont considérablement améliorées par un traitement des fumée très sophistiqué. Vrai également en hydrologie, où les fleuves, les lacs et les rivières ont commencé à être protégés des rejets sauvages, mais les résultats seront longs à obtenir, car les efforts ont été tardifs. L’important était de commencer. C’est désormais acquis.

    On se serait également aperçu que les efforts des É-U se sont la plupart du temps limités à ceux qui entrainaient des gains de productivité pour une meilleure rentabilité, notamment en entrainant des suppressions d’emplois importantes. Efforts ponctuels, sans plus, les américains n’étant pas encore très convaincus que la planète est en danger. Nombril oblige !

    Quant à l’Europe, elle est plus près de la Chine que des É-U en matière d’efforts écologiques.
    Bref, on ne connait pas avec précision cet état des lieux !

    D’autre part, on aura pu également constater qu’il n’a été question que de pourcentages, de taux de réduction et de millliards de dollars. Mais rien, absolument rien, sur la façon d’obtenir les réductions évoquées.
    Limiter à 2% l’augmentation de la température moyenne de la planète ? Soit. En faisant quoi ? Avec quels moyens TECHNOLOGIQUES ? Combien ça coutera réellement ? En combien de temps ?
    Rien - nothing - nada - nichts
    Copie absolument vide !
    Recalés !
    Devront redoubler...

    À la prochaine...

    Mercure

  • survivant
    • Posté à 19h54 le 21/12/2009
    • Internaute 25864

    Le sommet de Copenhague n’a pas échoué, c’était une partie de poker menteur entre les puissants cabossés par la crise et les pays émergents qui ont du pognon mais pas les technologies pour s’aligner. Le VRP fillon est allé au démarchage.