11/02/2009 à 10h52

Et si on développait le tri sélectif des journaux gratuits ?



Des employés municipaux ramassent des exemplaires du quotidien Métro à Marseille en 2002 (Jean-Paul Pelissier/Reuters).

Ceux qui ont emprunté dernièrement le métro parisien auront sans doute remarqué un petit « poème » estampillé sur des panneaux à l'intérieur des rames. Il fait partie de la campagne en faveur de la propreté lancée par la RATP sur son réseau.

« Attrapé à la volée,
Feuilleté en vitesse sur le quai,
Lu et relu, même l'édito,
Classique pour le journal du métro !
Mais sur le siège abandonné,
Glissé, tombé, piétiné, déchiqueté,
Eh oui, pour le pauvre journal, la poubelle
Eut été, ô combien, une fin plus belle… »

En effet, avec quatre titres en distribution gratuite cinq jours sur sept, Paris et son métro sont submergés par les journaux : selon l'OJD (association pour le contrôle de la diffusion de la presse) chaque jour, presque deux millions d'exemplaires de gratuits sont distribués.

Les deux titres du groupe Bolloré (DirectMatin et DirectSoir) représentent à eux seuls la moitié de ce chiffre : 954 200 exemplaires. Métro et 20 minutes y contribuent (avec 858 300 copies) auxquels il faut ajouter le petit apport hebdomadaire d'A Nous Paris (294 600), le magazine « tendance » de la RATP.

Voici comment le rendez-vous régulier tant apprécié des voyageurs peut se transformer en une montagne de déchets : 81 tonnes de papier trainent le soir sur les quais et les trottoirs. Un volume important qui pourrait être recyclé.

L'idée

De l'autre côté de la Manche, ce constat s'est déjà traduit par des mesures concrètes. Dans la City of Westminster, important arrondissement de Londres, la mairie a pourvu les gares et les stations de métro de corbeilles de tri, dédiées aux gratuits. La mesure avait été rendue nécessaire dès 2006, date de l'arrivée des gratuits du soir à Westminster.

Malgré cela, la guerre commerciale entre les deux titres principaux, London Lite et thelondonpaper, avait généré une véritable guerre des tirages. Aujourd'hui, une vague d'environ 250 000 exemplaires (à peu près 12 tonnes de papier) se déverse chaque soir sur Westminster.

Trop pour le City Council qui, en janvier 2008, obtient que les éditeurs des deux titres, Newspapers International et Associated Newspapers, acceptent d'installer 56 corbeilles de tri dédiées en renfort des 158 poubelles municipales. Et le tout à leur frais (environ 600 € la corbeille et le coût du traitement et du recyclage), avec interdiction de vendre des espaces publicitaires sur leurs corbeilles.

Dans les quatre sites concernés, les résultats sur les six premiers mois ont été encourageants : 120 tonnes de papier ont été recyclées, allant s'ajouter aux 465 tonnes collectées dans la même période par la ville.

585 tonnes recyclées à Londres

D'ailleurs Londres n'a rien inventé : depuis 2003, 220 bacs de recyclage ont poussé un peu partout dans les 68 stations du métro de Montréal (STM), au Québec. L'initiative a été portée par l'édition locale de Métro (Journal Métro Montréal) : dans chaque station, plusieurs employés du groupe s'occupent de transférer jusqu'à dix fois par jour le contenu des poubelles dans des containers de 30 m3 situées à l'extérieur des stations. Ceux-ci sont vidés une fois par jour par un camion qui passe collecter le papier.

Ainsi en 2007 ont été récupérées plus de 750 tonnes de papier (le journal est diffusé à 160 000 exemplaires, soit 7,7 tonnes de papier par jour). A Montréal aussi, c'est à l'éditeur d'assumer 100% du coût du dispositif.

Pour dresser à la fois un bilan et une comparaison des deux initiatives, on peut estimer que Londres arrive à recycler 585 tonnes de papier sur les 2 880 diffusées (20%) alors que Journal Métro Montréal récupère 40% de ses 1 850 tonnes des journaux.

Comment la mettre en pratique

Mais alors pourquoi Métro Paris n'a pas suivi l'exemple de son cousin québécois ? Si Jeremy Bryant, directeur de la logistique du groupe, ne désavoue pas le travail qui est fait au Québec, il préfère néanmoins aborder d'autres projets pour ce qui concerne la ville de Paris :

« On travaille optimiser la circulation, de telle sorte que plusieurs lecteurs lisent un même exemplaire. »

Quant au « traitement de fin de vie » de chaque copie :

« On pourrait imaginer que chaque matin les lecteurs échangent la copie du jour avec celle de la copie de la veille pour que celle-ci soit recyclée. On éviterait ainsi de faire circuler trop de camions pour vider les poubelles. »

Même son de cloche du côté de DirectMedia, qui détient l'exclusivité pour la distribution de ses gratuits dans les présentoirs placés à l'intérieur des stations du métro. Patrick Lepinay, directeur de la distribution pour DirectSoir et DirectMatin affirme :

« Notre objectif est de faire zéro reliquat. Ensuite, dans les gares, nous ne sommes pas chez nous. C'est donc à la RATP et à la SNCF de récupérer leurs déchets. »

Une argumentation qui n'aurait pourtant pas fonctionné à Montréal. Daniel Barbeau, directeur du Journal Métro de Montréal, avoue :

« Le service de tri et collecte nous a été imposé par la société des transport en contrepartie du droit de diffusion en exclusivité sur son réseau. »

A Paris, surtout ne « pas désorienter les voyageurs »

Pour l'instant, cela n'est pas la façon d'aborder la question chez RATP. La société reconnait néanmoins l'importance du problème, en tête des préoccupations des usagers sur le forum « vous et la RATP ».

Quant aux 1 700 sacs jaunes provisoires, accrochés aux poubelles classiques, ils sont essentiellement là pour familiariser les usagers au tri. Françoise Combelles, chargée de mission énergie, avoue en effet que le système de tri n'est réellement effectif que sur ligne 14 du métro et dans deux gares de banlieue du RER.

« Il ne faut pas désorienter les voyageurs, défend Françoise Combelles. On propose deux collectes, comme à l'extérieur : papier, alu et carton d'un côté, le reste de l'autre. » En attendant que le système soit généralisé à la plupart du réseau… La RATP souhaite en effet s'intégrer au système de tri et collecte mis en place par la ville, pour lequel l'entreprise paye une redevance.

En pratique, des difficultés restent à résoudre. Elles sont liées au fait que partout dans Paris le ramassage du papier se fait deux fois par semaine. La RATP doit donc stocker les déchets pendant plusieurs jours à l'intérieur de ses stations. Or, nombre d'entre elles ne disposent pas de ces espaces.

Les responsables de ce secteur à la mairie de Paris semblent conscients de ces obstacles mais l'augmentation de la fréquence de collecte des bacs jaunes n'est pas prévue pour tout de suite.

François Dagnaud, adjoint au maire et chargé de la propreté et du traitement des déchets ainsi que président du Syctom, syndicat d'agglomération pour le traitement des déchets, rappelle que le tri sélectif est arrivé à Paris en 2002 seulement, avec beaucoup de retard par rapport au reste de la France. « Aujourd'hui ce retard a été rattrapé et on estime collecter 40% du gisement de papier, soit 38 000 tonnes », continue-t-il.

D'ailleurs François Dagnaud connait le cas londonien et précise :

« A Londres c'est un tout autre système de tri et collecte. Là-bas, les gens rapportent leurs déchets dans des points de collecte communs placés le long des rues. Cela permet une collecte plus régulière et fréquente mais se traduit par moins de confort pour les ménages. »

En attendant mieux, triez votre exemplaire à domicile

Mais la vraie différence entre Paris et Londres réside peut-être ailleurs. Il s'agit de Clean Neighbourhoods and Environment Act, une loi, approuvée en 2005, qui entre autres permet aux pouvoirs locaux d'interdire la distribution de publications gratuites là où elles polluent l'environnement.

« Cette loi a été déterminante pour inciter les éditeurs à s'engager volontairement dans la collecte », explique Charles Begley, directeur des relations média du Westminster City Council. En France, en revanche, pas de pressions sur les éditeurs de journaux.

Or, la loi L.541-10-1 du code de l'environnement oblige en effet les émetteurs d'« imprimés papiers gratuits » à participer économiquement au traitement de fin de vie de leurs produits. Problème : les publications de presse, y compris les gratuits, sont dispensées de cette loi.

En attendant que la situation évolue, mieux vaut alors suivre l'une des consignes suggérées par la RATP dans sa campagne « Propreté, on a tous un rôle à jouer » : ramener chez soi la copie de son journal pour la trier avec les autres déchets ménagers.

A lire sur Rue89
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A lire ailleurs sur le Web :
Une discussion sur le recyclage sur le forum Vous et la RATP.net

Photo : des employés municipaux ramassent des exemplaires du quotidien Métro à Marseille en 2002 (Jean-Paul Pelissier/Reuters).

Modification, 11/02/09 : formulation de la citation de Jeremy Bryant.

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  • Dadavid
    • Posté à 14h02 le 11/02/2009

    Je sais pas a Paris, mais ici a Londres pas besoin de prendre les journaux qu'on nous tends, il suffis de monter dans le bus/tube pour en recuperer. Reste que si certaines personnes laissent leur journal dans le but d'etre reutilise (en le repliant bien, c'est plus agreable), d'autre ne font que s'en debarasser en le laissant tel quel, voir chiffone.

    J'avoue ne pas recycler mais juste laisser le journal de cette facon. Au final, j'espere qu'apres avoir reutilise de nombreuses fois ces journeaux sont trie, etant donne que ca doit bien faire 90% des detritus laisse par les usagers.

    Si on veut mon avis a 2 sous, des agents des differents gratuits devraient s'occuper de justement netoyer les bus de tous ces gratuits et les recycler. J'ai pas envis que le prix de leur polution se retrouve dans mon abonement.

  • Yakuza8567
    • Posté à 15h33 le 11/02/2009

    A qui appartiennent les déchets ? Bonne question, surtout dans le cas des imprimés, et des journaux.
    En France, la filière des déchets d'imprimés non sollicités est gérée par l'éco-organisme EcoFolio (les emballages cartons et papiers par Eco-emballages, les ampoules basse consommation par Récylum, etc.)

    A la base de ces filières : la responsabilité élargie du producteur (REP). Un concept lancé par l'OCDE qui attribue au producteur d'un objet la responsabilité de la « fin de vie » de cet objet (collecte puis « traitement » - réutilisation, recyclage, incinération, enfouissement...) Tout ceci a un coût. Il est payé par le producteur en théorie, mais en réalité par le consommateur. C'est la fameuse « éco-contribution » qu'on peut voir par exemple lors de l'achat d'une télé, d'un frigo... Quelques euros maxi selon sa taille. (plus l'objet sera encombrant, plus l'éco-contribution sera chère, car la collecte et le traitement plus compliqué).

    Pour les imprimés non sollicités, c'est pareil. « Problème » (pour les producteurs, pas pour les consommateurs) : le coût est directement payé par le producteur, puisque par définition, un imprimé non sollicité n'est pas « désiré » par le consommateur. Le coût de la filière ne peut pas être répercuté sur le consommateur, puisqu'il n'y a pas d'achat.

    Pour l'instant, les annuaires, les prospectus du commerce et de la distribution et la presse gratuite d'annonces sont concernés. La « presse d'information », dont la presse gratuite, sera-t-elle concernée ? Rien n'est moins sûr, elle freine des quatre fers pour ne pas être concernée ! ! Elle n'est déjà pas en bonne santé financière, il y a peu de chances qu'elle accepte de passer à la caisse.

    Pour info, les catalogues aurait dû être concernés dès juillet dernier... En décembre, lors de l'examen du projet de loi de finances rectificatives 2009, les députés ont repoussé l'extension de la responsabilité élargie du producteur pour les catalogues à... fin 2009. A ce train, les journaux, s'ils sont concernés un jour, ne seront soumis à la REP qu'à la saint-Glinglin !

    Sinon, l'article fait référence au recyclage à Londres... C'est un « échec » pour les éditeurs des gratutis, puisqu'ils s'étaient fixés un objectif de collecte de 400 tonnes de papier. La ville de Londres a donc fait mieux qu'eux...

  • Boris lui même
    • Posté à 18h08 le 11/02/2009

    Et si on développait le Tri Sélectif (et le financement de la fin de vie) DE TOUS LES JOURNAUX (sauf rue 89, bien sûr ! )

    C'est amusant comme, à la lecture de cet (intéressant) article et de ses nombreux commentaires, il s'avère que personne ne se pose la question des journaux non gratuits, autrement dit payants, soit l'écrasante majorité des journaux qui finissent mal, dans la mauvaise poubelle ou volant dans nos rues au fil du vent !

    Car c'est là l'une des bizarreries du formidable principe général de « Responsabilité Elargie des Producteurs », star de Grenelle : il compte une exonération de taille, à savoir la presse quotidienne payante et les magazines, soit la plupart des papiers que nous cotoyons tous les jours. Ils ne cotisent pas à EcoFolio (l'éco-organisme des papiers), ne paient rien pour la fin de vie de leur production et s'en lavent joyeusement les mains, enduites de caractères d'imprimerie fort polluants !

    Curieusement, aucun journaliste (de presse payante ou gratuite) ne semble s'en émouvoir, tant il est vrai que les journalistes (et j'en suis un ! ) se sentent souvent peu concernés par les travers de leur propre secteur, y compris ceux qu'ils aiment par ailleurs tant dénoncer...chez les autres.

    On nous dira : « ces pauvres journaux, ils ont déjà tellement de problèmes, regardez, ils sont obligés de faire l'aumone de subventions astronomiques à l'Etat » (sans doute pour mieux garantir leur indépendance ? ! ) mais il est douteux qu'il soit souhaitable d'établir un lien entre la santé financière d'un secteur économique et sa contribution au développement durable...ou sinon, en ce moment même, chacun se devrait de faire une grande croix (verte ? ) sur la totalité des efforts en faveur de l'écologie.

    Alors s'il vous plaît, monsieurs les journalistes, ou plutôt monsieurs les Directeurs de groupes de presse, à quand un petit effort pour verdir votre propre jardin, plutôt que de lancer des déchets dans ceux de vos voisins ?