
La fuite, argument anti-Colonna sans fondement juridique
Dans le procès qui vient de s'achever aux Assises, le principal argument, l'incrimination majeure de l'accusation et des parties civiles a été : Yvan Colonna est coupable puisqu'il a pris la fuite. La fuite en mai 1999 quand ses amis ont été arrêtés, la fuite encore devant le tribunal en « abandonnant » le box des accusés. Une « fuite » qualifiée de tous les noms d'oiseaux. « Lâcheté », a répété Me Philippe Lemaire à satiété.
Or cette incrimination est un pur mythe, totalement absente du code pénal, alors qu'elle n'a cessé d'apparaître comme un argument massue et décisif pour l'accusation. Le « délit de fuite » n'existe que dans le code de la route (art. 434-10 et 434-45 du code pénal).
Au pénal, il est même considéré que la « fuite », c'est-à-dire l'action de se soustraire aux poursuites, surtout en l'absence de toute condamnation comme dans le cas Colonna, est une sorte de droit inhérent à la personne.
Et pourtant, c'est pour cette raison précise que le Corse a été condamné non seulement à perpétuité, mais encore à vingt-deux ans de sûreté, une mesure qui est une « punition » supplémentaire.
A 49 ans, il ne peut en tout état de cause espérer être « élargi » avant ses 71 ans. Il ne sortira de cellule que comme un vieux. S'il persiste à pratiquer le sport intensif, il aura une petite chance de ne pas devenir fou.
« Mais où avez-vous trouvé la notice du parfait innocent ? »
Il a « pris la fuite ». Qu'est-ce que signifie cette formule cliché qui apparaît trop souvent dans les comptes-rendus de faits divers ?
Je cite l'analyse lumineuse d'un internaute qui n'est pas corse, à ma connaissance. Il reprend la formule assénée par les parties civiles -« Un innocent ne fuit pas » :
« Mais où avez-vous trouvé la notice du parfait innocent, dans quel rayon des idées toutes faites ? Le contexte local à cette époque était si particulier… Ces centaines de personnes emmenées en garde à vue, voire incarcérées…
Qu'eussiez-vous fait si votre nom était apparu soudain ? Avec en plus l'aval d'un ministre de la République ?
J'ignore si cet homme est innocent ou coupable, mais on ne peut se baser pour définir l'un ou l'autre sur nos idées (pêchées où ? ) de ce que doit être un innocent “standard”, car chaque personne a ses propres réactions, suivant sa culture, son milieu, sa réactivité…
La cavale ne prouve rien, ni dans un sens, ni dans l'autre, et cessons de formater ce que “doit” être un innocent, un coupable. »
Il faut le savoir, cette formule -« Il a pris la fuite“- est issue du vocabulaire policier : elle désigne l'attitude d'un délinquant qui après avoir commis son forfait se sauve pour échapper aux poursuites policières. Il s'agit de dévaloriser l'attitude irresponsable et lâche de personnages désignés à la vindicte sociale.
En 1939, les fuyards étaient les républicains espagnols, la ‘canaille rouge’
Qui sont les cibles ? Les bandits, naturellement. Qui sont les bandits ? Les délinquants de droit commun ? Pas seulement. Tous les régimes dictatoriaux du monde définissent comme ‘bandits’ tous les hommes et les femmes qui n'entrent pas dans le moule social, et sont amenés à commettre des actes contraires au droit.
Droit pénal, mais également droit politique. Même les démocraties se livrent à l'exercice : en 1939, la grande presse française définissait les soldats républicains espagnols cherchant à échapper aux armées franquistes comme ‘cette canaille rouge tentant d'échapper au glaive de la justice’.
Pendant la guerre, l'Affiche Rouge regroupant l'ensemble des hommes du groupe Manoukian visait expressément à criminaliser des résistants, tous d'origine étrangère en l'occurrence, coupables de résister à l'occupant nazi en commettant de terribles forfaits.
Terrible n'est pas trop fort. Et ils étaient en fuite puisqu'ils n'étaient pas entre les mains de la Gestapo.
D'une façon plus générale, le ‘délit de fuite’ a été pendant la guerre imputé à tous ceux qui n'acceptaient ni l'occupation nazie ni le régime de Vichy. Ainsi, quand le Général de Gaulle a ‘pris du recul’ en Grande-Bretagne pour mieux animer la Résistance, il a été unanimement désigné comme un ‘un fuyard, un lâche’ qui refusait d'assumer ses responsabilités en France.
On pourra d'ailleurs rappeler que durant la Seconde Guerre mondiale, l'Etat français a imaginé, notamment pour poursuivre les exilés, les ‘fuyards’, les sections spéciales, tribunaux à formation spéciale qui avaient pour objet la lutte contre les ‘criminels politiques’.
Résistants ou fellaghas, tous fuyards
Ce fameux ‘délit de fuite’ a été encore systématiquement utilisé pendant la guerre d'Algérie, comme prétexte pour justifier les ‘corvées de bois’, c'est-à-dire pour les exécutions sommaires sans jugement. Parmi les victimes, le mathématicien Maurice Audin.
Durant toute la durée des guerres coloniales l'attitude des milieux politiques a perduré.
Le fuyard, l'exilé est désigné comme un criminel du fait même de sa fuite. Il est coupable de ne pas s'être livré aux autorités, puisqu'il n'accepte pas la férule qu'on entend lui imposer. Il doit reconnaître de gré ou de force la légitimité de l'Autorité.
En bref, Yvan Colonna a été condamné au nom d'un texte qui n'existe pas. Au nom d'un concept moral, d'un principe de droit qui n'existent pas.
Didier Wacogne qui a mené son procès, s'est vu signifier qu'à partir de septembre prochain il ne présiderait plus une cour d'assises. Est-il désavoué pour sa conduite du procès Colonna ?
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à Tita
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 20H25 | 02/04/2009 |
un peu dans le même sens que lorsque l'on parle des « preneurs d'otages » pour parler des grévistes du rail…
à FabiendeMénilmontant
De Tita
oiseau | 21H08 | 02/04/2009 |
Tout à fait.
Là, c'est pour dénigrer, mais on a aussi le même genre de métaphores pour valoriser. Les amoureux le savent bien (ma fleur, mon ange, ma princesse, etc…)
à Tita
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 21H12 | 02/04/2009 |
j'ai déjà subi des grèves, de SNCF alors que je devais changer de gare à Paris pour traverser la France, ou de RATP depuis que je vis à Paris. dans ces cas-là, on ne m'a jamais mis de revolver sur la tempe.
mais me faire appeler « mon » truc… je n'aime pas trop non plus. faut pas abuser !
à FabiendeMénilmontant
De Tita
oiseau | 22H46 | 02/04/2009 |
Mon dieu, mon dieu, mon dieu.
oups, pardon : Mon Fabien, mon Fabien, mon Fabien…
à Tita
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 22H48 | 02/04/2009 |
monte là-dessus, tu verras mon tartre ! (supplique à la dentiste, en passant)
à FabiendeMénilmontant
De Tita
oiseau | 23H31 | 02/04/2009 |
mais ni mon temps, ni des-sans-dents ne voient le dentiste.
Quelle époque !
à Tita
De Hemenate
00H41 | 03/04/2009 |
» Et si Ph. Madelin cherchait simplement à démontrer qu'on utilise souvent le mot « fuyard » (et sa connotation négative) pour dénigrer ceux qu'on veut rejeter ? «
Effectivement, cependant ce mot est-il parfois appliqué à bon escient ?
Oui, c'est indéniable.
Donc le fait qu'on ai employé ce mot dans dans des périodes sombres ne prouve absolument rien concernant Mr Colonna.
Ce n'est pas parce que Mr Colonna a fuit qu'il est coupable, ce n'est pas non plus parce qu'on le lui reproche qu'il est innocent.
Que je sache la condamnation ne repose pas simplement sur la fuite (comme voudrait pourtant le faire penser l'auteur)
Quand on vient a faire des comparaisons aussi odieuse pour tenter d'étayer un argumentaire, c'est en général que le raisonnement en question est fallacieux, c'est le cas en l'éspèce, c'est tout.
à Hemenate
De Tita
oiseau | 11H45 | 03/04/2009 |
Savez-vous la différence entre une personne économe et une personne avare ? Dans les deux cas, la tendance est la même, mais ces deux mots appliquent une connotation très différence : soit positive (économe) soit négative (avare). Pourtant le fait reste le même : « ne pas dépenser ». Ainsi, le choix du mot caractérise non seulement le fait, mais surtout la position du locuteur sur ce fait. On peut donc analyser les mots choisis pour déterminer la position du locuteur qui n'est JAMAIS neutre (même dit par un procureur ou un avocat). Vous dites « ce mot est-il utilisé à bon escient ? » et c'est justement la question que Ph. Madelin pose.
Ph. Madelin dans ce texte montre alors deux choses :
1) Que la personne soit coupable ou non, le mot « fuyard » est utilisé comme outils de propagande. A chaque guerre, on tente à la fois de faire croire que l'ennemie est dangereux, mais en plus qu'il n'est pas comme nous, pas humain (cf. Première guerre mondiale, la deuxième, la guerre contre Saddam Hussein, etc…). Dans une même optique, il suffit d'être dérangeant et de ne pas se soumettre pour être qualifié de fuyard (De Gaulle, les républicains Espagnols, etc…). La culpabilité ici, est celle de ne pas être « comme il faut » (républicains ou résistants menace le statut quo). A propos, savez-vous comment les nazis qualifiaient les résistants ? C'étaient des « terroristes » ! Et de leur point de vue, ils avaient raison. Comment qualifions-nous actuellement les poseurs de bombes qui agissent en dehors des ordres de leur gouvernement ? Ainsi, le choix du mot n'est pas anodin et il peut être analyser. Ph. Madelin étale ici quelques exemples d'usage du mot « fuyard » pour en montrer comment il est utilisé pour dénigrer. Les exemples choisis montrent souvent des « fuyards » que l'histoire occidentale présente généralement de manière plus valorisée. En pointant ce décalage entre les deux descriptions (celle que l'histoire en fait et celle du « fuyard »), Madelin parvient à montrer que c'est un choix. Cela ne signifie pas, bien sûr, que tous les exemples soient comparables, coupables ou que sais-je, mais cela signifie une certaine propension à utiliser ce mot de fuyard quand on veut dénigrer.
2) Dire que le procès fut basé sur le seule argument de la fuite est ridicule (je vous l'accord) mais je n'ai pas lu cela dans l'article. Par contre, Madelin explique que le mot fut utilisé plusieurs fois de manière insistante pour décrédibiliser Colonna, lui enlever son humanité, en faire un « pas comme nous » (pratique propagandiste nous aidant ainsi à tuer en temps de guerre ou à condamner dans un tribunal) avec l'idée que « Nous, nous sommes des humains qui ne fuyons pas. Nous ne sommes pas lâches ». Madelin explique donc dans ce texte que cet aspect du procès relève plus de la propagande que du droit.
Il n'est pas fait dans ce texte mention des autres aspects du procès. Cependant, si cela vous intéresse, il y a sur le blog de Madelin, une série d'articles qui s'attache à chaque aspect du procès.
à Tita
De Hemenate
13H00 | 03/04/2009 |
« Par contre, Madelin explique que le mot fut utilisé plusieurs fois de manière insistante pour décrédibiliser Colonna »
En reproduisant exactement le même mécanisme que celui qu'il entend dénoncer…
à Hemenate
De Tita
oiseau | 15H15 | 03/04/2009 |
En reproduisant plusieurs exemples de l'usage du mot, usage qu'il dénonce….
Parce que dénoncer quelque chose sans illustrer cette chose de quelques exemples (que l'on dénonce), c'est un peu comme accuser les nazis de crime contre l'humanité sans parler des camps et des chambres à gaz de peur d'être soi-même pris pour un nazi. Pourtant, tout ceux qui parlent des chambres à gaz ne sont pas nécessairement des nazis, ou alors je n'ai pas compris ma lecture de Primo Levi, de Kielar Wieslaw ou même de mes livres d'histoire.
à Tita
De Hemenate
17H46 | 03/04/2009 |
Les camps de concentration concernent-ils le nazisme ?
Les fellaghas concernent-ils Mr Colonna ?
Voilà la différence, Primo Levi parle avant tout de son sujet.
à Hemenate
De Tita
oiseau | 19H11 | 03/04/2009 |
Vous posez mal les questions me semble-t-il :
Les fellaghas sont-ils des fuyards ?
De Gaule est-il un fuyard ?
Colonna est-il un fuyard ?
Dans chacune de ces phrases, si le sujet grammatical change, le COD reste invariable. Là est la similitude permettant l'analyse, l'analyse du mot fuyard.
à Tita
De Hemenate
10H53 | 04/04/2009 |
Ben oui c'est bien ce que je dis, cette tribune est une pseudo-analyse ( à sens unique) du mot fuyard, mais seulement dans le but de l'appliquer à Mr Colonna.
L'auteur tente de montrer le « Fuyard » comme une éternelle victime (Fellaghas, Résistants, Républicains espagnols), pour ensuite tenter d'appliquer ce statut de victime à Mr Colonna.
Il s'agit d'un non-raisonnement qui ne prouve absolument rien.
A part le mot fuyard l'auteur n'opère aucun rapprochement entre Colonna et les fellaghas, etc…
L'auteur se contente d'essayer de réaliser un transfert compassionnel sur la personne de Colonna.
Le mot terroriste a été appliqué aux résistants français, il a également été employé pour les attaques du 11 septembres.
C'est le même raisonnement, doit on effectuer un parrallèle entre les deux ?
Bref, c'est sur les faits qu'on prouve quelque chose, pas sur l'historicité de l'emploi d'un qualificatif.
à Hemenate
De Tita
oiseau | 12H46 | 04/04/2009 |
Alors tout comme l'auteur, vous dites que l'usage du mot « fuyard » ne démontre rien et que son usage envers Colonna, les fellaghas, les tout-ce-que vous-voudrez ne démontre rien que la volonté de manipulation… Et c'est exactement ce que dénonce Madelin sur l'usage répété de ce mot durant le procès Colonna.
Là, vous allez me répondre que pour faire cette démonstration, Madelin use de la même méthode et perd donc toute crédibilité.
Et je vous répondrais que pour faire une dénonciation, il vaut mieux donner des exemples de ce qu'on dénonce mais que donner des exemples ne démontre pas qu'on y adhère, seulement qu'on sait de quoi on parle et qu'on sait ce qu'on dénonce.
Là, vous allez me dire que les exemples sont orientés pour innocenter.
Et je vous répondrais qu'en mathématique, trouver un seul contre-exemple suffit à démontrer qu'un principe est faux. De la même manière que tous les assassins sont des hommes, tous les hommes ne sont pas des assassins pour autant et tous les fuyards ne sont pas des coupables pour autant, si la justice ne sait pas faire la différence, alors elle ne mérite pas son nom de « justice. »
à Hemenate
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 20H24 | 02/04/2009 |
il est donc nécessaire de rétablir la peine de mort pour pouvoir utiliser le terme de dictature ?
mais dans ce cas, Sarkozy n'aurait jamais présidé l'Union européenne, puisque pour être dans l'UE il ne faut pas appliquer la peine de mort.
tous les arguments sont bons !
Philippe,
Y aura-t-il quelque chose que le procès aux assises des trois du FLNC du 22 octobre qui comparaissent depuis hier devant la cour d'assises spéciale de Paris ? (attentats de 2003 et 2005)
Question subsidiaire : un sujet sur la nouvelle formule du Padduc ou bien on attend une nouvelle mutation de préfet (encore faut-il un nouveau Clavier…) ?
à FabiendeMénilmontant
De Hemenate
00H53 | 03/04/2009 |
« il est donc nécessaire de rétablir la peine de mort pour pouvoir utiliser le terme de dictature ?
mais dans ce cas, Sarkozy n'aurait jamais présidé l'Union européenne, puisque pour être dans l'UE il ne faut pas appliquer la peine de mort.
tous les arguments sont bons ! “
Devant être d'une acuité intellectuelle très inférieure à la votre je n'ai strictement rien compris à la teneur de vos propos.
Veuillez m'en excuser.
Amicalement.
NB : ‘un peu dans le même sens que lorsque l'on parle des preneurs d'otages ’ pour parler des grévistes du rail…”
Tout à fait d'accord.
Par analogie peut-être sommes-nous égalementd'accord pour faire également la différence entre Mr Colonna et un fellagha, et à ne pas être très emballés par l'appui de telles comparaisons au “raisonnement” de la tribune.
à FabiendeMénilmontant
De Ph.Madelin
écrivain | 15H57 | 03/04/2009 |
Vous êtes certain ? N'est-ce pas plutôt en correctionnelle ? Je vais voir demain
à FabiendeMénilmontant
De Ph.Madelin
écrivain | 16H06 | 03/04/2009 |
C'est à partir du 9 avril. Je vais essayer de voir ça
à Hemenate
De Ph.Madelin
écrivain | 23H01 | 02/04/2009 |
Je ne vois pas comment je pourrais nier des faits plus qu'avérés, à l'exécution de certains desquels j'ai assisté.
à Ph.Madelin
De Hemenate
00H49 | 03/04/2009 |
Ah bon ? ! !
Mais alors faire des comparaison entre Mr Colonna et les Résistants ou les fellaghas, ça ne serai pas un peu n'importe quoi alors ?
à Hemenate
De Tita
oiseau | 15H25 | 03/04/2009 |
Désolé de m'immiscer dans la conversation.
Mais quand vous allez chez le fleuriste, vous regardez les fleurs qu'on y propose, pas la nature des pots dans lesquels elles sont.
Pourquoi voir alors une comparaison entre Colonna et les fellaghas (les pots) tandis que l'intérêt est le facteur commun : le mot « fuyard » qui y est associé (les fleurs).
De Felix Liber
profession libérale | 16H29 | 02/04/2009 |
L'affaire Colonna ,qui ne fait que commencer, permettra peut être à un certain nombre de français de comprendre la nature réelle du régime politique dans lequel ils vivent (et qui malheureusement ne fait qu'empirer sous l'ère Sarkozy ! ).
Une justice aux ordres, qui plus est d'exception, est un déni de démocratie, quelques soient les oripeaux idéologiques dans lesquels aiment se vautrer les « bons républicains » ! Faut il qu'un peuple soit tomber bien bas pour accepter qu'en son nom, de telles impostures soient possibles ! Faut il que le conditionnement médiatique des masses soit puissant pour que perdure un tel système !
Quand les chiens de garde de la partie civile et de l'Etat( mais n'est ce pas la même chose en l'occurrence ? ) osent sans honte ce genre d'aboiements repris par les médias, nous sommes bien obligés de constater » qu'il y a quelque chose de pourri au royaume de France ! ».
On ne peut comprendre l'affaire Colonna hors de son contexte corse et de la manière dont la Corse est traitée par l'Etat français, les différents gouvernements, et l'opinion publique.
Colonna est « le berger corse » ! Donc lâche et manquant à tout sens de l'honneur en n'avouant pas et en prenant la fuite(il n'a pris que le maquis ! ) ! Dreyfus lui était juif et l'armée française antisémite, ceux qui avaient pris sa défense étaient traités de traitres à la France. A quand le « boucher auvergnat » ou le « plombier alsacien » prend la fuite en refusant de rendre son disque dur à cause de la loi Hadopi ? !
Tout ceci est une gigantesque mascarade organisée par un Etat qui s'est arrogé le monopole « légale » de la violence, sous toutes ses formes, comme manière de gouvernement . A -t-on jamais demandé des comptes à Jean-louis Debré pour avoir organisé la conférence de presse clandestine du FLNC de Tralonca quand il était ministre de l'intérieur, les armes avaient été livrées pour la photo de Paris-match et les gendarmes réglaient la circulation ! Non, Debré est président du Conseil Constitutionnel, génial ! A l'époque des gendarmes de l'Elysée, c'était le capitaine Barril lui même qui faisait les livraisons avec en prime des valises de pognon !
Après ça, on ne peut plus s'étonner de rien des que la Corse est en jeux ! Colonna a eu bien raison de s'enfuir, un « berger corse “ est forcément coupable !
Un rapport de l'ONU , publié le 3 mars 2008 , conclut que ‘ malgré l'existence d'une importante législation anti-discrimination , les membres des communautés minoritaires en France sont victimes d'une véritable discrimination raciale, ancrée dans les mentalités et les institutions. Le refus politique de reconnaître ce problème a entravé l'adoption de mesures propres à garantir l'application des dispositions législatives pertinentes et à corriger les inégalités complexes qui se sont installées ’.
Le rapport de l'ONU précise ‘ qu'en dépit des recommandations des organes anti-discrimination de l'Union européenne et des Nations Unies ,les gouvernements français successifs ont maintenu la position selon laquelle il ne doit pas y avoir de reconnaissance officielle des caractéristiques ethniques, religieuses ou culturelles des citoyens ’.
Précisant que la France n'a toujours pas ratifié ‘ la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales ’ du Conseil de l'Europe ni ‘ la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires ’ , le rapport de l'ONU conclut que le gouvernement français devrait :
‘ 1 – reconnaître l'existence de minorités nationales ou ethniques ,religieuses et linguistiques sur le territoire français et retirer sa réserve à l'article 27 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, concernant les droits des personnes appartenant à des minorités, et à l'article 30 de la Convention relative aux droits de l'enfant ;
2 – ratifier les instruments européens relatifs aux droits de l'Homme concernant les droits des minorités, notamment le Protocole numéro 12 à la Convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et la Convention-cadre du conseil de l'Europe pour la protection des minorités nationales. ’
De Servais-Jean 4591
alpha-béta | 16H35 | 02/04/2009 |
Devant une machine d'état devenue folle que faire, sinon fuir ?
Se cacher dans une bergerie tout en restant en Corse prouve à mon sens qu'il conservait une petite confiance dans la Justice pour faire toute la lumière sur cette affaire sinon il serait parti à l'étranger se refaire une autre vie et une autre identité.
Lors du procès il a compris que la Justice avait pour ordre de créer un « coupable » et qu'il n'avait plus rien à en attendre.
Abandonner le box des accusés devenait donc pour lui le dernier acte possible pour dire sa vérité.
J'y vois un lien avec l'affaire de Julien Coupat qui lui aussi, pour des raisons purement politiques, croupit dans les geôles de notre belle république.
De xavier-xavier
muntagnolu | 17H25 | 02/04/2009 |
Pour une fois, je suis d'accord avec Philippe Madelin : la fuite n'est pas en soi une preuve de culpabilité .
Par contre je trouve bien léger d'affirmer que le verdict est du à cette fuite !
Et surtout, je suis assez étonné par les rapprochements historiques auxquels procède l'auteur :
Les membres du groupe Manoukian n'ont en effet jamais fui : ils ont combattu les armes à la main le nazisme. L'affiche rouge n'a pas été placardée, contrairement à ce qu'affirme Philippe Madelin alors que la Gestapo les recherchait, mais après leur arrestation, lors de leur procès et de leur exécution.
De Gaulle, lorsqu'il a « pris du recul » à Londres, a lancé aussitôt son appel du 18 juin. Le seul appel lancé par Yvan colonna fut, 20 mois après, pour demander à ses présumés complices de revenir sur leurs accusations !
Quant au mathématicien communiste Maurice Audin, lui non plus n'a jamais fui, pas même une minute : arrêté un petit matin par les paras à Alger, il est mort sous la torture (et non pas, comme l'affirme Philippe Madelin, au cours d'une « corvée de bois »).
Bref, ces analogies à propos de la cavale d'Yvan Colonna me semblent peu fondées. L'histoire est revisitée, très approximativement, pour aboutir à un vague brouet où toutes les choses perdent finalement leur signification. C'est d'ailleurs un usage de l'histoire assez proche de celui de Sarkozy, quand il convoque Guy Moquet ou Jaurès.
à xavier-xavier
De Ph.Madelin
écrivain | 23H13 | 02/04/2009 |
L'argument de la « fuite » a été utilisée pour Audin, je vous le garantis. Il se trouve que cette affaire a pesé sur le début de ma vie de journaliste, quand j'oeuvrais pour l'AFP. Bon, je sais, ce sont des histoires d'ancien combattant de la guerre de 1870. Mais j'ai toujours dans ma bibliothèque le livre « La Question ».
à Ph.Madelin
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 19H36 | 04/04/2009 |
Monsieur Madelin, vos articles sur l'affaire Colonna sont de toute façon d'un tel parti pris - puisque par définition il est innocent, selon vous - qu'il est parfaitement inutile de vous lire : Rien ne peut, puisqu'il est, comme vous dites, innocent, prouver sa culpabilité…… .
Mais que vous vous abaissez à baser votre « demonstration » sur des fausses références historiques, sur l'inexistence (incontestable et incontestée) du délit de fuite hors route et que vous présentez « le berger corse » comme un grand résistant, chapeau, c'est le grand jeu de la propagande de basse cours ! Si vous n'avez pas d'arguments plus consistents à l'appui de l'innocence de l'innocent corse, faut-il conclure que la justice a eut raison de le condamner ?
Je crains de plus en plus que oui …..
De Bertucci
gérant de société | 18H26 | 02/04/2009 |
D'abord, réponse à votre dernière question : non, il n'a pas été désavoué.C'était prévu de longue date.
Ceci dit, ce président d'Assises a été catastrophique de bout en bout du procès et il a été le meilleur allié de Colonna.Il a permis de donner des arguments à la défense de rupture que voulaient produire les avocats de Colonna, en refusant une reconstitution (alors que celle ci était budgétée), en ne lui ayant pas communiqué la lettre de Mr Vinolas…etc.
Mais, la fuite dont vous parlez, n'est certes pas un délit judiciaire (je ne crois pas que quiconque l'ai dit d'ailleurs), mais je vous rappelle que dans un procès, les arguments juridiques ne sont pas les seuls éléments que les juges ou les jurés doivent prendre en compte.Il y a des éléments humains, psychologiques, des déclarations, des aveux où les sous entendus et les non dits pèsent d'un poids considérable…Vous le regretterez peut être, mais on ne juge pas seulement avec des preuves matérielles, mais avec ce qu'on pourrait appeler commodément des « preuves psychologiques ».
La fuite d'ailleurs n'est pas le seul élément qui accable Colonna : avant de fuir, dans l'interview donné à TF1, il dit « on m'accuse des faits, il faudra les prouver », comme s'il avait déjà anticipé sa défense.Et il ajoute, en parlant du groupe, « on est pas responsables ».Il s'inclut dans le groupe, qui lui, est responsable.
Alors ? Et bien là, c'est ce qu'on appelle l'intime conviction qui peut faire office d'argument à charge.
Et que dire du détail donné par la femme de Ferrandi, qui raconte à la première garde à vue, comment elle a vu débarquer son mari , Colonna et un troisième après avoir appris par radio le meurtre du préfet.Elle raconte combien de temps ils se sont enfermés dans la salle de bain pour se démaquiller.C'est consigné tout ça.Et ça ne vaudrait rien ? Ce serait pure invention ?
Ici, vous n'aurez pas beaucoup de gens qui vous diront publiquement que Colonna est coupable mais plus par peur des représailles vu le climat de tension permanent qui règne en Corse que par conviction.
La population n'en pense pas moins.Je vous rappelle pour mémoire que des mafieux ont été acquittés scandaleusement dans les années 90 au cours d'un procès d'Assises mémorable alors que tout le monde sait les crimes qu'ils avaient commis (voir les Parrains corses).Certes , la fuite n'est pas un délit, mais c'est un élément qui ne pouvait pas non plus jouer en faveur de Colonna et qui plus est, l'accusation ne se base pas sur cela uniquement.
De xavier-xavier
muntagnolu | 20H36 | 02/04/2009 |
Plus que la fuite en elle-même (un innocent peut fuir), ce sont les circonstances de celle-ci, à savoir les deux jours compris entre l'arrestation de 4 membres du comando (et de leurs épouses) et la « prise de recul » d'Yvan Colonna qui font sans doute très très mauvais effet devant une cour d'assises.
Petit rappel de la chronologie :
21 mai à l'aube : arrestation des couples Ferrandi, Maranelli, Alessandri et de Marcel Istria.
21 mai 10 h RCFM (radio locale France Inter) annonce ces arrestations.
21 mai 10 h 04 . Le téléphone d'Yvan Colonna sonne : c'est Martin Ottaviani qui l'appelle. C'est le premier de plusieurs coups de téléphone entre ces deux hommes. (Martin Ottaviani sera condamné comme chauffeur du commando).
21 mai : Yvan Colonna passe à la Banque Populaire et veut retirer 50000F. L'employé ne lui en donnera que 30000, faute de préavis.
22 mai fuite dans le Monde (daté du 23) : les « frères Colonna » seraient mis en cause.
22 mai début de soirée ; entretien avec une équipe de TF1 (sur place pour l'affaire des paillottes). Déclaration de Stéphane Colonna « je ne suis pas l'assassin ». Déclaration de Yvan Colonna « J'ai peut-être le profil, mais il faudra le prouver » , concernant ceux qui ont été arrêtés, le même déclare « ils sont tous innocents et victimes d'une manipulation ».
23 mai à l'aube : les policiers arrêtent Martin Ottaviani et Joseph Versini, mais ne trouvent pas Yvan Colonna, « parti aux chèvres ».
à xavier-xavier
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 19H31 | 04/04/2009 |
Merci à Bertucci et à Xavier-Xavier pour des infos qu'on ne risque pas de trouver dans les articles de M. Madelin, puisqu'ils ne rentrent pas dans la « campagne d'innocentement », pour ne pas dire de désinformation qu'il mène depuis le debut de ce procès sur rue89.
Ce que je trouve grâve, c'est la légerté avec laquelle M. Madelin traite les magistrats de « vendus, aux ordres du pouvoir », en faisant croire que la condemnation ne repose sur « rien » que la discrimination généralisée des Corses par cette France vilaine …. .
La Cour s'est peut-être trompée, je ne puis l'exclure, ne connaissant pas tous les détails de l'enquête et n'ayant pas participé aux audiences. Mais il y a de forte chances qu'elle ait eu raison de condemner Colonna …..
à Bertucci
De Ph.Madelin
écrivain | 23H19 | 02/04/2009 |
Juste un détail : dans la salle de bains, ce n'était pas pour un démaquillage, le maquillage a été inventé de toutes pièces par certains policiers et ne figure même pas en procédure, hormis une question de cheveux blonds où il s'avère qu'il s'agissait du reflet de l'enseigne du Kalysté sur des cheveux châtains. Ma femme de Ferrandi évoque dans la salle de bains des chuchotements. Grave crime, les chuchotements dans un appartement à 11 heures du soir pour ne pas réveiller les enfants.