Les deux Amériques ne font pas bon ménage
Les affrontements qui ont opposé ces dernières semaines au Pérou indigènes amazoniens et forces gouvernementales rappellent l'infranchissable fossé qui sépare les peuples premiers d'Amérique et les gouvernements.
Ces derniers prétendent, au nom d'une majorité qui les a élus, poursuivre sur la voie qu'ils considèrent être celle du progrès. Les indigènes s'y opposent, souvent violemment, car progrès et démocratie menacent très directement leurs droits coutumiers et leurs traditions.
Ces événements incitent à deux réflexions : l'une sur le rôle des Amérindiens, l'autre sur la sauvegarde de l'Amazonie.
L'Amérique latine, c'est le métissage
L'identité de l'Amérique latine, aujourd'hui, c'est le métissage. Après le Mexique, qui l'a théorisée avec les trois cultures (l'indigène, l'espagnole et celle de cet « homme nouveau », le Mexicain), après le Brésil, qui l'a esthétisée, l'ensemble de l'Amérique latine se reconnait désormais dans cette identité du métissage (à l'exception notable
de l'Argentine, où n'a survécu aucun indien Patagon).
Cette identité métisse relève d'une aspiration générale à une plus grande égalité, dans une société plus fluide et sans barrières ethniques. Elle n'empêche nullement la reconnaissance de peuples et de cultures indigènes. Plusieurs conventions leur accordent des droits sur les terres qu'ils occupent et l'usage de leurs règles coutumières. Mais ces accommodements se heurtent à une triste réalité : les droits des indigènes s'avèrent insolubles dans la démocratie.
L'enjeu aujourd'hui au Pérou, hier au Chiapas ou en Bolivie, c'est une convivialité difficile entre une Amérique moderne, métissée et démocratique, fut-elle imparfaite, et l'Amérique ancienne, qui s'autodéfinit par sa pureté ethnique, ses traditions, son refus du progrès, sa proximité à l'égard de la nature et le compréhensible ressentiment à l'encontre du passé.
Ces deux Amériques ne font pas bon ménage. La première est dynamique, ouverte, elle s'inscrit dans l'avenir, veut sortir de la pauvreté et éduquer ses enfants. Elle se reconnaît dans cette tradition américaine qu'est « la poursuite du bonheur ».
La seconde est conservatrice, autarcique, mystique et hiérarchisée. Son bonheur est dans la forêt ou le village de montagne. Elle se réfère au passé et tente de le perpétuer dans une sorte de quête andine de la fin de l'Histoire.
Droits et démocratie
Ces droits, par ailleurs, ne sont pas inadaptés à la démocratie. Ils y sont réfractaires. Les caciques et chamans qui parlent au nom des communautés indigènes sont des autorités coutumières, sans doute respectées, probablement craintes et non élues. La propriété est communautaire et son contrôle est politique. L'âge et le sexe justifient les hiérarchies. Les punitions coutumières sont souvent brutales. La violence est l'outil habituel de résolution des conflits.
Comment réconcilier ces deux Amériques ? Par la démocratie ? Celle-ci a parfois affaibli les mouvements indigénistes, on le constate avec les néozapatistes du « sous-commandant » Marcos au Chiapas qui ont quasiment disparu du radar peu de temps après la fin du système de parti unique au Mexique. Elle les a parfois renforcés, au risque de s'affaiblir elle-même, en permettant l'élection d'Amérindiens au pouvoir suprême, d'abord au Pérou avec Alejandro Toledo puis en Bolivie avec Evo Morales.
Toledo, pour avoir voulu privatiser deux entreprises électriques d'Arequipa, a été durement contesté par les siens et a eu du mal à terminer son mandat.
Evo Morales, en Bolivie, a été élu après que deux présidents consécutifs, issus de l'élite locale occidentalisée, ont été chassés du pouvoir par la rue. L'avenir dira si la Bolivie s'en porte mieux. Alors qu'hier les émeutiers d'El Alto, une banlieue de la capitale La Paz sur les hauts plateaux des Andes, réclamaient une révolution indigène, ce sont maintenant les populations métissées de la riche province de Santa Cruz, loin de la Cordillère, qui menacent de faire sécession.
Morales, par ailleurs, est venu renforcer une coalition radicale dont l'axe est Hugo Chavez, le président du Venezuela qui s'occupe en ce moment même d'étrangler la dernière télévision indépendante du pays, Globovision. Cette coalition va du sandiniste Manuel Ortega, président du Nicaragua et ancien guérillero reconverti dans l'évangélisme, à Rafael Correa, le président d'Equateur qui vient de déclarer qu'il aimerait bien instaurer un système régional de contrôle des médias critiques à l'égard de leurs gouvernements. Il n'est pas certain que la démocratie sorte renforcée de l'usage que l'on fait d'elle, de Managua à Caracas, de La Paz à Quito.
L'anticapitalisme que professent les dirigeants indigènes ne facilite guère une meilleure intégration des minorités amérindiennes. Il faut noter cependant que les peuples indigènes savent fort bien saisir « la main invisible du marché » quand celle-ci passe à leur portée. La loi de l'offre et de la demande est après tout sans mystère pour tous les cultivateurs de feuilles de coca. On veut bien admettre avec Morales qu'il s'agit d'une culture traditionnelle des peuples andins, mais il faut reconnaitre aussi qu'elle alimente un marché mondial qui rapporte très gros.
Le plaidoyer d'Alan Garcia
Dans un article paru en 2007 dans le journal El Comercio de Lima et qui fit scandale, Alan Garcia, le président du Pérou, suggère une sorte de coexistence pacifique entre ces deux mondes qui ne s'accordent pas. Nous respectons vos terres communautaires, dit-il en substance aux indigènes, mais vous n'êtes pas les propriétaires de la terre toute entière, et notamment de l'Amazonie. En d'autres termes : restez chez vous, vivez comme vous l'entendez mais ne cherchez pas à nous empêcher de sortir le pays de sa pauvreté.
Cet article avait pour titre « Le Syndrome du chien du maraicher ». « Le Chien du maraicher » est une pièce de théâtre de Lope de Vega et ce chien refuse que les autres mangent car lui-même ne mange pas. Il est évident qu'évoquer un chien n'était pas vraiment diplomatique, mais quand on lit l'article de Garcia, on découvre quelque chose d'assez rare chez un chef d'Etat : son peuple l'exaspère et il lui passe un savon.
« Nous avons des millions d'hectares de bois que personne n'exploite, d'autres millions d'hectares de terres que les communautés et associations n'ont jamais cultivées et ne cultiveront jamais, des centaines de gisements de minerais que l'on ne peut travailler et d'autres millions d'hectares dans la mer qui ne connaissent ni production ni pisciculture.
Les rivières qui dévalent les deux flancs de la Cordillère constituent une fortune qui se jette dans la mer sans avoir produit la moindre énergie électrique (…) et tout cela, à cause des tabous d'idéologies surannées, de la paresse, de l'indolence et de la loi du chien du maraicher qui dit : si je ne le fais pas, tu ne le feras pas non plus. »
Garcia évoque la richesse de l'Amazonie qui couvre dans sa partie péruvienne 63 millions d'hectares. Sur ces 63 millions, huit ont été détruits, écrit-il, par « la rapine qui consiste à abattre les bois les plus précieux et à abandonner le terrain ».
Reboiser ces 8 millions d'hectares est un investissement à long terme qui exige des capitaux importants et des technologies de pointe, et dès lors, argumente Garcia, la sécurité d'un titre de propriété sur des terrains de 5 000 à 20 000 hectares est essentielle. Ces investissements, que pourraient par exemple réaliser des fonds de pensions, supposeraient la création d'au moins deux postes de travail par hectare.
« Ceux qui s'y opposent affirment qu'on ne peut donner des droits de propriété en Amazonie (et pourquoi alors peut-on en donner sur la côte ou dans la Cordillère ? ). Ils disent aussi que des grandes entreprises sur de grands terrains réaliseront de grands profits. Bien sûr que oui ! Mais elles créeront des centaines de milliers d'emplois légaux pour les Péruviens qui vivent dans les zones les plus reculées du pays. »
On peut comprendre cette exaspération de la part d'un homme qui préside aux destinées d'un pays riche dont la population est l'une des plus pauvres du continent. Pour tous les Etats amazoniens, la forêt est une poule aux œufs d'or qu'il ne faut pas détruire, et ce ne sont pas les indigènes qui sauront la sauver. Malgré tout l'amour qu'ils ont pour elle, ils n'ont jamais pu empêcher l'Amazonie d'être exploitée et détruite par des occupants sans titre. Dire qu'elle doit être intouchable, comme l'affirment les Amérindiens, est irréaliste.
Comment traiter la question de la forêt ?
Les Etats sont incapables de contrôler un aussi vaste territoire et la corruption de leurs représentants y a ouvert des zones de non droit et provoqué des désastres écologiques.
Dès lors, que faire ? Garcia propose de toucher à la forêt là où elle a été détruite pour la reconstituer, dans le cadre d'un Etat de droit qui supposerait des titres de propriété et des contraintes imposées aux exploitants afin de régénérer la forêt et sauvegarder la biodiversité. Il propose également d'exploiter son sous sol hors de la forêt vierge et des territoires communautaires.
C'est une politique assez proche de celle adoptée par Lula au Brésil, dont on peut débattre mais qui n'est pas scandaleuse. Elle mérite une discussion sérieuse, pas un bain de sang.
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De Tyb
(par ici, par là) | 11H50 | 22/06/2009 |
euh…. c'est une blague ?
De sarkophage_xyz
14H09 | 22/06/2009 |
Bien content de contrarier l'auteur de l'articles :
Les indiens ont eu gain de cause et le parlement leur a rendu la souveraineté de leur terre.
Au nom de quoi faudrait-il exproprier les occupants de la forêt amazoniene ? Par ce que l'on sait mieux qu'eux éventrer les sols et poluer les rivières pour les interêts d'un quarteron de mafioso recyclés dans les affaires ?
Reçu par mail, pas trouver de lien alors je vous en fait une copie :
« Alain
,__o Alain UGUEN Association Cyber @cteurs
_-\_<, votre souris @ du pouvoir
(*)/'(*) http://www.cyberacteurs.org
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Les Indiens d'Amazonie crient victoire
Les Indiens d'Amazonie ont obtenu gain de cause. Après deux mois de bras de fer avec l'Etat, ils ont finalement obtenu que le Parlement abroge deux décrets loi sur l'exploitation des ressources d'Amazonie par des entreprises étrangères. Le président Garcia a fait machine arrière devant l'ampleur de la contestation.
Après plusieurs mois de lutte, les Indiens d'Amazonie sont reconnus dans leurs droits de protéger et d'exploiter leur terre,
“ C'est un jour historique pour les peuples indigènes ” affirment les Indiens du Pérou. Soixante-cinq ethnies d'Amazonie étaient mobilisées depuis le mois d'avril pour protéger leur terre. A l'origine de la crise, une loi adoptée l'année dernière et favorisant les investissements étrangers au Pérou, les textes autorisaient notamment l'exploitation des ressources naturelles d'Amazonie
Devant l'ampleur de la contestation le président péruvien a finalement fait son autocritique et dans la foulée le Parlement de Lima a abrogé, jeudi 18 juin, deux décrets controversés. En échange, la minorité indienne a accepté de lever ses barrages.
La volte face des autorités a permis de sortir d'une crise sanglante puisque 34 personnes au moins ont trouvé la mort dans les affrontements entre les forces de l'ordre et les Indiens d'Amazonie.
Le Premier ministre péruvien a d'ailleurs annoncé son intention de démissionner car il n'a pas su éviter le bain de sang. La région de Bagua où se sont déroulés les heurts reste malgré tout en état de siège et les charges sont maintenues contre 4 dirigeants de la minorité indienne entrés en clandestinité.
C'est la raison pour laquelle nous laissons la cyber @ction en ligne encore un peu pour ceux qui ne l'auraient pas encore faite
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»
à sarkophage_xyz
De Michel Faure
(auteur)
Journaliste | 18H00 | 22/06/2009 |
Bonjour,
D'abord merci de lire mon papier et d'y réagir. J'ai vu bien entendu cette actualité que vous mentionnez : l'abrogation des deux décrets par le parlement péruvien. Cette actualité ne contredit en rien ce que je tente d'expliquer dans mon article, c'est qu'il existe une tension très forte entre les Amérindiens hostiles à toute exploitation de la nature, hostiles aussi très souvent aux investissements étrangers perçus comme un nouvel impérialisme, et des populations urbaines et métissées dont la priorité est de sortir de la pauvreté. Il faut se souvenir qu'Alan Garcia a été élu en juin 2006 (ou mai, je ne sais plus, je vous écris directement sans ma doc sous les yeux) contre un type qui s'appelle Ollanta Umala, qui définissait son idéologie comme étant ethnomilitaire et nationaliste, et il a obtenu un beau score grâce à l'appui de nombreuses organisations amérindiennes. Il y avait dans son discours à la fois une nostalgie des temps inca, des propos assez séditieux, suggérant que la force pouvait l'emporter sur le droit, et il pesait sur lui des soupçons, à mon avis pas du tout infondés, de racisme. Et il a été battu par Garcia, qui pourtant n'avait pas laissé de très bons souvenirs aux Péruviens après un premier mandat de président avant Fujimori. Il a été élu parce que la majorité des Péruviens ont préféré un type qui leur promettait l'ouverture et la croissance à un autre qui promettait la lutte et le nationalisme. Alors les indiens ont-ils raison et la majorité est-elle dans l'erreur ? Si vous dites ça, vous affaiblissez les démocraties latino-americaines, lesquelles ne sont pas très solides (vous pouvez diagnostiquer leur état sur le site du latinobarometro, c'est une enquête continentale publiée chaque année par une entreprise chilienne et qui porte sur la démocratie, ses faiblesses et ses forces).
Cordialement
MF
à Michel Faure
De huck
Riendutoutiste | 03H16 | 23/06/2009 |
Les amérindiens ne sont pas hostile à l'exploitation de la nature mais au pillage. La différence est grande. Je crois qu'au Québec l'histoire de la rivière Romaine illustre parfaitement le sujet. L'exploitation peut se passer dans le respect, sans abus, et sans vol. La terre appartient à ceux qui y vivent. Et c'est tout.
à huck
De Michel Faure
(auteur)
Journaliste | 09H18 | 24/06/2009 |
Bonjour. Merci d'avoir lu mon article et d'y réagir.
Je suis d'accord avec vous. Je crois que l'exploitation de la nature non seulement ne doit pas être du pillage, mais souvent aussi participe à sa préservation. Cela dit, le passé a donné de bonnes raisons aux Amérindiens d'assimiler l'exploitation au pillage. Les gouvernements doivent les écouter, les comprendre, mais aussi les convaincre. J'espère, pour l'avenir du Pérou, que c'est ce qui finira par se passer, mais hélas on n'en est pas encore là.
Cordialement
Michel
à Michel Faure
De sarkophage_xyz
06H52 | 23/06/2009 |
Il faut quand même faire l'effort de comprendre leur point de vue : Nulle part sur le continent américain à aucun momment de la colonisation européenne les peuplades autochtones n'ont été reconue comme pleinement propriétaire (au sens européen du terme) de leur lieu d'habitation, leur us et coutumes respectés. Toujours avec une vision européenne, si on viend sans votre accord exploiter vos terres, c'est un acte de guerre. Mais sous prétexte que ce serait des peuplades arrièrés, il leur faudrait reconnaitre l'inféroirité de leur développement et accepter le dictat d'un gouvernement urbain et des compagnies minières. Les notions de nationalisme d'ouverture ou de croissance n'ont strictement rien à voir avec ces problémes d'anexion territoriale et d'anhilation de cultures.
à sarkophage_xyz
De Michel Faure
(auteur)
Journaliste | 09H28 | 24/06/2009 |
Oui, c'est vrai, mais en même temps on ne peut pas nier le flux de l'histoire. Le passé a été très brutal et cruel, mais le présent cherche un accommodement qui concilierait les droits indigènes et la volonté majoritaire. Le respect des minorités a toujours été l'une des difficultés majeures des démocraties. Les Amérindiens, par ailleurs, avec la conception d'une propriété communautaire et traditionnelle qui ne leur offre pas les mêmes protections juridiques qu'une propriété personnelle, doivent négocier de façon politique leurs droits, signer des accords et des traités, bref exiger d'une majorité qu'elle respecte des règles qui avantagent la minorité. Avouez que c'est difficile pour une majorité d'accepter les intérêts d'une minorité quand ceux-ci sont contraires à ces propres intérêts. C'est pourquoi j'ai trouvé l'article de Garcia très intéressant, parce qu'il cherche un compromis, un accommodement, mais mettez ensemble les mots Indiens, Amazonie et exploitation, et plus personne n'écoute personne.
Cordialement
Michel
De Canne-et-balle
bibliothécaire | 08H01 | 23/06/2009 |
Intéressant dilemme : comment protéger la forêt tout en garantissant les droits des Amérindiens et le développement durable ? Distribuer les terrains pour que chacun s'en occupe ? Le problème, c'est que la population habitant dans ces forêts augmente, et qu'au bout de quelques générations, chacun se retrouvera avec un lopin de terre, comme à Haïti. Le problème de l'occupation des terres se pose partout en Amazonie : en Guyane, le gouvernement français n'a pas davantage trouvé de solution, et a forêt est saccagée par des personnes qui ne viennent pas uniquement piller l'or. Au Surinam, la population est stable, mais la forêt est pillée par les mêmes garimpeiros venant du Brésil voisin.
De toute façon, l'équilibre sera atteint lorsque la population se stabilisera ; mais que restera-t-il de la forêt à ce moment-là ?
à Canne-et-balle
De Michel Faure
(auteur)
Journaliste | 09H52 | 24/06/2009 |
Bonjour, merci d'avoir lu mon papier et d'y réagir. Je pense que la propriété peut jouer un rôle plus important que la démographie, l'histoire des villes le prouve. Vous évoquez Haïti. Je ne sais pas ce qu'il est advenu du projet d'un intellectuel péruvien que vous connaissez peut-être, Hernando de Soto. Son idée est que donner un droit de propriété aux habitants précaires des bidonvilles a pour effet de les sortir de la misère. D'abord ils ont tendance à prendre soin de leur maison, de la consolider, de la défendre aussi. Ensuite, il peuvent s'en servir comme garantie pour un emprunt leur permettant de monter une micro entreprise d'artisanat. Ils peuvent aussi vendre et racheter une autre maison, bref entrer dans un cercle vertueux de sortie de la misère, qui n'est pas sans risque, mais qui a une dynamique propre. Je sais que de Soto a travaillé sur Haïti. Si vous avez des lumières là dessus, dites le moi.
Cordialement
Michel
De supersapiens
lecteur libre | 08H37 | 23/06/2009 |
Quiconque a déjà entendu un flic facho ou un lepeniste de base traiter un gamin de « sale arabe “ ou de ‘bico’ sait bien que le fantasme de la ‘pureté’ ethnique se porte aussi trés bien dans les traditions de nos sociétés ‘modernes’, ‘civilisées’, chantre et héraults du progrés et détentrices uniques et ultimes du progrés techniques, et humains…
Assurément, oui…
Nos ‘primitifs’ à nous ont aussi leurs rites, leurs doxas, et leurs chamanes…Et ils se parfument au pastis et au ricard, boisson fermentée qui les réunit autour de rites millénaires…
Le terme même d'‘indiens’ , ou ‘amérindiens’, utilisés pour dénommer les premiers habitants de ce continent, est une insulte à leur identité, et à l'histoire des hommes…
Le terme même d'‘Amérique’ est l'aboutissement le plus visible de l'impérialisme occidental, de la suffisance du petit blanc poilu qui en sait forcemment plus que ceux qu'il massacre…Puisque Dieu parle en son nom, et que ce Dieu est blanc, tout comme lui….
Forcemment, il ne peut pas avoir tort….
Un homme qui a le cable, le haut débit, et Jean Pierre Pernaud pour guide spirituel, ne PEUT pas avoir tort. Notre monde, notre mode de vie vieux d'à peine 150 ans, ne peut pas avoir tort . Même si les gens qui te parle en face sont vieux de cultures millénaires, même si la majorité des produits qui font notre quotidien viennent de ce que NOUS avons pillés à LEURS cultures depuis 5 siécles, nous ne pouvons avoir tort…
Bien sur….
Ils ont l'habitude, de ce genre d'attitudes, depuis le premier jour…
Cet article en est un des plus beaux exemples…
à supersapiens
De Michel Faure
(auteur)
Journaliste | 09H43 | 24/06/2009 |
Bonjour,
merci de réagir à mon article mais je trouve votre réaction à la fois méprisante (petit blanc, pastis, JP Pernaud …) et pas vraiment constructive. L'Amérique a eu son histoire, qui a été plutôt cruelle, mais c'est son histoire, et depuis la conquête espagnole, des nations se sont forgées, ont défini des identités, l'histoire comme toujours a eu ses vainqueurs et ses vaincus. Donc ce n'est pas une question d'avoir tort ou raison, c'est une histoire qui continue. Votre défense passionnée des Amérindiens qu'il ne faut pas appeler ainsi, selon vous, pourrait s'appliquer à la Gaule, devenue romaine après la conquête de César. Pauvres Gaulois, certes, mais l'histoire de l'Europe et du monde est ainsi. Vouloir figer l'Amérique dans la révérence (quasi religieuse) d'une époque pré-colombienne est aussi absurde que de vouloir figer l'Europe dans une époque prétendument idyllique et pré-romaine. Par ailleurs notre histoire, heureusement, ne date pas de 150 ans, ni notre mode de vie, comme vous le suggérez. On peut remonter plus loin qu'à Napoléon III, non ?
Salutations
De nayko
Troubadour urbain | 00H19 | 25/06/2009 |
« Les caciques (les politiques) et chamans(religieux) qui parlent au nom des communautés indigènes(citoyen) sont des autorités coutumières, sans doute respectées(influence, argent, pouvoir, bling bling), probablement craintes(CRS, police, flash ball) et non élues. La propriété est communautaire(privée) et son contrôle est politique(oligarchique). L'âge et le sexe justifient les hiérarchies(discrimination envers les femmes, les jeunes, les seniors…). Les punitions coutumières sont souvent brutales (passage à tabac, prison, peine de mort). La violence est l'outil habituel de résolution des conflits(guerre en irak, afghanistan, gaza, CRS, femmes battues, gosses itou). »
j'avoue qu'à part le « non élu », j'ai du mal à faire la différence avec chez nous ! ; )
De plus, pour le cas de globovision, si j'ai bonne mémoire, elle émet toujours librement sur le câble mais elle a aussi activement participé au coup d'état. Chavez n'a pas reconduit le contrat qui devait se renouveller peut de temps après. J'aimerais voir ce qui se passerait si M6 se mettait à cracher 24 sur 24 sur le sur notre empereur ! Quand déjà on voit le cas France 3 et rue89, je me pose franchement la question. Quand au cas de projet de censure globale, initier par Corréa, je ne me suis pas encore renseigné. Espérons que cela restera à l'étape des discours. Ces gens là parlent beaucoup…
Mais je pense quand même que cette mouvance « bolivarienne » est intéressante au plus au point car elle réactive le débat politique et bouscule les vieilles oligarchies, bien ancrées dans le paysage. C'est à mon avis l'endroit de la planète où la notion de poltique se réaffirme. Même si tout n'est pas rose, un geste comme la nationalisation de l'eau en Bolivie est un signe d'espoir pour l'avenir. Et surtout, gardons en mémoire le passé de ces pays. Des personnes qui ont gouvernés ces pays avant cette vague bolivarienne. Peut on vraiment regretter ce passé ?
Quand au Pérou, si c'est pour mettre la forêt aux mains d'investisseurs étranger qui en plus esclavagera éhontément les habitants locaux, je crois qu'il vaut mieux que la forêt reste vierge.
En tout cas, content de voir quelqu'un qui parle du Sud du continent, en espérant que vous ne restiez sur la même ligne de conduite que la plupart des médias sur ce qui se passe là bas.
Paz
à nayko
De Michel Faure
(auteur)
Journaliste | 09H21 | 26/06/2009 |
Nayko,
Merci de réagir à mon papier, et merci pour cette très pertinente comparaison entre ici et là bas. Je ne pense pas du tout qu'il faut regretter le passé. Je ne pense pas non plus que l'avenir « bolivarien » soit resplendissant mais enfin, ça c'est sûr, c'est très intéressant.
Enfin, je vous rassure, je ne suis aucune ligne, sinon celle de mes principes (l'honnêteté intellectuelle, l'empathie et la poursuite du bonheur).
Cordialement
Michel