Le commissaire Moigne, suspect d'être corrompu… et très naïf

L’affaire de corruption dans laquelle est impliqué -et poursuivi- le commissaire divisionnaire Patrick Moigne révèle une grande dose de naïveté de la part de l’intéressé. Comment cet homme, chef de la Brigade des fraudes aux moyens de paiement, pouvait-il ignorer que chacune de ses consultations des différents fichiers de police, en particulier du Système de traitement des infractions constatées (Stic) laissait une trace informatique indélébile ? Ces traces informatiques ont ceci de particulier qu’elles permettent d’identifier les demandeurs sans discussion possible. C’est aussi un moyen de contrôle des utilisateurs. Le commissaire a certes joué sur sa fonction : elle l’appelait à consulter souvent ce moyen pour enrichir ses moyens de recherche et d’enquête, ce qui, par conséquent, pouvait justifier ses démarches.
Mais le trop est toujours l’ennemi du bien.
Un "ripoux" échappe difficilement à la sagacité de ses confrères
On doit relever un deuxième aspect important de cette affaire : le milieu policier est très étroit, les informations courent vite, on se surveille les uns les autres. De mémoire d’enquêteur, je n’ai pas souvenir d’une affaire de corruption dans la police qui n’aie été déclenchée par une dénonciation interne.
C’est assez logique dans la mesure où dans leur immense majorité les policiers ont choisi ce métier par goût du légalisme. Un "ripoux" échappe difficilement à la sagacité de ses confrères, grâce au travail de l’Inspection générale des services (IGS), la "police des polices", dont les membres sont surnommés les "boeufs-carotte" [pour leur tendance à "cuisiner" leurs confrères, ndlr]
L’IGS fonctionne essentiellement sur cette base de "l’autodiscipline". C’est un des caractères fondamentaux de la culture policière. Le commissaire Moigne aurait dû savoir qu’on n’échappe pas à cette règle qui explique pourquoi la corruption ne prolifère pas plus dans la police.
L’intelligence économique fonctionne par la privatisation du service public
Un troisième aspect de cette affaire ouvre des perspectives plus inquiétantes : il apparaît que parmi les clients importants du commissaire figurait une société d’Intelligence économique.
En vérité, ce genre d’organisme ne peut fonctionner en France que grâce à une forte interpénétration entre sociétés privés et organismes publics. La plupart des responsables des sociétés d’enquêtes de ce secteur sont d’anciens policiers qui, passé l’âge de la retraite, arrondissent leurs fins de mois en "achetant" les services de collègues encore en activité ayant accès aux fichiers de police.
Cette interpénétration est une forme de "privatisation rampante de la police" qui risque de prendre encore plus d’ampleur dans les années à venir. Le commissaire Moigne a donc été naïf quant à sa possibilité d’échapper à l’autocontrôle du milieu. Encore plus naïf de déposer sur son compte bancaire personnel les sommes ramassées en vendant ses informations au privé.
Mais, d’une certaine manière, il a rendu service en laissant remonter à la surface des pratiques de corruption dans un grand service de l’Etat. Tout ça pour quelques milliers d’euros : la modestie de l’enjeu ne justifiait pas de briser sa carrière.
Photo : Philippe Noiret dans "Les Ripoux", le film de Claude Zidi (DR).
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C’est au moins un bon point pour lui d’être naïf non ?
Il y en a d’autres qui ne sont pas dans la police est qui sont moins naïfs…et s’enrichissent, tout en étant protégés par le gouvernement.
En plus il a une excuse : il est flic….
@eelisa,
dans la mesure où un pan du dossier a été retiré au juge en décembre, il risque de prendre pour d’autres… les commentaires cette semaines de Accoceberry sur Europe 1 n’étaient pas inintéressants… (sans toutefois aller en ce sens).
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
@eelisa,
dans la mesure où un pan du dossier a été retiré au juge en décembre, il risque de prendre pour d’autres… les commentaires cette semaines de Accoceberry sur Europe 1 n’étaient pas inintéressants… (sans toutefois aller en ce sens).
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
Au-dessus des lois, voilà ce que pensent les flics et comment ils agissent.
Je me souviens d’un commissaire du 8è à Paris qui recevait des enveloppes garnies en pleine rue. Il a été dénoncé par un des coursiers, mais il sévissait depuis des années. mdr
@comptecourant,
il faudrait aussi savoir pourquoi à la Justice
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2008/03/rachida-dati-en.html
l’hémorragie continue… et pourquoi le JO paraît le jour du 2e tour des municipales, alors que la Garde des Sceaux est candidate aux municipales et que le départ date du… 29 février, jour de parution de La Bougie du sapeur…
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
…la bougie du sapeur…?…expression grivoise…? je n’ai peut-être pas les référence pour comprendre ?…je nage!
@- ToRDReLoRDRe -
C’est ceci :
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2008/02/la-bougie-du—2.html
LE quotidien qui ne paraît que le 29 février, et ce depuis 1980 !
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
Vous avez une raison particulière de faire des géénralités pareilles? Certains flics, je veux bien, il y a des cons partout. Mais de là à dire « Au-dessus des lois, voilà ce que pensent les flics et comment ils agissent. »
Posez les bonnes questions, remmetez en cause, mais n’allez pas lancer des accusations infondées, ça nuit à votre cause plus qu’à ceux que vous dénoncez.
où comment on est fliqué par les flics :
il suffit d’avoir eu affaire à la justice - ce qui ne veux pas dire avoir commis un délit - mais simplement être en litige avec son voisin ou son propriétaire - vous déposez une plainte ou vous êtes l’objet d’un plainte - et vous paraissez à vie dans un fichier qui vous signale à l’attention de n’importe quelle entreprise a laquelle vous vous adressez pour recherche d’emploi, ou qui enquête sur vous (contentieux ou autre)
le pire c’est que la C.N.I.L semble impuissante à faire effacer les fichiers (comme c’est prévu par la loi)
nous sommes en pleine dérive…
et dire que ces « fonctionnaires » sont censés être garants du respect de la loi!
Pouvez-vous donner plus de détails sur ce fichier ? De quel fichier s’agit-il ? Qui le gère ? Qui y a accès ? Sous quelles conditions ?
quelque infos :
http://www.renseignementsgeneraux.net/
@Philippe Madelin, pour comprendre
« …qui explique pourquoi la corruption ne prolifère pas plus dans la police »
J’avoue que je suis assez surpris de lire un telle affirmation assenée comme une évidence. Je ne dis pas que c’est faux (j’aurais même plutôt tendance à y voir qqch d’assez crédible) mais ça mérite quand même une justification. Ca ne va pas de soi, je suis désolé.
On connait (ou a connu) bcp de police dans des pays dits démocratiques où cette règle semblait très mal fonctionner (je pense entre autres à la police de New-York il y a encore une vingtaine d’année, notoirement gangrenée par la corruption).
Sur quoi donc vous basez-vous pour étayer ces affirmations (celle aussi sur les motivations légalistes) et si d’aventure elles sont exactes, comment expliquer que ça ne fonctionne pas systématiquement ailleurs ?
La meilleure, c’était la police de la Nouvelle Orléans. Il y a quelques années encore, on disait que le salaire d’un flic de cette ville c’était « 15000$/an plus tout ce qu’il pouvait voler »
http://polemiquons.over-blog.com/
Madelin c’est le pseudonyme d’Alliot Marie à lire l’article
« on n’échappe pas à cette règle qui explique pourquoi la corruption ne prolifère pas plus dans la police. »
C’est une blague… j’espère que l’auteur portait un nez rouge lorsqu’il a écrit cette phrase…
Si c’est pas de pouvoir détourner la loi comme bon lui semble qu’est ce qui motive un homme à devenir policier :
son misérable salaire et ses heures sup non payés?
La haine qu’il peut lire dans les yeux de tout ceux à qui il s’adresse lorsqu’il est en uniforme?
Le fait qu’il risque une balle perdue ou non à tout moment?
la médaille que recevra sa femme a titre posthume lorsqu’il aura pris cette fameuse balle?
allons allons, soyons sérieux….
Bonjour à tous,
Les flics tous ripoux!?…….sauf papa biensûr!
http://www.dailymotion.com/video/x3lif3_james-deano-le-fils-du-commissai…
bonne chance mon papa !
à -ToRDReLoRDRe :
Merci mon petit Louis…….
http://www.dailymotion.com/video/x200mf_le-petit-louis
Je donne une réponse pour l’ensemble des réactions.
Il se trouve que j’ai travaillé pendant des années sur les questions de police, j’ai même beaucoup publié à ce propos.
Contrairement à certaines opinions exprimées je ne nie pas qu’il y aie des problèmes. Je ne suis pas le porte-parole de Mme Alliot-Marie : j’ai voulu seulement insister sur le fait que ce policier ne pouvait pas échapper à l’autrocontrôle qui s’exerce sur le milieu.
Par goût de la provoc on peut prétendre que la corruption est plus répandue, mon expérience me prouve le contraire.
Il faut savoir que je suis un des rares à n’avoir jamais cessé de dénoncer les dérives. Pour savoir où, regardez dans Google, en ouvrant la recherche sur mon nom. Bonne soirée.
J’ai oublié de préciser que le STIC est un fichier informatique censé rassembler l’ensemble des faits concernant des personnes impliquées dans des infractions, délits, crimes, qu’il s’agisse des auteurs ou des victimes.
DE notoriété publique, certaines anomalies sont apparues dans la gestion de ce fichier, en particulier quand on a « oublié » de supprimer les infractions, délits ou crimes ou qui n’ont pas été démontrés, ou qui ont été amnistiés. Cet outil vaut ce que valent tous les outils : il est toujours critiquable.
Pour compléter légèrement ce que Philippe Madelin a écrit ci-dessus, je livre à la sagacité des lecteurs l’appréciation de la CNIL :
http://www.cnil.fr/index.php?id=1813
Le STIC est un service informatisé d’informations très généreux…
Comme le dit Philippe Madelin, on y trouve des auteurs ou des victimes. Donc vous y êtes si vous déclarez vous être fait tirer votre sac à main ou violer ou crâmer votre voiture, par exemple.
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
bonjour,
la photo me fait penser à Philippe Noiret dans la série des ripoux avec Thierry Lermitte !!
est-ce une coincidence ou le fruit de mon imagination ?
c’est vrai qu’il lui ressemble.
vous devriez mettre le pointeur de votre souris sur la photo…
surprise!
Le commissaire Moigne, suspect d’être corrompu… et très naïf. Dommage que son prénom ne soit pas Théodore! «Après avoir été cuisiné par les boeufs-carotte, le commissaire «T. Moigne» à son procès.» Opéra bouffe signé par le « Garde des s—s ». Mouarf!
Très exceptionnellement @ otto. «[…] et n’oublions pas que tout fonctionnaire prête serment devant un juge. ce n’est pas un acte banal…» Z’avez raison! Ils prêtent serment mais leur acte n’est pas qu’un acte banal puisqu’ils sont toujours prêts à agrandir le cercle de leurs amis. Ainsi, l’acte devient … Mouarf!
Aujourd’hui, la «Rue publique» a parlé. C’est déjà ça!
pas au courant de l’affaire…. l’article n’explique rien.
La consultation du fichier STIC à des fins privées est une pratique courante dans la police et la gendarmerie. Il suffit d’avoir un copain dans un de ces services pour obtenir des renseignements, à titre gracieux ou pas, c’est selon ! j’en ai moi-même été victime. Impossible d’y faire effacer des renseignements erronés, même pour une plainte banale ou une affaire de voisinage. Alors que les condamnations amnistiées sont, elles, effacées du casier judiciaire, si vous avez été en garde à vue pour rien, vous restez inscrit au STIC.
Pour écrire ce qui est ci-dessous j’ai tenté de recouper et vérifier les sources. Merci de me signaler les erreurs.
Le fichier « système de traitement des infractions constatées » est géré par la police. Les fonctionnaires de police peuvent placer dans ce fichier toute personne « mise en cause » dans certaines infractions (les condamnés, les « suspects », les témoins, et aussi les victimes). Remarquons que la notion de « mise en cause » n’est pas une notion de droit, mais une désignation large et mal définie.
La Commission nationale de l’informatique et des libertés peut contrôler ce fichier, mais ne le fait que rarement compte tenu de son manque de moyens. La CNIL estime que actuellement 5 millions de personnes sont fichées dans STIC. Lors de sa dernière enquête la CNIL avait constaté que une personne sur quatre figurait à tort dans STIC. Un seul exemple : les personnes qui font l’objet d’un procès et qui sont acquittés par la justice sont rarement rayées de STIC, car la police n’a pas assez de moyens pour mettre à jour STIC à la baisse.
Lorsqu’on parle de fichage généralisé, chacun a tendance à penser « je n’ai rien à me reprocher, je ne suis pas gêné ». Mais que penser de STIC ? Le fait d’être dans ce fichier interdit certains emplois (vigile par exemple). Si la personne concernée veut savoir si elle est fichée dans STIC et pourquoi, elle doit s’adresser à la CNIL. Mais, faute de moyens, la réponse de la CNIL prenait, récemment encore, un délai de deux ans.
Un exemple : vous défilez tranquillement dans une manifestation autorisée. A coté de vous, un groupe violent casse des vitrines; Vous pouvez être fiché comme témoin, et du coup peut-être devenir suspect si vous êtes à nouveau présent dans une scène analogue. (Cela dit, c’est bien fait pour vous. Pourquoi allez-vous trainer dans des manifs où l’on casse des vitrines ? ) On peut craindre, sans exagérer, que, vu les faibles contraintes données à la police pour gérer ce fichier, STIC ne devienne un fichier de suspects, où l’on pourra puiser à volonté. Nous sommes en train de passer d’une société où, au lieu de rechercher les auteurs de délits, on constitue à tout hasard et préventivement un fichier de suspects, où chacun peut se trouver.
STIC fait parler de lui en ce moment dans les journaux. En effet, un fonctionnaire haut gradé de la police s’est fait payer pour vendre des informations contenues dans STIC. (En l’occurrence à des organismes privés d’espionnage économique). La CNIL a fait remarquer que les accès des fonctionnaires de police à STIC devraient être contrôlés, mais cela n’est pas fait. Les renseignements pourraient tout aussi bien être vendus à des détectives privés fouillant notre vie personnelle, ou à des organismes politiques désirant nous surveiller.
Cela dit, les préoccupations concernant le comportement délictueux de quelques fonctionnaires détournent un peu l’attention de l’essentiel, c’est à dire du caractère arbitraire de STIC, où chacun peut être fiché sans même le savoir.
« … la corruption ne prolifère pas plus dans la police. »
mais bien sûr, peut être chez les commissaires mais pour les autres je n’en suis pas si certain. Enfin c’est juste mon opinion…
Les responsables du STIC, pour ce que j’en sais, résistent tant qu’ils peuvent à l’obligation d’effacer ce qui ne devrait plus y être. Et pas seulement pas manque de moyens. Les policiers savent, comme les chefs du personnel et les assureurs, que les gens à qui il arrive quelque chose, il leur arrivera toujours quelque chose. C’est ainsi. Alors qu’à la plupart des gens, il n’arrive jamais rien.
Au moins, avec l’informatique, on sait qui regarde quoi. Au temps des fiches en carton, c’était plus opaque, et pas mieux protégé.
Mais ne nous plaignons pas. En Chine le dossier personnel n’est pas encore informatisé. C’est un classeur en carton qui vous suit d’unité de travail en unité de travail, jusqu’à la retraite et au-delà. Il contient vos diplômes, avec les tableaux de notes, les appréciations des chefs, et la trace de toute expression d’une opinion digne d’intérêt et de participation à un évènement non approuvé (contraire à la société harmonieuse, comme on dit maintenant). Les fichiers de police occidentaux sont bien innocents et inoffensifs à côté.
parce que vous croyez que fichiers des R.G. ne contiennent pas ce genre de renseignement?
Effectivement, si c’est pire ailleurs, pourquoi se plaindre ?
je suis un ex-officier de police qui a changé de voie, après une assez longue carrière, écoeuré de l »évolution » de la profession après avoir été passionné par mon métier
Je connais très bien le commissaire divisionnaire Patrick Moigne : il n’a pas été naïf du tout , il a simplement fait partie de ces policiers qui se croyaient intouchables, parce qu’il passe depuis longtemps à travers les gouttes. On sait ce qu’il fait, mais on n’arrive pas à le coincer, et quand on est son subordonné, on ne peut pas enquêter sur lui. Beaucoup se contentaient d’éviter d’aller en perquisition avec lui… C’était un risque permanent, il avait porter le chapeau à un subordonné lors d’une première mise en examen en 1988 si mes souvenirs sont bons. Tous les flics honnêtes l’évitaient dans ses postes successifs, d’autant qu’il était humainement insupportable : dur avec les subordonnés qu’il n’aimait pas, rampant avec les supérieurs.
Je dois avouer qu’aujourd’hui, je suis content, je fais partie de ceux qui attendent ce jour depuis vingt ans, et j’ai été prévenu par d’anciens collègues :-)