Laura Chinchilla, une femme à la tête du Costa Rica

En élisant à la présidence du pays Laura Chinchilla à une large majorité dimanche, les habitants du Costa Rica ont une nouvelle fois démontré le caractère exceptionnel de leur démocratie.
Le jour du scrutin a été dans tout le pays un jour de fête, chacun se parant des couleurs de son parti préféré. Sous forme d'un jeu éducatif, un scrutin parallèle a été organisé pour les enfants qui ont voté avec des urnes électroniques semblables à celles utilisées par leurs parents.
Aucun incident n'a été signalé, et lorsque les premiers résultats ont été connus (environ 49% des voix pour Chinchilla -il en fallait au moins 40% pour l'emporter au premier tour- contre 22% pour Otton Solis, le candidat de la gauche, et 21% pour Otto Guevara, le candidat libertarien) ses adversaires ont promptement reconnu leur défaite. Solis l'a félicitée « avec respect » et Guevara l'a appelée « notre Présidente ».
Une économie moins mauvaise que sur le reste du continent
Le vote en faveur de Chinchilla, qui était la vice-Présidente d'Oscar Arias, Président du pays et prix Nobel de la paix, est celui de la continuité. La candidate, qui prendra ses fonctions en mai, a promis de poursuivre les mêmes politiques d'ouverture que celles d'Arias. Celles-ci ont conduit le pays à commercer avec la Chine et à signer un accord de libre échange avec les États-Unis et ont été plébiscitées par la victoire de Chinchilla.
Même si le Costa Rica a été en récession en 2009, le retour de la croissance est attendu dès cette année. Les Costaricains n'ont manifestement pas voulu bouleverser un système qui leur a apporté des salaires comparativement plus élevés que ceux proposés dans les pays voisins de l'Amérique centrale, la plus longue espérance de vie de toute l'Amérique latine, un éco-tourisme très prospère et une alphabétisation quasi universelle.
Crainte du narcotrafic
Laura Chinchilla, âgée de 50 ans et mère d'un garçon adolescent, sera la première femme élue à la présidence du Costa Rica. Elle suit en cela une tendance déjà observée dans plusieurs pays de la région : le Nicaragua, le Panama, le Chili et l'Argentine, bientôt peut-être aussi le Brésil.
Libérale en matière économique, elle affiche cependant des positions socialement conservatrices en se déclarant hostile à l'avortement et aux mariages entre personnes du même sexe. Le thème principal de la campagne n'a pas été l'économie mais la montée de la criminalité. Ce pays sans armée est devenu une voie de passage de la drogue entre la Colombie et le Mexique, et les Costaricains s'inquiètent d'une éventuelle contagion de la violence liée au narcotrafic.
Dernière anecdote du scrutin : Solis et Guevara ont accepté de passer au détecteur de mensonges lors d'une émission de télévision intitulée « 7 dias » sur la chaîne Teletica. Laura Chinchilla a refusé de jouer le jeu.
► Mise à jour à 16h38. Ajout du dernier paragraphe sur le détecteur de mensonges.
Photo : Laura Chincilla lors de son discours après la proclamation des résultats, le 7 février à San Jose (Juan Carlos Ulate/Reuters)
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De Cataphractaire
Asen | 14H17 | 08/02/2010 |
Bof.
Le parti au pouvoir conservateur demeure en place.
Une nouvelle Thatcher.
Rien de bien réjouissant.
De Wholovesduck
Théoricien de la vie des autres | 16H10 | 08/02/2010 |
Aaaah, le Costa Rica!
C'est un peu le modèle scandinave de l'Amérique du Sud non?
Il faut dire :
- Double façade maritime (Caraïbes et Pacifique)
- Climat sub-tropical et donc propice au tourisme
- 5% de la biodiversité mondiale dûe à sa situation de liaison entre les deux continents américains
En clair, la situation géographique du Costa Rica est assez exceptionnelle.
Cependant, je m'interroge toujours sur ces pays que l'on prend en modèle. En France, on fait souvent appel au "modèle scandinave" mais j'ai toujours trouvé incohérent de comparer deux modèles sociaux dans des conditions démographiques différentes : la Suède par exemple, c'est 80% de la population d'ïle de France dans un territoire grand comme la France, les relations sociales sont donc incomparables.
Mais pour le Costa Rica, bizarrement il semble que cette tradition démocratique soit historiquement ancrée :
- la peine de mort a été abolie 100 ans avant la France
- démilitarisation totale
- pas de conflit avec le voisinage.
Je prends le Nicaragua pour comparer et je me rends compte que les caractéristiques géographiques et démographiques sont les mêmes.
Quelqu'un peut-il expliquer pourquoi ce pays semble posséder un certain équilibre? cela qui plus est dans une région propice aux bouleversement politiques de tout genre...
De Scipion2009
Phobe en tous genres | 19H37 | 08/02/2010 |
"Le Costa Rica et sa population à plus de 70% juste au seuil de pauvreté est en réalité un des pays les plus deshérités au monde..."
En fait, le Costa Roca occupe le 54e rang dans le classement IDH du PNUD, sur un total de 182 pays. Pas mal pour un des pays les plus déshérités du monde :o)
De Michel Faure (auteur)
Journaliste | 21H51 | 08/02/2010 |
Bonjour à tous, merci pour vos commentaires, même si la plupart ne concernent pas vraiment mon papier. Mais vous avez le droit de vous engueuler entre vous sur mon blog, bien sûr. Faites comme chez vous sur Panamericana, ça rend la lecture bien plus distrayante.
Pour répondre à l'interrogation de Wholovesduck, je lui suggère de cliquer sur le tag Costa Rica en dessous de mon papier et il trouvera un article que j'ai écrit il y a quelques mois expliquant pourquoi le Costa Rica était une exception régionale.
Pour répondre à toutes celles et ceux qui ont jugé malvenu le "cependant" de ma phrase concernant le libéralisme économique et le conservatisme social de Chinchilla, deux remarques :
- le terme "cependant" ne signale pas seulement une contradiction, mais aussi une concomitance de deux événements. Donc n'y lisez pas un jugement de valeur, mais simplement un constat : Mme Chinchilla est à la fois libérale en matière économique, et conservatrice en matière sociale.
- Maintenant, deuxième remarque, si vous voulez savoir ce que j'en pense, oui, c'est pour moi une contradiction d'être comme Chinchilla libérale juste pour l'économie et pas pour le reste. C'est parce que je crois que le libéralisme est naturellement (et historiquement aussi, bien sûr) à gauche, qu'il est le contraire absolu du conservatisme, qu'il a toujours lutté contre les privilèges et les castes héréditaires, pour l'égalité des droits et les libertés publiques et privées. Le libéralisme était à gauche au 19eme siècle en France, contre les conservateurs et les monarchistes. Et puis le marxisme est passé par là, et sa nature totalitaire a fait oublier à la gauche ses racines libérales. Quant à la droite, elle n'a jamais rien compris au libéralisme, et à sa dimension sociale, elle a seulement réalisé que le marché pouvait lui rapporter gros surtout s'il n'était plus légalement encadré par des règles préservant l'égalité des droits, les mêmes règles pour tous, la transparence des transactions et la préservation de la concurrence. Un lecteur m'accuse d'avoir traduit je ne sais quel article américain (ce qui est faux) car j'utiliserais, dit-il, le mot libéral au sens anglo-saxon du terme (ce qui est vrai, parce que c'est le vrai sens du mot libéral). Ce n'est pas un hasard si aux Etats-Unis on qualifie la gauche de "libérale". Les Américains, eux, se souviennent de l'histoire des républiques, la leur et la notre, que nous avons en partage, et ils ne confondent pas, comme certains d'entre vous qui s'égarent ou ne connaissent pas l'histoire des idées, les libéraux et les conservateurs.