
Nicolas Sarkozy, héraut de la transparence
Comme nombre d'étrangers, j'ai suivi avec autant d'amusement que d'intérêt la polémique récente, autour des mots aussi bien placés que déplacés du chef de l'Etat français.
Voyant des Français, outrés, se draper dans leur dignité, les écoutant, aussi, s'indigner qu'un président de la République puisse proférer des gros mots en public, je me suis demandé ce qu'ils pouvaient bien lui reprocher. De dire tout haut ce qu'il pense tout bas ? De porter atteinte à sa fonction ? D'être discourtois ? De ne pas prendre de gants ? De jeter plutôt son gant à la face des gens ? J'estime quant à moi qu'au lieu de lui reprocher ses écarts de langage et de comportement, les Français devraient être profondément reconnaissants à leur président. Car sans le vouloir, il dénude le pouvoir devant eux et contribue ainsi à leur ouvrir les yeux.
Le roi est (enfin) nu
Ne nous y trompons en effet pas, lorsqu'il avance sans les atours dont il aime des fois se parer, sans la pompe et le cérémonial, sans la mystique et la rhétorique dont il cherche à s'entourer, le pouvoir, quel qu'il soit, apparaît pour ce qu'il est vraiment : il est petit, il est laid, il est mesquin, il est grossier et il avilit autant celui qui l'exerce que celui sur qui il est exercé.
Surtout, avançant vers nous tout nu et se présentant à nous tout cru, il annonce l'avènement d'une nouvelle configuration, révolutionnaire.
Je mets actuellement la dernière main à un nouveau roman dans lequel j'avance l'hypothèse qu'à l'âge de l'apparence dans lequel nous étions entrés à la Renaissance, succèderait maintenant un nouvel âge, de la transparence.
Cette transparence-là ne se confond d'ailleurs nullement avec la vérité. Car la vérité implique une intentionnalité et il est évident, dans le cas récent qui nous occupe à présent, que Nicolas Sarkozy n'a pas volontairement dit la vérité ce jour-là : il l'a juste fait, sans retenue et sans faire de la vérité une exigence.
En vérité (excusez le jeu de mots involontaire), ce nouvel âge de la transparence n'est pas tant synonyme de vérité, que de réalité. De pure réalité, comme dans ces reality shows où la transparence l'emporte haut la main sur les apparences. C'est un âge où, les caméras de télésurveillance envahissant notre intimité et, inversement, notre ego surdimensionné se déversant sur les places publiques, la frontière séparant l'espace public de notre espace privé se trouve, du fait de ce double mouvement, gommée.
L'âge du verre
Après l'âge de pierre, l'âge de bronze, l'âge du fer et, plus récemment, l'âge du silicone, voici donc venu l'âge du verre. Après l'âge de l'éloquence et de la rhétorique, voici venu celui du cynisme (du grec kynos, pour chien). Après les régimes totalitaires qui avaient exigé de nous une autocritique publique, voilà que les nouveaux régimes en verre nous poussent maintenant à faire nos besoins en public.
En ce sens, le comportement récent du président français m'apparaît être éminemment postmoderne. Il annonce en tout cas la nouvelle ère où nous entrons, à charge, pour nous -cynisme oblige- de faire très attention où nous mettons les pieds.
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De Tophee
en haut a gauche | 13H05 | 27/02/2008 |
Je pense que malheuresement, vous tombez dans le piege tendu par Sarkosy. Cette pretendue transparence n'est qu'apparence. Elle n'a d'autre but que de nous detourner de l'essentiel. La transparence sur la vie privee de nos politique, en quoi nous-est-elle benefique ? En rien. Par contre, en creant la polemique elle nous distrait, detourne notre regards qui devrait se porter sur la politique elle meme. Et la, il faut reconnaitre que la transparence n'existe pas, Sarkosy se contente des apparences.
Pour en revenir a l'episode du salon de l'agriculture. Ce qui froisse les Francais, ce n'est pas l'ecard de language, non, mais la contation que le president semble etre incapable de se controler. Son impulsivite inquiete meme ses plus fideles suporters.
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 14H24 | 27/02/2008 |
Transparence, ou exhibition ? Allons, tous ces gens-là sont-ils autre chose que des Lofteurs, que des montreurs de cul ?
Transparence, montrer sa femme comme si la chose garantissait une aptitude à diriger un pays ? (Surtout qu'en l'espèce sarkostique, ne pas avoir su la retenir fait désordre).
Transparence, exhiber un gosse qui n'en peut mais pour appâter l'électeur sur des motivations dont on aimerait qu'elles soient saines ?
(Transparence, ou totalitarisme ? Sait-on que l'absence de rideaux aux fenêtres dans nombre de pays du Nord, devenue sympathique, est née sous le calvinisme où personne ne devait pouvoir se cacher chez lui, où la police des mœurs de l'époque avait le droit de savoir ce qui se passait chez vous en passant dans la rue ? )
NS, entre autres, serait de ces gens où la « transparence l'emporte haut la main sur les apparences » ? Heu, et si sa transparence ne servait qu'à lui donner une apparence, l'apparence d'un homme comblé, heureux, équilibré, ouvert, dont chaque c..ie et chaque jour qui passent font douter de plus en plus ?
à compte supprimé 22
De Pierre-Guy-Raoul Namassepamousse
18H01 | 28/02/2008 |
Effectivement Notre Président n'est par transparent il est comme un bouchon de carafe qui reflète la lumière dans toutes les directions sans en avoir aucune par lui même.
Il se comporte comme un lustre en cristal alors qu'il n'en a aucun… de lustre.
Et dire qu'il va falloir le supporter… encore presque un lustre.
De Bardamu
difficile | 13H25 | 27/02/2008 |
Ne dites pas de mal des cyniques : ce sont des philosophes très respectables, qui pratiquaient l'art difficile de la « diatribe », art plus nécessaire que jamais…
Sinon, on trouve ça déjà chez Foucault, la transparence, le panoptique, Bentham, etc.
Je ne sais pas si vous vous placez dans cette filiation.
Il semble évident qu'il y a une « obscénité démocratique » pour reprendre le mot de Debray.
De marie 75
13H26 | 27/02/2008 |
c'est qui, percy Kemp ?
Inconnu au bataillon …
Un bon débat sur le pouvoir d'achat !
à marie 75
De PAULA17
14H01 | 27/02/2008 |
la spécialiste du « copier/coller » ne connaît pas PERCY KEMP ?
Ecrivain et consultant à RUE89, britannique d expression française, auteur de : MUSC, MOORE DE MAURE, SYSTEME BOONE, MUEZZIN de KIT KAT,
Voir sur RUE89, du 26/06/07, L HERITAGE DE TONY BLAIR.
De Annie
13H31 | 27/02/2008 |
Je n'ai pas forcément un grand respect pour la police, au vu de certains comportements totalement illégitimes, mais il ne me viendrait pas à l'esprit de ne pas instiller à mes enfants le respect pour ce que la police incarne au-delà de ces comportements, c'est-à-dire le respect de la loi, même si parfois, elle me semble inadéquate. Ce sont les mêmes valeurs incarnées par le président qui sont aujourd'hui galvaudées.
Et je suis profondément en désaccord avec le choix du mot transparence qui comme vérité implique l'intentionnalité. Cacher son opération, mais mettre en scène ses frasques conjugales n'est pas pas de la transparence, c'est au contraire de l'exhibitionnisme calculé.
à Annie
De Tyb
(par ici, par là) | 14H04 | 27/02/2008 |
Je crois que vous vous trompez, ce que vous inculquez à vos enfants, ce n'est pas le respect de la loi, mais le respect d'une morale qui vous est propre et que vous considérez comme la meilleure ou la moins pire.
Pour certaines personnes celle-ci se confond entièrement avec la Loi (de l'état français), pour d'autres ces deux notions se recoupent partiellement, et pour d'autres encore les deux n'ont pas forcément de rapport.
à Tyb
De Annie
16H50 | 27/02/2008 |
C'est une remarque intéressante, qui mériterait une plus longue réponse, mais je crois que la considération la plus importante à ce point, qui est plus pragmatique que morale, est l'utilité de la loi, comme contrat tacite du comportement qu'il est attendu de chacun dans la société pour être capable de vivre ensemble. Vous avez raison de dire en cela que j'inculque à mes enfants le respect de la loi en vertu d'une certaine morale, mais je pourrai tout aussi bien le faire pour leur éviter de devenir des délinquants.
Cela dit, la loi est une notion évolutive qui n'est pas gravée dans la pierre, qui peut et doit s'adapter.
à Annie
De kestiontoi
travailleur forcé | 21H30 | 27/02/2008 |
l'exhibitionnisme calculé
Oui mais pas toujours controlé : le possible SMS envoyé à Cécilia, les paroles grossières….
Ne sommes-nous pas plutôt là face à un exhibitionnisme involontaire ?
Quand à la transparence ?
La transparence en politique ne s'apparenterait-elle pas à l'hypocrisie ? a la manipulation ?
De chb48
13H31 | 27/02/2008 |
Palabres, analyses, contre analyses, en attendant NS sait ou il va et surtout ou il nous emmene. merci à la resse etrangere de nous donner des infos qu'on ne trouve pas en France
http://www.lesoir.be/actualite/france/sarkozy-congratule-les-bigots-2008…
De k@rine
citoyenne | 13H40 | 27/02/2008 |
Il n'y a aucune transparence ! Sarko et sa troupe c'est magouille et compagnie, cachoteries et gros mensonges !
Exemple dire que les fonctionnaires vont etre augmenter de 0.8% alors qu'il vont etre augmentes de 0.56% en realité ( 0.5% début mars + 0.3% en Octobre = 0.56% sur l'année)est un mensonge pour ne pas dire une tromprie et cela avec la complicité des journalistes qui relais cette desinformation et participent ainsi à la duperie .ignoble, quand on sait que cet accord va etre une reference pour l'augmentation des salaires dans le privé.
Ensuite, et pour m'a part, le comportement de Sarko est tout simplement indigne d'un homme ou d'une femme ADULTE (pour ne pas dire de 53 balais).
On ne peut pas exiger de nos enfants un comportement responsable et accepter d'autre part que des adultes « responsables ? ! » puissent en être exonérés.
L'adulte est le dépositaire de nos valeurs et du savoir vivre en sociéte il se doit de montrer le chemin à l'enfant qui n'est autre qu'un etre en formation. Donc l'enfant qui est irrespectueux commet selon moi une erreur en revanche l'adulte irrespectueux commet selon moi une faute grave puisque son education est normalement faite.
De marie 75
13H52 | 27/02/2008 |
De père anglais, de mère libanaise, Percy Kemp a la particularité d'être un romancier britannique écrivant en français. Il a étudié à Oxford, puis à la Sorbonne avec André Miquel. Avant de publier, Kemp fut longtemps consultant politique dans des pays à risque, au sein d'un cabinet conseil tenant bureau à Paris, Londres et Dubaï. Son premier roman d'espionnage, Musc (1), prenait pour thème la disparition d'une fragrance ; le suivant, Moore le Maure (1), l'insensibilité au toucher. Amateur d'insolite, Kemp est un descendant d'Eric Ambler pour l'exotisme proche-oriental, un héritier de John le Carré pour la grisaille meurtrière, de Greene pour le scepticisme et de Somerset Maugham par la malice. Trop de références nuit ? Pas en l'occurrence : avec son intrigue tortueuse, sa réflexion intelligente sur l'agencement géopolitique du monde après l'écroulement des Twin Towers, son suspense élégant, trempé de cynisme pure malt, cet « à la manière de » donne presque envie d'entrer au service secret de Sa Majesté.
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Mais son anylyse sur Sarko …. bof ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
Postmoderne le populisme ?
à marie 75
De La prof
21H25 | 27/02/2008 |
Je crois, moi, qu'il y a une dimension de franche dérision dans l'analyse de Percy Kemp.
Enfin, de l'ironie, quoi !
à La prof
De Tigerente
23H02 | 28/02/2008 |
Oui, c'est aussi comme ça que je l'ai compris… ironie, voire cynisme.
à marie 75
De agathevelikotny
pigiste en province | 10H47 | 28/02/2008 |
Percy kemp est peut-être un personnage tout à fait séduisant au vu de ce que vous dites de lui. Mais je pense qu'il se trompe. En quoi la grossièreté affichée d'un chef d'Etat est-elle post-moderne ? et dans ce cas que veut dire Post-moderne qui me semble un mot sacrément fourre tout. Je dois remonter à l'âge de pierre parce que je considère que notre Président de la République représente la France aussi d'une manière symbolique. L'image qu'il en donne est désastreuse.
Mépris total de la culture, vulgarité ostensiblement affichée, grossièreté et j'en passe. Ca c'est l'image qu'il donne de la France aux français et au reste du monde…Et franchement, c'est la honte. Il est peut-être archaîque de penser que culture, bonne éducation, savoir vivre et courtoisie sont ce que nous devrions posséder (d'ailleurs c'est dans ce sens que les parents s'échinent à éduquer les enfants en général et qu'un chef d'état devrait posséder ce minimum d'éducation…mais enfin, je ne suis pas post-moderne !
De Sexus Empiricus
14H00 | 27/02/2008 |
Au salon de l'agriculture, le tort du président est de s'être montré dans toute sa grandeur « nature », c'est-à-dire tel qu'en soi-même.
Seulement, sur ces terres-là, d'ailleurs gorgées de sous-produits divers (pour savoir le détail de ce qu'on nous sert à boire et à manger dans ce salon-là, devenu la vitrine de l'agro-alimentaire, demander la liste à des chercheurs en toxicologie), sur ces terres-là, donc, n'est pas Chirac qui veut.
L'anecdote, vraie ou fausse, rapportée récemment par quelqu'un de Rue89 donne par contraste le vertige : à un illustre quidam l'apostrophant d'un magistral « connard », Chirac répondit : « Enchanté ! Moi c'est Jacques Chirac ! »
Voilà qui, de toute évidence, est autrement plus transparent que l'autre : rien de pompeux dans ce coup de pompe - et pourtant quelle allure ! quelle tenue ! Le contraire de la vaine gesticulation et des effets de manche d'un avocat d'affaires.
Et voilà justement ce que beaucoup d'entre nous reprochons à Sarkozy. De n'être qu'un petit joueur de la République, sachant très bien prendre la pose et se donner tour à tour et sans arrêt des airs de capitaine de yacht, de marathon-man, de pharaon entouré de potes, de tombeur de cette dame, de gentleman-farmer en costume de ville… Et quoi encore ? Un grand bouffon ne ferait pas mieux, disparaissant ici pour mieux apparaître là, vernis de pied en cap, tâchant de couvrir ce sein-là pour en montrer un autre, tout en surface, esbroufe, mousse et pantalonade. Voilà le tableau, et voilà à peu près tout pour le nu.
Et (aussi et surtout), pendant ce temps-là, de diversion publicitaire et de spot-light grotesque, les affaires « fun » continuent : rétention de sûreté et rétention à la frontière, franchise médicale, indulgence et tolérance pour l'abus de bien social, appel à la transcendance et profanation simultanée des fonctions sacerdotales que Monsieur était allé investir, paraît-il, sur un yacht…
Sauf cas de cécité totale, même ses supporters de la première heure auront compris : le corps du roi, c'est le nombril, le porte-monnaie et le starisme académique - cercle parfaitement vicieux.
Alors quand on lit que « Les Français devraient être profondément reconnaissants à leur président. Car sans le vouloir, il dénude le pouvoir devant eux et contribue ainsi à leur ouvrir les yeux », je serais pour ma part (presque) de votre avis. En ajoutant une clause : « à condition qu'ils ne regardent plus la télé (réalité ou pas) ».
De hoshiko
14H22 | 27/02/2008 |
Err, mister Kemp, in French, you may say « sans les atours dont il aime des fois se parer », but you can't write that ! ! You should replace that terrible « des fois » by « parfois'.
Unless it was on purpose, fitting perfectly the subject of your chronicle…
à hoshiko
De La prof
21H27 | 27/02/2008 |
Vu comment la moyenne des intervenants écrivent…si ça se dit, ça peut s'écrire. Pas de quoi la ramener !
à La prof
De Tistrom
12H55 | 28/02/2008 |
Hm… « Vu comment la moyenne des intervenants écrit »… En français, c'est mieux !
De DidierB63
Devant un écran | 14H35 | 27/02/2008 |
« à charge, pour nous … de faire très attention où nous mettons les pieds. »
Ah, zut, j'ai marché dedans !
Votre raisonnement est loin de me déplaire. Il faudrait toutefois rapprocher transparence et modernité.
Car c'est bien ce que proposait Nicolas Sarkozy, de la modernité ET de la transparence.
Le problème est qu'il a confondu transparence et exhibition, et que sa modernité se limite au langage (agressif et moralisateur).
Il a oublié au passage que le président de la République représente pour les français ce que la Reine représente pour les britanniques, un point de ralliement, une « référence ».
Bien sur, tout le monde trouve que ça coute trop cher, mais Président et Reine remplissent le même rôle dans le cadre de l'unité nationale.
Le chef de l'état peut avoir des opinions politiques, religieuses, philosophiques, mais il doit rester le chef de l'état, de tous les citoyens et pas seulement d'une portion de ces citoyens.
En sortant de ce rôle, il a pris le risque de déstabiliser le système, et de se déstabiliser lui même. Le pouvoir est nu, c'est vrai, mais je pense que les français auraient préféré garder leurs illusions.
Enfin, bon, pour ce que j'en sais…
http://polemiquons.over-blog.com/
De Venezuela
vit aux Pays-Bas | 16H10 | 27/02/2008 |
Il est toujours intéressant d'avoir un point de vue extérieur surtout lorsque cela vient de quelqu'un qui parle parfaitement le Français.
Toutefois, je trouve l'article ci-dessous plus « juste » :
http://www.marianne2.fr/Les-mots-de-trop-d-un-president-sans-piedestal_a…
L'hostilité choquante du visiteur du Salon et le « pauvre con » de Nicolas Sarkozy révèlent, en dépit de leur contradiction apparente, la solidarité d'une société sans respect pour son chef et d'un chef sans considération pour ses concitoyens. Il y a là plus que l'amorce d'un processus qui risque de nous entraîner non plus vers la bienfaisante familiarité des pouvoirs scandinaves mais dans le cloaque d'une démocratie qui a oublié que les mots sont tout et d'abord le décor nécessaire à une relation républicaine, quoique antagoniste.
Les mots de trop d'un président sans piedestal
Par Frédéric Moreau. Un président qui se livre aux altercations de bas étages, bien loin de faire rire, est le signe inquiétant d'une démocratie sans grandeur.
Le diable se niche dans les détails et il n'y a pas de quoi rire.
Il y a eu l'altercation avec le jeune pêcheur qui a menacé, il y a quelques semaines, de venir « porter un coup de boule » au président de la République. Puis, hier, au Salon de l'agriculture, cet homme qui n'a pas voulu être « touché » et « sali » par Nicolas Sarkozy et dont ce dernier s'est débarrassé en le traitant ainsi : « Casse-toi, pauvre con ! ».
On aurait tort de ne percevoir ces incidents à répétition que comme l'inévitable et presque bienfaisante décontraction d'une société et d'un Etat qui cesseraient de se contempler sur le mode de l'intimidation et de la révérence. Les citoyens parleraient à armes et grossièreté égales avec le président de la République et celui-ci, mu par un élan démocratique qui le conduirait à un mimétisme de mauvais aloi, leur répliquerait sur le même registre.
Il ne me semble pas qu'une telle analyse puisse être admise. Au demeurant, elle ferait déjà apparaître l'existence d'un univers préoccupant où la décrispation de part et d'autre serait poussée si loin qu'elle en deviendrait indécente et scandaleuse.
Un monde sans formes, mais plein d'illusions
Ce qui surgit de ces épisodes où un président s'abaisse à user d'un langage commun, pour ne pas dire plus, c'est d'abord le fait que le citoyen de rencontre, quel que soit son statut ou son métier, n'accepte plus de se cantonner dans une neutralité silencieuse même teintée d'hostilité, mais qu'il a décidé de prendre le président de la République au mot. Puisque ce dernier ne cesse de vanter son agitation en la qualifiant de dévouement à la cause publique, que sa familiarité, voire sa vulgarité ne seraient que la manifestation moderne d'une personnalité politique qui aurait compris que les Français n'attendent plus de l'efficacité élégante mais une proximité active et sans mystère, force est de constater que la société a parfaitement compris le message et qu'elle s'engouffre avec une inquiétante délectation dans ce monde d'où l'on a désiré faire disparaître les formes pour donner, et se donner, l'illusion d'une simplicité industrieuse. Alors qu'il est facile de constater quotidiennement comme l'absence de formalisme n'est pas contradictoire avec la pompe impériale d'un président enivré de soi. Au lieu que les choses de l'Etat dégagent une majesté naturelle – elles ne le peuvent plus, vidées qu'elles sont de leur substance digne -, c'est le titulaire du Pouvoir qui tente, tant bien que mal, par un narcissisme qui prétend s'habiller de conscience professionnelle, de donner le change et de faire croire qu'on n'a pas changé de République dans le domaine de la tenue.
Une démocratie qui a oublié que les mots sont tout
Ainsi, Nicolas Sarkozy a libéré la parole, les paroles, celle du jeune pêcheur comme celle du visiteur dégoûté du Salon. La grossièreté de l'une et de l'autre n'est que la conséquence de la volonté théorisée et affichée de tourner en dérision l'apparat intime qui exige réserve, modération et contrôle de soi pour pouvoir tout permettre, et se permettre. Les répliques du président s'inscrivent dans un espace qu'il a « déconstruit » et qui lui ressemble. L'hostilité choquante du visiteur du Salon et le « pauvre con » de Nicolas Sarkozy révèlent, en dépit de leur contradiction apparente, la solidarité d'une société sans respect pour son chef et d'un chef sans considération pour ses concitoyens. Il y a là plus que l'amorce d'un processus qui risque de nous entraîner non plus vers la bienfaisante familiarité des pouvoirs scandinaves mais dans le cloaque d'une démocratie qui a oublié que les mots sont tout et d'abord le décor nécessaire à une relation républicaine, quoique antagoniste.
On aurait bien tort de rire de ces altercations dans la vie quotidienne et publique d'un chef d'Etat. C'est un peu de nous qui est insulté quand il est insulté. C'est un peu de nous qu'il insulte quand il insulte. On peut craindre le pire devant l'expression de ces tensions aujourd'hui encore minimes. Elles sont inquiétantes comme les signes glaçants de la colère ponctuelle d'un pays qui ne se contente plus de ses exutoires légitimes et réguliers. La démocratie, aussi, se niche dans les détails. Frédéric Moreau
De C. Creseveur
Ca pourrait bien être ça! | 15H22 | 27/02/2008 |
L'âge de verre… mouais. L'expression est jolie. Seulement transparence et Sarkozy je ne suis pas sûr que ce soit le truc. Je lui trouve plus de filiation dans la culture démagogique de l'extrême droite qui parle de « vérité », qui ne « dissimule rien ». On comprend d'ailleurs qu'il ait apprécié le « parler cash » de Fadela Amara. Derrière le côté « pas de tabou », « on se dit tout » il y a surtout une bonne approche pour désarmer son interlocuteur avant de lui jouer un tour.
Le discours politique est rarement performatif : il ne fait guère ce qu'il dit en même temps qu'il le dit.
PS. J'aimerai bien savoir pourquoi en 8 jours nous n'avons eu aucun papier sur la laïcité dans Rue89. Manque de réactivité ?
à C. Creseveur
De marie 75
16H10 | 27/02/2008 |
samedi dernier, sarko a envoyé un message aux intégristes, « montés en grade » au Vatican. Entre autre un du bon psteur et l'autre de St Nicolas du chardonneret.
J'avais trouvé cela dans le soir (belgique). J'ai fait passé le papier car il me paraît toujours inutile de réécrire un papier bien fait. Je n'ai pas le temps. Je reçois, je passe ; c'est tjrs intéressant de voir le regard porté sur la France de l'étranger. Tu peux le retrouver sur le soir (je suppose qu'il y figure tjrs).
Je l'avais fait passé sur un art. de R89 qui était sur Sarko (lequel ? too much ! )
Golias doit en faire la une sous peu.
Jofrin en a parlé ce matin sur Fce Inter.
Mais ici, rien…
Bien d'accord avec toi !
Et pourtant …
à marie 75
De C. Creseveur
Ca pourrait bien être ça! | 17H16 | 27/02/2008 |
Bien reçu le message, merci.
à C. Creseveur
De marie 75
16H40 | 27/02/2008 |
(une info bellaciao, sur le même sujet)
On vient de me l'exp.
Emmanuelle Mignon : pour une privatisation totale de l'éducation nationale…
de Gérard Filoche
Toute la presse a noté qu'Emmanuelle Mignon, ne pensait pas que les sectes étaient un danger en France.
Mais ce qui est un danger en France c'est Madame Mignon : « J'ai toujours été conservatrice, j'aime l'ordre.
Je crois à l'initiative individuelle, à l'effort personnel et, en matière économique, à la main invisible du marché.
Par exemple, je suis pour une privatisation totale de l'éducation nationale », confie cette juriste venue du Conseil d'Etat.
(in Le Monde 2 septembre 2004, « comment les idées viennent à Sarkozy » Jean Birnbaum).
Sans doute qu'après avoir privatisé l'école, on pourra donner les enfants à former aux différentes écoles dirigées par des sectes ?
à marie 75
De abcd
retraitée | 17H29 | 27/02/2008 |
Mais le président et son entourage ne formeraient-ils pas à eux seuls une secte terrible, les éminences grisâtres ; quant à la rupture, le programme n'a rien d'alléchant et se rapprocherait du Moyen Age s'il est soufflé à Sarkozy par de tels conservateurs.Je vais les appeler la secte des bisulfites, conservateurs qu'on trouve partout et qui donne de plus en plus de boutons à beaucoup de monde.
De guerzit
Incomprenant majeur | 15H37 | 27/02/2008 |
« les nouveaux régimes en verre nous poussent maintenant à faire nos besoins en public »
En effet… Et à ne plus avoir d'illusions sur nous mêmes telles que celles développées au cours des siècles.
Les Lumières s'éteignent et l'age sombre de l'animalité institutionnelle avance.
Car nous sommes brutaux, instinctifs, obsédés, mais seuls les porteurs du pouvoir pourront exprimer cela entièrement.
Aux autres animaux inférieurs de ruminer leur frustration, et de subir la sauvagerie de leurs supérieurs…
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 16H19 | 27/02/2008 |
L » age du verre et du miroir…
Attention , fragile .
De Servais-Jean 4591
alpha-béta | 16H47 | 27/02/2008 |
Sarkozy dénude le pouvoir devant les français.
Ouais et ce qu'il en montre n'est pas jojo car il semble que vu du pouvoir les français sont des cons, des salopes et autres noms d'oiseaux.
Il y a longtemps que la presse étrangère s'en est rendue compte. Déjà avant les élections ils le disaient. Mais en France la presse ne disait rien si ce n'est sur le web (rue89).
Mais la majorité des français, sans parler des politiques dont c'est le gagne caviard, refusent d'admettre le fait qu'ils soient pris pour des imbéciles (les cons ! ).
Et le président lui-même est considéré comme tel par ceux à qui il doit sa victoire.
En effet les grands patrons se sentant les coudées franches profitent de sa présence pour augmenter sans retenue leurs salaires et leurs bénéfices. Ils se moquent bien du contre-coup que va encaisser Sarko, ils se cachent derrière la marionnette Fillon en disant « Sarkozy a raison, la preuve, c'est que Fillon monte dans les sondages ».
Ouvrir les yeux et reconnaître qu'on s'est trompé c'est pourtant simple, ça touche un peu l'amour-propre mais bon, un con doit pouvoir le supporter.