Et si on créait du logement étudiant avec des « kots à projets » ?

Louvain-la-Neuve en 1984 (Jean-Pol Grandmont/Wikimedia Commons)

L'idée vient de Belgique, porte un drôle de nom mais pourrait aider beaucoup d'étudiants à trouver un logement, à condition qu'il participent à un projet d'intérêt général : le système du « kot à projet » ou KAP, né à Louvain-la-Neuve il y a trente ans, va être expérimenté dans le quartier Mistral, à Grenoble.

L'idée

Qu'est ce qu'un kot à projet ? Ou plutôt un « KAP's », diront les initiés. Le mouvement « kapiste » est régulièrement évoqué dans la presse depuis qu'il a vu le jour, dans les années 1970, à l'Université catholique de Louvain-la-Neuve (UCL), en Belgique.

Le principe ? Mettre des logements communautaires à disposition des étudiants qui s'engagent dans des initiatives culturelles ou sociales destinées à animer la vie universitaire et à créer du lien sur le territoire. Aujourd'hui, l'UCL compte 118 kap's différents dans lesquels s'investissent plus de 1 500 « kotteurs » à Louvain et Bruxelles, qu'ils participent à des projets sportifs, environnementaux, humanitaires, à vocation récréative ou de services…

Pourquoi ce succès ? Sans doute parce que les avantages du système sont nombreux. Pour les étudiants, intégrer un kap à Louvain signifie d'abord accéder à des loyers plus bas que ceux proposés sur le marché, puisqu'il s'agit de logements étudiants appartenant à l'université.

Soit au final, une moyenne de 245 euros par mois tout compris, contre 350 euros dans le privé, pour une chambre meublée dans un appartement pouvant accueillir entre huit à dix personnes.

Mais le KAP, c'est aussi l'occasion de prendre part à un travail collectif. Jean-Michel Leunens, directeur de la commission d'attribution et d'évaluation des kots à projet, précise :

« A chaque kap correspond un projet et un groupe d'étudiants qui endossent des responsabilités. Une organisation se met en place avec, au minimum, l'élection d'un président, un secrétaire général, un trésorier. »

Ainsi, les membres d'un même kap apprennent à vivre et à travailler en équipe pendant minimum dix mois :

« Ça constitue un atout certain pour le CV car ils acquièrent des compétences en gestion, montage et suivi de projet. »

Quant à l'université, c'est pour elle un bon moyen d'encourager les dynamiques locales. Outre les actions dédiées à faciliter et animer la vie étudiante, beaucoup d'initiatives sont tournées vers la population de Louvain, notamment

  • donner des cours de soutien scolaire auprès d'élèves en difficulté
  • sensibiliser les habitants à l'écologie
  • participer au développement urbain de la commune

Comment la mettre en pratique ?

L'expérience des kap's à Louvain en a inspiré beaucoup d'autres en Belgique, mais peu ont réussi. Pourquoi ? Manque de capital foncier, modèle trop difficile à agencer et à financer dans des zones très urbanisées … Nicolas Delesque, directeur général de l'Afev, association française d'éducation populaire, commente :

« A Louvain, c'est l'université qui a construit la ville. Elle gère une grande partie du patrimoine ce qui facilite grandement la mise en place des kots à projet. »

Pourtant, depuis deux ans, un projet de « logements solidaires » calqué sur le modèle des kap's de Louvain est en train de voir le jour pour la première fois en France. En plein cœur du quartier Mistral à Grenoble, classé zone urbaine sensible (ZUS), il devrait aboutir à l'ouverture d'un complexe de 80 places à la rentrée 2011.

Un plan architectural a d'ores et déjà été adopté qui donne un aperçu des seize futurs appartements communautaires : construits selon les normes haute qualité environnementale, ils seront répartis dans deux bâtisses de quatre étages, pour une capacité d'accueil de cinq à six locataires chacun.

En principe, à chaque étage correspondra un projet social à mener, mais des espaces communs (salle de réunion, foyer, terrasse) permettront aussi les échanges entre les membres des différents kots.

Côté prix enfin : les loyers devraient être indexés sur ceux proposés par le Crous. Car si le critère social sera pris en compte pour l'attribution d'une partie des places, il est question que tous les étudiants puissent intégrer la résidence.La motivation et la capacité d'engagement resteront donc essentielles.

Stéphane Letexier, directeur de l'action territoriale pour la ville de Grenoble, explique :

« L'objectif est de développer la mixité sociale dans une zone extrêmement précaire, d'abord avec l'implantation d'une école d'infirmières au Mistral. Puis qu'avec l'Afev, déjà active dans le quartier, nous avons réfléchi aux moyens d'intégrer du logement étudiant sur le modèle des KAP. »

Des montages complexes à mettre en place

La plus grande difficulté résidant, selon Nicolas Delesque, dans le montage financier :

« Le bouclage du budget pour la construction du bâtiment s'est fait rapidement, grâce au soutien de la Caisse des dépôts. Mais définir un modèle de financement capable d'assurer le fonctionnement futur des kots se révèle plus compliqué. »

L'université en France ne dispose en effet ni des espaces, ni des moyens nécessaires à la gestion d'un système aussi spécifique, caractérisé par des loyers faibles, l'absence de régime de caution solidaire, une organisation très structurée pour l'attribution des appartements et l'encadrement des projets…

« Tout est encore à inventer pour convaincre les investisseurs », conclut Nicolas Delesque. In fine, le projet du Mistral aura nécessité un budget global de quatre millions d'euros et mobilisé près d'une dizaine d'acteurs :

« Le jour où la résidence ouvrira, l'objectif est qu'il y ait déjà plus d'une centaine d'étudiants volontaires impliqués dans des programmes de tutorat dans le quartier.

Nous travaillons aussi depuis un an avec l'école d'infirmières pour qu'elle propose à ses élèves d'y mener des stages d'éducation à la santé. C'est le seul moyen de ne pas être vus comme des intrus ».

Ce que l'on peut faire

En parallèle, l'Afev continue de promouvoir ces « logements solidaires » ailleurs qu'à Grenoble. Paris, Lyon, Poitiers, seront bientôt le théâtre de nouveaux chantiers …

Le pari est risqué mais il vaut la peine d'être relevé quand on sait qu'en France, 30% de la population étudiante opte pour la colocation. L'enjeu, c'est de convaincre les décideurs politiques de miser sur un système peu connu et qui ne fait pas toujours l'unanimité.

Ainsi pour l'Unef, principal syndicat étudiant, la priorité reste de créer ou réhabiliter du logement social indépendant. Hugo Bardet, président de section à Grenoble, précise :

« Les attentes des étudiants vont plutôt dans le sens d'accéder à l'autonomie. Nous ne sommes pas contre l'idée de la colocation, et encore moins de l'engagement citoyen, mais tout le monde ne peut pas s'impliquer de manière obligatoire dans des activités extra-scolaires. »

Photo : à Louvain-la-Neuve (Jean-Pol Grandmont/Wikimedia Commons)

► Rectifié le 5/11 à 00h00. Photo changée (cf. commentaires)

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Portrait de Kiou

De Kiou

employé | 08H41 | 05/11/2009 | Permalien

Bonjour,

Je me permets de faire un petit commentaire sur cet article.
Je suis Belge, j'ai fait mes études à Louvain-la-Neuve et j'ai été responsable d'un kot-à-projet pendant 2 ans (fin des années 90'). Notre projet était de faire connaître et de former les étudiants à l'internet (c'est à cette "époque" qu'internet a vraiment décollé en Belgique avec des connexions via le câble et des débits qui commençaient à être corrects).
Le système des KAP's n'existe qu'à Louvain-la-Neuve et permet aux étudiants d'être de vrais acteurs de la vie sur le campus. En effet, chaque KAP's doit organiser des activités autour du thème qu'ils ont choisi (aide aux personnes âgées, organisation d'une bibliothèque de BD, location de jeux de société, mise en place d'activités sportives, séances de cinéma, ...). En échange, l'Université catholique de Louvain mais à la disposition des étudiants qui s'investissent, des logements à des loyers plus faibles que sur le marché privé.
J'ai vécu deux années formidables comme responsable et cela m'a également préparé à la vie professionnelle dans la mesure où j'ai dû "gérer" une équipe et les motiver autour d'un projet au jour le jour (cette expérience est d'ailleurs fort appréciée des employeurs).
J'espère que ce projet aboutira en France tout en signalant que si cela fonctionne aussi bien à Louvain-la-Neuve c'est notamment parce que c'est une ville toute entière (ou du moins à 80%) destinée aux étudiants.
Pour plus d'infos sur les KAP's : http://www.organe.be/
Bonne journée,

Kiou

Portrait de Albedo

De Albedo

09H37 | 05/11/2009 | Permalien

Plusieurs imprécisions (fautes mêmes), dans l'article :

L'argument du prix est erroné. Il faut savoir que les KAP ne représentent qu'une part minoritaire de l'énorme parc locatif de l'Université de Louvain, et qu'il n'y a pas de différence de prix ou de qualité entre les logements normaux et les KAP.

Ce qui pousse les étudiants à aller vers les KAP c'est deux choses :
- s'investir dans un projet
- choisir ses collocataires (on présente un groupe formé pour les nouveaux projets et pour les KAP déjà en place ce sont les étudiants qui restent l'année suivante qui choisissent les nouveaux collocataires, alors que dans les logements "normaux" on tombe n'importe où)
- dans le passé c'étaient aussi les seul logements de l'université à être mixtes

Ensuite, vous oubliez un élément qui me semble essentiel dans le système : l'Université subsidie les projets ! Directement (rembourse des frais engagés) et indirectement (favorise des activités qui ramènent de l'argent en prêtant par exemple des auditoires pour organiser des cycles cinéma etc)

Le titre de l'article contient une erreur : "kot" est tout simplement un terme facile utilisé pour désigner un "logement étudiant", les kots-à-projets en étant leur déclinaison particulière qui intéresse l'article. Donc dire "des logements étudiants avec kots-à-projet" est redondant, c'est comme dire "des logements étudiants avec logements étudiants à projet".

Enfin, pour compléter la vue d'ensemble du système, chaque année tous les projets passent devant une commission qui examine leur activité et 1/3 d'entre eux passent d'office à la trappe, ce laisse de la place aux nouveaux.

Portrait de paulthielen

à Albedo Portrait de Albedo De paulthielen

enseignant | 13H43 | 06/11/2009 | Permalien

Bons compléments.
Le mot "kot" signifie placard en flamand. Traditionnellement les étudiants de l'Université de Louvain-la-Neuve logeaient dans des pédagogies (grands internats organisés par l'Université, des régions d'origine, des congrégations religieuses, ...) ou chez l'habitant.
Des propriétaires de la ville aménageaient de façon plus ou moins précaire une petite chambre et parfois un simple placard ("kot"). C'est ce mot qui a survécu dans le vocabulaire universitaire belge (kot, kotter, kotteur, ou koter, koteur).
Paul, un kotteur de Leuven années 60 et kotteur "pionnier" de Louvain-la-Neuve en 1972.

Portrait de CorentinW

De CorentinW

Rédacteur | 11H40 | 05/11/2009 | Permalien

J'ai kotté dans un KAP pendant un an à Louvain-la-Neuve et j'ai vécu dans un studio pendant un an à Grenoble, pendant mon année de licence.

Ce sont deux villes très différentes. Louvain-la-Neuve est une ville universitaire compacte. Les "kappistes" (habitants des kots à projet) sont donc près des facs. Ce qui veut dire que :

- ils ont du temps à consacrer aux activités du KAP, même ceux qui vont au cours...
- leurs activités attirent un grand public, car les étudiants vivent tout près et n'ont pas beaucoup de choix de sortie à part les kaps et les cercles étudiants (la petite ville est entourée de champs)

Le quartier Mistral, si je ne me trompe pas, est situé loin des principales facs de la ville, ce qui rendrait, je pense, l'attrait moins grand pour les étudiants.

Les KAPs sont nés lors de la construction de Louvain-la-Neuve, lors de la scission de l'Université de Louvain (à Louvain "l'ancienne") en une université flamade et une univeristé francophone, construite dans des champs en région francophone. Les premiers étudiants traversaient des chantiers et champs boueux pour aller aux cours, et les kaps ont été crées pour créer de l'animation dans la villa naissante.

Je pense que le concept n'est pas transposable à l'identique à Grenoble.

Mais peut-être qu'il y a quelque chose à faire pour permettre aux étudiants de vivre en communauté et de s'engager dans des projets sociaux et d'animation.

Portrait de vol19

De vol19

awash | 19H55 | 05/11/2009 | Permalien

Démarche très intéressante et forcément d'avenir. La non existance de ce type de dispositif en France est hélas un symptôme de la vie sociale et urbaine.
Espérons que des initiatives de ce type se développeront en France.

Portrait de end

De end

Profencolère | 19H59 | 05/11/2009 | Permalien

Ce que je trouve incroyable c'est la remise en cause du " métier d'étudiant ".
Donc, si je comprends bien, ils payent un loyer de 350 euros et en plus de leurs études et de leur difficulté à finir le mois, ils doivent jouer aux dames patronnesses ! hallucinant
Comme le disent très bien certains internautes, c'est la place des travailleurs sociaux .
Et pourquoi ne demande-t-on pas aux cadres par exemple ou à l'ouvrier lambda de faire la même chose ? parce qu'eux travaillent sans doute.
c'est une honte de considérer que les étudiants ont du temps à consacrer à ce bénévolat. Encore une fois les gosses de riches ne seront pas concernés et les boursiers ont intérêt à profiter parce qu'avec une politique comme celle-là, on leur dira bientôt à eux aussi qu'ils n'ont qu'à aller faire pisser le chien du voisin .
Nous avons eu la fac, la mutuelle, la sécu, le permis, la bagnole, la retraite peut-être .... en tout cas ,eux ,ils n'ont pas grand chose, génération sacrifiée au profit de la mondialisation et des vieux cons amateurs de "béret, baguette et rolex " comme titrait Charlie hier !

Portrait de Albedo

à end Portrait de end De Albedo

00H40 | 06/11/2009 | Permalien

Non, vous n'avez pas du tout compris, mais en même temps l'article induit en erreur. Personne n'oblige un étudiant à aller dans un KAP. L'université possède bien plus de logements sans projets que de KAPS et les prix sont les mêmes. C'est donc un choix.

Par ailleurs, ce n'est pas 350 mais 250.

Portrait de end

à Albedo Portrait de Albedo De end

Profencolère | 07H00 | 06/11/2009 | Permalien

Encore heureux que personne n'oblige encore un étudiant à aller dans un KAP ! il ne manquerait plus que cela .
. Mais le fait que vous répondiez celà montre bien l'état d'esprit
ambiant

Portrait de Albedo

à end Portrait de end De Albedo

14H13 | 06/11/2009 | Permalien

Quel état d'esprit ? Et en quoi ma réponse est témoigne de quoi que ce soit par rapport à un état d'esprit de l'UCL ?

Bref, il n'y a aucune forme de pression ou même d'incitation à aller dans un KAP, aucun avantage financier ou académique, et il existe des tas d'alternatives.

Portrait de paulthielen

De paulthielen

enseignant | 13H30 | 06/11/2009 | Permalien

La photo qui se trouve actuellement en tête de l'article représente la "Place de l'Université" au milieu des années 80. Louvain-la-Neuve s'est pas mal développée depuis ces années-là mais cette place reste le lieu où beaucoup de groupes dont les kots-à-projet se présentent régulièrement à tous les passants. Au début de l'année, lors d'animations autour de l'écologie, du monde rural...
Habiter dans un kot-à-projet n'est pas avant tout motivé par les économies même si l'encouragement du service logement de l'Université facilite la vie. La pratique de l'habitat groupé d'étudiants avec projet socioculturel remonte à la ville ancienne de Louvain (Leuven en néerlandais). Déjà dans les années 50, des étudiants avaient loué en commun des maisons anciennes et, assez spontanément, avaient défini un projet de renouvellement de la société : favoriser une médecine de groupe, redéfinir le rôle des sciences dans la société, assurer une meilleure place des femmes, ... Un demi-siècle plus tard on constate que cet habitat a influencé la carrière de plusieurs de ceux qui y vécu et laissé des traces dans la société belge.
Cette expérience positive nous avons voulu la transposer dans la ville Louvain-la-Neuve que nous avons créée en Wallonie en 1972. L'expérience des "maisons et appartements communautaires" est devenue vers 1975 celle des Kots-à-projet. C'est donc une très longue histoire. Si vous cherchez à mieux la connaitre vous pouvez entrer m'écrire.

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