Développement personnel : jamais sans mon coach

A Prague (Petr Josek Snr/Reuters).

Une vie sans coach est-elle encore possible ? Vous prenez votre petit déjeuner avec Paolo, Jim ou Karl, coachs minceur qui vous font de l'œil dès le matin sur le paquet de céréales. Votre moitié vous rejoint et vous pensez à nouveau que votre love coach s'est quelque peu égarée le jour où elle vous l'a présentée. Mais le problème plus urgent de la nullité en mathématique de votre progéniture se pose ; vous en parlerez à la coach scolaire tout à l'heure. Caricatural ? D'accord, le « life coaching » n'a pas (encore) envahi vos vies, comme c'est le cas outre-Atlantique. Et au travail ? Loin d'être une mode, comme certains l'affirmaient, le coaching semble s'être durablement installé dans les entreprises. Il y a peu, il était encore réservé au top management ou utilisé comme cadeau d'adieu dans le cadre d'un « outplacement » ; l'adoucissant dans le programme d'essorage, en quelque sorte.

Foin de cette discrétion, le coaching est sorti de l'ombre. En se démocratisant, il s'est diversifié. Prise de poste, affirmation de soi, leadership… A tout problème son coaching. Cette démocratisation s'est accompagnée d'une explosion du nombre de coachs et de tentatives d »autorégulation de la profession.

Celle-ci ne parvient pas toujours à maîtriser la créativité sans borne de ses nouveaux membres, prêts à tout pour grappiller un morceau d'un marché qui, lui, n'est pas illimité (90 millions d'euros pour la France en 2005, selon la SF Coach).

Depuis peu, certaines sociétés proposent ainsi des coaching virtuels et téléphoniques. Fini les périodes où l'on se réfugiait aux toilettes pour appeler son meilleur ami parce qu'on avait envie de trucider son boss à coup d'agrafeuse. L'accompagnement s'est professionnalisé.

Bienvenue à Zup de Coach

Pour les plus pressés, on recommandera un « coaching laser » de dix minutes. Sinon, un entretien téléphonique de 30 minutes soulagera les pires douleurs professionnelles, car « une demi-heure est le temps idéal pour garder la relation à son plus haut niveau d'intensité ».

Si un coaching « de visu » coûte en moyenne 150 à 300 euros par heure pour un particulier, le tarif téléphonique, lui, est plus raisonnable. Le virtuel, consolation du miséreux ? Allons donc, il n'est pas question de coacher à n'importe quel prix, mais « l'absence de frais de déplacement et le gain de temps » permettent de réduire la facture à 50 euros en heures creuses, avant 20 heures.

Si vous n'aimez pas les relations par téléphone, reste la Toile. Il suffit d'installer sur votre ordinateur une « zone d'utilisateur protégée » (ZUP), interface avec votre coach, composée de tableaux de bord, d'exercices, d'espaces de discussion. Grâce à l'équation « Plaisir x Productivité = Profitabilité », vous devriez « atteindre vos objectifs » sans problème : bienvenue à Zup de Coach.

L'« aventure prométhéenne » du développement personnel

Il est bien sûr flatteur d'avoir à disposition un professionnel que l'on peut appeler à tout moment. « Même le WE, pendant votre parcours de golf, votre après-midi piscine ou votre jogging matinal », précise l'offre bien nommée « VIP Miroir » de la société Allo Coaching.

Et puis, à l'heure du « story telling », le coaching, c'est un peu l'histoire dont vous êtes le héros : sur un chemin semé d'embûches, aidé par un Sage, vous parvenez à accomplir votre mission en entreprise. En ce sens, il surfe sur la vague du développement personnel, « aventure prométhéeenne », selon le philosophe Michel Lacroix, grâce à laquelle le salariée, longtemps numéro anonyme dans des organisations bureaucratiques, a le sentiment grisant de pouvoir prendre son destin en main.

Mais attention à ne pas se tromper de coach, pardon, de cause. Certains problèmes sont organisationnels et ne peuvent être portés par un individu, coaché ou non. Ce n'est pas parce qu'un manager nouvellement promu à un poste difficile a droit à un coaching, par exemple, qu'il faut s'attendre à ce qu'il soit opérationnel au bout de deux jours, ou que la direction des ressources humaines doit s'abstenir d'analyser les raisons de la difficulté de ce poste.

Bref, le coaching n'a pas vocation à servir d'« infirmerie sociale », pour reprendre l'expression du sociologue Jean-Pierre Le Goff, prompt à dénoncer les « illusions du management » et ses avatars pseudo-thérapeutiques.

Lorsque des sociétés proposent « un accompagnement dans l'urgence pour une prise de décision rapide » (Allo Coaching), une alerte devrait donc clignoter dans le cerveau des managers surbookés. Pas seulement parce qu'aucune décision ne pourra être prise dans les zones où le téléphone ne capte pas. Est-ce qu'au moment où un collaborateur vient demander une augmentation, son chef répondra : « Excuse-moi, il faut que j'appelle mon coach » ? Doit-on investir dans ce projet ? « Ah, mon coach est sur messagerie, on verra plus tard. »

Il ne s'agit pas de crier au loup et aux petits coachons. Simplement, le coach ne doit pas servir d'assurance tous risques. Ce risque de dépendance -surtout lorsqu'il s'agit d'« easy coaching » par téléphone- devrait pousser tout manager à se demander qui porte le poids de la décision : l'entreprise dans son ensemble ? le manager-fusible ? un conseiller extérieur ? Heureusement pour les accros, gageons qu'il y aura bientôt des coachs pour apprendre à « dé-coacher » tout en douceur.

2 commentaires sélectionnés

Portrait de riverain désinscrit

De alan.smithee

18H52 | 22/02/2008 | Permalien

ce qui m'inquiète n'est pas seulement le coût financier.
Ce sont plutôt les dérives sectaires, l'emprise morale, la manipulation.
Beaucoup d'entreprises sont confrontées aux sociétés de coaching qui sont des « couvertures » de sectes.

Portrait de vol19

De vol19

awash | 18H53 | 22/02/2008 | Permalien

Amusant… Du moins vu de loin ! Celà me rassure presque d'avoir disparu de cette sphère dans les années 2000.

L'imposture de l'affaire, c'est d'utiliser effectivement cette « idéologie du soin » qui est contemporaine au « développement personnel » lui plus ancien, de renvoyer davantage les problémes rencontrés sur l'acteur (tendence à psychologiser le social) plutôt que sur le système (fonctionnement de l'entreprise en question et logique du capitalisme financier, rapport sociaux)… ni d'ailleurs d'investiguer (et heureusement ! ) dans la boite noire et donc dans le désir authentique de l'acteur concerné.

Le coach est supposé travailler non pas sur la psyché du coaché, moins sur l'analyse de la tâche ou du problème, mais le dit « rapport du coaché au problème/tâche »… un cadre, un espace de discussion, mais ça dérive vite… et bien sûr, celà créée de la dépendance que le coach a besoin d'entretenir,ça fait des honoraires, et puis pour le coaché, c'est si plaisant de régresser, d'avoir papa ou maman en ligne face au monde cruel de l'entreprise.

Le coaching a été une aubaine à la fin des années 90 pour les formateurs en communication/ management dont le marché d'animation s'effondrait, et pour rentabiliser leurs coûteux « masters PNL » ou d'autres tambouilles d'outre atlantique pour d'autres, mais aussi pour des « schizophrènes » capturés entre la psychanalyse et l'entreprise et leurs besoins alimentaires, ou encore une dernière population… des cadres dirigeants dits de « haut niveau », sans compétences psys ou communicatives particulières mais débarqués un peu trop tôt du monde cruel de l'entreprise et supposés « être du terrain ».

La formation au coaching devint vite un marché, tout le monde coach tout le monde…

Utile parfois, cataplasmes sur des jambes de bois souvent. Disons que celà évite de questionner le non-sens du système économique, la débilité de certains fonctionnements organisationnels, des rapports sociaux très stratifiés et la violence sociale, un individu narcissique en souffrance au travail pour des raisons multiples.

Oui, le petit coach çà permet de tenir, de pas trop se poser de questions, de culpabiliser un petit peu celui qui gémit, çà donne un peu de boulot valorisant narcissiquement à plein de gens (de faire dans la relation d'aaaide), et en plus c'est un marché. C'est totalement dans l'idéologie, du soin, de la centration sur l'individu, et ne remet rien en cause sur le plan collectif, le coaché doit « s'adapter » à un « divin marché », le coach n'en est qu'un messager. Ca ne peut que marcher.

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