Convaincre les propriétaires de louer à des ménages modestes

La campagne a pris son essor en plein mouvement des Enfants de don Quichotte, obligeant les candidats à la présidentielle à édicter leurs propositions sur la question du logement. L’une d’elles, plus originale que les autres, a retenu notre attention : le développement des Agences immobilières à vocation sociale (AIVS). Ou comment capter le parc locatif privé pour permettre aux ménages modestes d’y accéder.

► Qu’est-ce que c’est ? Il s'agit de concilier ce qui pourrait sembler a priori inconciliable : les intérêts des propriétaires privés (des recettes qui tombent régulièrement) et ceux des locataires précaires, afin de convaincre les premiers de louer leurs biens aux seconds.

Le système combine des aides aux ménages modestes (qui peuvent atteindre jusqu’à 90% du loyer), des dispositifs fiscaux, des outils de sécurisation du paiement et de maintien en bon état du logement... « C'est aussi une affaire rentable pour les propriétaires », juge Christian Bellatour, coordinateur national des AIVS. En cas de dégradation, trouble du voisinage ou problème de paiement, les AIVS entament en effet une médiation, avant d’en arriver, le cas échéant, à la voie judiciaire.

► Quel est l’avantage ? Sans surprise, les candidats à la présidentielle ont promis la création de nouveaux logements HLM, environ 120000 par an. Un chiffre spectaculaire, mais qui souffre de deux défauts : il est à la fois irréaliste (les acteurs du secteur sont pratiquement incapables de construire une telle quantité de HLM) et insuffisant (un million de personnes sont en attente d'un logement).

D'où l'idée de sortir du tout-HLM et d'explorer des solutions alternatives, qui passent par le parc des logements privés et notamment le développement des AIVS. « Le monde HLM, qui ne représente même pas 20% des logements en France, concentre pourtant aujourd’hui toutes les politiques publiques, constate Christian Bellatour. Or le parc locatif privé correspond à plus de 30% des logements et il présente l’énorme avantage de déjà exister. »

► Où est-ce que ça coince ? Novateur, le dispositif est pourtant peu développé. Car les AIVS sont victimes des ratés de la décentralisation. Ces structures associatives bénéficient, depuis leur création en 1988, de financements divers : Etat, collectivités territoriales, organismes publics (Agence nationale de l’habitat, caisses d’allocations familiales...) et privés (fondations, entreprises...). Longtemps, l’Etat en a été le principal contributeur par le biais de l’aide à la médiation locative (AML). Avant que cette compétence soit transférée aux conseils généraux, qui sont souvent loin d'avoir les capacités financières pour l’assumer. Chargée de mission à la Fondation Abbé-Pierre, qui soutient financièrement les AIVS depuis quinze ans, Véronique Stella explicite cette carence de financement.





Résultat : les 38 AIVS ne gèrent que 9 000 logements, alors que trois millions de personnes sont mal logées en France. « On est loin de couvrir tous les départements, déplore Christian Bellatour. Il faut plus de moyens, mais aussi une grande structure de dragage du parc locatif privé.” Une situation à laquelle ne semble pas vouloir remédier Daniel Schwab, conseiller pour le logement au ministère de la Cohésion sociale, pour qui “les AIVS restent marginales et peu sont performantes”. Selon lui, “aucun plan de relance n’est en vue » pour ces structures qui ne font pas partie des ‘dossiers prioritaires que le gouvernement actuel va laisser au gouvernement futur’.

► Comment sortir du blocage ? L’UDF, par la voix du député Gérard Vignoble, appelle à un développement des AIVS. Dans une tribune parue dans Libération, il dit vouloir développer « ces agences qui connaissent parfaitement les arcanes du logement français” et plus aptes à gérer ce service de garantie que les “collectivités locales, dépassées par l'absence de financement à la suite des lois de décentralisation, ou l'Etat, tant débordé qu'il n'arrive pas à mener l'élémentaire enquête sociale en cas d'impayés de loyer”. Interrogé par Rue89 pour savoir comment il s’y prendrait concrètement, il n’avance cependant que des possibilités “d’embauches supplémentaires dans le cadre des deux emplois sans charge proposés par François Bayrou » et une refonte de ‘l’aide à la vie associative à caractère social’.

Véronique Stella est, elle, plus concrète et préconise comme mesure principale, dans une étude qui vient de paraître, « l’exonération du paiement de la taxe foncière pendant toute la durée du conventionnement social ». La Fondation Abbé-Pierre attend désormais une réponse à cette étude. Et Rue89 les propositions des internautes sur la relance des AIVS.

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Savannah
11H09 10/05/2007

Je pense que pour convaincre les propriétaires particuliers de louer aux locataires modestes, il faut combiner une motivation financière (allègement de la taxe foncière comme proposé ou a contrario pénalité financière sur les logements vacants) et un suivi personnalisé de la relation propriétaires-locataires dès la présentation de l’un à l’autre.
Cela rassurerait en particulier les propriétaires âgés (sur-représentés parmi les petits propriétaires je pense) qui ont peur de ne pas savoir quoi faire en cas d’impayés ou de dégradation, qui sont effrayés par la paperasserie et qui souvent habitent loin du logement loué.
Et peut-être aussi qu’il faudrait envisager des sanctions rapidement applicables pour les locataires manifestement de mauvaise foi qui refusent la négociation proposée dans le cadre de cette nouvelle relation. Après tout, cela ne concernerait qu’une minorité d’indélicats. Les autres n’ont donc pas à se sentir visés.
Il n’y a pas forcément les salauds (de proprio) d’un côté et les gentils (locataires) de l’autre…
Et peut-être que pour recruter le personnel supplémentaire des AIVS, on pourrait faire appel à des gens qui ont le profil médiateurs de la république. Souvent des retraités disponibles je crois. Et d’ailleurs, si on demandait à chaque retraité de donner un peu de son temps à ce type d’action sociale, en échange de sa retraite, hum ?
Certains le font déjà spontanément. Mais ici, cela permettrait d’orienter les gens sur les vrais besoins sociaux du moment.

 
laetitia42
17H13 16/05/2007

J’aime les idées que je viens de lire. effectivment, pourquoi demander à des retraités de « gagner » leur retraite. Ils ont suffisamment travaillé dans leur vie.
Par contre, il existe des personnes qui ne demandent que ça de travailler, et dans le social, il y en a tout autant. Sans faire d’assistanat, au contraire, n’oublions pas aussi que les APL et autres ALS peuvent être données directement au propriétaire. pour beaucoup de bas revenus, ces allocations représentent plus de 50 % du loyer. Voilà déjà une partie assurée.

De plus, je précise aussi que si j’étais propriétaire, je louerais à un RMIste. Pourquoi ?Tout simplement parce que en cas non paiement du loyer, je m’adresse à son AS ou la personne qui suit son dossier à la CAF et il y a un paiement rapide des loyers impayés (pris sur le RMI bien sûr).

 
mabu
16H03 23/05/2007

Je ne pense pas que Savannah pense réellement à « mettre au travail » les retraités. Combien de retraités se retrouvent chez eux à s’ennuyer à longueur de journée et qui seraient tout à fait d’accord pour qu’on leur donne la possibilité de rester utiles. Comme le mot « solidarité » a perdu et continue à perdre son sens! Ce qui compte est le « chacun pour soi » que requiert la société libérale pour pouvoir fonctionner. Et qui dit retraités peut dire chomeurs…

 
bibi libéré
14H45 27/05/2007

Quelle gageure!! Inciter les propios à modérer leurs appétits de gains est déjà une piste mais comment la mettre en oeuvre dans une société ou courir aprés tjs plus de fric est le parangon de la modernité?
Sécuriser les propios à propos d’éventuelles dégradations et garantir qu’ils ne feront pas les frais des impayés(en dernière instance:aprés médiation +/- justice)devraient décider la plus part d’entre eux .
Pb:qui finance de telles garanties?
Alors pourquoi-pas proposer un système donnant-donnant:vous louez aux tarifs conventionnés réglés par l’Etat ou son équivalent en région et en échange:zéro tracas,le loyer tombe et si les dégradations ne sont pas seuleument d’usage,zéro frais?
Ou bien,loyers libres (en rapport avec le marché)mais un pourcentage(10%?) revient au 1/3 public qui garantit zéro tracas?

Seraient-ce là des pistes réalistes? En plus,tout cela nous(en tant que citoyens)couteraient probablement moins chers que construire des HLM.

A cet argument comptable(mais maintenant,j’ai l’impression qu’il n’y a que cela qui compte!!!),j’ajouterai un argument cher à mon coeur:la mixité sociale!!!Elle serait forcément mieux assuré de la sorte!

A combien chiffre-t-on en termes comptables aujourd’hui pour la société d’avoir parqué nos déshérités dans les citées?….Et bien sûr je n’évoquerai pas le coût en termes humains de vies et de talents gachés,brisés,perdus pour nous tous et ce que çà coùte en douleur et égarements humains.