« Importer » le conflit de Gaza en France. De quoi parle-t-on ?

A Paris le 10 janvier, manifestation contre l'opération israéelienne à Gaza (Benoit Tessier/Reuters)

L'offensive terrestre d'Israël dans Gaza a remis à l'ordre du jour la fameuse question de « l'importation » sur le sol français du conflit israélo-palestinien. La dualité juifs-musulmans s'est immédiatement installée dans l'esprit des politiques et dans les médias. Et nous voilà entrés de plain-pied dans une guerre des religions. Un schéma classique en France, lié à son histoire aussi bien avec les juifs qu'avec les musulmans. Comme si les deux religions s'affrontaient, et pour quoi faire ?

Les religieux, pompiers des temps de tension ?

Les poignées de mains entre imams et rabbins viennent couronner cette vision de la société qu'ont les pouvoirs publics et qui relève de leur obsession du « communautarisme », que finalement ils renforcent par leurs actes et leurs discours.

On ferait sans doute mieux de développer de vraies campagnes d'information et de formation dans les poches où les frictions se développent avec le plus de facilité. On préfère cependant attendre la dernière minute pour dénoncer les heurts et demander aux religieux de jouer les pompiers.

Or les religieux n'ont rien à voir dans cette affaire. Une guerre se déroule au Moyen-Orient entre Israël et le Hamas. Le peuple palestinien paye le prix fort. Israël aurait pu au moins éviter l'offensive terrestre et se contenter de l'aérienne pour dissuader -éventuellement– le Hamas de lancer ses roquettes.

A supposer qu'une telle « dissuasion » puisse fonctionner vraiment et durablement. Il n'y a pas de guerre juste, il y a les vies des hommes, des femmes, des enfants confrontés à la douleur et à la mort. Les Palestiniens sont entre le marteau et l'enclume, démunis devant un Fatah affaibli, des pays arabes impuissants, une armée israélienne surpuissante et un Hamas arrivé au pouvoir d'abord par les urnes mais dont la légitimité politique a toujours été niée.

Qui n'a pas le sentiment que le vrai motif de cet affrontement –résistance des uns, autodéfense des autres– est surtout électoral et clientéliste, d'un côté comme de l'autre ?

L'engagement sécuritaire fait gagner les élections, on en a l'expérience en France. Si 91,4% des Israéliens trouvent cette guerre juste et se disent fiers de leur armée, Richard Prasquier, le président du Crif, affirme que 95% des juifs de France la soutiennent. Le grand rabbin de France lui-même ne s'est pas ménagé pour signifier son adhésion à la cause.

La déclaration de M. Prasquier n'est peut-être pas totalement fausse, mais elle tombe à pic pour donner un coup de pouce à la propagation d'un antisémitisme qui n'avait nullement besoin de ça et dont tous les ingrédients se trouvent par ailleurs réunis : crise économique, affaire Madoff, guerre à Gaza…

L'argent et le sang, du pain béni pour les antisémites. Que Madoff ait ruiné d'autres juifs et que tous les juifs du monde ne soutiennent pas ce que fait l'armée israélienne à Gaza n'y change hélas rien. Cette confusion entre juifs et Israéliens, comment y échapper si le Crif la cautionne ?

Il reste les 5%. Mais qui sont-ils ? Leurs voix ne comptent-elles pas ? Une seule voix qui s'élève contre les tueries devrait pourtant compter bien plus que ces 95% à qui on n'a sûrement pas demandé grand-chose et qui soutiennent Israël pour des raisons affectives.

Ceux-ci, si on leur parlait face à face, n'admettraient probablement pas qu'on tue à Gaza des enfants, des vieillards, des simples gens qui cherchent à nourrir leur famille et à la protéger.

Etre juif et soutenir les Palestiniens

Nous sommes peut-être une poignée, mais nous sommes déchirés entre notre attachement à Israël, notre opposition à sa politique actuelle et notre soutien à la cause palestinienne. Notre impuissance à faire cesser cette guerre, à stopper le carnage, à obtenir qu'on discute avec le Hamas, le Fatah, les puissances européennes, et qu'on emprunte enfin la voie diplomatique jusqu'à ce qu'on trouve une solution viable pour un Etat palestinien, nous plonge dans le plus grand des désespoirs.

Aussi parce que, pour ne parler que de mon entourage et de moi, nous n'avons pas le cœur de défiler là où l'on s'en prend globalement aux juifs, où l'on établit une équivalence entre croix gammée et étoile de David, pas plus que de manifester devant l'ambassade d'Israël avec nos frères juifs.

Moi, être humain choqué par la souffrance des Palestiniens, et qui connaît par les récits de famille et par mon expérience d'historienne des juifs ce que mon peuple a souffert, je ne peux pourtant pas fermer les yeux.

Ce n'est guère par pacifisme que je dis : « Arrêtez, ça suffit. » Je le dis parce que je ne veux pas porter sur ma conscience le poids de tous ces civils morts et parce que trop, c'est trop. Cette guerre est devenue sale, si elle a jamais été « propre ». J'ai mal, mais je ne veux pas non plus qu'on m'attaque parce que je suis juive.

Je peux crier, dénoncer et même pleurer, mais je ne suis pas responsable de cette guerre et de ses morts. Leurs images, le peu que j'ai vues, je les porte en moi, comme ces photos de famille qui ne vous quittent jamais.

Antisémitisme et islamophobie

Tout compte fait, on ne peut pas reprocher aux Arabo-musulmans de s'identifier à l'opprimé. Le conflit israélo-palestinien n'est pas « importé ». Il est là depuis de longues années et ce n'est pas le fameux dialogue interreligieux qui règlera les problèmes.

L'hostilité entre juifs et musulmans après la Seconde Guerre mondiale est liée à la naissance d'Israël et à la décolonisation. C'est l'histoire, et c'est ainsi. Ces événements vont provoquer de grandes vagues d'émigration juive vers la France, Israël et le Canada. Mais ce à quoi nous assistons depuis la seconde Intifada en France et en Europe –la montée de l'antisémitisme–, est lié aussi aux problèmes inhérents aux pays européens et en l'occurrence à la France.

S'il y a identification à l'opprimé de la part de ceux qui sont discriminés au quotidien, y compris lorsqu'ils sont nés sur le sol français, voilà qui ne peut qu'encourager le rejet du juif qui lui fait partie, même démuni et pauvre, des « intégrés ».

Je ne sache pas qu'on arrête les juifs pour contrôler leurs papiers d'identité. Mais un Arabo-musulman ou un Noir, oui, ça se voit tous les jours. Certes, tout cela disparaîtra dans quelques décennies. Mais aujourd'hui, en période de crise économique, ces inégalités de traitement sont vécues avec plus d'acuité encore et le juif, confondu avec l'Israélien, devient le réceptacle des colères, des rejets, des injustices, des rancœurs.

Ce comportement est certes irrationnel, mais l'antisémitisme a été plus souvent un rejet irrationnel qu'une idéologie structurée. Il n'est d'ailleurs pas assuré que l'antisémitisme aujourd'hui soit seulement le fait des populations opprimées, on le retrouve aussi bien chez l'extrême droite que chez de bonnes gens qui prennent prétexte de ce qui se passe à Gaza pour déverser leurs idées antijuives en les habillant d'oripeaux justificateurs nouveaux. Gaza, le détonateur est là, et le feu peut embraser les esprits.

Une pédagogie de l'apaisement

Faisons un tri pour comprendre l'antisémitisme et l'islamophobie qui, de surcroît, progressent de concert ces jours-ci. Au lieu de jouer aux pyromanes, mettons en place une pédagogie active ne serait-ce qu'à l'école afin d'expliquer ce qu'est un juif, un Israélien, un immigré, un Arabo-musulman, créons des clubs de jeunes –de ceux-là mêmes qui s'affrontent dans l'ignorance– qui les réunissent autour d'activités de loisirs, des centres aérés sur le même modèle, organisons des rencontres de parents appartenant aux différents groupes de la société française pour entamer un rapprochement, élaborons des outils pédagogiques ayant d'autres thèmes que le conflit israélo-palestinien ou la Shoah et qui relatent aussi une histoire riche de partages.

Les initiatives peuvent être nombreuses et ne pas partir seulement de ce qui nous oppose et nous divise.

Commençons par éviter de jouer de terminologies trop connotées et impropres pour rendre compte des souffrances du peuple palestinien. L'expression, par exemple, de « génocide du peuple palestinien » crée une symétrie trompeuse avec le génocide des juifs et ne fait pas mieux comprendre sa situation d'aujourd'hui.

Au contraire, elle détourne du problème, au lieu de faire avancer le débat. Finissons-en avec la comptabilité des graffitis et les prises de position à la va-vite, faites sous le coup de la colère et de l'indignation parfois juste. Lorsque des centaines de Palestiniens ont été tués (tous n'étaient pas des terroristes), dénonçons avec plus de pondération l'antisémitisme, certes impardonnable. Ce dernier ne peut pas couvrir les morts de Gaza.

Dire qu'on « importe » le conflit sert à justifier qu'on se gargarise tant sur l'antisémitisme. Si d'autres guerres intéressent moins le monde chrétien que celle entre Israéliens et Palestiniens (« juifs et musulmans »), c'est aussi parce que ce même monde chrétien a ses racines religieuses dans cette partie du monde. Qu'on soit pratiquant ou pas, on n'oublie pas que Jésus est né et mort là-bas.

Gaza est devenu le symbole des opprimés, des laissé-pour-compte, des faibles et des discriminés. Non seulement cette guerre renforce les identités des uns et des autres en raison de leur soutien aux Israéliens ou aux Palestiniens, mais elle remplit un vide, celui d'une société individualisée, sans attache à des partis, sans revendications claires, consumériste, qui se cherche des ancrages.

Ces grandes manifestations dans le monde pour soutenir les Palestiniens en sont l'illustration. Elles sont la preuve aussi qu'on a besoin de grandes causes. Sans tomber dans les dérives habituelles, après tout ce que l'humanité a vécu dans ce XXe siècle meurtrier, se révolter pour défendre ceux qui pâtissent des stratégies politiques aussi bien du gouvernement israélien que du Hamas honore, quoi qu'on dise, ceux qui en sont encore capables.

A lire aussi :
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9 commentaires sélectionnés

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professeur de langue | 20H38 | 18/01/2009 | Permalien

Tout d'abord il faut distinguer « juif » et « israélien », le problème que les palestiniens ont est avec Israél et non pas avec les juifs du monde, le souci c'est que certains de ces juifs, qui par ailleurs ne sont pas israéliens, souvent ils sont plus sionistes que les sionistes eux même, d'ailleurs, cece s'applique aussi aux nons juifs qui sont loyaux, quelque soit les cas, à la politique israélienne.
partons donc d'ici pour décoder un peu le problème : exemple, en France, le CRIF, qui se dit réprésentant des juifs français, défile avec les drapeaux israéliens pour soutenir les massacres de Gaza, dans l'esprit de certains, les notions de juif et d'israélien sont confonues et donc on identifie chaque juif en étant israélien, et donc coupable…
d'où le malaise de ces juifs qui condamnent l'occupation israélienne de la Palestine.
pour moi, qui suis très lié à la question palestinienne, je trouve alors scandaleux de s'y prendre aux symboles juifs en France ou ailleurs, des imbéciles qui pensent servir la cause palestinienne par ces agissements, il se trompent royalement.
demander à n'importe quel palestinien sensé, il vous dira qu'agresser les juifs en Europe ou ailleurs déssert la cause du peuple palestinien.
à mon modeste avis, ce qu'il faut faire pour arrrêter ces confusions de genres, c'est que le Crif arrète de s'y prendre pour le réprésentant de l'état d'Israél en France, comme si le CFCM se disait répresenter l'Iran ou l'arabie saoudite ! !

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De Pragmatix

Allogène | 21H04 | 18/01/2009 | Permalien

Je vous fais remarquer, chère Esther, que ceux qui soutiennent la cause palestinenne , aujourd'hui, et qui manifestent par milliers dans nos rues, ont l'indignation bien sélective. Je m'étonne par exemple que l'historienne que vous êtes, tout en rappelant fort justement l'arrivée du Hamas au pouvoir, par les urnes, vous omettiez qu'ils ont chassé le pouvoir légal pour créer un Hamastan et ce, au prix de centaines de morts, parmi les civils, qui n'étaient pas tous du Fatah, simplement parce qu'ils protestaient de la nature totalitaire de ce mouvement. Personne n'est descendu dans les rues, que je sache pour clamer son indignation et son refus de cette idéologie totalitaire. Je m'étonne également que vous ne fassiez pas état de la nature confessionnel de ce mouvement, qui invite les musulmans du monde entier, de concert avec le Hezbollah et l'Iran à se retourner non pas simplement contre Israël, mais contre l'Occident, les USA et tous les régimes arabes modérés et laïcs. Cet appel au djihad trouve un certain écho parmi les communautés, maltraités économiquement, et qui pense trouver leur salut dans la religion et la guerre sainte, comme une réponse à leurs difficultés d'intégration qu'ils transforment de ce fait, en refus. Que le monde ait besoin de grandes causes à défendre, je n'en doute pas, mais souvenez-vous qu'au nom de ce principe, nous avons défendu Pol Pot, Mao et avant eux Staline et j'en oublie. Je n'ai jamais vu, de mémoire d'homme, des manifestations aussi grandioses descendre dans les rues pour dénoncer le massacre de millions d'innocents perpétré au nom de ces idéologies criminelles. Qui ne dit mot consent, dit l'adage. Si l'antisémitisme peut ainsi s'exprimer de manière ouverte, à l'occasion de ce conflit, je n'y vois pas là, personnellement, l'importation d'un conflit en terre étrangère mais bien l'activation d'un réseau d'intolérance, menant, si on n'y prend garde, à l'instauration d'un régime de type fasciste. Vous n'êtes en effet, pas sans savoir, en tant qu'historienne que les vagues d'antisémitisme précèdent ou accompagnent, en général, l'arrivée de tels régimes au pouvoir. En omettant volontairement de dénoncer la nature d'un mouvement, le Hamas, censé représenter la juste lutte d'un peuple opprimé, et en prenant sa défense, les organisations qui ont appelé à manifester ont prêté caution au fascisme islamique. Loin d'apaiser les tensions, ces manifestations « pour la paix au Proche-Orient », n'ont fait que conforter les idées de ceux qui appellent au djihad, quelque soit le pays dans lesquels ces communautés ont trouvé refuge. Ce n'est donc pas l'« importation » d'un conflit exterieur auquel nous avons assisté mais bien à l'« importantion » de l'intolérance et du rejet auxquels les non-musulmans sont soumis dans l'idéologie des radicaux islamistes. Dans ce cas spécifique, antisémitisme et fascisme sont les deux visages d'un même projet.

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berlin | 21H26 | 18/01/2009 | Permalien

Bonsoir

Mme Benbassa, je ne peux que vous rejoindre dans vos doleances !

Je voudrais tout d abord vous remercier d avoir enfin (je parle de la profession en generale) d avoir parler de l antisemitisme sans en avoir oublier l Islamophobie ! Qui est sans aucun doute une realite au meme titre que l antisemitisme !

Merci d avoir egalement souligner les effusions d emotions compassionnelles devant quelques tags, completement decalees avec la realite de massacre de femmes et d enfants, qui subitement ne deviennent que des chiffres !

Donnez les clefs de la securite du pays a des resposables religieux pour maintenir la paix sur son territoire est un jeu pour le moins dangereux ! comme vous le dites tres justement, ceci est non seulement contradictiore, mais il remet surtout question le role de l etat et de ses prerogatives en matiere de maintien de l ordre et de la protection de ses citoyens contradictoire ! Donner a des representants communautaire une pouvoir de maintien de la paix, c est leur donner un pouvoir de nuisance !

Que les responsables politiques prennent leurs responsabilités et des positions equitables sil veulent avoir un semblant de paix ! Que cette culpabilité qu ils trennnent depuis 60 ans ils ne la fassent pas payer a d autres, qu ils ne se sentent pas toujours obliger d en faire plus et trop jusqu a tomber dans l indescence ! et la oui, il sera possible d apaiser les tension sans l intervention de representants communautaire ! s !

Portrait de andriouchka

De andriouchka

21H32 | 18/01/2009 | Permalien

je pense qu'il y a beaucoup plus que 5 % de Juifs qui ne sont pas derrière le gouvernement israélien, qui critiquent ces immondes massacres à Gaza. Mais ils ne se définissent pas en tant que Juifs, ils ne sont pas comptabilisés dans la communauté juive du CRIF, ni même de l'UJFP. Ils militent pour la paix ailleurs, dans des associations « laïques », où personne ne leur demande de se justifier en tant que Juif. Je fais partie de ces associations, beaucoup d'amis n'ont pas pu aller aux manifestations, tellement l'ambiance était lourde, les cris haineux et même des non Juifs ne supportaient pas les comparaisons Israël : nazis ou SS = soldats sionistes, halte au génocide. D'autres y sont allés et en sont partis. A la dernière manif pour défendre l'école publique, le cortège est passé sur une place, entre 2 rangs de manifestants de la manif pour la Palestine (qui avait eu lieu juste avant), tenant des panneaux avec des photos de Gaza. Le cortège est passé en silence, mais j'ai entendu des réflexions sur l'importation du conflit, ce n'est pas parce qu'on défend l'école ici, qu'on n'est pas sensibilisé aux très nombreux enfants gazaouites qui n'iront plus à l'école.

J'aimerais que chacun puisse s'exprimer pour la paix, sans anathèmes, même si notre conception de l'avenir du proche orient peut différer, entre ceux qui ne voudraient qu'un seul état et ceux qui voudraient la création d'un état palestinien au côté de l'état israélien.

L'importation du conflit, on l'a vu et lu ici sur tous les fils concernant le proche orient. C'est malheureux. Rarement, il a pu y avoir dialogue. Si c'est ainsi sur un site internet … J'espère que les négociateurs, les vrais, arriveront, eux, à dialoguer pour qu'enfin la paix s'installe sur ce coin de la Terre.

Portrait de Jean_Chonot

De Jean_Chonot

plébéien | 21H43 | 18/01/2009 | Permalien

« La paix n'est pas l'absence de guerre, c'est une vertu, un état d'esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice.

Spinoza.

Bel article Madame.

Portrait de pablico

De pablico

22H58 | 18/01/2009 | Permalien

je vins de lire les réactions, je suis agréablement surpris, il n'y a pas de haine et de passions exacerbées. Des gens posés, qui réfléchissent.

Cela change des commentaires sur gaza de toutes ces semaines.

Portrait de marvelneo

De marvelneo

02H27 | 19/01/2009 | Permalien

Votre courage vous honore, et ce n'est pas la première fois que vous exprimez cette ligne morale, difficile à tenir, qui exprime le malaise du français juif sommé de se déclarer comme tel (du point de vue politique et religieux ), sous peine d'être identifié comme un « self hating jew », comptabilisé malgré lui dans les pourcentages du Crif, ou dans les « juifs français menacés par la renaissance de vichy » que Sharon avait appelé à faire leur Alya lors de sa visite à Paris, pris en otage par le triple regard de sa propre « communauté », du regard de la communauté d'« en face », et de la pression israélienne via ses différentes officines et portes paroles officieux.

Votre malaise de « citoyen à la recherche d'honnêteté , de justice et d'estime de soi » est sensible.
Je vis dans un pays du Maghreb et j'ai moi même du mal à tenir une position morale similaire (je ne suis pas juif), à essayer de convaincre que tous les juifs ne sont pas des suppôts de Tsahal, qu'ils sont souvent déchirés entre le dégout des agissements d'Israel et l'amour de ce pays où ils ont souvent de la famille, que malgré ce que martèle le Crif, malgré la propagande israelienne, « juif » ne veut pas nécessairement dire « israélien » et « israélien » ne signifie pas nécessairement « supporter de la politique assassine d'israel »…

Ici aussi, les amalgames sont rapides, Israel nous a en effet fait un beau cadeau : « l'antisémitisme arabe », mais il disparaîtra avec la fin des souffrances palestiniennes, contrairement au bons vieux démons européens, qui sont, croyez moi, bien plus dangereux à moyen terme.

Mes amis juifs, nés dans mon pays qui est aussi le leur, souffrent en silence de cette défiance de leur société suscitée par les massacres de Gaza, je les entoure de mon affection, de mon amitié, de mes assurances que cela va passer ; mais déja, ils évoquent la possibilité de « partir », déja l'avenir leur paraît amer et incertain…
Maudit soit l'aveuglement des Israeliens, qui finiront par faire le malheur de ceux qu'ils prétendent sauver. Ils auront créé le seul endroit depuis 1945 où on tue des juifs parce qu'ils sont juifs ! c'est qd même un comble !

Portrait de PHIG56

De PHIG56

(détaché rattaché) | 02H42 | 19/01/2009 | Permalien

Nés par hasard quelque part, nous forgeons nos chaînes en nous identifiant. Je veux bien qu'on soit séduit par le message religieux ou culturel propre à l'ethnie où l'on est tombé, il peut y avoir une certaine beauté et justesse là-dedans. Mais enfin s'y identifier corps et âme (dès nos 3 ans) c'est un réflexe de peur et d'enchaînement qui nous plonge toujours plus loin dans le conflit. Conflit, avec nous-même d'abord, et avec les autres, particulièrement ceux qui s'identifient à une religion ou un peuple différent. En ce sens de systèmes non-vivants (agrégats fossilisés) mais qui nous vampirisent, toutes les religions et toutes les nations sont parfaitement méprisables, qui ont fait l'histoire humaine, une histoire de meurtres, de haines et d'exclusions. Le mouvement intérieur est primordial. 99% de ce que l'on croit vital, au point de s'étriper, ne sont que des fadaises, des fumées, mais qui nous possèdent.
Evidemmment, j'ai mes croyances, comme tout le monde, hélas. Moi - agrégat biologique transitoire avec des sécrétions/digestions immatérielles qui l'animent (et qu'on regroupe sous le nom de pensée) - j'ai la faiblesse de croire que :
- l'antisionisme est un parti nécessaire qui n'est évidemment pas de l'antisémitisme.
- car 60 ans de haines recuites et de massacres renouvelés signent l'échec du sionisme, nouveau mais banal projet colonialiste qui s'est accompli au moyen du terrorisme d'Etat et de l'épuration ethnique. C'est extrêmement courant et repéré (ex. histoire US).
- face au mitage insensé (500 000 colons) de la peau de chagrin palestinienne, la solution des 2 Etats est morte, date de péremption dépassée depuis au moins 8 ans.
- une seule solution humaine : l'Etat unique de Palisra, laïc et multi-culturel, pour sauver les Juifs et les Arabes. Mais ce sera probablement l'autre solution : l'extermination et/ou l'expulsion physique d'un des deux peuples, dont le Massacre de Gaza paraît être le prélude. Le plus faible des deux n'est d'ailleurs peut-être pas le mieux placé pour disparaitre, car les Israéliens - dans leur paranoïa victimaire qui les transforme de plus en plus en bourreaux - vont certainement s'attirer de grosses bricoles maintenant.
- quoi qu'il en soit, la planète commence à en avoir plus qu'assez de ces petits Etats et peuples m…eux qui s'étripent à intervalles réguliers. Nous ne sommes plus au 19e siècle, encore moins au Moyen-Age ! Nous sommes au 21e siècle à la fin duquel la température moyenne aura augmenté, non pas de 2°, mais de 4° certains, 6° probables (auto-accélération du phénomène : méthane des océans et du permafrost, baisse de l'absorption du CO2 par les océans et la couverture végétale). C'est-à-dire l'Apocalypse, mais si, mais si, vous allez voir…
Cet étripage récurrent proche-oriental, l'enthousiasme absurde pour la nullité Obama (homme tout à fait estimable au demeurant) nouveau gérant du système US en voie d'implosion, la guéguerre guignolesque des Français entre eux, etc., sont des distractions éminemment coupables. Voulons-nous nous entendre pour survivre ou pas ? …il ne reste que quelques années, non pas pour nous éviter des catastrophes imparables mais pour lisser un peu le chaos et tenter de s'organiser pour en jouir (rafting planétaire), ce qui est, après tout, la finalité de la vie humaine.

Portrait de El Zorro

De El Zorro

fonctionnaire | 09H19 | 19/01/2009 | Permalien

On a tout le même le droit d'être juif, de soutenir la politique d'israêl et de ne pas être stigmatisé et encore moins agressé pour ce motif ! Et celui qui le dit n'est pas juif.
En outre, demandez-vous pourquoi l'indignation des Arabes et nulle quand au nom de l'islam ou/et de la « nation arabe » se commettent des crimes autrement plus graves et sanglants : Kurdistan (population gazée par Saddam ; Darfour, des centaines de milliers de victimes ; boucherie algéro-algérienne même chose ?
Vous êtes bien optimiste quant à la disparition de l'antisémitisme arabe. Mais enfin, si la souffrance des « frères » palestiniens en était la seule cause on comprend mal pourquoi la souffrance d'autres « frères » (musulmans bosniaques et tchétchènes) n'a jamais suscuté qu'indifférence.
Posez-vous aussi la quuestion de savoir pourquoi en terre arabe on ne s'intéresse qu'au sort, qu'à la souffrance des arabes.

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