Marco Enriquez-Ominami : un coup de jeune au Chili

Deux événements, au Chili, préfigurent une nouvelle époque. Une élection présidentielle aura lieu le 13 décembre, et une première chose semble probable : la Concertation, cette coalition bizarre de la gauche et du centre droit qui gouverne le pays depuis l'élection de Patricio Aylwin, en 1989, vit ses derniers instants.
Une autre chose est certaine : un seul candidat représente actuellement une véritable promesse d'avenir et un sacré coup de jeune, Marco Enriquez-Ominami.
Eduardo Frei, éternel candidat
Pour l'instant, la Concertation est toujours en place, mais son candidat est l'éternel Eduardo Frei, ancien président de la République et démocrate-chrétien, qui semble faire partie du paysage politique depuis la nuit des temps.
La gauche se rebelle. Frei est d'une autre époque. Le parti socialiste a du mal à se rassembler derrière lui (ne parlons pas des électeurs), plusieurs députés ont quitté le parti, notamment Enriquez-Ominami, tandis que les radicaux-socialistes du PRSD menacent d'abandonner la Concertation et de présenter leur propre candidat.
Bref, ces signes annoncent une redistribution des cartes qui va redéfinir ce que sera à l'avenir la gauche institutionnelle au Chili.
A droite, rien ne bouge
A droite, par contre, rien ne bouge. C'est un autre politicien éternel qui se profile à l'horizon, Sebastian Piñera, sénateur de 1990 à 1998 et candidat malheureux face à Michelle Bachelet en 2005.
Il sort du moule de la caste de la droite chilienne, cette droite intelligente et sans scrupule qui a su utiliser à son profit la dictature en soufflant des idées libérales à un Pinochet sans autre projet que l'ordre imposé par la force.
Piñera est un homme d'affaires (banque, immobilier, aviation civile) et un élu politique dont le discours est souvent celui du « conservatisme compassionnel », jadis cher à Georges W. Bush. Forbes évalue sa fortune à un milliard de dollars.
Selon les sondages, il est en tête des intentions de vote. Frei arrive en deuxième position. Enriquez-Ominami est troisième et réduit progressivement l'écart qui le sépare encore de ses aînés.
La montée d'une génération nouvelle
Le Chili est un pays conservateur. On n'y apprécie guère le non-conformisme, l'impertinence ou le désordre. C'est un pays traditionaliste, travailleur et austère. Dans ce paysage, la candidature de Marco Enriquez-Ominami, avec son air juvénile et son plaisir évident à jouer les trublions, pourrait bien faire long feu, d'autant qu'il n'a pas de parti derrière lui pour l'appuyer, et ce ne sont pas les 40 000 fans qu'il revendique sur Facebook qui vont s'y substituer.
Pourtant, il est le seul candidat à progresser dans les sondages, et le seul aussi capable de rassembler les déçus de la gauche, les désillusionnés de la droite et l'essentiel d'une génération qui a atteint la trentaine – lui-même a 36 ans –, qui est née avec la dictature de Pinochet et qui, depuis le retour à la démocratie, regarde en spectatrice sur le bord du chemin le défilé des candidats au pouvoir, des leaders plus âgés qu'elle, ressassant l'histoire récente, depuis Frei jusqu'à Bachelet, en passant par Aylwin ou Ricardo Lagos.
Si la Concertation qui s'effrite signale la fin d'une époque, la montée d'Enriquez-Ominami marque l'avènement de cette génération nouvelle. Avec elle surgissent des exigences inédites, en termes de libertés civiles (avortement légalisé, égalité des droits quelques soient les orientations sexuelles des personnes, refus de la peine de mort), en termes d'environnement, de transparence politique et de modernisation de l'Etat, sans doute par le biais d'une réforme constitutionnelle longtemps espérée, afin de débarrasser le pays des derniers éléments de l'héritage pinochetiste, parmi lesquels un présidentialisme excessif des institutions.
Marco Enriquez Ominami veut répondre à cette nouvelle demande politique avec un programme assez participatif et très « gauche moderne ». Pour cela, sa jeunesse est un atout. Sa notoriété en est un autre, car dans le village qu'est le microcosme politico-médiatique chilien, ce jeune homme n'est pas un inconnu.
Il est un héritier, l'enfant d'une famille célèbre et marquée, elle aussi, par la politique et la dictature. Il joue au trublion, mais il est dans le système. Il représente une génération qui veut tourner le dos au passé, mais lui-même a un lien très fort avec l'histoire.
En ce sens, il peut être respectueux des sacrifices et des luttes du passé, et en même temps donner à ce pays prospère qu'est le Chili ce qui lui manque encore : une modernité des mœurs, un peu de légèreté, une promesse de bonheur à venir, le souci de la liberté.
Une première rencontre en 1997
J'ai rencontré pour la première fois Marco Enriquez-Ominami en 1997, à Santiago, à l'occasion d'un reportage sur les gens que l'on appelait alors au Chili les « retornados », ceux qui sont revenus au pays après leur exil durant la dictature, et ils étaient assez nombreux, environ 1 million sur les 14 millions d'habitants que comptait à l'époque le Chili.
Leurs rêves et les illusions nourries durant l'exil s'effondraient face à la réalité du retour. Tous sont revenus, à partir de 1988, dans un pays qui ne ressemblait plus à celui qu'ils avaient quitté en 1973, année du coup d'Etat de Pinochet. Un Chili devenu riche, et très tourmenté.
Marco était arrivé en France à l'âge de 2 mois, dans les bras de sa mère, Manuela Gumucio, journaliste, fille d'un ambassadeur de Salvador Allende et veuve du père de Marco, Miguel Enriquez, dirigeant du MIR, le Mouvement de la gauche révolutionnaire, assassiné par les militaires dans les premiers jours du putsch.
Manuela, de retour au Chili, devient la productrice d'une émission de télévision analogue aux Guignols de l'Info chez nous. Elle a refait sa vie avec un ancien militant du MIR, Carlos Ominami, lui aussi exilé à Paris, qui adopte Marco puis deviendra ministre de l'Economie de Patricio Aylwin et enfin sénateur.
Quand j'ai vu Marco lors de ce reportage, il était un jeune homme joyeux, aspirant cinéaste. Il avait 24 ans, et soudain il bégaya d'émotion pour évoquer la mort de Miguel Enriquez, ce père qu'il n'a jamais connu. Il était comme tous les jeunes gens de ce pays, plein d'énergie avec la démocratie revenue, et toujours traumatisé par l'histoire récente.
Marco Enriquez-Ominami est à l'évidence un privilégié, enfant d'une famille influente. Il est élu député en 2006, épouse une présentatrice de télévision célèbre, Karen Doggenweiler. Il est facile de l'accuser d'appartenir à « la gauche caviar ». Mais il est aussi un nouveau visage, il donne un coup de jeune à la politique chilienne qui en a bien besoin.
Il personnifie l'intuition d'un Chili plus moderne, plus heureux, moins corseté par son histoire et ses traditions. Et s'il n'est pas élu cette fois-ci, il se met en situation de revenir et peut-être de l'emporter en 2013.
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De inuit
grand nord | 15H16 | 05/08/2009 |
il en ressort un homme nouveau et médiatique d'une gauche moderne mais qu'incarne-t-il comme projet de société ? quels changements, quelle direction veut-il ?
à inuit
De Tom-
20H57 | 05/08/2009 |
La gauche moderne sous la plume de Monsieur Faure, ça veut dire carnivore de droite.
à inuit
De igordief
Intermittent | 21H35 | 05/08/2009 |
Encore un article un peu tendancieux sur l'Amérique Latine, qui mérite pourtant bien mieux….
Marcos Ominami, représentant d'une gauche moderne ? A voir, car si effectivement il est libéral en ce qui concerne les moeurs, ce qui au chili n'est pas anodin, il l'est aussi dans sa vision économique.
Il propose par exemple de poursuivre les privatisations, notamment de la dernière grande entreprise d'Etat, Codelco, qui gere les quelques mines de cuivre encore sous contrôle chilien.
Dans ce Chili, paradis(ou enfer) néo libéral, son programme économique rejoint celui des hommes politiques de droite. D'ou d'ailleurs son positionnement « ni droite ni gauche ».
Jusqu'ou ira t'il ? On verra bien, mais il ne faut pas oublier qu'au Chili, où le vote est obligatoire, les jeunes ne s'inscrivent pas sur les listes électorales…
De Jules Cortes
Militant | 15H41 | 05/08/2009 |
C'est Sebastian PiñeRa, et non PiñeDa.
à Jules Cortes
De Michel Faure
(auteur)
Journaliste | 18H46 | 05/08/2009 |
Ooops, pardon ! Oui, c'est Pinera (avec le tilde que je ne trouve pas sur ce clavier qui n'est le mien)
à Michel Faure
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 09H34 | 06/08/2009 |
Mon tilde ?
Ma tilde ?
la langue travaille, travaille.
Mon voisin prétend que « tilde » est du genre féminin :
donc ce sera « ma tilde ».
Comme Matilde Neruda.
Ah, les arcanes du retour du refoulé…
Tout le monde n'a pas le clavier aussi poète que la plume de Pablo.
Il est des claviers qui sonnent comme des bottes à Santiago.
à leo s
De Michel Faure
(auteur)
Journaliste | 16H04 | 06/08/2009 |
Bon, merci, vous m'avez convaincu, j'adopte ma tilde !
à Michel Faure
De Red_XIII
Chercheur en expression libertaire | 10H01 | 06/08/2009 |
Composez Alt 0241 pour le ñ
Composez Alt 0209 pour le Ñ
Le distributeur fourni des billets de 10, 20, et 50 € : )
à Michel Faure
De chicuelo
11H40 | 06/08/2009 |
pour le tilde il faut faire ALT164 et le ñ apparait miraculeusement.
à chicuelo
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 14H33 | 06/08/2009 |
alt 164
et
hop
mathilde
est revenue
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 16H16 | 05/08/2009 |
Que propose t'il sur la liberté de la presse pour son pays ? A quand la fin du quasi monopole du Mercurio ?
J'aime bien votre phrase Il sort du moule de la caste de la droite chilienne, cette droite intelligente et sans scrupule qui a su utiliser à son profit la dictature en soufflant des idées libérales à un Pinochet sans autre projet que l'ordre imposé par la force.
C'est quand même cette droite qui a fait Pinochet pour protéger ses idées libérales et son patrimoine (le pays globalement) et non l'inverse…
Perso je n'ai jamais considéré le Chili comme une réussite à partir du moment où c'est un des pays les plus inégaux aux mondes. Où l'éducation est chère et où l'une des plus importantes universités (si ce n'est la plus importante) dépend directement de l'Opus Dei. Ajoutons la place immense de l'église, la relative tranquillité des assassins de la dictatures et la presse entre très peu de mains…
Quand va t'on arrêter de juger la réussite d'un pays à son seul PIB ?
La description que vous faite de Marco Enriquez-Ominami sur pas mal de points correspond à Allende non ?
à dulconte
De freakfeatherfall
loin de la rue | 18H29 | 05/08/2009 |
parfois on regarde les chiffres pour ne pas voir les hommes
à freakfeatherfall
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 20H03 | 05/08/2009 |
Parfois ?
Je dirai presque toujours !
De Sixpatte
77583 | 16H34 | 05/08/2009 |
Que penser d'un mec qui vous regarde d'un air narquois, dans les ors de sa résidence ?
Et devant la cata financière qui se profile, à sa place, je resterais tranquillement à arracher mes patates pour l'hiver. Ca risque d'être dur.
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 16H54 | 05/08/2009 |
Ce n'est pas très objectif sur le plan du débat politique, mais j'ai jamais confiance dans les mecs qui portent des grosses montres.
De tvargentine
17H26 | 05/08/2009 |
Oui il est un peu comme Alan García Pérez en 1985 ,jeune,du bagout,beau gosse et surtout un bon populiste
Il est dangereux de voir le vide se faire en politique car ,comme c'est le cas en France d'ailleurs avec l'opposition,quand une vrai opposition n'existe pas c'est la porte ouverte aux démagos (Bayrou,Valls….) et c'est une voie sans issue pour un pays.
Le Chili mérite mieux,car il dispose d'une ouverte économique que n'a pas l'Argentine ,ni le Brésil
Le cuivre assure encore près de 50% des exportations du pays en 2008 et soyons certain qu'avec la reprise mondiale,les cours repartiront à la hausse
Je vous invite à lire de bonnes sources d'information
http://www.dgtpe.fr/se/chili/documents_new.asp ? V=1_PDF_149944
Il est vrai que ce pays à du mal à se débarasser dans sa mémoire du mal atroce qu'a fait PINOCHET à la société Chilienne
http://www.tvargentine.com/
à tvargentine
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 17H34 | 05/08/2009 |
Royal, Sarkozy en démago ça a pas mal de gueule aussi….
Si vous nous expliquiez cette ouverture économique du Chili que ne possède pas l'Argentine et le Brésil.
Un pays tellement dépendant d'un métal comme l'est le Chili est plutôt un pays à risque. De plus l'exportation à tout prix au mépris des populations locales est le principal drame du continent.
Ce pays a beaucoup mieux vécu Pinochet que l'Argentine Videla…
à tvargentine
De AlfredoGarcia
Rien | 19H48 | 05/08/2009 |
« Le Chili mérite mieux,car il dispose d'une ouvert(ure) économique que n'a pas l'Argentine ,ni le Brésil » _ il ne faut pas rêver ; l'économie chilienne est exactement de la taille de celle du seul état de Rio de Janeiro, pour la même population, cela veut dire entre 8 et 10 % de l'économie brésilienne, et « l'ouverture » de son économie (Chicago's Boys) correspond à la formation d'une misère que le Chili n'avait jamais connue.
Ni le Brésil, ni l'Argentine (actuellement ! ! Ménen l'avait ouverte plus que le Chili, cela a fini avec un pays sur la paille) ne sont pas si sots, mais le USA, l'Allemagne ou la France non plus
à tvargentine
De Valparaiso-Cerro-alegre
PISCOLOGUE | 23H10 | 05/08/2009 |
Encore une occasion de se taire ! Le cuivre Chilien sert surtout à nourrir le budget des armées.
La gauche chilienne vaut bien la droite sarkozyenne, opportuniste, tape-à-l'œil, odieuse. Un certain Valls la prend pour modèle. Elle maintien vivant l'héritage pinochetiste d'un. pays ultra libéral. Ominiami connaît seulement le Santiago del Barrio Alto, des quartiers chics.
De Chele
18H26 | 05/08/2009 |
Je vais faire un délit de sale gueule :
Sur cette photo, il a la même attitude de bouffon que berlusconi et sarkozi ou de n'importe quel trader à rolex et grosse bagnole.
Bref, cette photo respire le « tout pour ma gueule ».
Ça respire le « je vais me servir » et pas le « je vais servir ».
De Valparaiso-Cerro-alegre
PISCOLOGUE | 18H45 | 05/08/2009 |
Jeune oui ! Jeune en politique non. ce gars représente toute la filiation de la bourgeoisie chilienne. Fils adoptif du Sénateur Ominiami, ancien Mirista (MIR = Mouvement de la gauche révolutionnaire) fils de Miguel Henriquez, héros du MIR et etc etc , un vrai fils d'appareil.
à Valparaiso-Cerro-alegre
De lekin
assis | 21H52 | 05/08/2009 |
Quoi Michou a omis ces informations ? non d'un cigare cubain j'en reste pantois.
à lekin
De Michel Faure
(auteur)
Journaliste | 07H50 | 06/08/2009 |
Si c'est moi Michou, je l'ai écrit. Avant de lancer des vannes, merci de lire le papier.
à Michel Faure
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 09H37 | 06/08/2009 |
C'est bien de défendre son bien becs et ongles.
Non mais ! ! !
Tu es un véritable condor, Chouchou.
à leo s
De Red_XIII
Chercheur en expression libertaire | 09H41 | 06/08/2009 |
C'est vrai que les posts inutiles c'est jamais bien dur à défendre.
Tiens, 1 de + !
à Michel Faure
De lekin
assis | 14H32 | 06/08/2009 |
Je me demande a quel publique tu t'adresse si c'est ce que tu pense avoir écris.
à lekin
De Michel Faure
(auteur)
Journaliste | 16H11 | 06/08/2009 |
Je m'adresse à tout le monde, je ne change pas mes textes en fonction de tel ou tel public, ce serait vraiment faux-cul. Je suis sûr que celui de rue 89 est composé de plein de gens qui ont tous une pensée autonome, qui n'est pas forcément la mienne ni la votre. Et j'écris ce que je pense, oui. Je trouve votre question bizarre.
De AlfredoGarcia
Rien | 19H14 | 05/08/2009 |
« Il personnifie (rait) l'intuition d'un Chili plus moderne, plus heureux, moins corseté par son histoire et ses traditions. Et s'il n'est pas élu cette fois-ci, il se met en situation de revenir et peut-être de l'emporter en 2013. »
Dame ! ! On dirait la presse française en 2007, ou l » argentine en 1989 à l'élection de Carlos Ménem ou la brésilienne en 1990 à l'élection de Collor de Mello (un jour il faudrait qu'un journaliste fasse une analyse sur la ressemblance entre ces trois personnages).
Dites-moi : un gars qui à 36 ans a tout fait pour être à la place qu'il est (présidentiable), en quoi vous pouvez affirmer qu'il est un antidote au « corsetage » de la société chilienne ?
Il faut être sacrement corseté pour en arriver, et tout en ne menant aucun engagement social, en défilant ses mèches bhléviennes dans des réunions corsetés de la bonne société chilienne _ pas un syndicaliste qui affronterait l'armée (Lula), pas un animateur social qui en voient la stérilité de cette démarche va à Havard se faire une carrière politique (Obama), non rien, ses mèches dé-corsetées
De jamasvencido
equit;bio | 20H00 | 05/08/2009 |
Madre de dios ….. ce payaso est le genre que l'on pouvait rencontrer à Neuf heures du matin au Baron Rouge a Santiago ( pour ceux qui connaissent… ! ) Fuera ! ! !
De lekin
assis | 20H48 | 05/08/2009 |
Il me fait au moins aussi peur que le psychopathe ultra-friedmaniste-autonome a sa gauche..OK je lis l'article avant d'être médisant.