22/09/2010 à 11h20

On vous ment : vous arriverez à arrêter de fumer seul

CFPJ 2010 | Journalistes

Les substituts nicotiniques ne servent à rien ou presque : près des trois quarts des ex-fumeurs ont arrêté seuls. C’est l’une des conclusions d’une étude de février 2010 passée sous silence.


(François Quivoron/CFPJ)

Une étude publiée en février par la revue PLoS, revue réputée, sous la direction des chercheurs australiens Simon Chapman et Ross McKenzie, est formelle : une grande majorité d’anciens fumeurs ont réussi à arrêter seuls. Une découverte qui relativise l’efficacité du sevrage assisté.

Serge Karsenty, sociologue au CNRS et membre du collège scientifique de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), suit depuis longtemps les travaux de Chapman :

« C’est un scientifique dominant, un personnage incontestable dans le milieu et quelqu’un de très rigoureux. Son article est très courageux, surtout par rapport à la puissance de l’industrie pharmaceutique. »

Chapman et McKenzie ont en fait réalisé une « méta-étude » : ils ont examiné l’ensemble des travaux scientifiques parus sur le sujet entre 2007 et 2008, soit un total de 662 articles.

Le résultat est différent quand l’étude est financé par un labo

L’une de leurs premières conclusions, c’est que le cas des fumeurs ayant arrêté seul a une fâcheuse tendance à être mis de côté dans les études sur le sevrage tabagique. Leurs chiffres montrent un biais plus grave encore :

  • 51% des études signées par des chercheurs liés à l’industrie pharmaceutique insistent sur l’efficacité des substituts nicotiniques.
  • 22% seulement de celles signées par des chercheurs indépendants s’accordent sur cette efficacité.

Le message des professionnels du sevrage est implicite : sans méthode médicamenteuse ou thérapeutique, vous ne pouvez pas réussir.

Chapman s’indigne que le cas du fumeur ayant arrêté seul soit minoré dans le discours des campagnes de santé publique et dans la littérature scientifique. Alors que ses travaux débouchent sur une étonnante conclusion : deux tiers à trois quarts des sevrages réussis l’ont été sans aide extérieure.

Anne Borgne, tabacologue et secrétaire générale adjointe de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT), nuance le propos de Chapman :

« La prise en charge médicalisée s’adresse à des personnes dans des conditions particulières. On peut arrêter tout seul, bien sûr. Et l’arrêt est souvent durable pour des personnes très motivées. Mais ce n’est pas transposable à tout le monde. »

Le parcours fléché proposé au fumeur doit être révisé

Pourtant, le parcours fléché par les campagnes de santé publique oriente toujours le fumeur sur le chemin de la pharmacie ou du tabacologue. Rien en revanche sur l’arrêt du tabac sans aide.

Alors que le sevrage assisté, on le sait, ne garantit pas le succès, le patch, très répandu, n’obtient que de 16% de réussite selon les études. Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’université de Paris-VII et spécialiste des comportement addictifs, confirme qu’il ne faut pas centrer les campagnes de santé publique sur les substituts :

« Ce n’est qu’un accompagnement. Se dire qu’on prend un cachet et que le labo fait tout le reste, c’est une façon de se désinvestir. »

A l’inverse du discours lancinant « Faites vous aider ! », il conviendrait de mettre l’accent sur la responsabilisation des fumeurs et leur redonner confiance en eux.

La revue médicale en ligne Addiction a publié le 23 août 2010 un éditorial dans lequel les auteurs -dont le rédacteur en chef Robert West- s’attaquent aux conclusions de Chapman. Mais ce réquisitoire en quatre points défend plutôt le statu quo, et il est difficile d’y dénicher un argument qui réfute le propos de Chapman. Arrêter seul est donc bien la méthode qui marche le mieux.


Thomas Siniecki/CFPJ

L’édito d’Addiction souligne l’âge tardif auquel les fumeurs arrêtent seuls. Serge Karsenty abonde dans ce sens :

« Vers 30-35 ans, les drogués, dont les fumeurs, en ont marre. C’est aussi l’âge de possibles changements sur le plan personnel. »

Tomber amoureux, déclic idéal pour décider d’arrêter

La lassitude entre donc aussi en ligne de compte. D’après le Baromètre santé 2005 établi par l’INPES, il s’agit d’une des principales raisons d’arrêt. Par ailleurs, la grossesse est un tournant, une source de motivation, aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Michel Lejoyeux mentionne encore le rôle d’un autre genre de déclic :

« Dans certains cas, il survient à cause d’un blocage de l’entourage qui peut être un déterminant fort, par exemple on tombe amoureux de quelqu’un qui déteste la cigarette. Il peut aussi y avoir une raison de santé. »

C’est justement ce qu’a constaté Lejoyeux parmi ses patients. Les premiers signes de détérioration de la santé peuvent alerter :

« Les arrêts solitaires sont tardifs. Je pense qu’il ne faut pas attendre la menace d’un cancer. J’ai envie que les fumeurs n’attendent pas le dernier moment et construisent leur motivation en faisant par exemple une balance décisionnelle - points positifs et négatifs de la cigarette. »

Et selon Chapman, l’arrêt spontané, fondé sur la volonté, débouche sur deux fois plus de réussite que le sevrage planifié, du genre « J’arrête le 1er janvier ».

Le discours ambiant décourage le fumeur d’essayer seul

L’état psychologique des fumeurs sur le point d’arrêter est décisif selon Dejoyeux :

« Pour arrêter seul, il faut être capable d’identifier comment le tabac agit sur nous, chercher la motivation. Il faut aussi repérer les petits automatismes qui vous donnent envie de recommencer comme la cigarette avec le café. Il faut croire en soi et être optimiste. »

Mais quand les fumeurs sont bombardés de messages qui font la promotion implicite du sevrage accompagné, il devient difficile pour eux de se convaincre qu’ils doivent d’abord compter... sur eux-mêmes. Au contraire. Chapman analyse ce fatalisme et ses conséquences dans la tête du fumeur :

« Il se dit : “J’ai essayé, et j’ai échoué avec une méthode prescrite par mon médecin qui, selon lui, avait de grandes chances de succès. Essayer d’arrêter sans aide, chose qui n’a jamais été recommandée, serait de la pure folie.” »

Une inversion radicale du discours général sur l’arrêt du tabac, notamment dans les campagnes de santé publique, voilà ce que réclame Chapman. Pour ne plus leurrer le fumeur, mais au contraire lui redonner confiance.

Norine Raja et François Quivoron

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  • 16 réactions
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  • niouze
    niouze
    aucune
    • Posté à 14h37 le 22/09/2010
    • Internaute 65299
      aucune

    merde a voir toute ses cigarettes la ! sa me donne envie de fumer

  • Guy Valte
    Guy Valte
    Parisien abonné au gaz
    • Posté à 15h21 le 22/09/2010
    • Internaute 24462
      Parisien abonné au gaz

    Pour ma part l’arrêt du tabac (25/jour en augmentation) n’a pas fait apparaître d’autre manque que psychologique, je veux dire que les jours qui ont suivis la dernière cigarette n’ont pas été accompagnés de manifestations bizarres, juste un peu de nostalgie. J’ai quand même recouru à un truc : associer la décision de la dernière avec un évènement inoubliable.

    • Cotlac
      Cotlac répond à Guy Valte
      à côté
      • Posté à 16h27 le 22/09/2010
      • Internaute 126771
        à côté

      C’est également la solution employée. Ca fait 9 jours que je tiens grâce aux messages d’encouragement laissés sur mon répondeur (par des proches, puis des inconnus).
      Ces messages entreront dans le cadre d’une création mais cette nouvelle expérience (les confidences, les blagues et réflexions que j’écoute chaque jour) m’aident vraiment à tenir le coup.

      • Guy Valte
        Guy Valte répond à Cotlac
        Parisien abonné au gaz
        • Posté à 17h19 le 22/09/2010
        • Internaute 24462
          Parisien abonné au gaz

        Une création ? Voila une très bonne idée, un projet gratifiant alimenté par les inconvénients, je veux dire, indirectement, les messages d’encouragement ne sont pas des inconvénients.
        Le désir de la cigarette est assez diabolique, on est amené à trouver de bonnes raisons de reprendre. La principale étant d’oublier les raison pour lesquelles on arrête, d’autant plus facilement que les inconvénients du tabac s’atténuent avec le temps qui passe. Il faut vraiment que le rocher auquel on s’accroche pour résister soit solide.
        Une création en forme de quoi ?

         
        • Cotlac
          Cotlac répond à Guy Valte
          à côté
          • Posté à 17h31 le 22/09/2010
          • Internaute 126771
            à côté

          Une création en forme de son (montage des messages) pour commencer et puis peut-être des images (photos) aussi pour continuer.

          • Guy Valte
            Guy Valte répond à Cotlac
            Parisien abonné au gaz
            • Posté à 17h40 le 22/09/2010
            • Internaute 24462
              Parisien abonné au gaz

            pas assez structuré pour s’accrocher, il faut par exemple et si ça existe toujours, s’inscrire au concours de création radiophonique d’ Arles, pour avoir une vraie cible, ou quelque chose du genre, peut être ici même sur rue89 devenant : Radio89 ; -)

        2 autres commentaires
    • ficau
      ficau répond à Guy Valte
      edoniste
      • Posté à 18h43 le 22/09/2010
      • Internaute 126783
        edoniste

      j’ai fumé pendant 35 ans, j’ai arreté plusieurs fois et pas longtemps et puis définitivement depuis 6 ans, tout seul et sans trop de difficultés, l’addiction à la nicotine c’est du pipo, c’est le geste qui manque le plus. j’étais persuadé depuis longtemps que la clope était très mauvaise pour la santé ce qui a fini par me décider c’est d’une part le fric que ça me coutait (2500 euros par an...) et le fait que je me trouvais souvent à etre le seul à fumer lorsque je rencontrais des amis. je n’ai pris que 2 ou 3 kg en faisant un peu attention à la bouffe. bref s’arreter c’est possible !

      • Guy Valte
        Guy Valte répond à ficau
        Parisien abonné au gaz
        • Posté à 19h10 le 22/09/2010
        • Internaute 24462
          Parisien abonné au gaz

        Par rapport au fric, je me souviens d’un psy qui conseillait, lorsqu’on avait envie de fumer alors qu’on était sur le chemin d’arrêter, de prélever la cigarette, et de l’écraser entre ses doigts pour bien marquer la victoire, je trouve ça un peu cruel.mais peut être efficace.

    • DeSuisse-
      DeSuisse- répond à Guy Valte
      Je pense donc je gêne !
      • Posté à 10h14 le 23/09/2010
      • Internaute 101756
        Je pense donc je gêne !

      Je me disais que cet étrange déni de la réalité qui vous caractérise contribution après contribution devait bien provenir de quelque part.

      Les aspects psychologiques du manque de tabac sont donc (de part votre exemple) à considérer avec la plus grande attention et le plus grand souci.

  • podop
    podop
    penseur padawan
    • Posté à 16h38 le 22/09/2010
    • Internaute 94975
      penseur padawan

    La lecture de cette article me conforte dans l’idée que la seule bonne façon de s’arrêter de fumer est de prendre réellement conscience qu’il n’existe aucune bonne raison de fumer (sauf pour s’auto-détruire évidement) et que l’on a tout simplement pas besoin de tabac pour vivre.

    A lire le livre d’Allen Carr « La méthode simple pour en finir avec la cigarette » vendu à plus de 10 millions d’exemplaires, dont 700 000 en France (2008) qui donne les clés en toute simplicité de cette prise de conscience.

    • Guy Valte
      Guy Valte répond à podop
      Parisien abonné au gaz
      • Posté à 17h28 le 22/09/2010
      • Internaute 24462
        Parisien abonné au gaz

      Non il ne faut pas dire ça, il y a un « orgasme pulmonaire » ce en quoi je crois, c’est en la solidité de la décision d’arrêter. il faut s’accrocher à un roc, avec au préalable un longue dévalorisation de l’acte de fumer, casser les habitudes, limiter le nombre de clopes pour ne pas fumer banalement.

    • Road
      Road répond à podop
      Rsa-iste
      • Posté à 17h37 le 22/09/2010
      • Internaute 112955
        Rsa-iste

      Excellent bouquin, qui m’a considérablement aidé à prendre la DÉCISION d’arrêter de fumer. Probablement l’un des rares bouquins à recommander à ceux qui veulent franchir le pas...

  • Road
    Road
    Rsa-iste
    • Posté à 17h25 le 22/09/2010
    • Internaute 112955
      Rsa-iste

    J’ai arrêté seul, brutalement, sans aide, parce que j’en avais tout simplement marre d’être esclave de la clope (2 paquets par jour). J’ai tout jeté à la poubelle un matin : paquet entamé, paquets neufs, briquets et cendriers. Pas de patches, juste quelques gommes haute dose pendant 2 ou 3 jours pour lutter contre les pics de manque physiologique. Quelques moments difficiles, au début, après les repas, la baise, avec le café, etc. Au bout de quatre jours, j’étais sevré. Au bout d’une semaine, la clope avait disparu de mon existence. 7 ans le mois prochain sans une clope. Juste un conseil : attention à l’appétit qui revient à fond la caisse (la nicotine fait disparaître la sensation de faim), notamment le matin, pour ceux qui, comme moi jadis, prennent un petit déjeuner à base de café et de clopes. On n’a pas le temps de s’en rendre compte et on a déjà pris 10 kilos ! ... Sinon, c’est que du bonheur !

    • Guy Valte
      Guy Valte répond à Road
      Parisien abonné au gaz
      • Posté à 17h34 le 22/09/2010
      • Internaute 24462
        Parisien abonné au gaz

      Oui moi aussi j’ai grossi et je me demande s’il ne serait pas un bon stratagème que d’utiliser des chewing gum à la nicotine pour couper la faim ? et redevenir svelte et sexy..... : -)

  • Benoît Granger
    Benoît Granger
    Chercheur en microfinance
    • Posté à 14h10 le 23/09/2010
    • Expert 1916
      Chercheur en microfinance

    bravo ! J’ai arrêté seul, mais continuer d’arrêter c’est plus dur ... D’ou l’utilité de trucs genre chewing gums, juste pour entretenir !

  • pier31
    pier31
    reprendre la main
    • Posté à 18h52 le 23/09/2010
    • Internaute 64394
      reprendre la main

    Pourquoi ne pas demander au fabricant de ne plus mettre de nicotine dans les cigarettes, juste du tabac !

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