Et si on roulait à l'huile de friture ?

Mangez frit, vous préserverez l'environnement ! Ce n'est pas une blague. L'huile qui sert à cuire nos frites et nos entrecôtes est capable de faire rouler une voiture. Un carburant bien moins polluant que le gazole, selon les écologistes. Et bien moins cher…
L'idée
En cette fin 2009, nous sommes bel et bien au beau milieu d'une vague verte ! Il est donc de bon augure, à l'heure où rouler au sans plomb devient un luxe désuet, de parler de biocarburant. Et celui issu des huiles de friture ou plus exactement des huiles alimentaires usagées (HAU) se révèle tout particulièrement savoureux.
Il s'agit tout d'abord d'un biodiesel (carburant à base de matières organiques comme l'huile végétale de colza, par exemple). Fabriqué à partir d'huiles pures, il est donc directement issu de la culture d'aliments. Et là, le bât blesse. Alors que des milliards d'individus meurent de faim, on détourne la fonction première d'un aliment pour en faire un carburant… Bien que les Etats-Unis et le Brésil trouvent le procédé très lucratif, la plupart des experts attestent donc du caractère absurde de ces agrocarburants de première génération.
Mais usagées, c'est-à-dire préalablement utilisées pour cuisiner, ces huiles alimentaires deviennent un déchet tout aussi valorisable et transformable en carburant ! Une chance ! Puisque qu'en France, le gisement des huiles de friture issues de la restauration -rapide essentiellement- s'élève à environ 100 000 tonnes par an, soit 0,2% de toute notre consommation d'énergie, tous transports confondus…
Et si certaines études critiquent encore le bilan carbone de ce biocarburant, la généralisation de son utilisation dans les pays européens comme l'Allemagne ou la Belgique nous porte à croire qu'il est plutôt positif. Certes, la dose de dioxyde de carbone qu'il dégage n'est pas moindre -mais neutre car végétale et non fossile. Il n'en reste pas moins que les émissions de soufre, de métaux lourds et de particules cancérigènes, elles, sont quasi nulles, selon l'Ademe.
Comment la mettre en pratique
Vaincre les blocages législatifs
En France, nombreux sont les bricoleurs amateurs équipés pour effectuer leur propre transformation dans leur garage. L'opération est apparemment assez simple. Une fois traitée, l'huile n'a plus qu'à être ajoutée à hauteur de 30 à 50% à du diesel et le tour est joué.
Seulement voilà, aussi élémentaire soit la manipulation, elle en demeure tout simplement illégale. Malgré une directive européenne de 2003 qui encourage, entre autres, l'utilisation des huiles végétales en tant que biocarburant, la loi française, elle, reste floue sur le sujet.
Nous nous confrontons, ici, à un réel vide juridique d'une complexité dont seuls les Français ont le secret. Entre décret, loi, code des douanes et pratique, impossible de saisir la légalité. Toutefois, le fait est que seuls les agriculteurs sont autorisés à utiliser ce type d'huile végétale. Les collectivités, également, si et seulement si elles s'engagent à franchir une par une les nombreuses barrières procédurières établies.
Concernant les particuliers, le vide s'élargit : rien ni personne ne l'autorise mais tout le monde semble le tolérer. Philippe Chesneau, vice-président de la région Paca, chargé de l'emploi ne se l'explique pas :
« Les qualités environnementales de ces biocarburants à base d'huiles usagées sont évidentes et la pratique est créatrice d'emplois ! Malheureusement, le poids des pétroliers reste trop fort. »
Jean-Louis Roumegas, porte-parole des Verts, soutient l'hypothèse :
« Cette illégalité n'est qu'une question de fiscalité, rien d'autre. Pourtant, le procédé fonctionne bien. Partout en France, des filières alternatives s'organisent. Pourquoi ne pas les légaliser et les encadrer ? »
Quitte à leur faire payer, comme tout autre producteur de biocarburant, la taxe intérieure sur les produits pétroliers. Mais la question reste sans réponse du côté des pouvoirs publics…
Une collecte encore timide
Quoi qu'il en soit, les huiles alimentaires usagées sont considérées par le législateur comme un déchet polluant. Les restaurateurs sont donc « tenus d'en assurer ou d'en faire assurer l'élimination dans les conditions propres à éviter les nuisances pour l'environnement », selon la loi du 13 juillet 1992. La mise en décharge ou dans les égouts de ces huiles est, bien évidemment, passible de poursuites, quelles qu'en soient les quantités.
Une filière de collecteurs agréés s'est donc peu à peu créée sur tout le territoire, capable aujourd'hui de récolter 35% du gisement national et offrant un service de ramassage et de stockage des huiles de fritures de restauration. Mais pour quelle utilisation ? La revente à des pays, capables de la transformer et de l'utiliser en tant que carburant.
Récapitulons : une ressource propre, qui ne puise pas dans le capital naturel de la planète, est accessible en quantité non négligeable sur le territoire. Pourtant, les deux tiers se retrouvent très certainement dans les égouts puis dans les stations d'épuration, non équipées pour traiter ce type de graisse. D'où leurs dysfonctionnements si fréquents. Et le tiers que l'on réussit à sauver est envoyé à l'étranger pour une utilisation visant à réduire la dépendance des pays aux énergies fossiles, conformément au Protocole de Kyoto…
Des usagers de plus en plus nombreux
C'est très précisément cette situation absurde qui a donné naissance à l'association Roule ma frite (RMF) en 2005 à Marseille. Equipée du matériel nécessaire au filtrage et nettoyage de l'huile, RMF la collecte auprès des restaurateurs locaux puis fournit à ces 500 adhérents un mélange gazole/HAU, à 60 centimes le litre, voire 40 centimes quand le chauffeur apporte sa propre huile. « Notre action est tout d'abord militante », explique Catherine Nieuwenhove, directrice de RMF Marseille :
« Nous sommes pour une économie locale et écologique. Alors la loi, on ne s'en préoccupe pas. D'ailleurs, nos adhérents et nous-mêmes n'avons jamais d'ennuis avec la justice. Ce serait absurde puisque nous agissons conformément au droit européen ! »
C'est la raison pour laquelle la région Paca soutient l'association. A l'instar de la communauté d'agglomérations de La Rochelle qui, non contente d'accueillir sur son territoire l'une des cinq antennes de RMF, s'est engagée, en juin dernier, à expérimenter, avec l'accord de l'Etat, le biocarburant à base d'HAU pour faire rouler huit véhicules du service assainissement de la collectivité. Une grande première qui pourrait attester de l'évolution française… tout comme la très récente sortie de terre de cette curieuse usine de Veolia, spécialisée dans le traitement des HAU.
Depuis « juin ou juillet 2009 », dixit Clément Levos, directeur de la communication de Sarp Industries, filiale de Veolia Propreté, une usine de biodiesel à base d'huile de friture fonctionne à Limay, dans les Yvelines. Enfin, la situation absurde -que nous évoquions quelques lignes plus haut- qui poussait les collecteurs à revendre leur récolte à l'étranger est terminée. Et monsieur Levos de s'en réjouir :
« Bientôt, grâce à cette usine, la France traitera et valorisera sur son territoire 45 000 tonnes d'HAU par an. »
Petit problème… la France n'en collecte qu'à peine 35 000 tonnes aujourd'hui. « Des efforts restent à faire mais nous allons dans le bon sens », affirme l'homme. Et cette fois, le fameux biodiesel sera-t-il utilisé en France ? Bien sûr que oui ! Par les véhicules de Veolia d'abord puis par les pétroliers qui achèteront la production. Pour les particuliers, il faudra encore attendre…
Ce que je peux faire
Le Placard mécanique, le réseau Pétales, Roule Ma frite et les autres militent tous pour l'utilisation locale et solidaire de ce carburant odorant (il fallait tout de même le préciser). Vous pouvez donc les rejoindre sans crainte de représailles. Reste à voir si votre moteur peut le supporter. Il semblerait que les voitures les plus récentes avalent avec difficulté ce précieux liquide, même si des ajustements mécaniques sont toujours possibles.
- ► Rouler à l’huile de friture : écologique mais illégal
- ► Le portail de Roule ma frite
- ► Le Placard mécanique, "raffinerie" alternative autogérée
- ► Le réseau Pétales, associations qui promeuvent l'utilisation d'huile carburant
- ► La directive européenne pour l'utilisation des huiles végétales
- ► Le site de Sarp Industries
- ► Le site de la Communauté d'agglomérations de La Rochelle
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De siko
cherche un moyen élégant pour gagne... | 15H56 | 15/09/2009 |
Les biocarburants, c'est de la gnognotte pour écolos teubés. Vouloir affamer les pauvres pour faire rouler sa bagnole quel égoïsme crasse.
à siko
De Gribouilli
Etudiant | 16H07 | 15/09/2009 |
Vous vous nourrissez d'huile de friture ?
J'aimerai même pas savoir votre taux de cholestérol qui doit friser le record mondial.
Et bonne digestion ! : )
à Gribouilli
De Aitor
ekintzari iraultzaile | 16H10 | 15/09/2009 |
il parlait de BIOCARBURANT, pas d'huile usagée
à Aitor
De Gribouilli
Etudiant | 16H20 | 15/09/2009 |
Oups !
J'aurai peut être du relire en effet =)
à Gribouilli
De pablico
16H25 | 15/09/2009 |
si, j'ai le malheur de faire mon jogging à une certaine heure du matin…
je croise deux voitures qui roulent, je pense, une à la frite, et une autre au poisson…
je n'ai jamais eu l'occasion de les interviewer pour confirmation, mais mon nez oui…
quelques fois je peux même deviner qu'elles sont passées, et qu'on s'est raté.
comme c'est dans une petite vallée, c'est un régal sportif…presque aussi irrespirable que le pétrole brulé en hiver.
à pablico
De jllprod
de passage dans la rue | 17H31 | 15/09/2009 |
Au-delà du délicat fumet de la friture, il y a aussi la question de la qualité de la combustion, comme certains diesels au gasole, qui puent, et d'autres, qui ne sentent quasiment rien.
Ces conducteurs ont peut-être trop « chargé la mule » avec une trop forte proportion d'huile végétale dans leur carburant, qui, plus visqueux à froid, a peut-être plus de mal à brûler.
En général, il y a des proportions à respecter, variables suivant les véhicules, entre l'huile végétale et le gasole, pour ne pas risquer d'endommager sa pompe à carburant, et permettre un fonctionnement correct.
Il faut également que l'huile soit filtrée très très soigneusement, et qu'elle soit en bon état (pas oxydée, pas brûlée), et toutes les huiles ne conviennent pas.
C'est peut-être pour ça qu'elles vous emboconnent !
à pablico
De oscar clandot
17H35 | 15/09/2009 |
Sans parler des papillons qui rotent le pollen comme des fous !
à oscar clandot
De jllprod
de passage dans la rue | 17H46 | 15/09/2009 |
Surtout les papillons des gaz !
à jllprod
De oscar clandot
19H47 | 15/09/2009 |
Balaize ! ! !
à Gribouilli
De Neobugblues
Musicien | 17H28 | 15/09/2009 |
Il n'y a pas de cholestérol dans les huiles de fritures. Le cholestérol se trouve dans les graisses animal. Quoi qu'il en soit il y'a un joli moment que mon petit merco roule à l'huile et ça lui fait le plus grand bien ! N'oublions pas qu'au depart les moteurs diesel étaient fait pour rouler à l'huile : -)
http://www.onpeutlefaire.com/articles/a-huile-vegetale-1.php
Cordialement.
à Neobugblues
De Boutauvent
Testeur de temps libre | 18H51 | 15/09/2009 |
Pour info : Il n'est pas rare que les frites soient cuites dans le saindoux (en Belgique, en particulier ! )
à Boutauvent
De Neobugblues
Musicien | 13H21 | 16/09/2009 |
Ok pour le saindoux mais celui-çi n'est pas une huile mais une graisse : -)
En effet le saindoux est préparé avec de la panne de porc fraîche.
à siko
De geff
08H56 | 16/09/2009 |
moi ce qui me rend fou c'est ca :
», la dose de dioxyde de carbone qu'il dégage n'est pas moindre -mais neutre car végétale et non fossile »
Ok, le bilan parait nul, mais le procédé de culture il consomme 0 énergie ? 0 pétrole ? 0 eau de nos nappes asséchées ? 0 pesticides et autres saloperies ?
enfin là je parle du principe des agro carburant, pas du cas précis des huiles de friture.
De fdrebin
Dilettante doué | 16H01 | 15/09/2009 |
« Mangez frit […] L'huile qui sert à cuire nos frites et nos entrecôtes »
Vous faites frire des entrecôtes ?
Bigre !
à fdrebin
De tweesty
Polytechnicien de surface | 16H12 | 15/09/2009 |
En temps que Breton d'origine, je pose la question :
» Est-ce que ça marche aussi avec le beurre salé ? »
De tweesty
Polytechnicien de surface | 16H09 | 15/09/2009 |
C'est ce qui s'appelle « valoriser les déchets ». On y arrive doucement mais sûrement malgré les obstacles des groupes pétroliers.
Par contre, la collecte, le traitement et la revente des HAU doivent rester dans le secteur de l'action solidaire et ne doivent pas être « vampyrisés » par Véolia, une multi-nationale fourre-tout cotée en bourse qui pourrait tuer une bonne idée pour des raisons économiques.
De yalienx
16H10 | 15/09/2009 |
Pour rouler à l'huile de friture, encore faut-il manger des frites souvent… et accroître son taux de cholestérol, ainsi que la taille de sa ceinture… bof bof !
à yalienx
De Nurbs
chasseur de poulpe | 11H02 | 17/09/2009 |
Il faut voir le coté utile de la chose, on peux utiliser les graisses de la lyposucion du aux frites, ainsi on tourne en circuit fermé : ) .
De unagi
Fatalitas | 16H38 | 15/09/2009 |
De jub
chef de moi-même | 16H39 | 15/09/2009 |
En effet, l'huile de friture fonctionne très bien pour les véhicules diesel d'ancienne generation. D'ailleurs Diesel avait prévu que son moteur fonctionnerait à l'huile…
Ceci dit, il y a quand même un problème avec l'huile utilisée comme carburant, c'est qu'on est quand même obligés d'y ajouter du gasoil (ou autre) pour ne pas qu'elle fige (en hiver).
Peut-être qu'en y ajoutant de l'alcool pour augmenter le point éclair on obtiendrait quelque chose de convenable et qui ne fige pas trop…
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 16H39 | 15/09/2009 |
Avant même d'être écologiste, cette idée est avant tout une simple question de bon sens. Si j'ai de quoi faire rouler une voiture pendant 3h sans grands efforts, c'est totalement con de devoir le jeter au fond de la rivière.
C'est aussi basique comme réflexion que de ne pas balancer 1kg de cuivre quand il suffit de le refondre pour le réutiliser…
Après on peut pérorer sur son bilan carbone et autre trucs du genre, mais l'argument principal reste le gaspillage.
Et puis tant mieux si ça sent l'odeur de friture. Je suis peut être habitué au fumet du gazole, mais je préfère cent fois sentir les arômes de graillon qui me rappelle mon grec.
De Tassin
Inquiet | 16H47 | 15/09/2009 |
A ne pas mettre dans un moteur diesel moderne !
L'injection directe interdit l'utilisation de l'huile de friture usagée.
à Tassin
De tweesty
Polytechnicien de surface | 01H04 | 16/09/2009 |
Y sont malins, quand meme…
De kawouede
17H05 | 15/09/2009 |
Sinon y a l'huile de coude et de genou, pour celles et ceux qui peuvent dans les villes…
De coinpomme
dieu est une e-pothèse | 17H16 | 15/09/2009 |
…/…
moi j'attends le moteur à lait écrémé directement vendu par les éleveurs/producteurs … y en a mare que Danone, yoplait, … fassent leur beurre sur le dos du monde entier…
je rêve ? peut être, mais un jour viendra
De Dominique52
(technicien salarié) | 17H16 | 15/09/2009 |
Sujet, et surtout titre un peu réchauffé…..
Un vrai sujet intéressant c'est les algues !
Et quand on voit l'envergure des boites qui y portent un intérêt, on se dit que ce n'est surement pas pour rien….
De Otreman
Retraité(E-N) | 17H17 | 15/09/2009 |
Parait que ça sent une odeur caractéristique…
Pour ma part, j'utilise rarement mon auto en ville (pour les achats volumineux). La marche à pied, ça permet de garder la ligne et la santé. Ce n'est qu'une question d'habitude et, avec un bon livre ou un magazine on ne voit pas le temps passer.
à Otreman
De Olaïve
23H17 | 15/09/2009 |
Lire en marchant est peu prudent.
De numeroSeptduvillage
media-citoyenne et ecologeek | 17H19 | 15/09/2009 |
« Mangez frit, vous préserverez l'environnement » commence l'article.
1. la nourriture n'a rien a voir avec la matière premiere et energies pour propulser des véhicules. Merci de ne pas présenter dès le début par du sensationnalisme et du non-choix (manger gras pour rouler, y a d'autres solutions)
2. les biocarburants ne sont qu'une solution viable à petite échelle mais pas à l'echelle d'une société. Mes amitiés aux nombreux pays d'amérique latine que les US forcent à produire du biocarburant pour nourrir leur hammer. Réduisant les surfaces agricoles pour l'amérique du sud au passage.
3. « vaincre les blocages, timides.. » sont des titres résumés partisants. Ou est le vrai débat, les alternatives mme la journaliste ? .
merci
à numeroSeptduvillage
De jllprod
de passage dans la rue | 17H34 | 15/09/2009 |
Si je puis me permettre de répondre à la place de l'auteur, je crois que le titre est une simple boutade ! Et l'article ne parlent pas des agrocarburants en tant que ressources cultivées directement pour être utilisées comme carburants, mais de la réutilisation d'huiles de fritures en tant que carburant.