Nouveaux départs et bonnes vacances au collège

Il y a sept voitures garées au fond de la cour de récré. Face à l’affluence, il a fallu improviser. Profs, Atoss (personnels administratifs, techniques, ouvriers, sociaux et de santé), principal, CPE (conseiller principal d'éducation) et surveillants… ce soir, le collège Alfred-Nobel appartient aux adultes. Heureuse coïncidence, ce premier crépuscule de juillet est chargé de puissants effluves estivaux. Ça sent bon les vacances dans cette banlieue sinistre.

Avant de se disperser, toutefois, ils tiennent à se dire adieu. C’est le sens de ce rituel de fin d’année. La cérémonie se passe même de maître, tant l’ordre est connu de tous.

Ses collègues anglicistes rendirent donc d’abord un touchant hommage à Mme Froissin, mémoire de ces murs, qui part en retraite après vingt-deux ans de bons et loyaux services à Nobel. On redécouvrit avec délice l’évolution des modes vestimentaires et capillaires depuis les années 80, puis on lui souhaita d’agréables et lointains voyages.

D’autres entonnèrent, sur l’air du « P’tit quinquin », un texte composé -en ch’ti- pour célébrer le retour de Mme Barteau, prof d’histoire-géo, dans son Artois natal, après pus eud diche ans à même collèche. Elle en a pleuré de joie pour les remercier.

Ensuite, sous une pluie de cadeaux et dans un déluge d’embrassades, on a salué les autres départs et fêté les « bébés de l’année ». Salut les mutés ! Et joyeuses nuits blanches aux jeunes parents…

Le principal Martinelli, dans son allocution, félicita chacun pour son travail, avec maint superlatif, en prenant bien soin de n’oublier personne, à part les assistants d’éducation. Tant mieux : on n’aurait pas su quoi faire des remerciements aux camarades absents. Comme ça, au moins, on n’est pas encombré.

Alors, seulement, les festivités purent commencer. Et cette petite communauté rompit gaillardement le pain dans le réfectoire et trinqua à l’ivresse de ces instants de bonheur partagé. Quand, au dehors, il paraît que « personne n’aperçoit » les mouvements de masse, pareille manifestation de confraternité met du baume au cœur.

Réveillée par des cris de panique

Un coup de fil intempestif m’arrache à l’allégresse ambiante. Lorsque je m’en retourne aux réjouissances en traversant le hall de l’établissement, je suis soudain dépassé de près par un ado lancé à pleine vitesse sur sa trottinette. Légitimement surpris, je l’interpelle à la volée :

« Mais… Qu’est-ce que tu fais là ?
“Ben… J’habite ici !

Ça m’est immédiatement revenu en mémoire. Je lui ai présenté des condoléances confuses, il a disparu sans mot dire. Voilà un mois, Ariane, la gardienne du collège, m’avait conté la terrible mésaventure de Maryline, Atoss multifonctions dévouée.

Réveillée en pleine nuit par les cris de panique d’un de ses enfants, qui avait juste eu le temps de lancer l’alerte avant de s’évanouir, intoxiqué par la fumée. Sans lui, la famille aurait peut-être péri dans les flammes. Débarquée aux urgences au milieu de la nuit, en pyjama, avec tout ce qu’elle avait eu le temps de sauver de sa vie : son sac à main. Débarquée des urgences après les premiers soins, faute de lit disponible. Nulle part où rentrer.

Pour ne déranger personne, elle s’en est allée trouver un peu de répit sous un abribus. Un ami qui passait par là en voiture l’a reconnue avant que la ville ne s’éveille. J’appris plus tard que Maryline élève seule Christopher, 13  ans, Steve, 16  ans et un troisième fils, dont je sais seulement qu’il travaille comme maître-chien pour l’avoir parfois croisé vêtu de son uniforme. Seule, depuis le décès de son mari.

Tout reste à reconstruire

La mairie, qui avait relogé la famille à l’hôtel dans l’urgence, ne l’y a laissée que deux nuits. Depuis, elle réside au collège. Le principal a pu libérer un logement, mais tout reste à reconstruire. Il a fallu lui dégoter les draps et les casseroles, l’essentiel en fait. Pendant ce temps, m’a précisé Ariane, Maryline cherchait ses clés dans les décombres de sa maison. Traumatisé, Christopher est retourné dormir sur le seuil de son enfance. On a lancé une collecte en salle des profs. Chacun a mis la main à la poche pour qu’elle ne reparte pas de zéro, comme on le ferait dans une famille.

Par gratitude, Maryline a préparé du planteur pour un régiment. Le temps atténuera peut-être sa douleur. Dehors, sous la nuit claire et constellée, Christopher et Steve jouent au football, insouciants à nouveau. D’autres enfants, plus jeunes, courent et rient dans la cour, tandis que des batailles d’eau éclatent, ça et là, entre professeurs. On voudrait que le temps soit élastique, on maudit ce dernier train qui passe toujours trop tôt. Du réfectoire s’élève un air familier. Accordéon en bandoulière, Antoine, le fils d’Ariane, pas plus de 10ansnbsp ; ans à vue d’œil, joue en boucle son morceau fétiche : ‘L’Hymne à la Joie’.


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Servais-Jean | Psychanaliste orphelin
15H48 15/07/2008

Bonnes vacances donc!

 
lamorille | montlu
11H59 16/07/2008

à toi aussi…

 
karlM
08H41 16/07/2008

pour info

¬ Acharnement de l’Etat contre Rodolphe Juge, enseignant et syndicaliste

Rodolphe Juge, enseignant stagiaire en lycée professionnel à la Courneuve (93) et syndiqué à la CGT Educ’action aurait dû avoir un avis positif du jury académique pour sa titularisation et bénéficier, comme tous les autres stagiaires, d’un repos estival bien mérité… Son dossier de validation était complet et avait un avis positif de l’IUFM avant d’être retiré, en catimini, de l’examen de la commission le 4 juillet 2008. Comment expliquer, sans l’intervention expresse du recteur, le report de l’examen de sa titularisation à la prochaine réunion du jury… en décembre 2008 ! Cette mesure vient en plus d’un arrêté de suspension prise à son encontre par le recteur le 18 juin 2008.

La « faute » de Rodolphe, aux yeux du recteur est d’avoir participé avec les organisations syndicales, à une manifestation de lycéens le 3 avril 2008, laquelle s’est terminée par une intervention de la police. Le professeur est alors arrêté, mis en garde à vue, avant de faire l’objet de poursuites pénales injustifiées pour… violence ! De nombreux témoins attestent de l’absence du bien fondé de cette accusation.

La mobilisation de centaines de militants, de citoyens, de collègues, présents le jour du procès, signataires de la pétition, a permis, dans un premier temps, de repousser la comparution immédiate et de reporter le procès au 17 avril. Celui-ci ne s’est pas tenu, car la partie accusatrice était absente. Le procès est donc reporté.

Pourtant, le Recteur de l’académie de Créteil décide de suspendre Rodolphe de ses fonctions pendant 4 mois dans l’attente de l’audience fixée le 24 septembre 2008, faisant fi du principe de la présomption d’innocence. Pour le Président de la LDH, il s’agit là « d’un déni de droit ».

Aujourd’hui, le jury de titularisation n’examine pas le dossier de notre collègue et camarade, sa rentrée l’année prochaine dans un nouvel établissement est compromise. Il s’ensuit un lourd préjudice pour la suite de sa carrière, démesuré par rapport à des faits contestés et dont la double peine, suspension plus report de la titularisation, dépasse la simple mesure conservatoire. C’est pour la FERC CGT de l’acharnement et la volonté manifeste de criminaliser l’action syndicale.

La FERC CGT et la CGT-Educ’action s’adressent une nouvelle fois au Ministre Xavier DARCOS, pour qu’il reconsidère cette situation et rétablisse sans délai Rodolphe Juge dans la totalité de ses droits.

 
el loco | éducateur spécialisé
13H52 16/07/2008

je voie pas la relation entre ce texte et l’article de Victor Bouleirbagh ?

ah mon sens même si la situation de cette enseignant stagiaire est dramatique cela n’as rien à voir avec l’article

on ne peu comparer les actions d’une administration avec une logique d’entraide entre collègue dans un collège

en tout cas merci pour cette article

 
el loco | éducateur spécialisé
13H52 16/07/2008

doublon dsl