
L'AKP échappe à l'interdiction : victoire du compromis

La Cour constitutionnelle turque a rendu son verdict mercredi en fin d'après midi. Après trois jours de délibération, la majorité requise de sept juges n'ayant pas été atteinte, le parti AKP au pouvoir échappe à l'interdiction et 71 de ses membres à cinq ans d'inéligibilité. En effet, six juges ont voté pour l'interdiction du parti, quatre juges pour des sanctions financières et un juge s'est opposé à toute sanction.
Accusé par un procureur général d'activités antilaïques en mars 2008, l'AKP (issu de la mouvance religieuse) se retrouve donc sanctionné financièrement par une diminution de moitié des subventions perçues du Trésor en 2008. Il devra donc rembourser 22,8 millions YTL (près de 10 millions d'euros) sur les 44 millions YTL reçues en début d'année.
Le scrutin a été serré, il ne s'agit donc pas d'un triomphe mais d'une mince victoire. Reste à savoir de qui ou de quoi.
Le Premier Ministre Recep Tayip Erdogan s'est empressé hier de se féliciter de cette décision, la qualifiant de victoire de la démocratie. C'est aller très vite, trop vite.
Il s'agit d'abord d'une victoire du compromis. Depuis 1960, une vingtaine de partis, essentiellement pro-kurdes ou pro-islamistes, ont été interdits et cette décision de la Cour, rendue possible par un amendement de la Constitution en 2001, est une première dans la vie politique turque. Il faut y voir une amorce de compromis pour vivre ensemble entre deux camps qui s'affrontent ouvertement pour le pouvoir depuis plus de dix ans (je prends comme point de départ l'interdiction du parti Refah, tenant d'un islamisme très conservateur en 1997).
N'oublions pas qu'un autre parti, le DTP pro-kurde, est aussi sous le coup d'une interdiction. Ce sera une victoire de la démocratie, de la liberté d'expression et du droit du citoyen à disposer de lui-même quand une sentence qui relaxe ce parti sera prononcée.
Cette décision est ensuite une victoire de la Cour constitutionnelle qui, du rôle de gardienne de valeurs figées par une interprétation stricte de la loi, endosse l'habit de pacificatrice des confrontations politiques. Et ce n'est pas un hasard si le juge Kilic, une fois la sentence prononcée, a appelé les partis à la négociation avant d'avoir recours à l'arsenal juridique.
Cette décision est enfin une condamnation de « la conception de la souveraineté comme la comprend l'AKP » : les 47% de vote qui l'ont porté au pouvoir et le manque d'opposition ne doivent pas lui faire oublier qu'il n'est que le parti majoritaire, « la souveraineté appartenant au peuple et non pas à un parti » (extraits de l'interview du professeur Ibrahim Kaboglu, parue dans le quotidien Milliyet, le 28 juillet).
« Durmak yok, yola devam ! “ (‘On n'arrête pas, on continue ! ) : ce slogan de l'AKP lors des législatives de 2007 a resurgi hier, dans l'enthousiasme d'avoir échappé à l'interdiction. La forte tension qui régnait en Turquie depuis plusieurs semaines est enfin retombée. Retour donc à la vie courante, à la gestion du quotidien, de l'inflation qui repart, de la crise économique qui se dessine pour 2009 et des tensions dans l'Est kurde.
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De Spirou
13H37 | 31/07/2008 |
Heureux pour l'AKP. Les pseudos laïques turcs veulent conserver leurs privilèges (hérités du Kémalisme)et s'enraciner eux et leurs enfants dans les rouages de l'état Turc, ce qui leur aurait permis de se sucrer ad vitae eternam. Cette coalition laïques que ne cessent d'encenser leurs homologues français regroupe des fascistes d'extrême droite, des nationalistes, des mafieux et bien d'autres gens peu fréquentatbles. Ce qu'ils veulent, c'est conserver leur pré-carré, la démocratie ne les intéresse pas.
Ils ont compris qu'il suffisait de prononcer les mots magiques « Islamisme », « Charia », « voile » pour s'attirer les faveurs de l'Occident. La ficelle était visibelement trop grosse pour les instances européennes qui ne se sont pas laissées prendre à ce jeu.
SI l'AKP avait été dissolue, cela aurait été célébré par les réincarnations de la laïcité à la française comme étant un « triomphe de la démocratie contre l'obscurantisme », « de la raison contre le fanatisme » et que sais-je encore.
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 13H58 | 01/08/2008 |
Personnellement, ça m'aurait fait grand plaisir de voir ce parti interdit. Faut dire que dès qu'il s'agit de mettre des bâtons dans les roues des barbus de tous poils, je suis pour.
Un jour, lors de leur avènement au pouvoir, j'ai entendu (ou lu) un membre de ce parti dire qu'on pouvait les considérer comme des démocrates-chrétiens (comme si ces deux mots pouvaient aller ensemble…), mais si je les imagine comme tels, j'aurais tout aussi envie de les voir disparaitre de la surface de la Terre.
Mais d'un point de vue plus objectif, ça aurait été un sacré problème que l'AKP disparaisse.
Déjà, ça aurait provoquer une grave instabilité politique, et je doute que la Turquie en ait besoin en moment où la situation à l'air un peu tendue, où son avenir à l'air d'être à la bifurcation entre le pire et le mieux.
En plus, le supprimer aurait créé un appel d'air pour les Oussama de service et renforcé leurs rangs. Sans parler de renforcer la position des militaires et des loups gris. Et faut quand même leur reconnaitre qu'on est loin d'avoir un clone de l'Arabie, comme certains le prophétisaient il y a quelques années.
Après tout, on a beau dire que la France est laïque, mais on se coltine au pouvoir des gens comme les mères Chirac et Boutin et d'autres qui vont lécher les pompes à Benito Ratzinger.
Sans parler d'une Europe qui refuse la Turquie sous prétexte religieux mais qui inclut des super bigots comme l'Italie ou la Pologne… Cherchez l'erreur…
Je crois que la Turquie pourrait arriver à quelque chose si jamais elle gardait sa ligne de conduite sur la religion mais qu'elle réglait son grave problème avec son extrême droite et ses militaires, je parie que du coup ça serait bien plus facile de régler les questions de Chypre, des Arméniens et des Kurdes.