
Au collège : police parfois, Français nulle part
Au début, je l'ai pris sur le ton de la boutade :
- « Et toi, Victor, t'es d'où ? »
- « Ben… Je suis Français comme toi. »
Réaction invariable : moue contrariée, froncement de sourcils, regard appuyé suggestif. L'air de dire : « Non, mais sérieusement, t'es d'où ? » Ils sont Marocains, Sénégalais, Algériens, Maliens, Tunisiens… Ils sont d'ailleurs avant d'être d'ici. Et plutôt fiers de le revendiquer.
Dans le quartier, en revanche, c'est moi le déraciné. Je le pressentais, la police a achevé de m'en convaincre, en deux temps. D'abord sur le quai de la gare, entre deux RER direction Paname. Au bas de l'escalier, je rencontre un quatuor de policiers en uniforme. Suspects, ma démarche lasse et mes yeux rougis de fatigue ? Suis-je, unique « toubab » (ou presque) de la station, victime d'un délit de faciès ? « Contrôle de routine », qu'ils disent. Me voilà rassuré. Tandis que je retourne mes poches, une jeune fliquette mène l'interrogatoire « de routine » :
« Vous êtes du quartier ? Et qu'est-ce que vous faites ici ? Ah… Vous consommez de la drogue ? Un petit joint de temps en temps ? Vous n'êtes pas venu pour acheter ? »
Manquerait plus que ça. J'imagine déjà la scène, à la récré de 15 heures :
« Hep ! Kader ! Viens voir, deux secondes… J'ai un service à te demander. Tu peux m'avoir un zedou pour vendredi ? Combien ? Vas-y, je t'amène la thune demain, promis. Cimer ! »
Sûr que le môme tiendrait sa langue, penses-tu. Un petit pas pour le trafic, un grand bond en arrière pour l'autorité et le licenciement à la clé avec suite judiciaire en option. Très peu pour moi, madame l'agent. A croire qu'ici, blanc rime avec client.
Deux jours plus tard, à la même heure, en pleine rue -celle qui relie la gare au collège, la seule que j'ai jamais empruntée dans cette cité- un « bonjour » sonore distrait mon apathie :
« Contrôle de police. Vous voulez bien me montrer une pièce d'identité ? »
La BAC. La cerise sur le gâteau. Je suis au bord de la rupture de caténaire, mais j'obtempère, fasciné par le flashball qu'arbore en bandoulière le coéquipier de mon fin limier :
« Vous êtes du coin ? Qu'est-ce que vous venez faire ici ? Ah… Et vous habitez où ? »
Ailleurs, comme c'est indiqué sur ma carte d'identité. De l'autre côté de cette frontière que je n'avais pas vue. On a dû me prévenir, mais je ne l'ai pas cru.
C'était à l'heure du déjeuner. Quelques élèves s'étaient regroupés dans un coin de cour, où deux bancs tiennent un mur à l'aplomb de la bibliothèque. Soudain, une gamine m'interpelle : « Eh ! Pourquoi t'es tout rouge ? » Puisque ça les fait marrer, je décide de rendre sarcasme pour sarcasme : « Et toi, pourquoi t'es toute noire ? » Puis je m'en vais surveiller plus loin, pas mécontent de ma répartie. C'était sans compter sur la ténacité de la gosse, qui me rattrape :
- « Pourquoi tu me dis que je suis toute noire ? »
- « Et toi, pourquoi tu me dis que je suis tout rouge ? »
- « Ben… Parce que c'est vrai. »
- « Voilà. Alors, si je te réponds que t'es toute noire, c'est parce que c'est vrai. »
- « Ouais, mais tu peux pas dire ça. Ici, c'est pas pareil. »
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De Freeeman
Informaticien | 16H10 | 15/09/2008 |
Comment une société qui s'autoflagelle tous les jours par des méaculpas mémoriels peut elle faire envie à un emigrant ?
Comment la culture de la honte historique peut elle apporté la fierté d'en faire partie ?
Cette article comme tant d'autre fait nous démontre chaque jour que c'est impossible. Pire, loins de créer un ciment social cela divise les gens qui se replient sur le communautarisme prélude à toute guerre civile.
à Freeeman
De pablico
16H54 | 15/09/2008 |
et dire qu'on a supprimé le service militaire…le seul truc qui intégrait en 12 mois… il parait que ça coutait cher, mais si on fait un calcul rapide, ce n'était pas cher du tout..
à pablico
De organe_dhonneur
17H11 | 15/09/2008 |
Le mélancolique a ses obsessions, souvent une femme.
La France a le service militaire et les sociétés nationales.
Ça a intégré à une certaine époque, le service, et d'autant mieux que le principe d'autorité était fort et la société unanimitaire, donc jusqu'aux 60's. Sur sa fin, le service rapprochait à peine 30% d'une génération dans un grand nihilisme.
Ce n'est pas ce qu'il nous faut aujourd'hui.
Il nous faut ouvrir les yeux sur ce que nous sommes déjà. Provinces white trash, banlieues qui s'emmerdent, centre pasteurisés ou sclérosés. Les jeunes ont changé, c'est ce qu'il faut enfin embrasser.
Fragmentation, innovation, remises en question, foncer tête baissée quitte à se tromper.
C'est ce que dit cet article, au fond. Aimons demain, c'est bon et simple à la fois.
edit : et « demain » est difficilement compatible avec la bac, j'oubliais de préciser
à organe_dhonneur
De Alt-Z
Jeune délibéral. | 17H33 | 15/09/2008 |
Qu'est-ce qu'une province ? Vous voulez parler de la campagne, des petites villes ? Appelez-les ainsi.
Et foncer tête baissée n'est pas une solution. D'autres nous sont proposées et elles sont construites, il serait temps de de s'y intéresser.
à organe_dhonneur
De JePise
retraité | 12H13 | 16/09/2008 |
Peut-être que maintenant le brassage se fait non pas dans les tribunes des stades mais plutôt dans les prisons.
Comment faire pour que les jeunes des quartiers dits difficiles et communautarisés puissent côtoyer d'autres jeunes différents en dehors de l'école primaire et du collège qui ne brassent plus les populations ?
à JePise
De tobernite
13H11 | 16/09/2008 |
Comment faire pour que les jeunes puissent se côtoyer ? On aura tiré le gros lot quand on aura trouvé la réponse dans le contexte de notre époque : débine et galère avec télé allumée 24h/24, perspectives nulles du zénith au nadir (avec ou sans majuscules), et plus grand chose à sauver … Plus grand chose ? Ah mais il y a quand même l'Histoire à sauver. Celle de chacun et de sa famille.
Les argousins ne peuvent comprendre cela, et c'est très bien : il faut un mur pour s'appuyer ou un zéro pour faire origine géométrique. Les éducateurs affrontent l'Histoire quotidiennement, et nous avons tort de les laisser tout seuls.
Si on prenait tous exemple sur Victor Bouleirbagh, et qu'on renvoyait sérieusement sa question à la jeune fille noire, on gagnerait le droit de raconter nous aussi l'émigration de nos grands-parents « gaulois », de la campagne vers la ville, fin 19ème - début 20ème siècle. C'était tout aussi déroutant, ça a laissé des traces jusqu'à nos générations.
à pablico
De Teberli
Enseignant | 23H02 | 15/09/2008 |
Et puis au moins ça apprenait aux jeunes le sens véritable d'un commandement assez mal compris, assez mal assimilé par de nombreuses personnes (croyantes ou athées) : « Tu ne tueras point. »
à pablico
De Teberli
Enseignant | 23H42 | 15/09/2008 |
Et puis au moins ça apprenait aux jeunes le sens véritable d'un commandement assez mal compris, assez mal assimilé par de nombreuses personnes (croyantes ou athées) : « Tu ne tueras point. »
à pablico
De Pasteque
Cucurbitacée à Géométrie Variable | 07H14 | 16/09/2008 |
Ok super. Mais on peut avoir le choix d'etre contre ?
à Freeeman
De toots
void | 17H27 | 15/09/2008 |
Une societé qui s'autoflagelle dites-vous ?
C'est marrant je n'en ai pas l'impression, plutot le contraire.
A vous lire on dirait qu'il faut nécessairement être fier d'une culture pour pouvoir s'en revendiquer…
Je revendique ma culture, y compris dans ses histoires plus qu'honteuses, que je ne renie pas, et y compris dans ses courants de pensée que je n'accepte pas, comme ce genre de message.
Mais je ne me flagelle pas… : -)
à toots
De Freeeman
Informaticien | 21H15 | 15/09/2008 |
désolé si j'ai été mal compris, mais je suis fière des bonne et mauvaise chose de notre histoire. Maintenant a nous de renouveler les bonne est éviter les mauvaises, c'est comme cela qu'on avance
à Freeeman
De pozdnychev
de passage. | 08H12 | 16/09/2008 |
Ça, c'est quelque chose que je ne comprendrai probablement jamais. « Être fier de son histoire »… on lit vraiment de tout et n'importe quoi. Qu'as-tu fait pour en être fier ? Y-as-tu participé ? Vraissemblablement autant que si tu étais né au Zimbabwé, et que si tu y vivais encore. Tu as donc autant de raisons d'être fier de l'histoire de France que de l'histoire du Zimbabwé.
à Freeeman
De miremond
18H01 | 16/09/2008 |
c est idiot de se dire fier d un passé auquel on n a pas participé ! ! ! on ne peut ètre fier que de ce qu on a fait soi mème
à Freeeman
De lapinours
bancale | 06H55 | 16/09/2008 |
C'est tout a fait juste,d'une certaine facon c'est aussi la demonstration qu'il est plus facile de fustiger le franchouillard de base(par exemple,mais pas seulement),a la maniere de certaines associations anti raciste(raciste sans S),alors que quelque soient nos origines nous ne sommes pas responsables des politiques de nos elites,passes ou actuels.
Pour nos elites diviser pour mieux regner est une maniere adequate de se debarasser des problemes qu'ils ont crees et de leurs consequences,de laisser ce genre de situation pourrir : colonisation,esclavagisme,exploitation des pays du tier monde,etc..
Heureusement,tout le monde n'est pas aussi aveugle.
à lapinours
De Seccotine
08H43 | 16/09/2008 |
A ceci près que pour certaines de ces élites comme vous dites, elles ont été élues et notre responsabilité collective est engagée
à Freeeman
De outsiderr
electron livre | 08H58 | 16/09/2008 |
peut être pour les alocs , entre autres…. ?
De I.P
Flat4 | 16H12 | 15/09/2008 |
Je n'ose pas imaginer ce ce qui vous serait arrivé si vous aviez osé la même répartie avec une petite fille portant un voile, ou un petit garçon portant la kipa.
C'est un coup à finir assigné au tribunal de Lyon pour propos racistes.
De eelisa
Délinquante au coin de la rue | 16H25 | 15/09/2008 |
Et ça sert à quoi cet article ? ? ? ?
Je dois être limite parce que j'ai rien compris !
Si rue89 veut des récits parlant d'immigrés, de délits de faciès et autres choses « rigolotes », adressez vous aux bons interlocuteurs.
Et au moins, à défaut d'écriture journalistique, ce sera du vécu !
à eelisa
De I.P
Flat4 | 16H29 | 15/09/2008 |
En quoi un pion dans un établissement scolaire de banlieue n'est pas un « bon interlocuteur » ?
Et je trouve très interessant de voir que le délit de sale gueule existe aussi quand on est blanc dans le mauvais quartier. On va pouvoir rajouter la promotion du communautarisme aux longues « qualités » de nos policiers.
à I.P
De la_hulotte
16H40 | 15/09/2008 |
qui vous dit que victor est « blanc » ? que veut dire « mauvais quartier » ?
à la_hulotte
De Eolas
Avocat | 16H52 | 15/09/2008 |
Toubab est le iminutif de Toubabou, qui désigne en Côte d'Ivoire un blanc qui vit en Afrique (terme non péjoratif).
à Eolas
De Servais-Jean
4591
HS | 00H07 | 16/09/2008 |
Au Sénégal aussi !
à la_hulotte
De déluge
menuisier | 16H54 | 15/09/2008 |
« Toubab » = Blanc (originellement « Blanc d'Afrique »).
Edit Eolas m'a grillé de 2 minutes
à la_hulotte
De I.P
Flat4 | 17H42 | 15/09/2008 |
qui vous dit que victor est « blanc » ?
Le texte de l'article.
que veut dire « mauvais quartier » ?
Le quartier où l'on ne doit pas être pour ne pas heurter les idées préconçues des officiers de police.
Je savais que ça marchait poir « peau foncée » dans les beaux quartiers blancs bourgeois, je découvre avec grand interêt que ça marche aussi quand on est blanc dans une cité de banlieue.
à I.P
De wieeinstlilimarleen
imbepile.free.fr | 21H55 | 15/09/2008 |
Quand les policiers contrôlent un noir ils sont racistes. Quand ils contrôlent un blanc de même.
Aujourd'hui, j'ai vu de mes yeux une demoiselle dire à un policier noir qu'elle le suspecte de contrôler les gens parce qu'ils ont la peau trop sombre.
Drôle de pays. La logique existe t-elle encore ?
à I.P
De Seccotine
08H46 | 16/09/2008 |
Il est pas blanc, à la fin de l'article il est tout rouge (on ne sait d'ailleurs pas pourquoi)
à I.P
De eelisa
Délinquante au coin de la rue | 17H21 | 15/09/2008 |
Ce n'est pas l'établissement qui n'est pas un bon interlocuteur…
cherchez l'erreur… une fiction ?
Désolée mais je n'adhère pas du tout à ce que ce pion met en ligne et qui semble tant plaire… je n'y crois pas, c'est tout !
à eelisa
De newf
essaye de s'en sortir | 17H30 | 15/09/2008 |
Vous n'y croyez pas parce que :
1- çà ne vous est jamais arrivé ?
2- vous n'y êtes pas confrontée ?
3- çà remet en cause votre idéologie ?
4- les 3 à la fois ?
Merci de rayer la mention inutile.
à newf
De Tyb
(par ici, par là) | 18H21 | 15/09/2008 |
surtout 3 et 4 aussi malheureusement… et c'est particulièrement saoulant.
à newf
De eelisa
Délinquante au coin de la rue | 21H29 | 15/09/2008 |
Rien de tout ça. Je remets en cause la véracité de ce « pion ». Je pense que ce n'est pas du vécu. C'est tout, ça n'engage que moi. Si encore c'était bien écrit !