La lente gestation de la DCRI, le "FBI à la française" de Sarkozy
Voilà près d’un an que la naissance de la nouvelle DCRI -Direction centrale du renseignement intérieur- a été annoncée à son de trompe. La DST et les Renseignements généraux devaient fusionner, on allait voir ce qu’on allait voir.
Après un an, et après avoir entendu force renâclements et semelles traîner sur le macadam, après une prudente progression dans laquelle certains ont cru voir un certain manque d’enthousiasme de Michèle-Alliot Marie, la ministre de l'Intérieur, les contours de ce que l’on surnomme à tort le FBI à la française se précisent.
"Notre mission prendra fin le 1er juillet, et à cete date, la DCRI verra définitivement le jour", me précise un des principaux acteurs impliqués dans cette réforme policière sans précédent:
"Nous y sommes parvenus parce que tous les acteurs de cette réforme ont à peu près le même âge, la cinquantaine, et ne portent par conséquent pas le poids des traditions de rivalités anciennes.
"C’est également vrai pour les hommes qui constitueront les effectifs. Eux aussi, ils ont moins de 50 ans, ils n’ont pas progressé dans la carrière dans le climat de guerre larvée qui opposait naguère la DST et les RG."
Au centre de la machine, coeur de métier, le renseignement intérieur
La nouvelle direction sera répartie entre des services centraux installés au siège de Levallois-Perret, regroupant 5 000 policiers et fonctionnaires, et six directions zonales du Renseignement intérieur, à Rennes, Lille, Lyon, Marseille, Bordeaux et Metz. Leurs responsables doivent être désignés aux environs du 22 mai
Au centre de la machine, coeur de métier, le renseignement intérieur, fruit de la fusion entre les services centraux de la DST et de la section de recherche des RG.
Mission de cet organe central: à l’intérieur du territoire national, évaluer les grandes menaces grâce à la recherche du renseignement tous azimuts, qu’il s’agisse de l’espionnage, du contre-espionnage, de la surveillance des groupes religieux à risques. Et surveillance des groupes pratiquant l’action violente pour tout motifs, qu’il s’agisse de séparatisme régional ou de tout autre motif.
Pour mener ces tâches à bien, comme à la DST, la DCRI sera divisée en sections opérationnelles spécialisées.
En revanche, les moyens techniques, surveillance et interception, seront tous fusionnés. Il faut dire que 50% de ces moyens techniques sont dévolus à la lutte antiterroriste. Cette mutualisation radicale était au demeurant l’un des objets de la réforme.
D'innombrables réunions ont permis de faire avancer la fusion
Le dessin des structures internes de répression, enquêtes et poursuites judiciaires, a été plus délicat. Il a débouché sur un compromis: toutes les affaires relevant du coeur de métier nécessitant un respect rigoureux du secret défense -menaces extérieures, espionnage, terrorisme international- resteront traitées par les officiers de police judiciaire d’une section judiciaire interne à la DCRI.
Suite de l’affaire des six islamistes poursuivis en France après leur internement dans le camp américain de Guantanamo la répartition des compétences entre policiers enquêteurs de la DCRI et les officiers de police judiciaire sera définie de façon beaucoup plus stricte. Il ne sera plus possible pour un seul policier d’exercer successivement comme enquêteur et comme OPJ.
En tout état de cause, d’innombrables réunions ont permis aux membres des deux anciennes directions d’être mis au courant des nouvelles configurations... voire de fixer leur choix: ou rester à la DCRI, ou rejoindre les services de renseignement intérieur relevant désormais de la direction générale de la police nationale.
Le Président tient entre ses mains l'avenir de la DCRI
Un soin tout particulier a été apporté au management, de façon à ménager toutes les susceptibilités. Dans tous les postes exerceront en double un policier de la DST et un policier des RG. Quand le patron sera un ancien de la DST, l’adjoint viendra des RG, et inversement. Cette dualité sera respectée même au niveau de la direction : le Directeur central sera flanqué de deux adjoints, l’un issu de la DST, l’autre des RG.
Cette réforme qui apparaît largement souhaitée dans les rangs des services reflète donc un art du compromis malin, où l’on reconnaît sans mal la main de l’actuel patron, Bernard Squarcini.
Sera-t-il pour autant confirmé dans sa fonction? A Levallois, on entretient le mystère: "Ces nominations relèvent directement de MAM, la ministre de l'Intérieur, et du directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard."
Soit un homme de Nicolas Sarkozy, tout comme Bernard Squarcini. Le Président tient donc dans sa main tout l’avenir de la DCRI.
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il y aura des tee-shirt "DCRI" pour courir dans les rues ?.
Mais la sacrée vieille canaille
Espère bien me faire cueillir
Un jour par son FBI
Mais il peut courir
Je continue à penser
Envers et contre tous
Sans liberté de parler
On est moins que rien du tout
DCRI porté disparu!!
Faut que j'en parle à mon cheval
Honnêtement, je me méfie grandement de ce genre de projets. On sait déjà quels usages Sarkozy a pu faire des services de renseignement lorsqu'il était au ministère de l'Intérieur. L'homme qui est revenu à ce poste "pour protéger sa famille", n'allait naturellement pas hésiter à s'en servir pour des intérêts personnels. Je doute que cela s'arrange avec la création d'une entité plus large et plus puissante.
La seule chose qui aurait pu m'apaiser dans cet article, c'est le "ce que l’on surnomme à tort le FBI à la française se précisent". Je dis "pourrais" car je ne vois nul part l'explication de cette affirmation. Mais si ce n'est pas là le but rechercher, si ce n'est pas là le résultat possible, ma foi tant mieux (même si j'aimerais savoir quelle différence il y a exactement). Je tiens le FBI, le KGB (alias FSB) et toutes les organisations de ce type, pour des organes douteux du pouvoir exécutif et des outils de contrôle, plus que des outils dédiés à la sécurité des citoyens ; naturellement, cela varie selon les périodes, et il fut un temps où le FBI était sans doute pire encore qu'aujourd'hui (je pense au maccarthisme ou à l'entre deux guerres) et le KGB même sous le soviétisme n'était pas si puissant qu'aujourd'hui: il était la main de l'Etat, mais il n'était pas l'Etat.
Bref, quelques inquiétudes, pour ma part. Naturellement, je ne pense pas que ça ira jusque là, je ne suis même pas persuadé que ça donne grand chose.
J'aurais aussi bien aimé en savoir un peu plus sur "les services de renseignement intérieur relevant désormais de la direction générale de la police nationale" que vous évoquez.
sérieusement , je partage vos inquiétudes .
A propos de FSB, il est urgent de (re)découvrir l'ouvrage des frères Jaurès et Roy Medvedev relatant l'internement de Jaurès, "Un cas de folie" ou "Comment en 1970 se débarrasser en URSS d'un intellectuel encombrant, ou les avatars du KGB et de la psychiatrie soviétique", paru chez Julliard en 1972.
Voici le texte de présentation de leur récit :
"Le 29 mai 1970, des médecins et des policiers pénètrent dans l'appartement du généticien soviétique Jaurès Medvedev et le transportent de force à l'hôpital psychiatrique de Kalouga. Un ouvrage scientifique récusant les théories de Lyssenko, des fragments d'un manuscrit sur la coopération internationale sont pour ses interlocuteurs les signes manifestes du dérangement mental du savant. L'homme repéré par le KGB est qualifié par les psychiatres qui l'interrogent de "personnalité psychopathologique avec tendances paranoïdes" et de "sujet atteint de dédoublement de la personnalité" parce qu'il ne se cantonne pas dans les tâches précises de son laboratoire.
L'important échange de correspondance que le savant entretient avec des étrangers, ses nombreuses protestations pour les violations des lois sur les
libertés publiques en URSS, son amitié enfin pour Alexandre Soljenitsyne et des écrivains ou artistes soviétiques, lui valent de passer aux yeux des psychiatres pour un élément déviant par rapport à la normale, méritant un traitement approprié. Le frère jumeau de Jaurès Medvedev, Roy, fait appel aux savants et écrivains amis de Jaurès qui, d'une manière inattendue pour les autorités, font éclater un scandale national et international. Le savant, malgré des procédés kafkaens, est enfin libéré au bout de dix-neuf jours.
L'expérience de Jaurès Medvedev est un témoignage qui concerne en premier les citoyens d'URSS. Il démontre comment, pour éviter des procès retentissants, la police se sert des psychiatres pour réduire tout dissident au silence. Mais ce livre ou le récit du "dedans" par Jaurès alterne avec la description du "dehors" par Roy, dépasse de beaucoup la nationalité des auteurs. Nos sociétés industrielles ne risquent-elles pas de considérer tout citoyen qui n'entre pas dans les normes du Système comme un sujet anormal et la psychiatrie ne serait-elle pas le moyen le plus subtil et le plus efficace pour faire disparaître ces éléments aberrants ? Il ne s'agit pas là malheureusement d'un scénario de science-fiction."
Qui sera le Hoover français?:Pasqua?, Marchiani?
il faut voir le bon côté des choses : on aura peut-être ainsi nos Mulder et Scully à la française pour enquêter sur les non-humains qui nous gouvernent ;-)
Des aliens gouvernent la France ? Bon sang, mais c'est bien sûr ! C'est pour cela que Sarko secoue tout le temps la tête : ce sont ses antennes qui le démangent.
Et si je crie vive la normandie libre.
je suis donc fiché dans tout les rouages?
private joke inside lol
Je ne comprend absolument pas le passage suivant « policiers enquêteurs de la DCRI et les officiers de police judiciaire sera définie de façon beaucoup plus stricte. Il ne sera plus possible pour un seul policier d’exercer successivement comme enquêteur et comme OPJ ».
Enquêteur, c'est un terme qui n'existe plus, le corps des enquêteurs a été reversé dans le corps des gardiens de la paix il y a bien longtemps.
Un policier « n'exerce pas » comme OPJ. Soit il est APJ, soit il est OPJ, il est forcément l'un des deux. Il s'agit de qualifications judiciaires définissant l'étendue du pouvoir judiciaire du concerné. La différence notable entre l'APJ et l'OPJ, c'est le fait que l'OPJ peut décider d'un placement en garde à vue ou d'une perquisition.
Mais la fonction ne découle pas de cette qualification judiciaire. Ce passage est donc incompréhensible. Certains « enquêteurs » sont OPJ, d'autres sont APJ, il n'y a pas de fossé à dresser entre les uns et les autres, puisqu'ils travaillent de concert.
Le projet de fusion entre RG et DST me laisse quant à moi un arrière goût amer, celui que l'on a quand on a l'impression qu'il vient de se passer quelque chose d'important mais qu'on ne parvient pas à discerner totalement les contours du problème.
Tout d'abord en rappel la définition de ce qu'étaientt la DST et les RG (il s'agit d'une citation de Wikipedia):
"La Direction de la surveillance du territoire (DST) est un service de renseignements du ministère de l'Intérieur chargé historiquement du contre-espionnage en France. Cette dernière compétence n’est plus la seule qui soit dévolue à la DST ; depuis la disparition du bloc soviétique, s’y ajoutent la lutte anti-terroriste, la lutte contre la prolifération (matériels sensibles ou militaires) et la protection du patrimoine économique et scientifique français. Cette dernière spécialité relève de l’intelligence économique. Elle est membre de la communauté française de renseignement. Elle constitue sans doute la structure la moins visible et l'une des plus discrètes de la police nationale. C'est que sa mission de contre-espionnage civil et militaire ne concerne pas le grand public et requiert une confidentialité particulière. L'identité des personnels ainsi que la nature des opérations auxquelles ils participent relèvent d'ailleurs du secret-Défense et du confidentiel Défense."
"La direction centrale des Renseignements généraux (DCRG), souvent appelée les Renseignements généraux (RG ou RGx), est un service de la direction générale de la police nationale (DGPN), dépendant de ce fait du ministère de l'Intérieur et membre de la Communauté française de renseignement . Sa mission est « la recherche et la centralisation des renseignements destinés à informer le gouvernement », essentiellement les renseignements sur la sécurité intérieure. Elle est également chargée de la surveillance des champs de courses et des établissements de jeux. Les Renseignements Généraux sont apparus véritablement à la fin du XVIIIe siècle et leur rôle a évolué au fil des années."
D'un coté donc un service chargé du contre espionnage et la lutte anti terroriste et de l'autre un service chargé de renseigner le gouvernement. En fait ce dernier donne au gouvernement des informations sur l'état d'esprit de la population, l'informe sur l'activité des partis politiques d'opposition, des syndicats et de leurs militants.
C'est là que le sentiment de gêne me saisi. Dans une même direction seront "traités" l'anti terrorisme et l'activité syndicale et/ou politique traditionnelle. Il y a là une confusion des genres extrèmement préjudiciable à la démocratie. Certains me diront que c'est le fichage des opposants qui pose problème et qu'il doit disparaître. Certe cela est vrai mais je ne crois pas un instant qu'un gouvernement quelqu'il soit se prive des moyens d'Etats pour surveiller même de façon soft son opposition. Alors en partant du principe qu'il y a de bonnes chances que cette pratique perdure le fait qu'elle soit maintenant de la compétence d'une structure qui fait aussi de l'anti terrorisme ne peut qu'inquièter.
Cet amalgame entre opposition et terrorisme est une tentation qui dans certains pays a déjà été franchi. Songeons un instant au Patriot Act...
Cette modification apparemment seulement technique (le rapprochement de deux administrations pour des raisons d'efficacité et d'économies d'échelles) me semble ouvrir des possibles bien plus dangereux et qui mériteraient peut être une analyse un peu plus critique.
Historiquement les régimes démocratiques ont tenté - sans succès exaltant, il faut bien le dire - de parer au risque totalitaire que font courir les services de renseignement & de sécurité sur la vie politique (le secret et leur autonomie relative leur permettant de s'émanciper de la tutelle des civils) en les divisant.
C'est ce qu'a fait en France De Gaulle. Rappelons que le danger représenté par de tels services avait conduit Truman à dissoudre l'OSS, avant de se résoudre à le re-créer avec le National Security Act de 1947 créant la CIA.
Sarkozy est en train de remettre en cause une mesure de sauvegarde de la démocratie mis en place par De Gaulle.
C'est effectivement inquiétant... Si encore il ajoutait à cette réforme un Comité parlementaire de surveillance de ces services, comme il en existe aux USA, en Italie & en Belgique, on aurait un léger contre-poids institutionnel. Mais rien à espérer de ce côté-là.
En outre, la réforme de l'accès aux archives de l'Etat est à comprendre comme faisant partie intégrante de cette réforme anti-démocratique de l'Etat.
J'ajoute que du point de vue du contre-terrorisme, la centralisation peut être contre-productive, comme l'indique Scott Atran (The Moral Logic and Growth of Suicide Terrorism, Washington Quaterly, p.16):
http://jeannicod.ccsd.cnrs.fr/docs/00/05/99/38/PDF/TWQ06spring_atran.pdf
Les Renseignements Généraux, police politique créée par le gouvernement de Vichy, n'auraient jamais dû survivre à la Libération. Ils n'ont jamais été le garant d'une quelconque démocratie, c'est exactement le contraire.
S'il est difficile de dire ce que va produire la fusion DST-RG, en revanche, il est bien certain que nous vivons sous un régime totalitaire depuis déjà quelques décennies.
Qui plus est, la France est bien le seul des pays dits "démocratiques" à disposer d'une police politique.
mais justement , sarkozy a crée un contrôle parlemantaire des services de renseignement en France, avec pas mal de limites justifiées cela dit.
Rationaliser les services chargés de la sécurité intérieure en évitant que deux services concurrents ne se tirent dans les pattes, pourquoi pas ?
Mais je partage les inquiétudes de beaumasque, d'une part sur les dangers que fait courir une concentration excessive des dossiers sensibles dans un service unique qui acquiert de ce fait un pouvoir considérable, d'autre part sur une éventuelle confusion des genres entre ce qui relève vraiment de la sécurité intérieure et le renseignement à caractère politique - lequel n'a pas raison d'être dans une démocratie.
De surcroît, cette réforme laisse a priori entier le problème de la coordination entre cette future DCRI et la DGSE, qui recueille des renseignements de même nature à l'extérieur du territoire. Est-on sûrs que, par exemple en ce qui concerne la lutte anti-terroriste, il n'y aura pas de ratés dans la transmission des informations, comme il y en a eu entre la CIA et le FBI ?
Bonjour.
Adieu Audiard: "Un barbu c'est un barbu, deux barbus c'est des barbouzes".
Anecdote vécue.
Il y a environ trois ans.
Grève à l'aéroport de Montpellier.
Vers 13 heures.
Sur la pelouse, en face, les dangereux grévistes saucissonnent dans la joie et le vin de pays, banderoles posées à terre.
Sur le quai, devant l'aérogare, deux 'en uniforme' discutent avec un 'en-civil' qui camescope les grévistes.
Juste à côté: Un couple âgé.
Le reste du quai est désert.
_ "C'était plus facile du temps des grèves de Carmaux, FR3 nous repassait ses rushs".
Dit à haute voix et avec nostalgie le 'en-civil'.
"Bravo pour la déontologie des journalistes", remarque le "vieux" juste à côté.
Les trois nous lancent un regard noir et inquiétant.. Sauvés au bénéfice de l'âge?
Ils se contentent d'aller continuer de discuter et filmer qq mètres plus loin.
Le 'vieux' couple n'a pu embarquer vers Paris que le lendemain.
Après bien des difficultés pour trouver une chambre d'hôtel à Montpellier-ville et visité un quartier 'rénové' à l'architecture un peu trop 'systématiquement moderniste' (rappelant l'architecture 'stalinienne') en version 'néo-relookée-moderne'.
Bon dimanche.
Jc
Edit: On va pouvoir aller se baigner à la "piscine" du Boulevard Mortier?
Ce serait sympa d'en faire une extension de "Paris-plage".
Quelle macédoine! Le gâte-sauce est recalé. Il ne sera jamais le chef qu'il avait pourtant promis de devenir. M'enfin! Il restera tjrs la cuisine maison car dans toutes les maisons, la cuisine, on connaît. Quatre ans de malbouffe à venir... Ça craint!