Bajolet nommé coordinateur : Sarkozy prend la main sur le renseignement

C'est la dernière touche à la réorganisation des missions de renseignement en France : la responsabilité principale passe du Premier ministre au président de la République. La lettre de mission qui confirme l'ambassadeur Bernard Bajolet dans sa fonction de coordinateur fondamental entre les services secrets couronne le travail de refonte radicale entrepris par le préfet Claude Guéant dès son arrivée à l'Elysée comme secrétaire général de la Présidence.

Il n'a sûrement jamais oublié l'avertissement lancé naguère par un des interlocuteurs : si vous laissez prospérer les rivalités entre services secrets, ils n'auront bientôt plus aucun poids, ni en France ni à l'extérieur. Donc Guéant veut en finir avec les querelles entre agents secrets.

Avant cette décision, le coordinateur était un simple conseiller du ministre de la Défense -en la personne du général Rondot, déjà retraité-, puis du Premier ministre, notamment au travers du secrétariat général de la Défense nationale. La modestie de ces postes en disait long sur l'estime du pouvoir à l'égard du renseignement stratégique.

13 000 fonctionnaires concernés, dans plus de vingt services

La première révolution a été la fusion de la DST et des RG, au sein de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), avec à la clé une nouvelle définition du secret défense. Aujourd'hui, dans la foulée du livre blanc sur la Défense, le président de la République prend donc tout en main, il bouscule sans ménagement les structures.

Un conseil national du renseignement placé auprès du Président, complété par un conseil national de défense et de la sécurité, avec l'appui d'un secrétariat général de la Défense nationale relooké, permettra au Président de prendre toutes ses décisions en connaissance de cause.

Assisté d'une équipe très réduite, le coordinateur devra veiller à la bonne harmonie entre les quelques 13 000 fonctionnaires émargeant dans tous les deux dizaines de services de renseignement, civils, militaires et même financiers, ce qui est tout à fait nouveau. Verra-t-on à terme se réduire le nombre de services secrets, qui dépassaient la vingtaine ? La personnalité du coordinateur nous indique dans quel sens son travail sera orienté : énarque, arabisant, titulaire de nombreux postes dans le monde islamique (Damas, Bagdad, Amman, Algérie jusqu'à cet été ) Bajolet est aussi et avant tout un ambassadeur. Le Quai d'Orsay garde donc la haute main sur les services, au détriment du Premier ministre, de l'Intérieur et de la Défense.

Un coordinateur sous surveillance des proches collaborateurs de Sarkozy

Bajolet est réputé pour son franc parler, pour son ardeur dans les missions difficiles : durant la crise des otages d'Irak, quand les journalistes Chesnot et Malbrunot ont été enlevés non loin de Bagdad, il n'a pas compté son temps pour renouer les fils avec les ravisseurs.

Son activisme peut même laisser présager des frictions avec ses partenaires : il sera tenu de près par Jean-David Levitte, le « sherpa » du Président chargé des affaires étrangères. Mais surtout par le préfet Claude Guéant, lequel apparaît désormais comme le vrai patron du renseignement français. Quand il dirigeait le cabinet de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, il s'était passionné pour la questions.

Aujourd'hui à l'Elysée il dispose des outils indispensables pour que le Renseignement sous toutes ses formes devienne une composante majeure des moyens d'action désormais concentrés entre les mains du Président.

16 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de parousnik

De parousnik

11H47 | 07/08/2008 | Permalien

A notre dictateur chéri, buvons un coup de ce Bajolet nouveau !

Portrait de toulagui

à parousnik Portrait de parousnik De toulagui

L'ami de sa majesté (humour) ! | 15H21 | 07/08/2008 | Permalien

Ca commence quand même mal avec, pour pouvoir boire. Les Sarko Info Services n'ont pas senti que l'ambassadeur de Chine en France allait mettre leur boss au pas (il avait dit que si sarko recevait le Dalai Lama, ça pourrait chauffer, et le pauvre Sarko avait ronchonné « ce n'est tout de même pas un drame que de recevoir qq qui a eu le prix nobel »).

Aujourd'hui force est de constater que le patron se pliera à la volonté de l'ambassadeur de Chine.

Les services de Bajolet auraient dû le préparer à cette humiliation.

Portrait de ALLAIN JULES C@MMUNICATION

De ALLAIN JULES C@MMUNICATION

12H04 | 07/08/2008 | Permalien

Franchement, l'hyperprésident ne veut rien laisser passer.

-Médias
-Nominations.
-Dans nos têtes bientôt ? ? ?

http://allainjulesblog.blogspot.com/

Portrait de pablico

à ALLAIN JULES C@MMUNICATION Portrait de ALLAIN JULES C@MMUNICATION De pablico

14H50 | 07/08/2008 | Permalien

c'est un président poulpe. c'est très bien, mais si il perd pour une quelconque raison le pouvoir, c'est l'implosion dans l'appareil d'état.
très très dangereux, pour l'état bien sur. Ce monsieur ne prévoit le lendemain qu'avec lui, l'immortel, l'omniprésent.

Portrait de Blaise11

De Blaise11

I'm hard, but I'm fair. | 14H50 | 07/08/2008 | Permalien

Le traitre !

Il leur avait promis !
Elles devaient être les reines des guest list s'trasse et fayotes !
Les Big Sisters promues étantard de l'anti-mysoginie ambiante !

Finalement Edvige et Cristina seront capotées par un vieux croulant d'ambassadeur !

Tristes pires !

Portrait de Alcide Nikopol

De Alcide Nikopol

Passé a l'Est | 14H12 | 07/08/2008 | Permalien

Lorsque Sarko avait été nommé a l'Interieur, il avait eu ces mots (de mémoire) : « J'ai maintenant les moyens de retrouver ceux qui me veulent du mal »

Suite a quelque affaire privée sordide qui semble bien peu de chose en comparaison de ce qui allait suivre.

Bien avant la présidence il affirmait publiquement sa volonté d'utiliser les services de l'Etat a des fins personnelles. Ce type qui ne fait pas la difference entre sa personne et l'Etat Francais nous en réserve de belles…

Portrait de Blaise11

à Alcide Nikopol Portrait de Alcide Nikopol De Blaise11

I'm hard, but I'm fair. | 15H14 | 07/08/2008 | Permalien

« Bien avant la présidence il affirmait publiquement sa volonté d'utiliser les services de l'Etat a des fins personnelles. »

Vous avez une rèf à ça ? une citation ?

Portrait de uclu

De uclu

14H19 | 07/08/2008 | Permalien

Donc, notre PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ( je boycotte ses noms et surnoms, car ça le rend apparemment moins dangereux..), va trouver les nazeurs -pastillards de rue 89 ! ( je plaisante, mais c'est affreux) Merci de l'article !

Portrait de dalun

De dalun

14H20 | 07/08/2008 | Permalien

…. » communiquer ? toi aussi tu voudrais communiquer ? communiquer quoi ? tes remblais ? -la même erreur toujours .Vos remblais les uns les autres ? ….Tu n'es pas encore intime avec toi , malheureux , pour avoir à communiquer « ..H MICHAUX …….. c'est ma réponse aux écoutes des bigsisters ! et mon cadeau à ns , ça peut l'occuper un temps .

Portrait de Di

De Di

mère déchlorurée (papotable) | 15H52 | 07/08/2008 | Permalien

A le voir tout faire pour être partout « le seul », on peut effectivement se demander s'il n'a pas, vraiment, perdu la raison.

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 17H45 | 07/08/2008 | Permalien

A vouloir à tout prix se défouler en s'en prenant à la personne de l'« omniprésent », égocentrique mais bordélique président, il me semble que les commentateurs se gourent ; ils feraient mieux d'aller droit à la substance des choses : la reprise en main du renseignement par la présidence consacre la phase « Fouché-Talleyrand » du régime (pré-)bonapartiste sarkozyen.

Le président contrôle désormais tous les rouages de la police (répression, expulsions, à propos desquelles Michèle Alloit-Marie est réduite au simple rôle de potiche et faire-valoir), du renseignement intérieur et extérieur (fichiers compris, dont Edvige, Cristina, ce dernier étant protégé par le secret défense), de la défense (réduite à la portion congrue, mais c'est le choix du président en vue d'une simple « contribution » française à l'OTAN) et de la diplomatie (dont on a pu mesurer l'inanité en rapport avec la Chine). Ce n'est pas pour rien que Morin à la défense et Kouchner au Quai d'Orsay ont été choisis comme hommes de paille. Le pouvoir leur échappe totalement, ce ne sont au mieux que des bonimenteurs du président. A cet égard, je suis surpris par l'argument de l'article selon lequel le Quai d'Orsay conserverait une sorte de « droit de regard » à travers la personne de Bajolet.

Bajolet a été choisi comme nouveau « conseiller » de Sarkozy. Il pourra toujours s'empailler avec Lévitte à l'Elysée s'il en éprouve le besoin, on restera entre gens du sérail -- mais dans la pratique, c'est le président qui régira tout.

Ajoutons à cela Hortefeux à l'immigration, un très proche de Sarkozy depuis longtemps, et la boucle est bouclée.

Nous sommes au jour J-1 de l'instauration de la dictature. Une bonne déglingue du service public de la radio-télé, une meilleure coordination des organes de presse dont la direction exécutive est déjà inféodée au président, quelques nouveaux détricotages de la législation et de la réglementation sociale à droite et à gauche, et le tour sera joué.

Reste un phénomène absolument majeur que la présidence est incapable de maîtriser : une conjoncture économique qui va en se dégradant à la vitesse grand V, et qui aura tôt fait de déboucher, non pas sur une récession (si ce n'était que cela, passe encore, oserai-je dire ! ) mais sur une DEPRESSION partagée par la plupart des puissances occidentales.

Sarkozy sait ce qu'il faut en attendre. On peut compter sur lui « pour faire la police ». Il n'a pas besoin du gouvernement, et à peine un peu plus du parlement. Il sera le président non de la « rupture » mais de la fin. On ne reste pas que simple président de la République dans de telles circonstances.

Portrait de Servais-Jean

à Jaycib Portrait de Jaycib De Servais-Jean 4591

alpha-béta | 02H12 | 08/08/2008 | Permalien

Vous avez raison mais comment le faire comprendre aux 53% des électeurs qui l'ont choisi ?
Comme dit la chanson : Tu m'as voulu, tu m'as eu.
D'autres avant nous se sont fait avoir et pourtant certains d'entres eux en redemandent, l'exemple italien est en cela un cas d'école, Mussolinni ne leur a pas servi de leçon contrairement aux allemands.

Portrait de marigae

à Jaycib Portrait de Jaycib De marigae

06H56 | 08/08/2008 | Permalien

Je pense que « comparaison n'est pas (toujours) raison'…a l'époque de Napoléon je ne sais pas si plus de la moitie des règles du jeu étaient établies au niveau européen, je ne pense pas que les décisions étaient autant dispersées et reparties sur le territoire.
Il va sans dire que la diplomatie, l'intérieur, le renseignement restent des piliers nationaux et qu'ils font l'objet d'un recentrage maladif. Mais je ne suis pas sure que cela suffise pour copier coller l'issue passée de tels changement a ce qui va se passer ici et chez nos voisins.

Portrait de Jaycib

à marigae Portrait de marigae De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 21H23 | 09/08/2008 | Permalien

Je ne suis pas sûr de bien vous comprendre. Une nouvelle mouture du bonapartisme en France ne serait plus possible du fait de l'existence de l'Europe ? ou d'une dispersion des centres de décision sur le territoire (conseils régionaux et/ou généraux) ?

Ce serait accorder beaucoup de crédit à une Europe politique en fait quasi-inexistante et à la puissance toute relative des régions. On le voit bien aujourd'hui : en quoi les régions ont-elles pu s'opposer à la volonté unidirectionnelle du président ? et comment l'Europe pourrait-elle faire échec à ses visées, à supposer qu'elle le veuille ?

La dépression économique qui s'annonce sera « réglée » politiquement en fonction des ambitions et des possibilités respectives des gouvernants. Dans les années 30, on a eu Roosevelt d'un côté et les nazis de l'autre.

Nicolas Sarkozy a déjà choisi de monopoliser les pouvoirs. Ce n'est peut-être pas un nazi, mais c'est encore moins un Roosevelt.

Portrait de Xoloscuintle

De Xoloscuintle

Secrétariat | 17H00 | 08/08/2008 | Permalien

HO hé bien si vous voulez un renseignement faites le numéro de l'Elysée et vous le demandez directement a Mr Barjolet c'est plus simple NON ? ? ? ? ?

Portrait de zenobie79

De zenobie79

citoyenne | 16H56 | 10/08/2008 | Permalien

Le danger réside toujours dans la concentration des pouvoirs et, en l'espèce, au pouvoir de gens incultes sur le plan international. Le petit Nicolas a, lui-même, avoué qu'il ne connaissait rien au monde arabe. Il disposait, au Quai d'Orsay, d'une cellule compétente avec des gens qui ont séjourné longtemps dans les pays arabes, qui parlent la langue, connaissent les us et coutumes et ont créé des réseaux relationnels. Mais on préfère mettre tout cela au panier, c'est tellement plus simple d'obéir aux néoconservateurs américains qui vous expliquent qui sont les bons et qui sont les méchants à qui il faut taper sur les doigts.
On assiste au démontage de l'état français, avec la vente au privé de toutes les infrastructures qui devraient être sous le contrôle (direct ou indirect) de l'état (voies de communication, accès à l'énergie, à la santé, à l'éducation, …) et avec l'inféodation de la politique étrangère aux néoconservateurs US. Ensuite, vous rajoutez une bonne pincée de propagande en faveur des tests ADN, des caméras de vidéosurveillance, des fichiers de toutes sortes (sécurisés disent-ils), de contrôle des médias dominants et voilà le travail ! ! Mais, pour aller où ? Au fond du gouffre sans doute mais après ?
Non, décidément, le petit Nicolas qui, pour certains, incarnait la modernité est un « has been » dans toute sa splendeur et va nous entraîner droit dans le mur sur son petit vélo sans frein.
La seule bonne question est ; « quand réagirons-nous ? Pouvons-nous le destituer pour arrêter la catastrophe s'il en est encore temps ? “

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