Adhésion de la Turquie : Sarkozy joue habilement la montre
C'est un petit bijou de rhétorique byzantine que les paragraphes dédiés à l'avenir de la Turquie dans l'Europe prononcés par Nicolas Sarkozy lors de son discours de politique étrangère lundi devant un parterre d'ambassadeurs.
La variété des interprétations en témoigne : du » ni un changement, ni une inflexion, mais un autre ton » , de Patrick Devedjian, au » M. Sarkozy s'inscrit dans le camp des chefs d'Etat et de gouvernement qui pensent qu'un jour la Turquie pourra faire partie de l'Union Européenne » , de Pierre Moscovici, en passant par le trouble des eurocrates, qui émettent des doutes sur la volonté d'ouverture du Président sur ce dossier brûlant, même si la Commission a salué son initiative.
Nicolas Sarkozy a en effet annoncé que » la France ne s'opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l'Union et la Turquie soient ouverts dans les mois et les années qui viennent » . Mais il a posé deux conditions.
- Les chapitres ouverts doivent être » compatibles avec les deux visions possibles de l'avenir de leurs relations : soit l'adhésion, soit une association aussi étroite que possible, sans aller jusqu'à l'adhésion. Cela concerne trente chapitres sur les trente-cinq engagés en octobre 2005.
- Un comité de réflexion doit être mis en place sur le projet européen : » Quelle Europe en 2020-2030 et pour quelles missions ? » , avec un rapport à rendre avant les élections européennes de juin 2009.
Sarkozy a deux grands points communs avec le Premier ministre turc, Recep Tayip Erdogan : le pragmatisme et l'habilité. Un problème qui ne peut se résoudre se contourne. C'est l'option choisie par Nicolas Sarkozy, coincé entre ses promesses électorales et ses convictions personnelles d'un côté, la réalité politique et économique de l'autre.
Alors quelle issue ? Dans un article paru dans Libération le 7 août, Cengiz Aktar, directeur du Centre des études européennes de l'université de Bahcesehir à Istanbul, avait proposé 2023 comme horizon pour l'adhésion. Soit l'année du centième anniversaire de la république de Turquie. Attendre jusqu'à cette date a aussi l'avantage de donner du temps au temps, l'adhésion soulevant trop de polémiques en Turquie et au sein de l'Union.
C'est, à mon avis, ce sur quoi Nicolas Sarkozy, a souhaité rebondir. Son initiative a fait souffler un vent d'apaisement, et va relancer la dynamique entre la Turquie et l'Union, sur la base acquise des trente chapitres.
Quand aux cinq chapitres restant à examiner pour finaliser l'adhésion, il est notoire que les négociations en cours avancent très lentement. L'ouverture des négociations date d'octobre 2005, et à ce jour, les résultats, comparés à ceux atteints par la Slovénie par exemple, sont plutôt minces : un chapitre clôturé (science et recherche), trois chapitres en cours (entreprise et industrie, statistiques, contrôles financiers) et huit chapitres gelés, suite au refus du gouvernement d'Ankara d'ouvrir ses ports et aéroports aux bateaux et avions de la république de Chypre.
L'ouverture et la clôture de trente chapitres pourront donc prendre … quelques années : cinq ans c'est un minimum, dix ans ou plus parait plus réaliste. Et dans dix ans, Nicolas Sarkozy, à supposer qu'il soit réélu, sera au terme de son second quinquennat.
Je lance les paris que les discussion sur les cinq chapitres finaux, qui vont réellement poser la question de l'adhésion pleine et entière de la Turquie à l'Union européenne, n'auront pas lieu sous le ou les quinquennats de Sarkozy : il a réussi ainsi à évacuer cette épineuse question du champ de sa politique étrangère. Un président byzantin, donc très habile.
Illustration : Izel Rozenthal
- 11936 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

























































108
(Pour réagir, connectez-vous)
De BATTANTE
16H33 | 31/08/2007 |
Si je m'en souviens bien, lors du débat télévisé qui l'opposait à Ségolène, il avait affirmé avec force son opposition à l'entrée de la Turquie et avait même traité la position de Ségolène d'hypocrite car elle préconisait d'attendre et de voir. Or, l'hypocrite, il me semble que c'est lui, puisqu'il n'a parlé, avec force et détermination contre l'entrée de la Turquie, que pour caresser ses électeurs (et surtout les électeurs du FN) dans le sens du poil. En fait, il va attendre et voir…comme le proposait Ségolène.
à BATTANTE
De
17H38 | 31/08/2007 |
Sarkosy semble donner un peu de mou, cela ne veut pas dire qu'il cède et qu'il change d'avis. IL est toujours aussi résolu à empêcher l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, mais la politique étrangère suppose de la ruse et de la détermination. IL a ces deux qualités. Il valorise les racines chrétiennes de l'Europe, alors que les turcs ne veulent pas d'une Europe qui affirme une identité chrétienne. Ce sera alors à prendre ou à laisser. Il est nécessaire que l'Europe affirme cette identité face au péril islamiste qui menace notre civilisation de l'intérieur. je pense que Sarkosy en est tout à fait conscient.
En outre, on sait très bien que la Turquie ne voudra pas céder face à Chypre. Je salue, pour ma part, ce double discours du président français, même s'il m'a un peu agacé au début.
De
18H16 | 31/08/2007 |
NS a pris conscience de la contradiction entre ce qu'il dit sur la danger d'un conflit islam-occident chrétien et son refus de la turquie dans l'europe. Il a bien vu le succès électoral d'erdogan qui sera donc le chef de gouvernement turc pendant tout le quinquennat de NS. Il a enregistré les positions de ses partenaires européens et celle de bush. Il lance un comité des sages pour redéfinir l'Europe, ce qui laisse la possibilité d'avoir une europe à deux étages permettant d'avoir la turquie au rez de chaussée mais pas (ou pas encore) au premier étage. Et il laisse redémarrer la négociation.
En même temps, il rappelle sa position personnelle sans se lier les mains. Tout cela est habile et réaliste, mais c'est bien une concession.
Sur chypre, l'équation n'est plus la même.Le camp des durs a subi un échec dont il ne se remettra pas facilement et l'enjeu chypriote ne vaut pas de saborder la négociation euro-turque. De plus, les chypriotes turcs veulent un accord… et le temps travaille plutot pour la partie grecque. Si Nicosie veut vraiment aboutir, un peu de patience et de diplomatie onusienne peut régler la question. je suis convaincu qu'Erdogan, qui a déjà beaucoup lâché, saura trouver les moyens de rouvrir la négociation.
De
20H43 | 31/08/2007 |
tiens ! un sarkosyte qui donne son avis ! ! ! !
au fait, cher sarkosyste, vous souvenez-vous que votre candidat répétait sans cesse : « La turquie ne peut pas faire partie de l'Europe parce qu'elle est située en Asie Mineure » tout écolier le sait ! ! ! !
De
22H57 | 31/08/2007 |
je ne suis pas sarkozyste, je constate simplement que NS ne pouvait pas maintenir une position aussi extreme sur la turquie. c'est d'ailleurs la conclusion que l'on peut dégager du livre de yasmina reza, NS n'a pas de convictions bien arrêtées, mais une confiance en lui hypertrophiée, qui lui permet de changer de position sans etat d'âme. notre nouveau président est d'abord un opportuniste…
De
11H00 | 02/09/2007 |
tout a fait d'accord,sans aller sur le fond (adhesion ou pas adhesion)cela pose un probleme de la methode archipopuliste de monsieur sarkosy.
car promettre a tout va en feingnant d'ignorer la réal politique europeenne est inquietant quand on considere le niveau de conscience politique des français.
car ceux ci avaient refusés en bloc le traité europeen,(pourtant assez juste)et revoila ce traité mais presenté par sarko et les francais le plesbiciteraient.
la ou je m'interroge ou est la politique la dedans ; tant les idées s'effacent au detriment de l'homme.
De
21H22 | 02/09/2007 |
Ou un malade !
Comment s'appelle donc cette maladie qui nous fait oublier … ? ? ?
C'est pratique, car tout est toujours nouveau ! ! !
Ca permet de rouler tout le monde dans la farine.
De
10H02 | 03/09/2007 |
Pour ma part je pense que NS ne veut toujours pas l'entrée de la Turquie en Europe, il ne change donc pas d'avis.
Cependant, pour ne froisser personne, il permet la reprise des négociations (ce qui d'ailleurs ne veut pas dire qu'il change d'avis), qui seront longues, voires très longues, et dont il sait que l'issu n'aboutira probablement pas, ou alors lorsqu'il ne sera plus président, à l'adhésion de la turiquie.
Très factuellement, je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il change d'avis.
De
10H41 | 03/09/2007 |
sur la forme, NS demeure opposé à la turquie (sans d'ailleurs fournir d'arguments). sur le fond, il s'interdit de bloquer la négociation sur trente chapitres, il en reste cinq sur lesquels on prendra le temps de redéfinir le projet européen (commission des sages)… de fait, il cède à la pression des autres européens (il le dit lui même) et renvoie l'éventualité d'un blocage aux calendes. L'avenir redevient plus ouvert, c'est cela que voulaient les partenaires européens et la turquie. NS a réglé un problème qu'il avait lui même créé… ça laisse prévoir que, masquée par une rhétorique voyante, la diplomatie de NS sera évolutive.
De
08H56 | 01/09/2007 |
Bonjour
Si la majeure partie de la turquie est en Asie mineure
-frontiere artificielle sur une planete unique (ou inique ? )- une partie de la ville d Istambul est en EUROPE, le bosphore separant la ville en deux , mais le pont reliant les deux continents ; la Turquie Europenne et la Turquie Orientale…
De
17H32 | 01/09/2007 |
Et pourquoi pas une Europe athée plutôt qu'une Europe chrétienne ?
De
18H17 | 01/09/2007 |
alors la TOUT A FAIT D'ACCORD, enfin une remarque juste ! !
De
18H11 | 01/09/2007 |
La Turquie veut bien une Europe laïque (encore que cela ne soit plus trés sûr) mais surement pas d'une Europe athée. Vouloir une Europe athée c'est vouloir une Europe sans la Turquie.
De
19H08 | 02/09/2007 |
vous avez vu juste une europe athee ..est une bonne hygienne .sans papier hygiennique.
De
00H01 | 03/09/2007 |
enfin une bonne question
à BATTANTE
De
22H17 | 31/08/2007 |
Lors de sa campagne M. Sarkozy avait affirmé :
LA TURQUIE NE SE TROUVE PAS EN EUROPE QUE JE SACHE.
A force de vouloir s'agrandir, l'Europe se fera aux calendes grecques.
De Succédané
Qui n'est pas mais pourrait l'être | 10H17 | 01/09/2007 |
La limite des continents est ce qu'elle est et a été établie il y a bien longtemps. Regardons simplement une carte pour voir où se trouve Chypre pays de l'UE : à l'est de Ankara et à quelques encablures du …Liban !
Un jour se posera peut être la question de l'adhésion de l'Ukraine, Bielorussie voire même de la Russie qui elles sont géographiquement en Europe (entre atlantique et oural)
à BATTANTE
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 06H32 | 01/09/2007 |
Il n'y a pas de façon plus courtoise de dire non que de dire plus tard. Pour l'instant, un pays musulman laïque, c'est à ne pas négliger,mais le mariage ne se fera pas.
http://www.nouvellesociete.org/5119.html
Pierre JC Alllard
à BATTANTE
De
09H46 | 01/09/2007 |
Vraiment tous que des menteurs ! Il faut faire comme en 1789 la guillautine il nous prennent pour des cons. La prochaine fois je me tromperai plus lorsque je mettrai mon bulletin dans l'urne…
De
16H38 | 31/08/2007 |
La Turquie est déjà présente sur les billets de
notre monnaie européenne, donc…
» On se croit « enc. “ d'un petit centimètre, on
l'est déjà de plusieurs mètres. ‘
L.-F. Céline
De
18H07 | 31/08/2007 |
sont présents aussi le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Russie… faut-il en conclure quelque chose pour autant ?
De
21H15 | 02/09/2007 |
Les encu.. sont ceux qui ont voté Sarkozy.
Les autres se marrent en douce.
De
16H39 | 31/08/2007 |
Je croyais qu'il était contre l'entrée de la Turquie, que ce serait « inadmissible » ? ! Nous avons (ils ont) élu une girouette…
De
09H13 | 01/09/2007 |
OUI
De
16H31 | 31/08/2007 |
Je croyais qu'il était contre l'entrée de la Turquie, que ce serait « inadmissible » ? ! Nous avons (ils ont) élu une girouette…
De
16H48 | 31/08/2007 |
tiens, vous avez remarqué ça, aussi : -p ph.gras
De
16H49 | 31/08/2007 |
C'est sûr que cela ressemble plus quelqu'un qui botte la balle en touche pour laisser le temps à la tempête de se calmer plutôt qu'une réelle modification de son positionnement.
Et quand est-il de la question de la reconnaissance du génocide arménien ?
Parce qu'à la vue du négacionisme qui perdure depuis plus de 90 de la part de l'état turc, il n'est pas dit quand 2017 ou 2023 l'état turc et surtout la nation turc aura fait le travail de pardon tel que celui de l'état allemand après la 2eme GM…
reste à savoir si l'europe considère celà comme un des critère majeurs pour l'adhésion du pays, ou alors si elle s'en lave les main.
Pour ma part, je préfèrerai que ça devienne un critère rédhibitoire… histoire de continuer à croire un peu dans les valeurs de l'UE.
De
17H05 | 31/08/2007 |
tout le monde se fout royalement des arméniens… allez régler ce problème avec les turcs et lâchez nous les baskets
De
18H08 | 31/08/2007 |
On voit ici la réponse typique d'un nationaliste Turc qui n'a trouvé comme solution de réaction que le spam en réponse.
Soite, laissons de côté le problème arménien.
Attaquons nous « juste » aux autres questions :
- Le traitement de la minorité Kurde
- La super-perméabilité des frontières (là-bas tu traverses avec un bakchich pas avec un passeport). Je parle bien sur des frontières Est, et non d'Istanbul qui ne reflète en rien le reste de la Turquie.
- Le respect des droits de l'homme (Trouve moi un seul pays en Europe qui taxe les gens de manière différente selon leurs origine ou leurs religions)
Je pense c'est déjà pas mal mais la liste est très longue…
De Marie Antide (auteur)
Cadre en entreprise | 21H25 | 31/08/2007 |
Courageux anonyme,
je ne vois pas à quoi vous faites allusion à propos de taxes qui seraient fonction de la religion ou des origines …
Des précisions ?
Merci, Marie