
A Istanbul, une Gay Pride pour décoincer la société turque

A Paris, le 29 juin, la fête était dans la rue, dans le long cortège de la huitième Marche des fiertés LGBT, qui s’étirait sous le soleil entre Denfert-Rochereau et Bastille. Il faisait chaud, l’air était saturé des décibels de Village People et autres « It’s raining men, alleluia ! “, la foule dansait heureuse, amoureuse, insouciante, qui en jean-Tshirt, qui en costume artistement composé.
Plus loin, des hommes enlacés au torse bronzé se déhanchaient en rythme, et certains transsexuels aux corps sculpturaux, souples et magnifiques, n’avaient pas hésité à dévoiler leurs seins ronds, fermes et fiers sous le ciel parisien. Les drag-queens, provocantes et amicales, posaient à l’infini pour une nuée de photographes amateurs, attentives à distribuer sourires et œillades à ces artistes improvisés.
Au même moment se déroulait la Gay Pride d’Istanbul, qui s’étirait dans une ambiance bon enfant entre la place de Taksim et Tünel, tout le long de l’avenue Istiklal. La foule était plus sage, moins exhibitionniste.
‘Aux voilées, le droit à la formation, aux travestis, le droit au travail !
Le cortège s’était organisé autour d’un immense drapeau arc-en-ciel déployé sur toute la largeur de l’avenue, et porté par des membres des associations turques de gays et lesbiennes. Sur des rythmes de pop turque ou de musique orientale, la foule brandissait des pancartes aux slogans explicites : « La morale commune, à qui appartient-elle ? “, ‘Non aux limites de notre droit d’association ! ou encore « Aux voilées, le droit à la formation, aux travestis, le droit au travail ! -bien souvent, les travestis en sont réduits à la prostitution pour vivre.
Ce cortège clôturait la “Semaine des fiertés”, tenue pour la cinquième année consécutive, au cours de laquelle ces associations organisent colloques, expositions et autres manifestations pour se faire connaître.
Dans un pays où près de 75% des personnes interrogées se disent “dérangées par l’homosexualité”, mais où des chanteurs et artistes parmi les plus populaires sont notoirement homosexuels, les associations gays et lesbiennes luttent pour faire entendre l’existence de leur communauté et dénoncer l’homophobie ambiante, les discriminations basées sur l’orientation sexuelle ou encore le harcèlement de la police.
Le cas de l’association Lambda-Istanbul est explicite. Ce groupe compte parmi les plus actifs dans le soutien aux personnes homosexuelles. Elle a notamment réalisé une enquête qui, sur la base de 400 interviews, vise à recenser les difficultés rencontrées par un homosexuel en Turquie : 40% se forcent à des relations hétérosexuelles, 56% vivent mal leur homosexualité, 88% la cachent à leur famille…
Objectif : gagner en visibilité. Mais la visibilité appelle la violence
Cette association est sous le coup d’une procédure d’interdiction entamée par une cour de justice de Beyoglu (Istanbul), au motif qu’elle portait “atteinte à la morale publique”. Début juin, le procureur a eu gain de cause, et sa fermeture a été ordonnée. L’association a fait appel, soutenue par plusieurs (mais pas si nombreux) journalistes et personnalités turcs, alors que cette décision avait un bien plus large retentissement à l’étranger.
Pour que les choses changent, il faut gagner en visibilité. Et la visibilité appelle la violence, une violence homophobe qui alimente trop souvent les faits divers. La marge de manœuvre des associations est donc étroite, surtout dans une société aussi conservatrice. “Comment voulez-vous que nous parlions de sexe, dans un pays où le Conseil supérieur de la radio et télévision (RTÜK) déconseille 'Sex in the City' aux moins de 18 ans”, lance, goguenard, Murat Celikkan, journaliste cité dans par le Turkish Daily News.
L’arrivée au pouvoir d’un AKP à la morale conservatrice ne crée pas un climat favorable et souligne la situation unique de la Turquie, seul pays musulman à avoir autorisé les opérations pour changer de sexe.
Bientôt une mosquée réservée aux homosexuels ?
Et c’est avec une certaine raideur que le parti a reçu le soutien enthousiaste du couturier Cemil Ipekci en début d’année : celui-ci s’est déclaré “conservateur homosexuel” et a affirmé qu’il aurait porté le voile s’il avait été une femme.
Dans la même veine, une association, »Rose et Gris’, a lancé l’idée d’une mosquée réservée aux homosexuels, pour ne pas déranger la communauté des pratiquants hétérosexuels : ‘il faut bien prier pour le salut de nos âmes, non ? « , remarque, mi-figue mi-raisin, l’un de ses membres.
En attendant que le temps, secondé par l’Union européenne peut-être, œuvre en faveur de la reconnaissance de leur communauté et de leurs droits, Lambda a rendu public son concours annuel de la personnalité la plus homophobe en lui attribuant “le prix de la tomate aux hormones” : le lauréat incontesté est le quotidien Vakit… très proche de l’AKP ! ► Rectifié le 10/6 à 12h21.Précisions sur la Gay Pride française (lire commentaires).
- 9242 visites












En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
« Ceci pour dire que la gay pride en tant que fête, ne me dérange pas, mais quand elle fait l’apologie de l’homosexualité, là c’est dérangeant . »
mais oui bien sur
moi c’est noel qui ne me derange pas tant que ca ne fait pas l’apologie du pere noel, la saint valentin, tant que ca ne fait pas l’apologie des amoureux et la saint honore tant que ca ne fait pas l’apologie des boulangers
et je trouve que la marmotte fait definitivement trop l’apologie du chocolat
jdis ca jdis rien
La parade gay n’est en soi qu’une manifestation de revendications, plus de visibilité et plus d’acceptation pour graduellement arriver à une certaine _normalité_.
Il est des pays où l’avancée en ces termes est significative et d’autres encore dans le brouillard s’efforcent de manifester malgré les mentalités réticentes. En ce sens les parades ont toute leur légitimité.
Du canada, des états-unis, en passant par l’europe et ensuite l’asie, l’afrique et la terre entiere… tout est question de temps.
Exemple:
A Montreal, la parade gay perd de son impact, la plupart des gays n’y vont plus, ne défile que des commercants (bar, club, assurances… l’argent rose a du bon) et quelques associations qui peinent a trouver une thématique rassembleuse, tant l’avancée des _droits homosexuels_ est flagrante. De moins en moins de gays y adhèrent (sondage à l’appui). Même la récupération des parades par des lobbyes purement mercantiles fait naître, notamment aux Etats Unis, des mouvements genre _GAYS ARE NOT FOR SALE!_, c’est dire!
Plus qu’à l’avant-garde, Montreal organise pendant une semaine, le festival de la divercité (diverscité.org), la grande fête des gays et des ami(e)(s). Ouvert à tous, il démontre et confirme que la _communauté lgbt_ (lesbienne, gay, bi et trans) est largement TOLÉREE par la population et surtout RECONNUE par le gouvernement.
Alors je souhaite à tous les lgbt du monde d’arriver un jour à ne plus avoir à parader. Mais en attendant, bon courage!
VIVE LA LIBERTÉ!
ce que j’aimais dans la gay pride parisienne c’est cet esprit carnaval, partagé par tous. un pur moment de fête, vraiment sympha, et léger.
je me souviens de trois images : la premiére des pompiers, perchés sur le toit de leur ambulance ( présents pour porter éventuellement secours en cas de probléme ) exécutant une danse endiablé et devenant les rois du coins de rue qu’ils occupaient. une autre : un jeune homme remontant le défilé, s’arrétant réguliérement et prenant les passants par les épaules , arrivé à ma hauteur, comme je le fixais il vint vers moi, et rerproduit son rituel, il me dit, un large sourire aux lévres : » je suis homosexuel ». il dut le faire un bon millier de fois. enfin : je me souviens d’un char où se déanchait des gogoboys ; un peu aprés l’opéra bastille, dans une rue, celui perché au sommet du char, d’origine indienne ( de l’inde ) se tourna vers les immeubles, joignit les mains, et s’inclina respectueusement; je regardais ; au premier une vieille femme, en sari, entouré de gamins, le regardait; je n’ai jamais vu autant de fierté et de joie dans les yeux d’une personne.
chacun trouvera à cette fête mille joies. il suffit de regarder, les gens y sont beaux ; bien qu’étrange parfois.