22/09/2010 à 11h20

Tabac : autour de la méthode Allen Carr, un juteux business

Thomas Siniecki | Journaliste


Un lecteur de « Allen Carr, la méthode simple » (DR)

L’histoire de ce comptable anglais sans aucune formation médicale est une success story à l’américaine. Le 15 juillet 1983, après trente-trois ans passés à enchaîner cigarette sur cigarette (jusqu’aux cinq paquets par jour), Allen Carr arrête seul. Peu convaincu en rentrant d’une séance d’hypnose, il décide de coucher sur le papier son parcours et ses observations sur l’art d’arrêter de fumer.

L’ouvrage qu’il publie en 1985, « The Easy Way to Stop Smoking » (« La Méthode simple pour en finir avec la cigarette »), enchaîne les phrases moralisatrices et les chiffres parlants. Le but : convaincre le lecteur qu’on ne peut arrêter que seul, qu’il n’est même pas nécessaire de disposer d’une volonté de fer. A la lecture de l’œuvre, l’inutilité de la cigarette deviendrait évidente.

« Celui qui fume en moyenne 20 cigarettes par jour dépense 300 000 francs au cours de sa vie », « tous les fumeurs savent au fond d’eux-mêmes qu’ils agissent comme des imbéciles », « si vous avez le moindre doute, n’hésitez surtout pas à relire ce livre » : cette succession de banalités n’a pas empêché -ou a provoqué- un raz-de-marée. L’ouvrage donne naissance à la « méthode Allen Carr ».

« Un grand business » désormais à la conquête de la Chine

« Dans le milieu hospitalier, cette méthode n’est pas utilisée », explique le docteur Ivan Berlin, président de la Société française de tabacologie. « Ce n’est pas sérieux, c’est un grand business. » Un business si juteux qu’il est devenu une multinationale : Allen Carr International. Qui fanfaronne :

« Des études scientifiques indépendantes ont montré qu’après un an, le taux de réussite est encore de 51% sur les anciens fumeurs. »

Un chiffre que l’on retrouve effectivement dans un article publié dans la revue scientifique Addictive Behaviors en 2007.

De Hong Kong à l’Afrique du Sud en passant par l’Inde ou le Brésil, des séminaires (assurés à 80% en entreprise) appliquent la méthode Easyway d’Allen Carr dans le monde entier : 150 villes, 45 pays. Autre composante de l’empire Allen Carr, ses cliniques ont attiré 50 000 fumeurs. Dans chaque pays, un centre franchisé reverse des royalties à Allen Carr International, qui revendique une mission d’intérêt public.

John Dicey, directeur international d’Allen Carr’s Easyway qui a répondu à mes questions par e-mail, aligne les chiffres :

« Nos ventes augmentent en Chine. “The Easy Way to Stop Smoking” reste un best-seller sur nos marchés traditionnels (Royaume-Uni, France, Espagne, Allemagne, Italie). Nous nous développons aujourd’hui en Indonésie, où les compagnies de tabac sont omniprésentes. La cigarette y tue 400 000 fumeurs par an. »

Allen Carr en BD pour enfants, sur Nintendo DS et iPhone

« The Easy Way... » s’est à ce jour vendu à plus de 10 millions d’exemplaires. Allen Carr a exploité le filon jusqu’à plus soif, publiant des méthodes simples pour contrôler sa consommation d’alcool, perdre du poids, prendre l’avion sans avoir peur, prendre la vie du bon côté, avoir du succès.

Traduits en plus de 45 langues, ses ouvrages ont été vendus à plus de 13 millions d’exemplaires au total. A sa mort, en 2006, sa fortune s’élevait à 120 millions de livres sterling, soit 144 millions d’euros.

Sur Amazon.fr, « La méthode simple pour arrêter la cigarette » se classe encore à la 111e place des ventes tous livres confondus et à la première place des ouvrages sur les maladies et dépendances. Et ce n’est pas fini, poursuit John Dicey ;

« Nous nous efforçons de transmettre la méthode dans un maximum de formats et de pays, poursuit John Dicey. Nous avons même une bande dessinée conçue en premier lieu pour aider les enfants à éviter de fumer. »

En plus de cette version pour les plus jeunes, une autre a été déclinée en images pour les adultes qui ne veulent pas lire le livre. Ubisoft s’est emparé du phénomène et l’a décliné en jeu vidéo sur Nintendo DS. Le joueur choisit un coach personnalisé et suit sa méthode. Sur l’écran, il apparaît enseveli sous une montagne de cigarettes :

« Voici le nombre de cigarettes que vous avez déjà fumé. Si vous continuez sur ce rythme, voici le nombre de cigarettes que vous fumerez. »

Une application iPhone a aussi été conçue. Même mort, Allen Carr continue de générer des millions de dollars.

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  • m.
    m.
    entre parenthèses
    • Posté à 14h42 le 22/09/2010
    • Internaute 46543
      entre parenthèses

    Il semble que cent pour cent des commentateurs de cet articles soient passé par le livre pour arrêter de fumer ; j’en suis aussi.
    En le lisant on se dit : c’est lourd, c’est gros, on comprend sur quelles ficelles il tire, mais malgré tout, on (je) reste réceptif parce qu’« on ne sait jamais… »
    Et, bon, ça a marché.

    En revanche, et ça tempérera le côté dithyrambe des commentaires, on a acheté ensuite « La méthode simple pour maigrir », et là, bon, c’est ridicule.

    Alors après, j’ai arrêté grâce à « La méthode simple pour arrêter de lire Allen Carr »

  • adel-et mina
    adel-et mina
    curieux
    • Posté à 13h14 le 23/09/2010
    • Internaute 81968
      curieux

    Bonjour,

    J’ai lu le livre, il m’a aidé à arrêter, ce n’est pas ce livre qui est moralisateur mais l’article concernant le livre : « gros business donc c’est mal ».

    au lieu de prendre les gens pour des imbéciles, vous pouvez aussi vous demander les raisons du succès d’un tel livre ; peut-être qu’après tout ça veut dire qu’il n’est pas si mal...

  • anéjanluc
    • Posté à 13h30 le 23/09/2010
    • Internaute 17916

    Je suis une grosse neuneu : 25 ans à fumer, des tentatives pour arrêter, toutes avortées au bout de 15 jours, et finalement il y a 6 as j’ai lu le bouquin d’Allen Car, et je ne fume toujours plus. Dans les centres anti-tabac, on vous colle des patches, des anxyolitiques, c’est à dire qu’on remplace la cigarette. Le bouquin, ce qu’il préconise, c’est de s’en passer, pas de la remplacer. Personnellement, bête comme je suis, j’ai préféré...

  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 13h32 le 23/09/2010
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    Ce qui me plait dans cet article, c’est le fait qu’un mec qui gagne un fric fou avec une méthode -semble t il sans assise scientifique, ni médicale et donc hors système, arrive à se piétiner les plantes bandes de nos chers spécialistes qui se font rémunérer fort cher , qui vous collent des patchs, des aiguilles, des trucs et des machins en vous faisant croire que sans vous , votre détermination, vous allez arrêter d’être toxico et qui au passage ,au nom de leurs diplômes et de leur reconnaissance académique , font fonctionner un système corrompu et inefficace à 75 %. Eh , oui , souvent le bon sens soigne mieux .

  • Télémate
    Télémate
    Je lis et je regarde
    • Posté à 14h15 le 23/09/2010
    • Internaute 117699
      Je lis et je regarde

    OK d’accord !

    Entre alen Carr et le site « alakon » de « anti tabac » est que avec Alan Carr je me suis rendu compte que l’on ne me prenait pas que pour une pomme mais aussi pour un gogo.

    Une aide pour arreter de fumer ne doit pas être simplement « fumer c’est pas bien, ou encore des messages du genre fumer vous encrasse les bronches !

    Carr dit les choses, sans prendre de tournures et réellement...
    (Ne pas faire de marketing est encore une manière d’en faire, c’est certain)

    De plus il n’y a pas que la nicotine dans le tabac, ceci n’est pas la découverte de la décennie ! ! Vous rigiolez ! ! chacun le sait !

    Tous les fumeurs savent qu’arreter de fumer n’est pas une questuion de “patch” qui voutent pratiquement aussi cher que les clopes (dans la mesure ou en plus, fumer avec patch coûte encore plus cher)

    Il y a les habitudes, les comportements perso, et Allan Car n’est pas un ange mais il c’est rendu compte qu’arrter de fumer est surtout une question de neurones !

    Et puis pourquoi n’a t-on pas inventé les équivalents de “patch” pour arreter de picoler !
    Cela ferait sacrément moins de morts sur les routes les samedis soir !

    Un fumeur se matraque la santé mais il le sait !
    Un alcoolo matraque sa vie et surtout celle des autres !

    (J’ai fumé 40 ans un paquet et demi, et n’ai arreté quand j’ai “décidé” et hélas en dépis des conseils sirupeux et mielleux de stop tabac info service, qui ne faisait que me dire :
    “arreter de fumer c’est bien ! Ha bon ?
    Z’êtes sur ?
    Je m’en étais pas rendu compte peut-être !”

  • loosy
    • Posté à 14h22 le 23/09/2010
    • Internaute 126760

    Moi aussi, je l’ai lu, relu même avant de me lancer, et j’ai arrété après 15 ans de clopes à raison de 20-30 par jour.

    Alors oui bien sûr il y a un gros business A.Carr...et alors ? N’y a-t-il pas un business de la clope, et plus scandaleux un business pharmaceutique sur les patch et autres méthodes à base de nicotine qui vous inoculent le poison dans les veines et vous maintiennent par là-même dépendants à cette même nicotine ?

    A. Carr ne fait que démonter les rouages psychologiques qui font croire au fumeur qu’il ne peut pas arréter sans endurer d’horribles souffrances, et ça marche...

    J’ai arrété sans souffrir, en y prenant même du plaisir !

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