Législatives en Argentine : le début de la fin pour les Kirchner ?
Je vais vous parler d'une élections législative partielle. Attendez, continuez à lire, je ne vous ai pas tout dit : ça se passe en Argentine. Donc ça risque d'être assez décapant.
Le 28 juin, les électeurs argentins doivent renouveler la moitié des députés, et bizarrement, cela ressemble à un plébiscite pour ou contre le pouvoir du couple Kirchner, Nestor, l'ancien président, et sa femme Cristina Fernandez de Kirchner, l'actuelle présidente. Il est possible que celle-ci perde la majorité qui la soutient à la Chambre des députés et que Nestor Kirchner, candidat à la députation pour la province de Buenos Aires –où vivent près de 40% de la population- pourrait être battu.
Bien sûr, il en est des sondages comme des statistiques en Argentine. La manipulation est possible pour ne pas dire probable, et donc rien n'est moins sûr. Mais certains commencent tout de même à rêver à la fin prochaine de l'ère K, comme l'on dit à Buenos Aires pour évoquer la période de six ans des Kirchner au pouvoir (Nestor a été élu en 2003. Il a passé le témoin à son épouse, élue en 2007 avec l'espoir, nul n'en doute, de revenir lui-même à la « Maison-Rose », siège de la présidence, une nouvelle fois en 2011).
Si Cristina perd sa majorité, ou si Nestor est battu, ou si les deux situations se conjuguent au soir du 28, le couple est affaibli, voire humilié. Deux scénarios sont alors possibles. Le premier est celui d'un désastre familier quand la population, lasse de l'incurie de ses dirigeants, descend dans la rue et chasse le chef de l'éxécutif du pouvoir ou le contraint à raccourcir son mandat.
Autant le dire tout de suite, ce scénario est peu probable avec les Kirchner car ils sont péronistes. De tels événements sont déjà survenus, depuis le retour de la démocratie en 1983, mais seuls les présidents membres du parti Radical en furent les victimes. Raul Alfonsin, d'abord, fut contraint d'écourter son mandat en 1989 alors que l'hyperinflation atteignait 200% par mois et que des commandos musclés des syndicats péronistes avaient pris le contrôle de la rue. Fernando de la Rua, ensuite, a quitté la Casa Rosada par hélicoptère en décembre 2001 au milieu de l'émeute (où là encore les musclés du péronisme ont été très actifs) alors que l'économie s'effondrait de façon spectaculaire.
Petits arrangements entre péronistes ?
Le premier scénario est donc celui du chaos. Le deuxième scénario est celui du compromis et il éviterait au pays, dont l'économie, qui s'était redressée sous Nestor (mais pouvait-elle descendre plus bas ? ), s'est détériorée sous Cristina, une nouvelle épreuve. Cristina de Kirchner est une ancienne sénatrice. Elle s'est révélée abrasive et autoritaire comme présidente de la République, mais elle connaît bien les pratiques de compromis et les exigences du pragmatisme propres à la vie parlementaire. Il est probable qu'elle cherchera à éviter de confronter sa nouvelle opposition et tentera de terminer son mandat en prenant en compte les demandes de ses adversaires.
Lesquels sont presque des amis. Ils sont, pour les plus importants d'entre eux, comme les Kirchner, des péronistes. Que le péronisme -qui se réfère à une doctrine sociale et nationaliste des années 40 et 50 influencée par le fascisme italien- existe encore est l'un des nombreux mystères de la vie politique argentine. C'est un peu comme si avions encore en France, des pétainistes de droite et des pétainistes de gauche ayant pignon sur rue.
Un autre mystère est l'obstination des Argentins à voter, encore et toujours, pour des candidats qui s'avèrent calamiteux une fois parvenus au pouvoir. Depuis Alfonsin –homme très honorable– jusqu'à Carlos Menem -cleptomane en habit libéral- en passant par De la Rua -trop timide- ou Eduardo Duhalde -bien trop rusé- aucun des présidents de la démocratie n'ont laissé de très bons souvenirs aux Argentins. En cela, les Kirchner, qu'ils restent ou non au affaires après le 28 juin, ne se seront guère distingués de leurs prédécesseurs.
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De dulconte
Mordu par un fachogarou | 14H44 | 24/06/2009 |
Une chose encore, il me semble plus logique de comparer peronisme et gaulisme que péronisme et pétinisme.
De Michel Faure (auteur)
Journaliste | 10H49 | 25/06/2009 |
Toute comparaison est toujours imparfaite, mais je ne crois pas qu'on puisse comparer Peron à de Gaulle. Peron, durant la deuxième guerre mondiale, a été d'un opportunisme sans nom, alors que de Gaulle a été un homme de principe. Peron, qui fut attaché militaire à Rome sous le fascisme, est rentré fasciné par Mussolini. De Gaulle avait fait rire tout le monde quand il avait dit, dans une conférence de presse pendant la guerre d'Algérie : « je ne vais tout de même pas commencer à l'âge de 70 ans une carrière de dictateur ». Une blague enfin, me vient à l'esprit en pensant à Yvonne de Gaulle (que le Canard Enchainé avait surnommée Tante Yvonne) et à Evita Peron. Il parait qu'on avait demandé un jour à Mao Tse Tung ce qui distinguait Nikita Kroutchev et John Kennedy. Il aurait répondu : « je ne pense pas que M.Kennedy aurait épousé Mme. Kroutchev ». Eh bien, je ne pense pas que Tante Yvonne aurait épousé Juan Peron. ; -)). De Gaulle et Evita, par contre … Voilà une belle fiction romanesque en perspective, si vous avez de l'imagination !
Merci d'avoir lu mon papier et d'y réagir.
Cordialement
De livoun
consultant | 09H32 | 26/06/2009 |
Cher Michel,
je trouve ton article un brin érroné et alarmiste quant à une défaite du couple Nestor Kirchner-Daniel Scioli lors de l'élection législative. En effet les deux hommes sont crédités dans les sondages d'une avance plus que commode face à Francisco de Narvaez. Sept des huit instituts de sondage publiant leurs estimations pour cette élection leur donnent une avance oscillant entre cinq et huit points. Le seul institut donnant De Narvaez vainqueur pour la province de Buenos Aires est l'institut Poliarquia, habituelle sondeur pour le journal La Nacion, traditionnel journal de l'orgarchie argentine et depuis l'ascension des Kirchner au pouvoir l'organe de presse le plus virulent à l'encontre du couple.
Evidemment nous attendrons les résultats définitifs avant de nous prononcer mais lors des dernières éléctions et notamment s'agissant de celle de la ville de Buenos Aires, les mêmes instituts de sondage créditaient l'opposition d'une large victoire, et celle ci a bien eu lieu ; preuve qu'ils ne sont peut-être pas seulement à la solde de celui qui dirige.
Maintenant, jeter l'opprobe sur les Kirchner me paraît un peu hâtif et ignorer que son adversaire direct est actuellement en examen pour complicité dans un vaste réseau de de trafic de drogue (éphédrine) me paraît un peu facile.
Enfin au niveau national, nous verrons bien les alliances qui se tisseront mais là l'Argentine ne fait pas plus exception que ne le ferait un autre pays, France, Italie…. lors d'une législative, d'une régionale….
Ne pas aimer les Kirchner c'est une chose mais les imputer de tout et n'importe quoi c'est autre chose, de prendre les argentins pour des imbéciles au vu de leurs élections est quelque peu pédent et prétentieux et enfin, faire des raccourcis aussi maladroits sur le péronisme marque soit un manque de connaissance profond sur ledit courant politique ou bien une paresse abysmale au moment d'en donner une explication.
Cordialement.
Olivier
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 14H41 | 26/06/2009 |
Toute votre première partie peut se résumer, je pense sans trahir votre propos, que les latinos rêvent d'une vie meilleure. Donc tout comme les africains qui risquent leur vie pour venir chez nous.
Par contre je constate que le rêve est avant tout un fantasme vu l'effort fait par les latinos font pour apprendre l'anglais, le niveau est en effet déplorable sauf peut-être dans les classes dirigeantes mais je les évite avec soin.
Bon le capitalisme, on parle duquel celui des société européenne ou celui des USA on ne parle effectivement pas du tout de la même chose même si malheureusement nous nous rapprochons de la vision américaine des choses ?
Pour le cas Uribe, je ne sais pas s'il finira pas obtenir le droit de se présenter une troisième fois ce qui est certain c'est qu'il fait tout ce qui est en son pouvoir pour l'obtenir. La différence que je vois entre Chavez et Uribe c'est que Chavez cherche la voie légale, même s'il peut la forcer, Uribe ne la prend quand lorsqu'il n'a pas d'autre choix. L'un a du sang sur les mains, pas l'autre.
Le FMI a fait amende honorable, ben oui c'était le minimum. Au mieux le FMI a fait preuve de naïveté (nos plans ne peuvent fonctionner que si il y a état de droit - Mouiaf), au pire ça n'a été qu'une tentative de plus pour les USA de garder la haute main sur le continent à partir du moment où l'action militaire n'était plus justifiable. Bien évidement vu les résultats je penche pour la seconde hypothèse.
C'est bien gentil de prétendre ouvrir au monde des pays qui l'ont toujours été vu que l'économie latino américaine reste avant tout une économie coloniale dans le sens où ils ne produisent pas pour leur marché interne mais pour l'exportation. Une phrase est d'ailleurs symptomatique de ça ici c'est :
C'est de qualité d'exportation
et oui le meilleur sort du pays, les habitants ont droit aux restes. Ça a toujours été ainsi et le FMI n'a fait que renforcer cela. Le Soja (transgénique de surcroit) est symbolique de ces dérives l'Argentine, le Paraguay, le Brésil et même l'Uruguay se dirigent petit à petit vers une monoculture de soja alors qu'aucun de ces pays ne consomme de soja. On sait historiquement les conséquences dramatiques de la monoculture, désertification, appauvrissements des populations, fragilité de l'économie, problème alimentaire, risque de retournement des marchés etc. Pourtant on remet une couche aujourd'hui avec le Soja. La 125 c'était avant tout de tenter de limiter cette absurde dérive, dérive d'autant plus grave que le soja non seulement lamine les terres, mais en plus provoque une extension forte de la déforestation, induit l'utilisation de produit hautement toxique, le round-up et nécessite très peu de personnel. N'oublions pas que la 125 touchait par ses taux variables les très gros exportateurs et non les petits producteurs malgré ce qu'à voulu faire croire la très dictatoriale société rurale argentine, premier soutient de la dictature de 76 (en fait de toutes les dictatures) et qui est toujours contrôlée par les même famille depuis le 19ème siècle
Vous avez sûrement raison pour le nombre d'n de Mennen, la seule chose qui m'intéresse à son sujet c'est de le voir en taule et ses biens confisqués comme ceux et celles, dont de nombreux soutient du PRO, qui se sont outrageusement enrichis à son époque.
Les Argentins reconnaissent eux même qu'ils ont été des victimes consentantes du Ménnémisme. Beaucoup de personne de classe moyenne, moyenne basse m'ont avoué avoir revoter Mennen car il avait absolument besoin de finir de payer leurs emprunts. Où va se loger la politique ! D'un autre côté je ne vois pas ce genre d'analyse sur les USA et Bush ou sur l'Italie et Berlusconi.
bonne journée à vous
Dul
De Michel Faure (auteur)
Journaliste | 09H02 | 27/06/2009 |
Olivier
Merci pour votre réaction à mon papier. Vous le trouvez « erroné » et « alarmiste ».
Commençons par alarmiste. Si c'est parce que j'évoque l'hypothèse (l'hypothèse, rien du plus) d'un résultat interprété comme une défaite des Kirchner, moi personnellement, ça ne m'alarme pas. ce qui m'alarme, c'est la désunion de l'opposition et l'état général de la vie politique et institutionnelle de l'Argentine, et ça, chez moi, ça ne date pas d'hier. Et nous verrons bien de toutes façons les résultats, je ne fais pas une immense confiance, comme vous, ni aux sondages, ni à la Nacion.
Je n'ai par ailleurs pas de sympathie particulière pour de Narvaez. Je n'ai rien écrit des accusations de trafic de drogue qui pèsent contre lui parce que je trouve le moment assez curieux pour sa révélation. Mais bon, peut-être est-il coupable. Je n'en sais rien. Vous non plus sans doute. Là aussi nous verrons.
Pour le coté erroné, je suppose qu'entrent dans cette catégorie le fait que je prendrais (c'est vous qui le dites, et je le récuse) les Argentins pour des imbéciles. Ce n'est pas du tout mon sentiment, et parmi les « sentiments », celui que je déteste le plus est le mépris. Je constate simplement qu'à l'exception d'Alfonsin, dont le bilan hélas, n'a pas été lui non plus très brillant, les Argentins depuis le retour de la dictature ont systématiquement élu des politiciens problématiques. Ca n'a rien de pédant et de prétentieux de dire ça. Je connais pas mal d'Argentins qui le disent également. Le populisme, en Argentine, ne manque pas d'avenir, c'est comme ça et c'est dommage. En quoi mes raccourcis (c'est un blog par ailleurs, pas une thèse de doctorat) sur Peron sont erronés ? Je ne vois pas. C'était un grand démocrate ? Le sauveur de la Nation ? Um ami des libertés individuelles et des droits de l'homme ? Non, c'était l'élève de Mussolini et le copain de Franco, Du nationalisme social, pour ne pas parler de fascisme parce que ça vous fâcherait. Pétain, cet autre père de la nation, aurait été d'accord, sans doute. Je ne vois aucune pédanterie, prétention ou paresse dans tout ça.
Mais on a le droit d'être en désaccord (sous Peron, non).
Cordialement
Michel