Et si on relocalisait les entreprises parties à l'étranger ?

C'était une tendance lourde : beaucoup d'entreprises avaient choisi de délocaliser dans des pays à bas coûts une partie de leur activité. Mais certaines reviennent sur cette décision, la faute à des procédures trop complexes, à la qualité insuffisante de la production obtenue ou au coût du transport. la « relocalisation », une nouvelle mode ?
Plusieurs entreprises françaises ont déjà tenté l'aventure. Parmi elles, la coopérative des opticiens Atol, qui avait délocalisé une partie de sa production en Chine. Philippe Peyrard, directeur général, explique : « Nous n'avions pas trouvé de fabricant français qui accepte de travailler sur le projet que nous développions. »
L'un d'entre eux se ravise un an plus tard, et signe avec Atol, qui aura passé un an et demi hors de France, entre 2004 et 2005. Résultat des courses : des lunettes plus chères de 10 euros à 15 euros en sortie d'usine. Mais, pour le directeur de la coopérative, « les consommateurs sont prêts à payer plus cher s'ils savent que c'est fabriqué en France ». Pourquoi pas.
C'est surtout le lancement de montures avec branches interchangeables et de couleurs différentes qui a permis à Atol de passer de 140 euros à 200 euros l'unité, ajoute Philippe Peyrard :
« Les lunettes sont devenues un accessoire de mode, plus qu'une prothèse médicale. Une innovation réussie grâce au savoir-faire jurassien en matière de lunetterie, que nous n'aurions pas pu trouver en Chine ! »
Un mouvement de « relocalisation » des entreprises françaises
Autre entreprise, Majencia (ex-Samas) dont le directeur actuel, Vincent Gruau reconnait :
« Le marché sur lequel nous sommes, celui du mobilier de bureau, était soumis à beaucoup de pression et la direction de l'époque est effectivement allée chercher de meilleurs prix à l'étranger. »
En 2006, retour au bercail, les attentes ont été déçues. Vincent Gruau qui n'hésite pas à parler de « logique antiéconomique », explique :
« Sur les 20% d'économies que nous faisions en produisant en Chine, la moitié finançait les surcoûts liés au transport. On savait à l'avance que ces coûts de transport allaient augmenter dans les années à venir. »
Comme Majencia, l'entreprise Geneviève Lethu a fait les frais de ces coûts de transport dûs à la durée, ce qui a posé des problèmes de disponibilité chez leurs fournisseurs. Et dûs aussi à leur qualité : la vaisselle, ça casse plus que ça ne passe ; aux produits eux-mêmes : couleurs ratées, produits rayés ou brisés, emballages mal faits, etc.
Une situation qui a poussé l'entreprise à rapatrier sa production. Carglass, Nathan, Aquaprod, Jeanneau-Bénéteau et d'autres encore font aussi partie du mouvement.
Mieux vaut préserver de l'emploi que payer du pétrole
Les nouveaux impératifs écologiques pèsent aussi : délocaliser la production alourdit le bilan carbone d'une firme. Pour Vincent Gruau, qui se fournit par exemple en bois auprès de forêts gérées durablement, il était paradoxal de transporter sa production par avion depuis la Chine.
« Nos clients nous interrogent de plus en plus sur l'empreinte écologique de nos produits. En rapatriant la production de la ligne de caissons, nous économisons 500 tonnes de dioxyde de carbone par an. »
Les consommateurs sont aussi sensibles à l'impact social des délocalisations. Le directeur de Majencia le reconnaît :
« En 2006, nous avions une baisse de production sur notre site de Noyon, en Picardie. Au lieu de le fermer et de continuer à produire en Chine, nous avons rapatrié la production sur ce site, ce qui nous a permis de maintenir son activité ».
Le choix de relocaliser n'est donc pas fait sur des critères uniquement financiers. Peut-on parler d'éthique ? Il s'agit plutôt d'une question de cohérence. Pour Philippe Peyrard :
« C'est un acte citoyen. Dans le cas d'Atol, nous nous inscrivons dans une économie solidaire, en tant que coopérative. Sans être soumis à des cours de bourse ou à des actionnaires qu'il faut rémunérer, nous sommes ainsi plus dans le moyen-terme. »
Une association pour aider les entreprises à se réinstaller en France
C'est justement pour accompagner les entreprises dans leur démarche de relocalisation que Majencia, Carglass, Atol et le cabinet Aides d'Etat Conseil ont créé en 2007 une association appelée Comité des entrepreneurs pour un développement responsable de l'économie (Cedre).
L'idée est d'aider les entreprises qui hésitent à délocaliser à bien mesurer, en amont, les avantages et les inconvénients d'une telle démarche :
- Accompagner celles qui souhaitent aujourd'hui relocaliser tout ou partie de leur activité sur son territoire d'origine.
- Intervenir auprès des politiques pour que quelques ajustements techniques du code du travail puissent mettre en place des aides spécifiques à destination des entreprises qui reviennent au pays.
Aujourd'hui, la seule mesure en faveur des relocalisations est un crédit d'impôt dont peuvent bénéficier les entreprises, mais dont la complexité est telle que, rares sont celles qui cherchent à l'obtenir.
François Gagnaire, directeur d'Aides Etat Conseil, propose d'aller plus loin :
« Ce qu'il faudrait, c'est qu'elles aient droit aux mêmes aides que celles qui créent une nouvelle activité. Alors qu'aujourd'hui, on a plutôt tendance à punir une entreprise qui revient et recrée de l'emploi, parce qu'elle en a supprimé des dizaines quelques années auparavant.
Généralement, les élus sont plutôt contents de voir une entreprise revenir au pays. Mais les habitants, eux, se souviennent : les licenciements, les reclassements. Ça ne s'oublie pas vite ! »
L'aide à la relocalisation sera difficile à faire accepter politiquement. Sans oublier que relocaliser entraîne des réductions de personnel de l'autre côté de la planète. Les entreprises assurent le contraire, la production qu'elles sous-traitaient ne représentant qu'une petite partie de l'activité du partenaire chinois.
La relocalisation semble être un remède à la crise pour le ministre de la relance
Penser à la relocalisation, c'est commencer par faire des calculs pour voir si l'entreprise a effectivement un intérêt à produire à l'étranger. François Gagnaire estime que :
« Or, en prenant en compte le transport, le coût de la main d'œuvre qui augmente, les assurances, les taux de change, l'éventuelle non-qualité des produits, etc. ; délocaliser une activité n'est pas forcément intéressant d'un point de vue économique.
En revanche, il y a des coûts qui s'appliquent désormais de façon certaine à toutes les entreprises produisant à l'étranger. La taxe carbone, à cause du transport ; le prix du pétrole, qui, une fois la crise terminée, va grimper de nouveau. »
La tendance du « made in France » revient de plein fouet, les consommateurs ayant de plus en plus conscience qu'acheter local, c'est préserver la planète et les emplois près de chez soi. Un argument qui pèse lourd, alors que les licenciements à grande échelle continuent.
« Je suis certain que de plus en plus d'entreprises vont relocaliser parce que d'un point de vue économique, environnemental et social, elles n'ont plus le choix ». Même Patrick Devedjjan, ministre de la Relance, a sollicité l'expertise du Cedre. Au plus haut niveau de l'Etat, on semble envisager la relocalisation comme un remède à la crise.
Photo : un camion transporteur venant de Chine (Reuters)
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De Anastaze
☺ | 21H12 | 14/08/2009 |
Ce qui est nunuche dans le raisonnement des délocalisations, c'est qu'en parallèle des profits espérés (tout prix de vente restant égal par ailleurs), les entreprises avaient fantasmé sur la création de grands marchés de consommateurs, et ça n'a pas fonctionné (il aurait été judicieux de lire le contenu des livres de Huntington plutôt que de se cantonner aux titres).
Si le fordisme a pu se développer, c'est parce que les ouvriers de Ford étaient déjà des « grands consommateurs » et qu'il avait fallu plus d'un siècle pour aboutir à la création de cet élément déterminant dans la lutte contre la baisse tendancielle du taux de profit, et l'élaboration des théories du pittoresque Thorstein Veblen sur la consommation ostentatoire (à ce titre l'exemple d'Atoll, une coopérative, et de ses branches qui changent de couleur est emblématique).
Aujourd'hui, les boutiquiers se retrouvent avec des ouvriers avec un pouvoir d'achat en hausse continue d'un côté de la planète et des consommateurs avec un vouloir d'achat en baisse chronique de l'autre côté de la planète.
… et c'est bien fait !
De Gom
16H15 | 14/08/2009 |
La tendance est un poil différente de ce que vous évoquez, pour les sociétés de services, vous passez de l'offshore au nearshore. De l'Inde à la Pologne ou à la Roumanie. Main d'oeuvre aussi bien qualifiée et moins sujette à changer de job pour 1euro d'augmentation (la vraie plaie de l'indes, certaines compagnies locales en sont à faire payer des « cautions » aux jeunes employés qu'elles forment pour éviter qu'ils ne se sauvent dès la formation fini), voyages moins long et moins couteux (eaysjet ne va pas jusqu'en orient et ça fait la différence sur un budget), coûts salariaux moindre.
Quant à revenir en France, faut quand même pas déconner, tout un tas d'entreprise n'attendaient qu'une petite recession pour fermer leurs usines françaises avec beaucoup moins de contraintes qu'en période de pleine activité.
De kevangel
Chercheur | 17H30 | 14/08/2009 |
En tant que consommateur, je ne suis pas le seul, je suis prêt à payer un peu plus cher pour qqch qui est fabriqué en France. D'autant plus que les produits délocalisés en Chine sont toujours aussi chers qu'avant, c'est juste le producteur qui a augmenté s'est marges et se met tout le bénef dans la poche. Le vrai problème c'est de trouver des trucs fabriqués en France. Cherchez bien sur les produits, vous verrez que c'est très difficile de voir le lieu de fabrication (et sur les vêtements ou chaussures ca n'est même plus inscrit maintenant).
Alors à quand des produits où c'est écrit « made in France » en gros dessus ?
Pour répondre à une remarque plus haut, mon propos n'a rien de nationaliste et peut s'étendre à toute l'union européenne, pas qu'à la France. Le problème de fabriquer en Chine c'est qu'on relégalise l'esclavage, de manière plus ou moins subtile. Et on fait transporter des produits à travers la planète pour rien (gaspillage d'énergie). D'ailleur appliquer la taxe carbone au transport de marchandises venant de Chine, c'est la meilleure solution pour faire diminuer le chômage si les politiques voulaient vraiment.
De sinclair
18H04 | 14/08/2009 |
C'est beau le rêve en attendant les entreprises continuent joyeusement a délocaliser. Quitte a prendre l'excuse de la crise. Suffit d'ouvrir le journal.
Pire les délocalisations se poursuivent dans les pays bénéficiaire de délocalisations en faveur de pays encore moins cher.
On peut toujours rêver au pays des bisounours ou les patrons et actionnaires deviennent fans de social et pour un développement durable et responsable en vue de sauver la planète ect .
De Boutauvent
Testeur de temps libre | 09H20 | 15/08/2009 |
Les motivations des délocalisations sont tellement diverses et variées que quelques « mesurettes » voulant favoriser le processus inverse ne feraient que renforcer la déplorable habitude qu'on a prise de galvauder les principes fondamentaux de l'égalité fiscale constitutionnelle.
En définitive, la crise économique nous révèle que le système s'effondre quand le pouvoir d'achat descend au dessous d'un certain seuil, comme c'est le cas dans les pays « riches ».
On peut toujours essayer de produire moins cher, mais ça ne sert plus à rien quand il n'y a plus de « consommateurs potentiels » !
De plus, les collectivités territoriales ayant des besoins « sociaux » de plus en plus importants à satisfaire -malgré les efforts désespérés de ceux qui croient pouvoir s'en exonérer pour « réduire les déficits“- seront contraintes d'établir de nouvelles taxes pour compenser les recettes perdues dans les délocalisations… (peut-être jusqu'à revenir à l'imposition sur les revenus et non cette multitude d'artifices rendant notre fiscalité de plus en plus inégalitaire ? ).
Je trouve que c'est plutôt amusant de voir que les ‘capitalistes’ se rendent enfin compte qu'une société est faite d'équilibres, que nous ne vivons pas les uns indépendamment des autres, qu'il faudra rendre d'une main ce que l'autre avait pris…
De toute façon, s'ils refusaient d'en convenir, une certaine violence sociale saurait leur rappeler ; et nous n'en sommes pas loin !
De Sid_Mo
Cadre dirigeant de PME | 00H22 | 16/08/2009 |
La raison pour laquelle on ne trouve pas ces produits (l'électronique grand public) en « made in France » ne vient que d'un seul point : la faiblesse capitalistique des créateurs français dans le domaine des technologies de l'électronique et de l'information. Il y a de l'innovation, des moyens mais lors du passage au stade industriel, il est nettement plus simple au vu des freins culturels et environnementaux (au sens de l'environnement de travail) de se vendre (homme ou entité) à une équipe étrangère pour pouvoir aller au bout du rêve. C'est un constat que je déplore autant que vous.
Si vous voulez faire de l'électronique en France avec des français, vous avez : SAGEM, THALES, THOMSON et très peu d'autres. Tous fabriquent hors France pour des gains dérisoires mais qui font beau sur le bilan. Et quand vous êtes une PME, vous n'êtes pour leurs dirigeants qu'une proie. Rien de plus.
Des gens comme Archos sont de ce point de vue désolant car ils font fabriquer à l'extérieur en ayant désormais la superficie pour faire sur site. Mais ça demanderait de ne plus être seulement un cabinet d'étude mais un industriel intégré. Une autre logique d'entreprise. Et qui demande des capitaux, trop pour un environnement d'une frilosité délirante dès lors que l'on sort des sentiers battus.