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Historienne, dir. d'études à l'EPHE, Sorbonne

Le CNRS et « l'affaire Geisser » : la liberté du chercheur menacée

Un chercheur du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Vincent Geisser, est convoqué le 29 juin devant un conseil de discipline pour non-respect du devoir de réserve. Le point de départ de l'affaire est le soutien apporté par Geisser à une doctorante d'un laboratoire de Toulouse portant le voile et interdite d'emploi par le service du Haut fonctionnaire de défense au CNRS, lequel avait de plus classé les activités du laboratoire dont Geisser dépend, l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman (Iremam, Aix-en-Provence), comme « domaine sensible ».

Pour certains (telle Caroline Fourest dans son article du Monde daté du 20 juin), l'affaire n'est pas très grave, car d'une part Vincent Geisser l'a bien cherché, et d'autre part il ne risque qu'un blâme.

Mais quoi qu'on pense de l'islam, du voile et des positions de ce chercheur -assez bien présentées dans un article publié par lui en 2007 dans la Revue internationale et stratégique, que personne ou presque ne semble s'être donné la peine de lire-, il faut rappeler que cette affaire n'est pas anodine et remet en cause la liberté de tout chercheur au sein du CNRS. En effet, la direction du CNRS s'est alignée sur les positions du Haut fonctionnaire de Défense, refuse toute communication et dialogue et s'est « bunkerisée ».

Un militaire de carrière s'érige en censeur de la pensée

La direction du CNRS a laissé ce service, dirigé par un militaire de carrière, s'arroger des compétences exorbitantes : décider du droit de porter ou non le voile, du droit de classer des labos de sciences sociales comme « sensibles » sur le plan de la défense, et enfin, tout simplement, de la liberté de pensée chez les chercheurs. Le Haut fonctionnaire de défense n'a en effet jamais caché le fait que pour lui l'islam est un problème. Et de fait, Vincent Geisser n'a pas été la première ni la seule victime de sa surveillance et de ses pressions ; d'autres chercheurs, tous travaillant sur l'islam, dont O. Roy, cosignataire de ces lignes, témoignent aujourd'hui en avoir eux aussi été la cible.

Mais cette intrusion permanente dans la vie des laboratoires de recherche et les travaux de leurs membres dépasse évidemment la question de l'islam. Intervenant dans un domaine manifestement étranger à ses attributions, le Haut fonctionnaire de défense s'arroge scandaleusement un rôle critique que seuls ses pairs peuvent exercer vis-à-vis des travaux d'un chercheur. Jusqu'ici notons-le, les instances d'évaluation réglementaires du CNRS n'ont jamais rien trouvé à redire aux écrits de Vincent Geisser.

Aujourd'hui, le champ d'action du Haut fonctionnaire de défense semble s'être encore élargi. Un jeune chercheur en informatique a eu le tort de relater cette affaire, dans des termes neutres et de type informatif, sur son blog, hébergé par un serveur CNRS. On lui a autoritairement bloqué son blog, qu'il a été obligé de faire migrer sur un autre serveur.

Ce qui se passe est en fait le symptôme de la dérive en profondeur du CNRS et plus largement de la recherche française. La direction du CNRS, en engageant une procédure disciplinaire contre Vincent Geisser, en pratiquant de telles censures, en restant sourde à nos appels, en apportant sa caution à la dérive de son Haut fonctionnaire de défense, érige en politique officielle ce qui n'aurait dû rester, justement, qu'une dérive à stopper.

On ne saurait s'en étonner. La « privatisation » de l'université et de la recherche, loin de donner plus de liberté au chercheur, risque de détruire les instances paritaires où administration et chercheurs travaillaient ensemble (voir à ce propos le communiqué de la section 33 du CNRS). Elle a renforcé le pôle autoritaire et répressif ici incarné par le Haut fonctionnaire de défense. Moins d'Etat veut dire en l'occurrence plus de contrôle. En mentionnant un devoir de réserve qui ne s'applique jamais aux universitaires, la direction du CNRS montre que pour elle le chercheur n'est pas, ou n'est plus, un universitaire mais un fonctionnaire qu'il faut mettre au pas. La direction du CNRS ne sait plus ce qu'est le CNRS…

Pourquoi un appel à la sauvegarde de la liberté intellectuelle des chercheurs et enseignants-chercheurs ?

Le comité qui s'est constitué autour de Vincent Geisser ne l'a pas fait pour défendre ses idées ou son travail, mais pour clamer haut et fort notre attachement à une liberté en danger, la liberté de penser, de faire de la recherche, de transmettre le savoir, en respectant les règles déontologiques s'imposant à ce genre d'exercice, sans avoir à être constamment sous la menace d'une procédure disciplinaire.

L'« affaire Geisser » n'est plus une affaire privée, elle concerne tous les citoyens de ce pays, et se situe au-delà des clivages traditionnels de l'opinion (sur l'islam, depuis le 11-Septembre 2001, comme sur tant d'autres sujets). Nous ne discutons pas ici de manières de voir ou de dire : c'est un principe fondamental de notre démocratie qui est en jeu. Un principe qui vaut pour tous, d'abord mais pas seulement pour les chercheurs, les universitaires ou les intellectuels.

En défendant Vincent Geisser, ce n'est certes pas l'islamisme radical que nous défendons, ni la prétendue sympathie que notre collègue aurait pour lui, c'est un principe universel que nous défendons, cette liberté justement héritée des Lumières. Nos blogs bloqués, nos mails épiés, nos travaux épluchés par les militaires, nos livres devront-ils bientôt être soumis à la censure ou ne refléter que les positions agréées ou supposées agréées par nos gouvernants ? Un maccarthysme à la française, est-ce là désormais l'« exception française » ?

Sous les coups répétés de certains médias acquis à la pensée simple (présumée plus vendable), d'un pouvoir qui affiche toujours plus son mépris pour les producteurs de savoir, spécialement en sciences humaines, et maintenant d'une administration de la recherche elle-même apparemment toute acquise à ces thèses, pourront-ils encore résister longtemps et jouer pleinement leur rôle, ceux qui, intellectuels et chercheurs, modestement, tentent d'apporter, par l'expression d'une pensée libre, un souffle d'oxygène vital pour nous tous, qui nous empêche de tomber dans le confort des idées toutes faites et des préjugés ?

Mesures d'exception et flicage intellectuel

Les 4 500 personnes qui ont signé notre appel ne souscrivent évidemment pas à toutes les prises de position de Vincent Geisser. Chercheurs, universitaires, simples citoyens, tous ont en revanche bien saisi où était le vrai danger : mesures d'exception et flicage intellectuel. La tiédeur de la réponse de Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, le silence de Catherine Bréchignac, présidente du CNRS, face à la première et à la seconde lettre ouverte que nous lui avons adressées, nous incitent à penser que nos autorités supposent que ce mouvement-là, comme d'autres, s'étiolera dans le pourrissement et l'usure.

Même s'il devait s'étioler, il laisserait une cicatrice profonde, prête à se rouvrir à la première occasion. De fait, rien encore n'annonce l'étiolement. Au contraire, notre mouvement gagne désormais l'étranger : les documents du comité de soutien circulent désormais en anglais, les signatures affluent d'Europe et d'Amérique.

Il faut donc tenir et raison garder, en rappelant quelques principes sans quoi il n'y a plus de liberté universitaire.

Quelques principes

  1. On peut être pour ou contre le droit de porter le voile sur son lieu de travail, mais cela ne doit pas être décidé par un officier de sécurité au nom des impératifs de la défense nationale. Cela relève de la loi et du droit du travail.
  2. Les sciences sociales ne doivent pas être considérées comme un domaine sensible sur le plan de la défense nationale : c'est une vision totalitaire du savoir.
  3. Le devoir de réserve par décision constante de la cour de cassation, ne s'applique pas aux universitaires, et donc pas aux chercheurs du CNRS.
  4. Au CNRS comme à l'université (et, oserait-on dire, en France) la liberté intellectuelle est la règle. Toute utilisation de procédures détournées (plaintes, conseil de discipline) pour la limiter est une menace pour la démocratie.
  5. Il y a d'excellentes raisons pour être en désaccord avec Vincent Geisser : mais il suffit de le dire et de l'écrire, pas de le faire taire. Vincent Geisser n'a aucune autorité sur qui que ce soit et ses propos n'engagent que lui. En revanche, le Haut fonctionnaire de défense prétend incarner l'Etat, et mobilise les institutions, malheureusement complaisantes, pour casser Vincent Geisser.
  6. Si le Haut fonctionnaire de défense porte plainte en tant que personne devant un tribunal, il en a le droit et c'est son affaire, mais la direction du CNRS n'a pas à prendre fait et cause pour lui contre un chercheur et, surtout, n'a pas à anticiper le jugement d'un tribunal civil pour sanctionner ce chercheur. En un mot, ce genre de procès et de sanction n'existe que dans des pays de tradition autoritaire (Russie, Turquie, Egypte, Algérie, Tunisie) et n'a pas sa place en France.

Nous ne demandons rien d'autre que le respect de notre travail de chercheurs et d'intellectuels, celui-là même pour lequel nous sommes rémunérés par l'État. La confiance entre la tutelle et les chercheurs, universitaires et intellectuels est désormais rompue. Seul un geste fort - de la Ministre et de la Présidente du CNRS - pourrait la rétablir. Nous réitérons donc nos exigences :

  1. Annulation du conseil de discipline contre Vincent Geisser (et refus de reconnaître sa légitimité s'il est tenu).
  2. Exclusion des sciences humaines de toute supervision par le Haut fonctionnaire de la Défense.
  3. Négociations entre la direction du CNRS et les directeurs des laboratoires des « sciences dures » d'une charte sur les compétences et les limites du rôle du Haut fonctionnaire de défense, qui doit agir dans la transparence, la neutralité idéologique et… le devoir de réserve, qui, lui, s'applique aux fonctionnaires d'autorité.

C'est seulement de cette façon que Valérie Pécresse et Catherine Bréchignac, et plus largement nos gouvernants, manifesteront leur attachement sincère à l'un des droits fondamentaux de l'homme et du citoyen : la liberté de pensée et la liberté d'expression.

Esther Benbassa, directrice d'études à l'Ecole pratique des hautes études, Sorbonne, et Olivier Roy, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique

154 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Un compte supprime

à Marc de café_bloque Portrait de Marc de café_bloque De Un compte supprime

nc | 14H41 | 25/06/2009 | Permalien

bon la tu dis n'importe quoi , expresso, je ne naze personne. Tu deviens ridicule.

Portrait de Ben85

à Marc de café_bloque Portrait de Marc de café_bloque De Ben85

ramoneur | 21H09 | 25/06/2009 | Permalien

« Je ne comprends pas qu'on laisse faire ces parasites… »

Ah ouais… quand même ! « Parasites »…

Voilà un vocabulaire qui fleure bon la fosse à purin…

Portrait de Marc de café_bloque

à Béatrice1 Portrait de Béatrice1 De Marc de café_bloque

cabot mais pas chien | 22H45 | 24/06/2009 | Permalien

Ah ! ces intellectuels ! il suffisait de rencontrer une victime des khmers (ce que j'ai fait en 1976) pour SAVOIR.

Portrait de Un compte supprime

à Marc de café_bloque Portrait de Marc de café_bloque De Un compte supprime

nc | 02H20 | 25/06/2009 | Permalien

Ah ces intellectuels ! ! ! Pourquoi, vous etes jaloux ?

Portrait de jexiste

à Un compte supprime Portrait de Un compte supprime De jexiste

si, si | 14H51 | 25/06/2009 | Permalien

Evite de projeter sur autrui tous tes affects.

Marc n'a rien contre les ingénieurs et n'en a jamais assassiné aucun…

Portrait de Un compte supprime

à jexiste Portrait de jexiste De Un compte supprime

nc | 08H13 | 26/06/2009 | Permalien

Oh tiens qui voila ? ! ! ! Jexiste ! ! ! Please, come in, manquait plus que vous…

Je comprends mieux les rafales de nazage… et vous etes venu me dire quoi exactement, que j'ai assassine des ingenieurs ? ben oui, comme tous les matins, depuis que j'ai arrete la clope, le cafe passe mal tout seul, alors j'assassine des ingenieurs… on se detend comme on peut, n'est-ce pas…

Portrait de jexiste

à Un compte supprime Portrait de Un compte supprime De jexiste

si, si | 16H51 | 26/06/2009 | Permalien

Et parano, avec ça !

Je n'ai toujours qu'un compte.

Je suis censée faire comment, pour t'affliger de « rafales de nazage » ?

Portrait de compte sup. à la demande du riverain 25.08

à jexiste Portrait de jexiste De compte sup. à la demande du riverain 25.08

chat de garde | 16H53 | 26/06/2009 | Permalien

Jexiste qui traite quelqu'un de parano, l'hopital qui se fout de la charité !

Portrait de Un compte supprime

à Béatrice1 Portrait de Béatrice1 De Un compte supprime

nc | 15H21 | 23/06/2009 | Permalien

Alors que Noam lui, avait dit qu'il ne fallait pas deconner…

Portrait de Jolibibi

De Jolibibi

Lucide... | 16H09 | 22/06/2009 | Permalien

En réponse aux deux dhimmis …

connaissez vous Pat Condell…

A voir et écouter attentivement …

http://www.dailymotion.com/video/x2t2o9_pat-condell-islam-in-europe_news

tout est résumé ici …

Quant au chercheur du cnrs , qui cherche ce dont tout le monde se fiche .. encore un emploi fictif… qu'il aille chercher outre atlantique …

Portrait de kiki21120

De kiki21120

sans emploi | 16H07 | 22/06/2009 | Permalien

De toute façon le problème sera réglé comme d'habitude à la hussarde, le CNRS va bientôt disparaitre. Nous savons que notre très cher prince président Naboléon n'aime pas les chercheurs qu'ils soient au CNRS ou ailleurs

Portrait de Waldeck

De Waldeck

Naufragé en Sarkoland | 16H53 | 22/06/2009 | Permalien

Comment mettre le pays à sa botte :

- Déclaré que TOUT , absolument TOUT, est susceptible d'être un sujet sensible et vulnérable, et doit donc relever du « Secret-Défense », ceci, même à l'insu de ceux qui ont la charge de ce sujet.

- Comme tout relève du « Secret-Défense », ceux qui ont la charge ou sont concernés de près ou de loin par le sujet, sont soumis de fait à l'obligation de réserve et au secret absolu.
Ceci concerne TOUT le monde ( soi-même et ses proches : Famille, Amis, relations…)

- En revanche, il vous est impossible de garder secrète votre vie privée. Ainsi on doit avoir accès à vos choix et gouts politiques, religieux, sociaux, artistiques, sexuels…qui seront protégés, bien sûr, car seront devenus « Secret-Défense », les :
- « Secrets Médicaux », « Secret de l'Instruction », « Secret Professionnels », « Secret de la Correspondance », de la « Confession » etc…

- Vu ?

- Rompez !

Portrait de Ernst_T_Tho

De Ernst_T_Tho 59906

ermite | 17H01 | 22/06/2009 | Permalien

Mathématisation du vivant, uniformisation idéologique de la pensée, professionnalisation et spécialisation outrancières, ordre (faussement) moral restauré, raison de nouveau subordonnée à la foi… c'est la mort du savoir à proprement parler. Et ce n'est bien évidemment pas désintéressé : privée de connaissances objectives, la population demeure prisonnière de son strict empirisme et donc d'apparences et de croyances aisément manipulées par un marketing omniprésent.

Les conséquences d'un tel processus sont connues et si malsaines que d'innombrables scientifiques (historiens, sociologues, politologues) n'ont pas hésité à désigner celui-ci comme l'un des symptômes les plus significatifs de la « pathologie de la société moderne » que fut le totalitarisme, autoproclamé « solution » à la grave crise que traversaient les sociétés libérales avant l'éclatement de la Seconde guerre mondiale. Autrement dit, le présent témoignage d'E. Benbassa et O. Roy est capital du fait qu'il contribue à mettre en valeur la plongée toujours plus flagrante de l'actuelle plouto-démocratie globalisée dans les eaux sombres d'un (pseudo-)totalitarisme d'autant plus dangereux qu'il n'apparaît malgré tout toujours pas comme tel à la majorité de la population.

La chute, donc… et sous les applaudissements du Congrès comme d'une bonne partie des victimes de la tyrannie et de l'exploitation néo-libérales.

Portrait de zorbek

à Ernst_T_Tho Portrait de Ernst_T_Tho De zorbek

20H47 | 22/06/2009 | Permalien

Pas la peine de chercher midi à 14h. Je ne vois pas ce que cela à avoir avec le libéralisme. Ce dont il est question ici, c'est de totalitarisme, d'une tentative explicite de soumission et de formatage de la pensée qui doit passer sous les fourches caudines d'un galonné pour être admissible. Un type comme Chomsky enseigne bien dans une prestigieuse université au pays du libéralisme, et apparemment chez nous il serait en taule ou sans emploi…
La France de Vichy n'est vraiment plus très loin.

Portrait de Ernst_T_Tho

à zorbek Portrait de zorbek De Ernst_T_Tho 59906

ermite | 15H41 | 23/06/2009 | Permalien

Ah, les raccourcis simplistes, c'est l'une des choses que je préfère, avec la saucisse de Francfort, la bière et le catch féminin dans la boue ! Je n'ai pas tant pointé du doigt le libéralisme, d'hier comme d'aujourd'hui, que le totalitarisme, passé comme présent. J'ai fait valoir le fait que celui-ci avait émergé à l'occasion de l'entrée en crise des sociétés libérales qui vivaient alors leur « Belle époque » (une minorité rentière faisant étalage de luxe devant une population majoritairement exploitée, façon XIXème). J'ai enfin suggéré que la politique obscurantiste dont faisait état l'article ci-dessus s'inscrivait parfaitement dans une démarche (pseudo-)totalitaire.

Maintenant, il serait peut-être utile d'aller chercher non pas midi mais minuit à quatorze heures, car il s'avère que cette inclinaison totalitaire est le fait d'une culture et d'une organisation sociale à proprement parler néo-libérales. Modèle sociétal globalisé qui connaît aujourd'hui une profonde crise historique. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est un individualisme tant généralisé que forcené qui mène à l'avènement d'un holisme de type religieux, impliquant le renouveau de réflexes anti-intellectualistes et grégaires qui ne resteront que (pseudo-)totalitaires tant que subsistera le semblant de démocratie qui justifie toujours l'existence de l'actuelle ploutocratie.

Portrait de zorbek

à Ernst_T_Tho Portrait de Ernst_T_Tho De zorbek

22H14 | 23/06/2009 | Permalien

Non. Moi je vois plutôt que ce genre de dirigisme de la pensée est plus facilement accommodé par un état historiquement dirigiste comme la France étatiste que par un état historiquement libéral comme les US. La liberté y a plus d'importance - à tort ou à raison, ca se discute - que l'égalité. Et l'exemple que j'ai donné est assez emblématique de la question car Chomsky est d'avantage tolérable là-bas qu'ici, et je n'ose pas imaginer sa réaction s'il avait eu, dans l'exercice de son métier, des comptes à rendre à un militaire… Vous me direz peut-être qu'un type comme Badiou n'existerait pas là-bas, ce qui est probablement vrai aussi (quoique…), tout ca est une question de culture, mais pas uniquement quant au fond. Et la ploutocratie existe là-bas autant qu'ici, peut-être en moins hypocrite.

Portrait de zorbek

De zorbek

20H35 | 22/06/2009 | Permalien

Ca c'est vraiment le comble ! Un haut fonctionnaire de la défense qui supervise la recherche, c'est déjà une énormité en soi (s'il s'agissait de labos d'armes bactériologiques, on pourrait le comprendre, mais alors autant interdire le labo des le départ, ça éviterait tout problème par la suite), mais vouloir superviser des sciences humaines, ça dépasse l'entendement. Je m'étonne d'ailleurs que cette absurdité ne fasse d'avantage de bruit tellement c'est gros.

L'autodafe, c'est pour quand ?

Portrait de Tinhinane

De Tinhinane

Médiatrice scientifique | 21H04 | 22/06/2009 | Permalien

Acceptant l'ingérence du pouvoir politique dans toutes les sphères d'activité, y compris la vie intellectuelle, et nous arrivons progressivement mais surement à ce qu'a été par exemple le stalinisme.

L'Affaire Lyssenko, par exemple, ça vous dit quelque chose ? Pour ceux qui ont une vague idée, voici un très bref et incomplet rappel http://www.fabriquedesens.net/La-Fabrique-de-l-Histoire-Science,197

Bien que le cas de Vincent Geisser, ne relève pas de ce que l'on appelle classiquement les « lanceurs d'alerte », quoi qu'à mon avis il y ait des similitudes dans le traitement par le pouvoir public, je regrette que la communauté universitaire et intellectuelle ne se saisissent pas de cette problématique pour dégager une ligne éthique cohérente pour ses ripostes un peu à la manière des reporters et autres professions qui veillent pour la non violation de droits fondamentaux également dans le cadre de leurs activités professionnelles.

Portrait de Sacha25

De Sacha25

22H03 | 22/06/2009 | Permalien

Ce qu'il ressort de tout ça, c'est le caractère dramatique qu'atteint toute politique (relation entre les humains) lorsque le peuple est absent.

On nous parle de la liberté fondamentale du chercheur, de l'enseignant (l'éducation comme la santé n'a pas de prix, mais elle a un coût. Et au nom de quoi celui qui paye ne peut donner son avis sur le prix), d'intérêt supérieur de la Défense … mais le peuple

Il y a dans cet article des amalgames de fort mauvais aloi.

Il y a, dans Le Monde, un article dont le titre est « En France, tout le monde est libre, sauf les musulmans » Quel amalgame mensonger ! !
La vérité est « En France, tout le monde est libre, sauf les musulmanes » (et les femmes qui croient à la religion)

Portrait de caro

à Sacha25 Portrait de Sacha25 De caro

délinquante avérée | 23H44 | 22/06/2009 | Permalien

l'amalgame que vous soulevez est vraiment effarant. En fait il faut dire : en France, tout le monde est libre sauf les opposants aux « pensées » sarkoziennes.

Portrait de Sacha25

à caro Portrait de caro De Sacha25

07H46 | 23/06/2009 | Permalien

A mon avis à deux détails près :
pas que Sarkozy
et peut-être pas tout Sarkozy

Portrait de Claude Rochet

De Claude Rochet

Professeur de sciences de gestion | 05H48 | 23/06/2009 | Permalien

Madame Benbassa raconte un peu n'importe quoi :

1) Vincent Geisser a menti sur la finalité de son enquête. Quand elle a été déposée, il s'agissait d'étudier le parcours des chercheurs issus des migrations, sans précisions d'origine. Or, à la lecture détaillée du questionnaire on s'aperçoit qu'elle est ciblée sur les chercheurs issus du Maghreb et ce dans un but précis, quant on connaît les prises de positions politiques de Geisser : Montrer que la recherche française est dépendante des chercheurs du Maghreb, dont on montrera au passage qu'ils sont maltraités. Quant on voit quels sont les soutiens de Geisser, on comprend qu'il s'est agi de monter une opération « Aristote au Mont St Michel » avec l'objet strictement inverse

2) Geisser a commis une faute professionnelle lourde en réalisant subrepticement un fichier nominatif sur base ethnique, non déclaré à la CNIL et en infraction totale avec sa jurisprudence. C'est donc à bon droit que le secrétaire général du CNRS a fait procéder à la destruction de tous les éléments recueillis par cette « recherche ».

3) Geisser a injurié en ligne, par un courriel abondemment diffusé, le FSD en l'assimilant à un nazi. Il se retrouve devant la XVII° chambre du TGI de Paris - qui juge les délits de presse - pour un injures publiques, comme cela arrive tous les jours pour ceux qui ont dépassé la dose en s'envoyant des noms d'oiseaux sur la toile. La décision de la traduire en conseil de discipline est un acte de gestion des plus normaux.

4) Il est normal qu'un FSD surveille les déplacement de quiconque va dans une zone sensible, et surtout dans le cas d'un Geisser, qui est proche de mouvements aussi humanistes et pacifiques que les Frères Musulmans.

M. Geisser a commis un enchaînement de fautes professionnelles graves, en masquant l'objet de sa recherche à son autorité de tutelle qui l'a financée, en créant un fichier nominatif des personnels du CNRS sur base ethnique, et en injuriant publiquement et de manière répétée un fonctionnaire d'autorité.
Il tente de sortir de ce mauvais pas en politisant l'affaire avec les pétitionnaires habituels.

La liberté de la recherche n'a rien à voir là-dedans car ce n'est tout simplement pas de la recherche, activité qui ne saurait se résumer à mettre « CNRS » au bas d'un pamphlet politique (droit d'expression qui doit être parfaitement respecté, mais en évitant la confusion des genres).

Portrait de Jolibibi

à Claude Rochet Portrait de Claude Rochet De Jolibibi

Lucide... | 08H37 | 23/06/2009 | Permalien

Merci Mr le Professeur…

Je croyais qu'on pouvait compter sur les journalistes pour connaitre la vérité …

Heureusement que vous êtes arrivé …

Nous vous en remercions …

Mes salutations distinguées.

Portrait de Pierre Leloup

à Claude Rochet Portrait de Claude Rochet De Pierre Leloup

terré | 18H12 | 23/06/2009 | Permalien

Vous racontez également des choses assez étonnantes…

1) a) « le parcours des chercheurs issus des migrations, sans précisions d'origine » - Mouais… Quand on parle des « jeunes issus de l'immigration, on ne précise pas non plus, mais c'est clair pour tout le monde. Est ce qu'il y a vraiment tromperie ?

b) Sur le “Aristote au Mt St Michel à l'envers”, je vous le concède, mais l'argument n'est pas recevable. Nous faisons tous de la recherche (je me mets dedans, à mon humble niveau) avec des motivations politiques ou non et plus ou moins avouables (même peut-être vous en science de la gestion, si si…), après, nous sommes jugés par nos pairs sur la pertinence scientifique de nos exposés, pas sur la bonne moralité politique de nos intentions.

2) Ouh là là, un fichier non déclaré… Vous savez pertinemment que ce n'est pas là le problème. Tout ceux qui font un tant soit peu de quanti en science sociale manient des fichiers non déclarés, c'est un prétexte…

3) Ce n'est pas lui qui a “abondamment diffusé” le mail injurieux. On verra ce qu'en dit la justice, mais a priori, dans une correspondance privé, on a encore le droit d'être injurieux.

4) Voilà l'argument massu du FSD que vous reprenez texto, “il faut surveiller Geisser parce qu'il travaille sur des sujets sensibles et qu'il est dangereux”. C'est là que tout se joue, est-ce que les gens du CNRS acceptent d'être surveillés par un militaire qui peut définir arbitrairement ceux qui ne pensent pas correctement. Comment ne voyez-vous pas le problème de ce 4 ? C'est du bon sens… A moins que vous soyez nostalgique des sociétés staliniennes (ce qui m'étonnerait de la part d'un professeur en science de la gestion…)

Portrait de Bardamu

De Bardamu

difficile | 08H12 | 23/06/2009 | Permalien

C'est curieux, Mme Benbassa, mais je ne me souviens pas de vous avoir entendu ou lu défendre avec autant d'acharnement la liberté du chercheur, quand M. Sylvain Gouguenheim a été visé par une « pétition » particulièrement infâme, émanée de ses « chers collègues » de l'Ecole Normale Supérieure, pour avoir écrit « Aristote au Mont Saint-Michel ».

J'espère me tromper.

Portrait de Claude Rochet

à Bardamu Portrait de Bardamu De Claude Rochet

Professeur de sciences de gestion | 09H30 | 23/06/2009 | Permalien

Effectivement, pour ces pétitionnaires la liberté est à sens unique : il suffit de relire la pétition - la fatwa, faudrait-il dire - contre le professeur Gouguenheim, dont les Olivier Roy et Alain de Ribera demandaient tout simplement la mise à l'écart de l'université, pour avoir une idée de la conception de la « liberté du chercheur » qu'ont ces gens.
Il est intéressant de lire la liste des 300 signataires de la pétition anti-Gouguenheim : à peine 20 ont des compétences en histoire du Moyen-âge.

Portrait de Bardamu

à Claude Rochet Portrait de Claude Rochet De Bardamu

difficile | 10H16 | 23/06/2009 | Permalien

Ajoutons que certains signataires de la pétition ont avoué avoir signé AVANT d'avoir lu le livre.

Portrait de Pierre Leloup

à Claude Rochet Portrait de Claude Rochet De Pierre Leloup

terré | 18H13 | 23/06/2009 | Permalien

« il suffit de relire la pétition - la fatwa, faudrait-il dire - contre le professeur Gouguenheim »

Attention, il faut citer vos sources : vous l'avez tirée de « minute » cette mise en apposition, non ?
Le « faudrait-il dire ? » me fait penser au « n'est-ce pas ? » avec lequel le borgne aime ponctuer ses phrases.

Portrait de Bardamu

à Pierre Leloup Portrait de Pierre Leloup De Bardamu

difficile | 19H27 | 23/06/2009 | Permalien

Qu'est-ce que c'est que cette ridicule police du langage ? Un prélude à la police de la pensée ?

Si M. Le Pen emploie un jour le mot « schtroumpf », il faudra que je le raye de mon vocabulaire ?

Du délire.

Portrait de zorbek

à Claude Rochet Portrait de Claude Rochet De zorbek

21H59 | 24/06/2009 | Permalien

Sauf que Gougenheim n'a pas perdu son boulot, c'est ça qui fait toute la différence, sa liberté de penser et de s'exprimer reste intacte. On peut ne pas être d'accord avec Gougenheim, ce n'est pas une raison de l'interdire, mais de le critiquer. Dans le cas de Geisser, on ne s'arrête apparemment pas là, avec cette manie typiquement française de tout légiférer, y compris ce que des chercheurs peuvent penser, et pour moi c'est exactement ça, si les mots ont un sens, qui dépasse les limites de l'admissible, du point de vue des libertés fondamentales. Ca vaut aussi pour le refus dans la loi de statistiques ethniques objectives (comme si c'était impossible), qui est d'une hypocrisie sans bornes, manière tout a fait grossière de nier la possibilité d'un problème en s'interdisant des le départ les moyens de le mesurer pour mieux escamoter le tout.

Pour moi aussi bien Gougenheim que Geisser doivent avoir le droit à la parole, pour autant que l'une n'exclut pas l'autre. On peut ne pas ètre d'accord, il suffit d'argumenter…

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