Et si l'on autorisait les candidats au bac à se connecter au Net ?

Pourquoi demander aux élèves de mémoriser des données disponibles sur Internet ? Le Danemark teste la mesure.

A l'ENA en février 2009 (Philippe Wojazer/Reuters)

Internet ActuInternet à l'école, c'est bien. Mais au bac, et lors des examens ? Le Danemark a décidé d'autoriser, à titre expérimental, les lycéens à accéder au Net pendant leurs examens. Une mesure qui, si les tests sont concluants, pourrait être généralisée en 2011.

« Quand vous faites un devoir à la maison vous avez accès à Internet. Donc, pourquoi en priver les candidats au bac ? », s'interroge Le Café Pédagogique. Le constat dressé par les autorités danoises est simple, souligne pour sa part le Guardian : la collecte des informations étant désormais, en grande partie, confiée aux ordinateurs, pourquoi demander aux élèves de mémoriser par coeur des données que l'on peut relativement facilement retrouver sur l'internet ?

Le risque de plagiat ? Il existe des outils pour le repérer, précisent les promoteurs de la méthode. Et pour éviter les risques de tricherie, les élèves n'auront pas le droit d'utiliser de messagerie instantanée, pas plus que les traducteurs automatiques, et leurs écrans seront de toute façon contrôlés, de manière aléatoire, par des surveillants.

Des sujets qui ne se prêtent pas au copier-coller

Il existera de toute façon des moyens détournés de tricher, mais, et comme le souligne Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de l'Etudiant, l'accent sera mis sur la dissuasion, à la manière des contrôles antidopage :

« L'autre condition étant évidemment d'imaginer des sujets qui ne se prêtent pas au copier-coller… Donc des épreuves qui font appel à la réflexion, aux capacités de synthèse (afin de) vérifier que les élèves n'ont pas seulement appris mais compris. »

Et c'est le point le plus important : en autorisant les élèves à aller sur le Net pendant leurs examens, le Danemark parie sur leur capacité d'analyse, et de synthèse, et donc sur leur intelligence, plutôt que de continuer à reposer l'évaluation sur leurs capacités à régurgiter, ou « copier/coller » de mémoire, ce qu'ils ont appris par coeur.

Certes, l'un n'empêche pas l'autre, et le pari est osé, mais il a le mérite de s'adapter à la réalité quotidienne des élèves, plutôt que de continuer à faire comme s'ils vivaient encore au temps où l'accès à l'information était une ressource rare.

Une question d'usages

Pour François Jarraud, rédacteur en chef du Café Pédagogique :

« L'initiative danoise a aussi l'intérêt d'accéder à un espace que l'Ecole a bien du mal à investir : celui des pratiques sociales des adolescents. Intégrer Internet c'est aussi faire un lien entre l'Ecole et la vie réelle des adolescents, tous “digital natives” ».

Sur Politiken.dk, la présidente d'une association de lycéens s'en réjouit :

« Les examens doivent être le miroir de la vie réelle et quand vous écrivez des rapports au travail, vous utilisez Internet. »

C'était d'ailleurs tout l'intérêt de School 2.0, initiative du bureau des technologies éducatives du Département de l'éducation américain qui, plutôt que de se focaliser sur le matériel et les logiciels, tablait sur la mise en réseau de tout l'écosystème scolaire (élèves, enseignants, parents, personnels administratifs, politiques et techniques), au motif qu'« il n'y a pas un chemin unique pour aller vers l'école de demain », et que l'intégration des technologies à l'école est de la responsabilité de tous.

School 2.0

Comparant l'expérimentation danoise à l'autorisation d'utiliser les calculatrices aux examens, Emmanuel Davidenkoff remarque également qu'il avait alors « fallu modifier les épreuves, déplacer les enjeux, se dire que la maîtrise de certains procédés purement techniques - comme le calcul mental par exemple - comptaient moins à ce niveau que la capacité à bâtir un raisonnement et à le démontrer ».

Skolanet, une association de promotion et de développement du e-learning, note que si la calculatrice a « supplanté le calcul mental y compris pour des opérations basiques, (et que) l'utilisation d'un ordinateur relié à Internet pourrait aisément remplacer une partie de notre mémoire, (…) les opérations basiques ont été mémorisées en amont et c'est grâce à cette assimilation de connaissances basiques que l'apprenant peut utiliser la calculatrice ».

Apprendre à « lire » et décrypter le Net

A contrario, il faut aussi être capable d'identifier les informations les plus pertinentes : une chose est de savoir lire, une autre est de savoir chercher des informations sur le Net, et une troisième est de les vérifier, et de s'assurer de leur validité.

Toutes choses qui, à ce jour, ne sont précisément pas enseignées à l'école, et dépendent en bonne partie des usages et de la pratique qu'ont les élèves d'Internet, ce qui pose aussi le problème de la fracture numérique.

François Jarraud relève ainsi qu'il y a trois semaines, l'Angleterre annonçait sa propre révolution pédagogique :

« Les nouveaux programmes de l'école primaire font des TIC un élément aussi central que les maths et l'anglais. En fait la littératie, la numératie, les TIC et le développement personnel sont les 4 points importants de ces nouveaux programmes. On attend des enfants un certain niveau de maitrise des TIC, par exemple de Facebook, du tableur, de Twitter, et on considère cette exigence comme aussi importante qu'apprendre à compter.

“L'autre innovation c'est qu'avec ces cours, avec le retour des langues vivantes, avec l'enseignement obligatoire des arts, de l'histoire, de la géographie, ces programmes rompent sans le dire avec la domination du lire - écrire - compter imposée par le système de tests nationaux. Les programmes renouent avec la prise en compte de la totalité de la personnalité de l'enfant et visent un épanouissement qu'il sera plus difficile d'évaluer.

‘Ainsi est en train de se dessiner un espace européen qui fait délibérément le choix d'accorder à la culture numérique et à ses usages une place essentielle. Peut-être parce que la culture de ce siècle est numérique et que l'ignorer c'est fabriquer des analphabètes.’

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7 commentaires sélectionnés

Portrait de Cidessus

De Cidessus

Triste luron | 12H12 | 30/05/2009 | Permalien

Je pense que c'est une bonne idée pour certains sujets.

1. Première heure : analyse de la capacité d'analyse et de synthèse, recherche d'info sur le sujet : un travail de veille en gros

2. Deuxième heure : restitution des connaissances dans un ensemble cohérent et structuré, s'appuyant tant sur les documents rassemblés que sur les connaissances acquises au cours de l'année

On ne peut le généraliser à toutes les matières, ou rendre un tel examen unique dans un matière, mais une note sur du 50/50 me semble une excellente idée !

Portrait de Attar

De Attar

- | 12H36 | 30/05/2009 | Permalien

Il faut aussi replacer cette mesure dans le contexte danois. Je veux dire qu'ici les etudiants sont pousses tres jeunes a faire preuve d'autonomie, et [pour ce qui est de la FAC] ils travaillent tous en groupe pour les exams de controle continu, meme si certains exams sont individuels, et souvent a l'oral, avec tous les documents et internet disponible pour la preparation.

Autre mesure interessante : l'introduction pour les eleves de Copenhague de cours d'arabe 2eme langue des la rentree prochaine. Public vise : les enfants d'immigres, ceux qui d'apres un recent article de Politiken, etudient statistiquement plus longtemps que les petits danois « de souche »…

Portrait de Merak

De Merak

pré retraité | 13H07 | 30/05/2009 | Permalien

Donc, si j'ai bien tout compris, au lieu de s'embêter à construire chez l'apprenant un savoir structuré et cohérent basé sur des contenus permanents validés par un corps compétent (des livres …) on va lâcher nos ados dans un monde sauvage ou le meilleur et le pire cohabitent au gré du temps, changent au gré des rumeurs et finissent par servir les intérêts des dominants.

J'ai quand même l'impression que ce système ne favorise encore plus les mécanismes d'auto-reproduction sociale.

Pour ceux que les problèmes de singularité (technologique) intéressent, je me demande si ce n'est pas l'homme qui est en train de faire le plus grand pas.

Portrait de erqzor

De erqzor

Détecteur de Greenwashing | 13H15 | 30/05/2009 | Permalien

Très bonne initiative, c'est stimuler les facultés de recherche, de compréhension d'un sujet en accord avec les recherches introduites par la définition du sujet, encourager les étudiants à allier connaissances apprises et découvertes.

Je trouve que un très bon stimulateur de curiosité pour les devoirs à la maison, et donc pour les examens c'est aussi une formidable base de connaissance pour enrichir sa réflexion. Je préfère cette approche et elle est déjà je pense pratiquée en France à petite échelle.

Je prends pour référence certains de mes modules de Master II ou pour des sujets à l'écrit nous disposons de certaines ressources accessibles depuis un ordinateur.

Très bonne initiative.

Portrait de Atlantis

De Atlantis

Lycéen politisé | 13H58 | 30/05/2009 | Permalien

En attendant, ça ne fait travailler ni la mémoire, ni l'analyse, ni la rédaction…
Personnellement, je n'utilise jamais internet à la maison pour faire mes DM dans les matières à problématique (histoire, géo, philo, français à l'époque ou j'en faisais), et j'avais toujours des meilleures notent que ceux qui utilisaient internet- je ne me vante pas, je n'ai pas de facilités particulières, je ne suis qu'un élève moyen. Seulement, l'utilisation d'internet ne favorise pas un travail intellectuel digne de ce nom - analyser une problématique de dissertation ou commenter un texte de français est difficile avec google, aucun moteur de recherche ne peut le faire pour vous.
Quant au prétexte de la somme de connaissance requise, il est plutôt malhonnête. J'imagine qu'un prof de philo de Rue +89 pourra confirmer ce que me dit la mienne : il ne faut pas de connaissances particulières sur l'auteur d'un texte pour l'analyser, et de même, une dissertation peut être parfaitement réussie avec peu de connaissances théoriques. Certes, il en faut un minimum, mais n'est ce pas là nécessaire à la construction d'une culture, d'un savoir personnel ?
Même en histoire, il n'est pas nécessaire d'avoir d'énormes connaissances : il suffit de connaitre les faits les plus importants, et surtout d'analyser pertinemment leur origine, leur contexte, leurs conséquences. Ainsi, j'ai pu avoir une note correcte à une dissertation d'histoire en utilisant uniquement quelques faits (le sujet concernait la guerre froide) : Plan Marshall, OTAN, guerre de orée, crise de Suez, crise de Cuba, guerre au Vietnam, chute du mur de Berlin. Rien que de très général non ?

Portrait de vince1969

De vince1969

j'ai une situation | 14H10 | 30/05/2009 | Permalien

Ce n'est pas une bonne idée, internet c'est un outil.
On pourrait faire une épreuve à part entière à l'examen (bac ou autre) qui consisterait en la recherche et la synthèse d'éléments sur le net, la d'accord !
Mais le net ne permet pas à l'élève d'apprendre à raisonner, pas plus qu'une calculatrice ou un dictionnaire.
Encore une fois ne nous laissons pas aveugler par l'apport technologique, certes fort utile mais pas du tout suffisant.

Portrait de Un vieux

De Un vieux

retraité | 14H12 | 30/05/2009 | Permalien

C'est très fort… ! ! !

Un monde contrôlé par les éditeurs de logiciels, les constructeurs et les FAIs…

Plus besoin d'attendre que la fracture numérique et technologique arrive à la profondeur suffisante, en agissant sur les prix de ces quelques produits, la séparation des « élites » et des esclaves pourra être immédiate…

On supprime même d'un coup les jeunes issus de milieux défavorisés qui font exceptions dans les grandes écoles et on leur supprime toute chance en coupant leur connexion pour téléchargement illégal d'un document sur la vie sexuelle des fourmis…

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