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Surveillant au collège

Ambiance explosive avant les vacances au collège

Une bagarre, une vraie, à chaque récré, au moins, ça ne trompe pas. Il y a de l'électricité dans l'air et les paratonnerres sont fatigués. Mme Poblowitz, tentant d'amener en cours un groupe de prépubères avachis sur un banc dans la cour, en empoigne un par la manche. L'instant d'après, elle est encerclée, molestée, jusqu'à l'éclair : « Touche-moi pas, sale pute ! » Court-circuit au bahut.

Les profs font aussitôt valoir leur droit de retrait. La coupe est pleine. La tension monte depuis deux semaines déjà. Avons-nous, adultes, relâché notre attention ? Tardé à réagir ? Nul n'est irréprochable, certes, mais ce n'est pas mon impression. Je vais aux nouvelles, en salle des profs. Le tableau est éloquent.

Les conseils se suivent et les sanctions se ressemblent. Une élève a été exclue pour avoir cogné une fille et, emportée dans son élan, menacé une CPE. Quelques jours pour méditer le sens de sa peine, si elle y pense. Hamza, lui, est convoqué pour l'ensemble de son œuvre. Ça ne fait rire que lui. Et tous ces élèves de 6e punis, qui pour ses absences non justifiées, qui pour son insolence chronique… La répression ne fait pas recette.

« Je vais te défoncer, tu vas voir »

Elle n'a pas dissuadé Kéba et Seydou d'agresser Kalilou, d'abord en permanence puis, plus sérieusement, dans la cour. Le nouveau refuse de se laisser mesurer sa « grosse tête » ? Qu'à cela ne tienne, ils vont la lui refaire manu militari. Un attroupement se forme, les taloches fusent de part et d'autres, le public en redemande. Il faut trois surveillants pour les séparer. Furieusement déterminé, Kéba avertit son adversaire : « Attends d'être dehors, je vais te défoncer, tu vas voir… »

Ce déluge de « t'ar ta gueule » sème le désarroi. Tant de violence banalisée appelle une journée banalisée, pour lutter contre le sentiment d'impuissance. Puisqu'on ne peut lâcher prise, il faut reprendre la main. Mais comment ?

Une psychologue propose de soumettre un questionnaire anonyme à chaque élève. « Mais, concrètement, on en fait quoi de ce questionnaire ? » Silence… Les partisans de la solution maison estiment « qu'on n'a pas besoin » d'une aide extérieure. Un animateur sportif suggère de « tambouriner les mômes ». Rires jaunes… Pourtant, tout le monde s'accorde sur la nécessité d'un serrage de vis général. Il est donc convenu d'appliquer le règlement intérieur avec rigueur et fermeté. Les vacances arrivent à point nommé.

« Je dois faire avec cette dotation »

Le principal connaît les données de l'équation : un poste de surveillant pour un peu plus de 60 élèves, sur le papier. Un pour environ 80 en pratique, car certains emplois sont affectés à l'intendance ou au secrétariat. Secret de polichinelle, rustine de fortune :

« Que voulez-vous, Victor ? L'administration, elle prend sa règle de trois, elle dit “ici, tant d'élèves, donc tant de surveillants” et je dois faire avec cette dotation. »

Il en est à espérer que la crise économique relance les contrats aidés, pour débloquer quelques cases de pion. Kafkaïen… Ce qui le préoccupe vraiment, c'est la curée annoncée pour l'an prochain :

« Avec les nouvelles règles d'affectation scolaire, il n'est pas dit que le collège parvienne à conserver tous ses postes d'enseignants. A mon avis, beaucoup de parents vont choisir d'inscrire leurs enfants dans d'autres collèges. »

Moins d'école, moins de problèmes ? Voire. Le directeur du « pôle tranquillité publique » de la Ville laisse échapper un embryon d'explication : le démantèlement, quelques temps auparavant, d'un réseau de trafic de drogues implanté dans plusieurs quartiers. Or, observe-t-il, « la Nature a horreur du vide ». Une fois encore, j'entends l'écho du principal :

« Le collège n'est pas une île. Je vous demande de tenir, contre vents et marées. »

1 commentaires sélectionnés

Portrait de just

De just

assise ! | 14H56 | 27/10/2008 | Permalien

je suis assistante d'éducation (pionne si vous préférez ! ) ! le problème, selon moi, vient surtout de la place qu'on a voulu donner à l'enfant depuis plusieurs années à savoir celle de l'enfant « au centre du système éducatif » ! pratique pleine de bonnes intentions mais qui dérive doucement mais surement vers celle de « l'enfant roi » ! et ici le statut social n'a pas grand rapport puisque tous les enfants savent qu'ils sont au centre ! l'expression des enfants c'est bien, ça fait rire, l'impulsivité des ados, mais encore faut il encadrer cette expression ! Il faut lâcher du lest tout en sachant qu'il y a un cadre bien placé derrière, ce qui est loin d'être le cas pour tous ces élèves !
Et si l'on rajoute à cela les suppressions de postes (qui « accessoirement » : ) peuvent faire office de cadre ! ) et bien je vous donne rendez vous dans 5 ou 10 ans !
je suis en vacances ! ! je souffle ! ! !

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