Et si les animaux de trait faisaient leur retour dans nos champs ?

Un cheval de trait dans un champ (Reporters d'espoir)

Relégués par le tracteur au rang d'attractions folkloriques lors des fêtes de villages, les animaux de trait (chevaux, mules, ânes…) reviennent sur le devant de la scène chez un certain nombre d'agriculteurs.

L'idée

En termes d'efficacité, a priori, entre un cheval et un tracteur qui peut faire plusieurs centaines de chevaux, il n'y a pas photo : le canasson est moins puissant, sans compter qu'il a tendance à se fatiguer plus rapidement.

Transformer la force animale en énergie d'avenir, c'est pourtant la voie sur laquelle se sont engagées des associations comme Prommata (Promotion du machinisme moderne agricole à traction animale) qui développe des porte-outils adaptés au travail avec les animaux.

Valérie Therrien, responsable de la communication de l'association ariégeoise, explique :

« Nous nous inscrivons dans une vision de l'agriculture qui se veut à échelle humaine. Notre objectif est de réaliser, en lien avec les utilisateurs, des machines standardisées, simples, légères et polyvalentes, qu'ils peuvent entretenir voire réparer eux-mêmes. »

Luc Delas, président d'Equiterra, une association de promotion du cheval de trait et directeur de la chambre d'agriculture de Picardie, refuse lui aussi tout caractère passéiste à la démarche :

« Il faut raisonner en terme de développement durable. En utilisant l'énergie animale et en optimisant les déplacements, on peut réduire jusqu'à deux tiers les émissions de gaz à effet de serre, selon une étude que nous avons réalisée avec l'Ademe. La traction animale permet aussi de préserver des races qui n'ont dû leur survie qu'à la boucherie. »

Comment la mettre en pratique

Un agriculteur travaille dans son champ avec un cheval de trait (Reporters d'espoir)En forêt, la pratique commence à être bien connue pour le débardage, même si elle reste très peu utilisée, en France tout du moins (20 à 25 tout au plus, très loin des 3 000 débardeurs allemands). Elle permettrait pourtant des prélèvements plus ciblés, dans des zones difficiles d'accès et sans endommager la végétation au sol.

Dans les champs, la traction animale se développe surtout dans le maraîchage où précision de travail et respect des sols sont des atouts appréciés. En général, ce sont de petites exploitations (de 1 à 2 hectares) qui s'inscrivent dans une démarche d'agriculture biologique.

André Chalopin de la FNCIVAM (Fédération nationale des centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural) fait le calcul :

« La rentabilité, le temps de travail nécessaire, la superficie qu'il est possible d'exploiter et donc la pertinence des animaux de trait varient beaucoup selon les cultures et le mode de culture.

Ce n'est pas très sérieux de penser cultiver 400 hectares de blé, même si les Amish le font bien, mais sur de petites exploitations, cela peut revenir beaucoup moins cher. On peut trouver un cheval équipé et dressé pour 5 000 ou 6 000 euros. On ne peut guère trouver un tracteur maraîcher à ce prix-là. »

De la machine à l'animal, une approche différente

La traction animale peut s'avérer pertinente pour les cultures où l'on cherche davantage la qualité que la quantité. C'est notamment le cas en viticulture, où elle fait peut-être son retour le plus significatif. Oronce de Beler, vigneron à Vosne-Romanée en Bourgogne et distributeur d'équipements de labour, explique :

« Au niveau financier, en comptant sur une surface idéale pour un cheval de 6 hectares, les coûts peuvent être diminués de moitié. Les sols sont beaucoup moins tassés qu'avec un enjambeur. Ils deviennent ainsi plus aérés, plus fins, ce qui permet une meilleure nutrition de la vigne. Le travail est aussi plus doux pour la vigne, ce qui permet d'augmenter la longévité des ceps. »

Comme lui, ils sont désormais une quinzaine de laboureurs à cheval à proposer leurs services aux domaines bourguignons.

Au-delà des arguments techniques, cela reste quand même un choix de vie pour l'agriculteur : travailler avec un être vivant ne suppose pas la même approche qu'avec un engin mécanique. Alors certes, il vaut mieux aimer les animaux pour s'épanouir dans ce type d'agriculture, surtout que le travail ne peut être que plus fatiguant. Mais Oronce de Beler souligne :

« Je préfère cette fatigue à celle engendrée par une journée passée à supporter le bruit et les vibrations d'un moteur. »

Ce qu'il reste à faire

Malgré son caractère ancestral, l'agriculture attelée est aujourd'hui totalement nouvelle. Les pratiques doivent être réinventées, les outils adaptés à l'agriculture moderne en devenant plus légers et plus maniables, les meilleurs réglages retrouvés.

En bref, c'est toute une filière qui est à développer avec la mise en place de formations, de filières d'élevage et de dressage, et la redécouverte de métiers tels que bourreliers ou charrons.

Photos : un cheval de trait dans un champ (Reporters d'espoir)

3 commentaires sélectionnés

Portrait de vermisseau

De vermisseau

étudiant ingénieur en environnement... | 11H02 | 26/07/2010 | Permalien

le problème de la traction animale semble t-il est qu'un cheval travaillant peu perd l'habitude du travail

donc pour un bon cheval de trait il faut le faire travailler tous les jours

le problème sur une petite exploitation de 2Ha c'est qu'on a vite fait le tour

alors à moins de promener le cheval de ferme en ferme (cad dans un van derrière un véhicule motorisé rejetant des GES) je vois mal comment la traction animale, de façon concrète, pourrait se révéler utile?

Portrait de Couscous_Delight

De Couscous_Delight

11H21 | 26/07/2010 | Permalien

Le soucis aussi, à mes yeux, c'est que les petites exploitations à taille humaine qui pourraient éventuellement faire appel aux canassons, disparaissent au profit de grand propriétaires terriens.

Exemple, dans le village ou vivait ma grand-mère, il y a vingt ans, il devait y avoir une dizaine de paysans pour un village de 350 habitants, il en reste aujourd'hui deux : un petit qui tente de survivre, et un gros, qui a tout racheté.

Portrait de ecor1

De ecor1

sur le fil | 12H10 | 26/07/2010 | Permalien

Je trouve ça chouette, c'est une très bonne idée. Maintenant si on veut que l'affaire soit rentable il faudrait communiquer autour de ça, être en mesure de signler au consommateur que les produits qu'il achète ont été produit par traction animale. Il est primordial de valoriser la démarche, pour que le consommateur, au moment de bouffer sa tomate, soit conscient que si il l'a payé un poil plus cher, c'est parce que elle a été produite d'une facon respectueuse de l'environnement.

En plus j'imagine que, pour certaine applications, acheter un canasson qui coute quelques milliers d'euros, ca peut etre économiquement viable comparé au investissements parfois très lourds pour des machines agricoles.

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