
Vergès : le cinéma prend la défense du diable
Aujourd'hui sort en salle un film documentaire assez singulier, « L'Avocat de la terreur », réalisé par le cinéaste Barbet Schroeder. L'apparence est un portrait sensible, pas vraiment critique, de l'avocat Jacques Vergès qui depuis 1960 et la Guerre d'Algérie s'est illustré sur à peu près tous les fronts de la contestation gauchiste, tiers-mondiste, pour ne pas dire terroriste.
De la figure emblématique de l'indépendance algérienne à Carlos - alias Illich Ramirez Sanchez - en passant par Klaus Barbie et cent autre clients sulfureux, l'avocat s'est bâti une réputation étrange : un salopard - « Le Salaud lumineux » comme il s'est désigné lui-même, inlassable défenseurs de contestables leaders africains, mais aussi héraut de la lutte pour l'indépendance des peuples colonisés, fruit de ses propres origines puisque son père est Français de la Réunion et sa mère cambodgienne.
S'il n'est pas formellement à l'origine du projet, Vergès y a fortement participé, acceptant d'être interviewé à de nombreuses reprises et longuement par Schroeder, n'hésitant pas à évoquer sa vie et sa carrière avec un humour tranquille aussi corrosif que provocateur.
Le réalisateur n'hésite pas à insister sur un aspect singulier du personnage : ses amours multiples, à commencer par son mariage avec Djamila Bouhired et ses relations curieuses avec Magdalena Kopp.
Il ne faut pas s'arrêter à cette première approche : en fait, appelant à témoigner de nombreux grands témoins de ces années terribles du terrorisme triomphant, Barbet Schroeder a tenté de raconter à travers un personnage étonnant quarante ans d'une histoire qu'on a encore peine à reconnaître comme de la grande Histoire tant on la croit encore enterrée dans les décombres sanglants du terrorisme. Et sur ce point la tentative est réussie : Barbet Schroeder renoue les fils entre les rebelles algériens, les Palestiniens du FPLP, les « terroristes » de la Fraction Armée rouge allemande. Il révèle au passage le rôle important de la STASI, la police secrète de la RDA communiste.
Et surtout il lève en partie le voile sur la « disparition » de Vergès, au milieu des années 1970. On a émis toutes les hypothèses, il aurait pu croupir dans une prison, algérienne ou cambodgienne ; il aurait pu participer aux combats aux côtés des Khmers rouges. La vérité serait beaucoup plus simple : il aurait participé activement aux actions menées par les groupes palestiniens les plus durs en lutte contre les Israéliens. Appuyé par de nombreux témoins, parmi lesquels l'écrivain Lionel Duroy, Schroeder assure avec brio sa démonstration. Vergès ne dément pas. Il se contente d'afficher son demi-sourire ambigu.
► « L'Avocat de la Terreur », 2h15. Réalisation de Barbet Schroeder avec la collaboration d'Eugénie Grandval. Production : Yalla films, Wild Bunch, avec la participation de Canal+ et du Centre national de la Cinématographie, en association avec la SOFICA UNI ETOILE 3. Distribution Les films du Losange. site internet : www.lavocatdelaterreur.com.

A voir :
« L'avocat de la terreur » : il était une fois Vergès
Entretien avec Barbet Schroeder.
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De
15H56 | 06/06/2007 |
>puisque son père est Français de la Réunion et sa mère cambodgienne.
Sauf erreur de ma part, Verges est ne au Cambodge mais sa etait vietnamienne.
De
08H56 | 07/06/2007 |
né à la réunion
De
08H58 | 07/06/2007 |
film a voir absolument, tres instructif sur l'Histoire contemporaine…
on ressort avec plus de questions que de certitudes car ce n'est pas manichéen et donc complexe
De
22H52 | 07/06/2007 |
Vergès. Un homme qui dérange.
Cynique ? Anti-conformiste ? Ou tout simplement humain, désespérément humain ?
N'est pas Voltaire qui veutdans notre bon pays de France. Pour être Voltaire, il faut être français, appartenir au peuple des lumières sans lesquelles rien n'est et rien ne sera.
On glosera sur ses origines… Quelle importance, n'est-il pas un être humain et à ce tître n'est-il pas libre de ses choix, dût-il déplaire à ceux qui fabrique l'opinion et la manipule ?
On ne défend pas l'indéfendable selon l'opinion admise ! Eh bien si… Et c'est une chance que des êtres humains comme Barbi ou Carlos ait été défendu par Vergès et non par d'obscurs « commis d'office ». La vérité du verdict s'en trouve magnifiée et le mérite n'en revient pas seulement à la Cour qui prononce le verdict mais également à des hommes comme Vergès qui lui donne toute sa valeur.
Vergès est un homme rare… Outrancier sans doute mais définitivement humain.
Chapeau l'artiste !
De
21H19 | 08/06/2007 |
Je n'ai pas vu ce film mais je l'aime beaucoup.
De
20H47 | 18/08/2007 |
Né dans l'actuelle Thaïlande, recomposition des frontières de ce qu'était l'Indochine notamment. hé oui, la colonisation laisse des traces indélébiles.
J'ai vu le film et je le trouve exceptionnel.
La période algérienne est la plus belle.
Je le comprends, moi, cet homme, fille de colonisés que je suis.
Fatma