Colonna, « l'erreur judiciaire du quinquennat Sarkozy »

Perpétuité et peine de sûreté de 22 ans pour Colonna. Sa soeur Christine avait répondu à nos questions avant le verdict.

Christine et Stéphane Colonna en novembre 2007 (Benoît Teissier/Reuters).

Le procès en assises du berger corse durait depuis le 9 février. Le verdict est intervenu ce vendredi soir : perpétuité et peine de sûreté de 22 ans pour Colonna. Jeudi, les réquisitoires des avocats généraux n'avaient guère laissé de doute quant à l'issue du procès.

Les deux magistrats se sont contentés de paraphraser à n'en plus finir les 170 pages de l'acte d'accusation, accumulant les charges parfois fantaisistes contre le prévenu, imputant aux mensonges tout témoignage à décharge ; multipliant les attaques -pour ne pas dire les invectives- contre Colonna et ses avocats, absents, auxquels ils reprochent d'avoir déserté les débats, une désertion qu'ils tiennent pour une forme de preuve.

Jean-Claude Kross pendant son réquisitoire (Pierre Antonetti).

Exigeant surtout que, contrairement à tous les principes fondamentaux du droit, Colonna démontre qu'il est innocent, alors que ce devrait être à l'accusation d'établir sans laisser de doute la culpabilité personnelle de Colonna.

En réécoutant tout ça dans le détail au cours de cette journée de jeudi, il m'est apparu que le dossier d'accusation contre Colonna est pour le moins maigre. Il repose depuis toujours sur les aveux de ses anciens amis, des aveux passés en garde-à-vue après des dizaines d'heures d'interrogatoires.

Comme l'a relevé Me Philippe Lemaire, la pièce essentielle reste le récit donné par Pierre Alessandri, le 23 mai 1999 à 6h10 du matin, succédant à un récit de Didier Maranelli, où le nom de Colonna a soudain surgi comme d'une boite de Pandore.

Maître Lemaire plaidant devant un box vide au procès Colonna (Pierre Antonetti).

Sinon, jamais Colonna n'apparaît au premier plan, on ne le voit pas agir, on ignore son rôle. Nonobstant ce qu'affirme le procureur Kross, la question de la taille de l'assassin n'est pas réglée ; et une nouvelle demande de reconstitution, rejetée, n'a pas permis d'éclaircir ce point : 1,70 mètre ou 1,80 mètre ? 1,70 mètre, soutient sans argument l'accusation. 1,80 mètre, répond le médecin légiste, Dr Marcaggi, témoignant comme expert sous la foi du serment.Je me demande par quel raisonnement étrange on peut traiter de pervers ceux qui soulèvent l'absence totale de preuves matérielles.

« On peut tout dire sauf qu'il est innocent et essayer de le prouver »

Après les réquisitoires des avocats généraux, Jean-claude Kross et Christophe Tessier, Christine Colonna, la sœur du prévenu, a réagi avec force, reprenant en quelques paragraphes la thèse de la Défense :

« On s'attend au verdict le plus lourd. Si on devait faire le bilan, c'est une condamnation sans preuves, alors que nous sommes en présence de nombreux éléments qui l'innocentent et qui ont été ou révélés ou confortés au cours des débats, après un procès où nous avons constaté les comportements les plus misérables et des procédés à la limite de la légalité.

Une condamnation sans preuve, en présence de nombreux éléments qui l'innocentent.

Une condamnation qui intervient après un procès controversé qui a mis en lumière des comportements misérables et des procédés illégaux.

Une peine de perpétuité requise et motivée devant un box vide sans l'accusé ni ses avocats, dans une sorte de huis clos judiciaire dans lequel parties civiles, accusation et magistrats spéciaux sont liés par un pacte : condamner Yvan Colonna.

Des avocats de parties civiles qui parlent de lâcheté, à qui le courage vient quand Yvan Colonna leur tourne le dos.

La vraie lâcheté c'est de mener un combat gagné d'avance en prétendant qu'il est à armes égales.

Ce procès devait être un long fleuve tranquille, c'est devenu un fiasco judiciaire, à mettre au passif de Nicolas Sarkozy : ce sera “son” erreur judiciaire, celle de son quinquennat… Il s'était servi de l'arrestation de mon frère pour sa campagne présidentielle, il va devenir un cauchemar judiciaire pour tous ceux qui de près ou de loin auront été complices ou instigateurs de cette horreur judiciaire…

On peut dire que les témoins oculaires se trompent, ou qu'ils sont corses, on peut dire que le balisticien se trompe, de même que le médecin légiste, que la téléphonie et les écoutes judiciaires n'ont pas d'importance, de même que les filatures sur Yvan Colonna… On peut faire aussi comme si tout le monde mentait y compris les indices matériels…

On peut tout dire sauf qu'il est innocent et essayer de le prouver ; c'est un sacrilège pour l'Etat qui doit protéger l'institution antiterroriste envers et contre tout, c'est un sacrilège pour la veuve du préfet qui n'acceptera pas de laisser filer son coupable. »

Après neuf semaines de débats souvent houleux, toujours chaotiques, on en reste toujours au même point : deux positions farouchement opposées s'affrontent dans un climat de tempête peu propice à une bonne administration de la justice.

Mis à jour le 27/03/2009 à 19h30 après le verdict.

Photo : Christine et Stéphane Colonna, ses frère et sœur, en novembre 2007 (Benoît Teissier/Reuters). Dessins de Pierre Antonetti.

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de Nighthawks

De Nighthawks

| 20H20 | 27/03/2009 | Permalien

A qui Yvan Colonna doit-il sa condamnation ?

A ceux qui l'ont balancé à tort ou à raison.

Rien qu'à eux !

Portrait de kutabali62

De kutabali62

militaire | 21H23 | 27/03/2009 | Permalien

les élèments sont complexes et il semble y avoir eu beaucoup de manipulation . des témoins qui apparaissent lors de ce procés qui ne s étaient pas exprimés avant ; trés suspect.
la défense manipule les élèments et tentent de noyer ceux ci dans une avalanche d explications (le tireur petit ou grand…etc)
leur absence lors de la fin du procés marque soit leur impuisance , soit une tentative de destabilisation des juges ou meme de la justice dans son ensemble.
je ne sais pas si il est coupable ; mais il a eu un comportement de coupable et tous ses soi disant amis l on dénoncé bien avant que sarko soit au ministére.
la loi du silence n'a pu s'appliquer dans cette affaire et les 1ers jurés l'on déclaré coupable en leur ame et conscience , sans pression politique.
Qui peut soutenir ces hommes qui utilisent les meurtres , les attentats et la violence pour protester contre l'état francais, leur état.

et ceux qui parlent de bafouer la justice ; on voit qu'il ne la connaisse pas ; la justice n est pas égalitaire , et il n y a rien a baffouer dans un systéme qui ne fait jamais appliquer ces décisions , qui suivant que l'on soit riche , céllébre ou pauvre ne nous jugeras pas pareil .
la justice est simplement humaine , et pas celle de dieu , donc elle n est pas parfaite .

Portrait de Compte supprimé le 17 novembre

De sarkophile

observatrice hilare | 01H46 | 28/03/2009 | Permalien

Pour notre président, la mauvaise nouvelle, c'est l'augmentation du chômage. Colonna en taule, à mon avis, il s'en tape le coquillard.

Portrait de Lautret

De Lautret

06H24 | 28/03/2009 | Permalien

A d'autres les histoires de « faux suicides », et autres balivernes ! ! !
Lorsqu'il était en cavale, on nous expliquait que Colonna serait « malencontreusement » abattu par les policiers ou les gendarmes lors de son arrestation : il n'en n'a rien été ! …
Toutes ces théories ne tiennent pas la route devant la réalité : dénoncé par ses prétendus amis, reconnu coupable PAR SON PROPRE PERE (il faut le répéter ça quand même ! ! ! ), arrêté légalement et sans aucune violence (puisque le courageux nationaliste n'a pas résisté jugeant sans doute trop dangereux de le faire…), jugé deux fois (c'est assez rare dans les états de non-droit…), il a récolté « perpète » en faisant appel…
Le préfet Erignac, tous semblent l'oublier, n'a pas eu de premier ou de deuxième procès : SEULEMENT TROIS BALLES DANS LA TETE tirées par derrière, par un lâche qui s'appelleColonna…

Portrait de Vincent_C

De Vincent_C

Bientôt libre | 08H25 | 28/03/2009 | Permalien

En lisant cet article, je ne peux pas m'empêcher de penser aux conséquences que cela aurait si Yvan Colonna était innocent.

S'il n'est pas l'assassin, le vrai coupable a de quoi faire vaciller la république, il lui suffit de se dénoncer.
Monsieur l'assassin, qui voulez vous voir dans votre miroir lorsque vous vous rasez le matin, un lâche qui a abattu un homme en lui tirant dans le dos ou un homme capable d'assumer ses actes en les plaçant dans un véritable combat politique ?

Les théoriciens du grand complot penseront que si l'on a mis autant de temps pour arrêter Colonna, c'est parce qu'on a du attendre que le vrai coupable meurt.
Les cyniques penseront que de toute façon, quelqu'un doit payer, Colonna ou un autre, ça n'a pas trop d'importance. D'ailleurs, peut-être est-ce vraiment l'assassin, mais ce qui compte c'est que sa culpabilité soit possible, et non qu'elle soit avérée.

Et tant que le vrai coupable n'aura pas été démasqué avec des preuves sérieuses, j'ai peur que beaucoup de gens restent à hésiter entre ces deux camps…

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