19/12/2009 à 11h14

Cinq raisons pour l'échec du sommet de Copenhague

Laurent Mauriac | Cofondateur Rue89


Les chefs d'Etat intervenant au somment de Copenhague (Reuters)

L'échec du sommet de Copenhague est ressenti d'autant plus fortement que l'optimisme prévalait avant la conférence, débutée le 15 décembre. Cependant, il est apparu assez vite qu'un accord contraignant serait difficile à trouver. Plusieurs facteurs expliquent l'échec de la conférence, qui a péniblement accouché d'une déclaration politique non contraignante.

1

L'affrontement entre pays émergents et pays occidentaux

L'affrontement entre les Etats-Unis et la Chine a dominé les échanges, régulièrement suspendus. S'accusant mutuellement de ne pas en faire assez, ils symbolisent le désaccord profond entre les pays émergents et les pays occidentaux et les nouveaux rapports de force mondiaux.

  • Les pays émergents, notamment l'Inde et la Chine, réclamaient aux pays riches de forts engagements sur la réduction des gaz à effet de serre mais refusaient d'être soumis à des objectifs contraignants.
  • Les pays occidentaux, à commencer par les Etats-Unis, demandaient aux pays émergents d'accroître leur effort et réclamaient une transparence de leur part pour vérifier si leurs engagements étaient tenus. Pour la Chine, pas question d'accepter la vérification chez elle, perçue comme une « ingérence ».

D'autres heurts se sont produits entre la France et l'Inde ou la Chine. « Il y a eu des affrontements assez francs, assez virils », a raconté Nicolas Sarkozy.

2

Pas de moteur dans les négociations

L'Europe aurait pu jouer ce rôle, mais elle n'a pas pesé suffisamment sur les négociations. Elle est apparue désunie et hors course dans l'affrontement des géants américain et émergents.

Les grandes manœuvres diplomatiques de la France se sont révélées décevantes, notamment l'alliance avec le président brésilien Lula, qui n'a pas eu l'effet d'entraînement escompté.

3

Le système onusien

Nicolas Sarkozy a accusé le système de négociation des Nations Unies d'être « à bout de souffle », sans pour autant proposer d'alternative crédible.

Chantal Jouanno, la secrétaire d'Etat à l'environnement, y voit une calamité (interrogée ce samedi matin sur RTL).

« Le processus onusien tel qu'il est est une calamité. Un système où vous devez prendre par consensus absolu une décision sur des intérêts aussi contradictoires qui engagent la souveraineté des pays, qui engagent leur intérêt général, leur intérêt économique. Oui, on était dans un système épouvantable. Depuis quinze jours, on essaye d'avancer, de négocier sur un texte. La procédure était bloquée. Heureusement que les chefs d'Etat ont pu mettre sur la table ce texte. Autrement, on sortait avec rien. »

4

L'avenir du protocole de Kyoto

La Chine et les pays africains ont dû se battre pour que le contenu du protocole de Kyoto soit intégré dans les discussions. Pour l'Union africaine, « la mort du protocole de Kyoto constitue la mort de l'Afrique ». Ce texte représente en effet la garantie que les pays développés continueraient d'avoir des engagements contraignants.

Signé en 1997, il prévoit en effet des amendes pour les pays signataires qui ne respectent pas leurs engagements. La conférence de Copenhague était censée trouver un accord pour succéder au Protocole de Kyoto qui fixe des seuils pour les émissions de gaz à effet de serre seulement jusqu'en 2012.

5

Des bugs dans l'organisation de la conférence

Dans un article consacré au récit de la conférence, lemonde.fr passe en revue les insuffisances de la présidence danoise. Premier dérapage au début de la conférence : son projet d'accord, dévoilé par The Guardian, contrarie fortement le groupe des pays en développement, le G-77. Il accuse le Danemark de « manque de transparence » et de partialité en faveur des Etats-Unis.

Un peu plus tard, la présidente de la conférence, Connie Hedegaard, fait venir de façon anticipée quelques ministres représentant différents continents et les réunit à huis clos dans un hôtel, ce qui a le don d'exaspérer les négociateurs qui se sentent court-circuités.

La présidence danoise n'est pas parvenue à trouver le bon équilibre entre impulsion politique et respect des règles de la négociation internationale.

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  • Monsieur patate
    • Posté à 12h46 le 19/12/2009

    Entièrement d'accord avec ca, je trouve scandaleux le fait d'accuser l'ONU.

    En écoutant Sarkozy et Jouanot, l'ONU est dépassée parce qu'elle ne permet pas de prendre des décisions si elles ne sont pas à l'unanimité ?
    En fait, ce qu'ils dénoncent, c'est le fait de ne pas pouvoir prendre des décisions et les imposer aux pays récalcitrants. Sauf que chaque pays a sa souveraineté et pour leur imposer des mesures contre leur volonté il faudrait quoi ? Faire une guerre, un embargo ? ?

    Si l'accusation de l'ONU est qu'elle empêche les pays consentants à parvenir à un accord, rien n'empêche les Etats qui veulent en faire + à signer un traité international entre eux (un peu comme ce que vient de faire l'UE avec son organisation du climat ouverte à tous). Donc accuser l'Onu est un faux problème.

    Rien n'empêche les pays officiellement motivés (UE, Brésil...) de faire beaucoup déjà eux maintenant, en attendant que les autres agissent, si ce n'est peut être la fameuse compétitivité économique...

    Sinon j'ai bien aimé la phrase d'Hugo Chavez
    « Si l'environnement était une banque, il aurait été sauvé il y a longtemps ».

  • jmax
    jmax répond à Monsieur patate
    • Posté à 12h49 le 19/12/2009
    • Internaute

    les banques n'ont pas été sauvées par 192 pays à l'unanimité. Tous ces pays ayant des intérêts divergents, l'unanimité est impossible à trouver et bien entendu, ce sont les petits pays et l'Afrique qui vont morfler comme dab. Il serait peut-être judicieux de faire des regroupements comme Afrique, Asie, Europe, etc et discuter à beaucoup moins mais toujours en pensant aux pays les plus impactés

  • affreuxjojo
    • Posté à 13h14 le 19/12/2009
    • Internaute

    Le plus gros effort devait logiquement ( pour une raison d'efficacité et de justice) être fait par les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre. Sur ce plan, c'est incontestablement le modèle américain qui est à remettre en cause. L'émission par habitant y bat et de très loin tout les records (il faudrait 15 planètes pour que l'humanité puisse vivre sur le modèle américain). Mais Obama ne peut rien faire sans le congrès. Cela peut faite apparaitre les Etats-Unis comme un modèle de démocratie. Sauf que les sénateurs sont tenus par les lobbys industriels, pétroliers et financiers qui décident de tout, ce qui est nettement moins démocratique.
    Donc les Etats-Unis peuvent trouver des milliards de dollars pour sauver les banques, ou faire des guerres assurant leur approvisionnement en pétrole (et donc la poursuite du gaspillage éhonté d'énergie fossile). Par contre les même lobbys interdisent à Obama tout accord sérieux allant vers la diminution de CO2.
    Les guerres impérialistes autour du pétrole, la crise financière née de la déréglementation financière et de l'émission de titres pourris n'a pas suffit. L'American way of life c'est à dire, en fait, les intérêts dans infime oligarchie détenant l'essentiel de la capitalisation boursière, continue donc d'envoyer l'humanité dans le mur. Copenhage ne fait que confirmer cet état de fait.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 13h52 le 19/12/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Le sommet tel qu'il avait été préparé ne pouvait que conduire à l'échec.
    Faire signer un texte commun à 190 pays dont les intérêts sont divergents voir contradictoires tenaient de la gageure.
    Kyoto montrait le chemin de la discorde entre les tenants des sanctions et les autres, c'est à dire entre ceux qui pensent l'environnement comme un marché avec sa régulation par l'offre et la demande et la rectification de ses excès par l'État et ceux qui pensent que l'environnement n'est pas une marchandise et doit être protégé.
    L'Onu en tant que tour de Babel peut éventuellement régler des conflits locaux, et encore, car l'archaïsme du droit de véto permet aux « grands » de bloquer le système, mais il ne pourra jamais être le creuset des évolutions nécessaires pour que l'homme vive en paix dans un environnement sûre.
    Remplacer l'Onu par l'Otan faisait parti des fantasmes de Bush Jr, avec des pouvoirs de décisions rapides dans une structure intégrée et « maitrisable »
    Il faut être vigilant sur les évolutions qui vont être proposées pour répondre a nos besoins de sureté environnemental, car le dirigisme libéral qui se dessine n'augure rien de bon.