
World Press Photo : un palmarès toujours aussi cliché
Le World Press Photo est une fondation néerlandaise créée en 1955. Elle est patronnée par le prince Constantin. Chaque année, elle décerne une soixantaine de prix par catégories de thèmes et de sujets. Pour ce palmarès 2008, 5 019 reporters photographes ont participé, représentant 125 pays et 80 536 clichés (source WPP). Une mine.
A partir de cet afflux, on pourrait concevoir quelques originalités dans le compte-rendu photographique d'une actualité universelle. Las ! Depuis quelques décennies, les clichés premiers lauréats se suivent et se ressemblent.
L'institution du World Press Photo maintient une orientation : celle d'un photojournalisme droit dans ses boîtiers, qui ne nous apprend plus rien qu'on ne sache déjà depuis au moins deux décennies, aussi bien sur l'écriture photographique que sur l'information journalistique qu'elle véhicule.
Ainsi, un jury composé de « pictures editors » [les iconographes, qui choisissent les photos à publier, ndlr] de la « grande presse internationale » attribue tous les premiers prix des catégories sur des critères qui ont moins à voir avec le style et l'information, que la communication de la compassion…
WORLD PRESS PHOTO OF THE YEAR TIM HETHERINGTION
… du sensationnel sur tout et sur rien…
SPOT NEWS SINGLES JOHN MOORE
| NATURE SINGLES FANG QIANHUA |
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… de la citation, de l'anecdote (à la manière de Diane Arbus, de David Hamilton ? )…
| PORTRAIT STORIES VANESSA WINSHIP |
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ARTS AND ENTERTAINMENT SINGLES ARIANA LINDQUIST
… du ridicule et du grotesque au détriment des photographiés (hommes et animaux).
SPORTS FEATURES STORIES ERIK REFNER
ARTS AND ENTERTAINMENT STORIES RAFAL MILACH
… sans oublier l'inévitable image néo-biblique (un Afghan portant un enfant blessé, par Balazs Gardi), et les clichés tartes à la crème des sections sportives.
SPORTS ACTION STORIES CHRIS DETRICK
Tout ceci resterait dans une démo plus ou moins convenue, entendue, s'il n'y avait pas, dans cette liste de primés, l'illustration d'un cas dramatique « près de chez nous ».
L'image photographique s'est toujours exonérée d'une réflexion constante sur sa morale (excepté dans les équipes fondatrices de Magnum…). Généralement provoqué par un cliché attentant à la dignité de l'homme, le débat glisse immanquablement vers le « problème déontologique » interprofessionnel, avec sa question attachée : « Faut-il ou non publier cette image ? “… une fois parue. Mais jamais celle-ci : ‘Comment peut-on photographier cela ?
Contrairement à l'image cinématographique, la photographie n'a pas eu son travelling de Kapo'’. Loin de la gravité du sujet du film de Pontecorvo (la Shoah) et la sentence de Rivette sur le plan final, bien des fois, nous sommes avec la photographie devant des configurations technico-éthiques voisines. Exemple, ce premier prix dans la section Contemporary Issues Stries (traduction française : Problèmes Contemporains, tu parles d'un problème).
CONTEMPORARY ISSUES STORIES JEAN REVILLARD
Il s'agit d'une série sur les abris d'infortune des migrants autour de Calais. Le photographe, Jean Revillard, met littéralement en scène, sous éclairage directionnel soit cru, soit crépusculaire, ces cabanes de bric et de broc dans la forêt.
Il s'essaie à l'esthétisme (lequel ? ) d'une position à tous points de vues dominante sur un sujet où l'approche demanderait une réserve de distance et d'exactitude de couleurs pour ne pas verser dans sa déréalisation, sa fiction, son incroyable.
L'absence d'occupant achève de faire ces huttes des décors déconnectés de toute histoire humaine. Pour être ‘constructif’, j'oppose à cette vision ‘snapshotés’ (partant d'une démarche, j'en suis sûr, sincère) le travail sur plusieurs mois du photographe documentariste Bruno Serralongue.
Mais il ne faut pas désespérer des jurys ‘pros’ du World Press Photo. Des travaux arrivés en deuxième ou troisième places du palmarès ne relèvent pas de l'artifice. Ainsi Stanley Greene…
GENERAL NEWS SINGLES STANLEY GREENE
… ou bien encore son confrère Francesco Zizola de l'agence Noor, sur la violence en Colombie ; Benjamin Lowy, sur des portraits masqués de détenus irakiens ; Olivier Cullman et bien d'autres. Mais nous n'avons pas ces dernières images. Elles ne sont pas comprises dans le ‘2008 Contest Press Kit’.
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► Traversées mondaines. et frivoles de l'art contemporain.




















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De GASTAUD
photographe | 15H26 | 16/02/2008 |
Les photos qui sont publiees dans les journaux, ne sont que la selection des iconographes et autres chefs des services photo, mais absolument pas le reflet de ce qui se fait vraiment. J'ai le plus souvent constate que la culture photographique de ces professionnels de la profession est plutot faible, se resumant au style photographique se faisant a un moment T, pas plus (sans parler du copinage, qui est pratique a tres haute dose).
De nmalbranche
Aspirant épicurien | 18H32 | 16/02/2008 |
Merci pour la référence au traveling de Kapo, je me coucherai moins bête.
Sinon, le palmarés en lui même est peut être cliché, mais les photographes dont le travail est mis en lumière sont quand même rarement des manchots. Sans compter qu'ils font aussi parfois mouche. La photo de l'année 2006 était bien dans l'air du temps par exemple, avec l'avénement du tout numérique. Tout le monde est photographe est aujourd'hui…
à nmalbranche
De riverain désinscrit
20H09 | 16/02/2008 |
non !
tout le monde possède un appareil photo(*) mais tout le monde n'est pas photographe. L'appareil n'est rien si vous n'avez rien à dire.
(*)et encore pas partout !
à riverain désinscrit
De nmalbranche
Aspirant épicurien | 09H04 | 17/02/2008 |
Tout le monde n'est pas photographe, ça veut dire quoi ? Tout le monde n'y met pas autant d'effort, personne n'y fait vraiment gaffe ? Certes. Et après, quand vous avez un amateur qui prend LA photo, le « one of », vous faites comment pour juger la photo ? tout le monde est Capa de nos jours. Peu importe si vous ne comprenez pas ce que vous venez d'immortaliser. Ca n'empéchera pas l'image d'être distribuée. Le talent n'est même plus un pré-requis.
à nmalbranche
De caro
délinquante avérée | 14H05 | 17/02/2008 |
je rejoins alan.smithee. Tout le monde peut faire des photos souvenirs. Tout le monde n'a pas l'oeil, la connaissance innée ou pas de l'angle, du 1er plan, du fond, du gros plan, du plan d'ensemble etc pour faire une photo « signifiante ». Rassurez-vous, il y a d'excellents amateurs qui ont le « don » de faire passer quelque chose
De 9illes
Photographe | 22H14 | 16/02/2008 |
Je trouve dommage qu'un des rares articles sur le WPP que l'on puisse lire hors presse spécialisée débouche sur un démontage en règle de ce qui malgré tout reste une référence dans le monde de la photographie de reportage.
Que les choix du jury puissent porter à discussion, voire à controverse, c'est une chose. Et c'est tant mieux.
Que le travail de tel ou tel photographe et les images qui en résultent vous déplaisent, c'est votre entière liberté.
Cependant vos mots, adressés à un large public, laissent trop de place à une critique qui, même si elle peut être justifiée, laisse peu de place au jugement personnel que peut se faire un non-initié.
Un peu de recul aurait permis de mettre en valeur vos arguments et votre connaissance incontestable de la photographie.
De Louis Mesplé (auteur)
Rue89 | 01H42 | 17/02/2008 |
A Gérard,
D'accord, mais les iconos ou chef de sevice sont assujetis, sans trop de marge de manoeuvre, à la politique rédactionnelle du journal, mag, quot., etc
A l'aspirant épicurien, faut voir la photo de l'année 2007, où tout épicurien que ns pouvons essayer d'être… hic, oups !
A Gilles, j'essaie justement,avec mes mots d'ouvrir les photos « fermées » du wpp afin que la critique de toutes et tous secouent la référence…
Merci.
L.M
De GASTAUD
photographe | 09H15 | 17/02/2008 |
A Louis MESPLE : les proprietaires des entreprises de presse ne porte aucun interet pour la photographique de qualite. ils se sentent juste dans l'obligation de soupoudrer les articles de deux-trois photos, histoire « d'aerer » la maquette. Il est bien connu que les chefs des service photo se font apprecier de leur hierarchie, quand ils reduisent le plus possible les frais concernant la photo.
C'est pour cette raison qu'ils ne respectent que raremant le droit du travail (conges payes, 13eme mois, retraite, chomage,etc, etc…). Et c'est pour cela que la qualite moyenne de la photo de presse est de plus en plus basse, car les meilleurs photographes quittent ce secteur.
De Pior
12H06 | 17/02/2008 |
Je me pose, et je vous pose une simple question,
qu'est-ce que la photographie de presse de qualité ?
De GASTAUD
photographe | 13H21 | 17/02/2008 |
reponse a Pior : la photographie de presse de qualite, c'est lorsque le photographe a une demarche d'auteur (en dehors des modes du moment). Ce qu'on peut voir actuellement dans la presse francaise est l'equivalent du fast-foot en gastronomie.
De vince.fr
Humanitaire | 14H06 | 17/02/2008 |
Le principe institutionnel de l'événement ainsi que la composition de son jury limite certainement l'exercice mais comme tout ceux de ce genre.
Le vrai soucis c'est réduction de la place de l'image de qualité dans la presse et la voie de conséquence c'est le manque de créativité, gourmande en temps et en budget devenu rares.
Mais qu'es ce que la qualité ?
Le World Press Photo n'est que le reflet de la place du photo-reporter dans les médias alors plutôt que de le critiquer, pourquoi ne pas le compléter par d'autres événements (publication ? prix ? exposition ? ) révélateur de talent ou d'oeuvre plus correspondante a votre vision artistique et éthique ?
C'est a vous media de tirer vers le haut ce qui se publie comme c'est aux photographe de tirer vers le haut ce qui se produit.
Comment faire sans budget ? quelle démarche choisir alors ?
Informer par l'art ou par masse ?
Le photo-reporter s'inscrivait entre les deux jusqu'à ce que les logiques commerciales ou artistiques aient favorisé les extrêmes, faisant du photo-reporter un trop cher pour les uns ou pas assez beau pour les autres.
Mais es ce grave ?
Coluche disait « quand on pense que vous ne l'acheteriez plus ca ne se vendrais pas… »
Aurait il eu encore raison ?
Puisque les médias pullulent, les informations sont vomie sans êtres analysées, faire la distinction entre savoir et comprendre à toujours été élitiste mais aujourd'hui c'est criant.
Alors pourquoi les illustrer chèrement une information noyée dans la masse ?
Pourquoi refuser une photographie moins artistique mais très explicite dans un media de qualité ?
Car les lecteurs ne sanctionnent pas ces démarches dans la mesure ou ils ne la perçoivent pas.
La théorie de l'évolution s'applique ici aussi, le plus moyen survira alors lecteur, media et photographes, adaptons nous ou créons cet environnement de survie qui nous semble nécessaire plutôt que de critiquer la paille dans l'oeil du voisin…
Pour moi, pour l'instant, Rue89.com fait parti de cet environnement, mais moins pour ce type d'article moins constructif que critique.
(je vous aime tout de même, allons…)
De Stephann
Etudiant Lyon | 15H51 | 17/02/2008 |
La photo n'est un art que quand c'est un artiste qui s'exprime derrière son viseur…
Les choix éditoriaux ne sont souvent que des choix d'images d'illustration, c'est sûrement à déplorer.
La presse cependant diffuse le travail des photographes et leurs sert aussi de tribune, c'est bien aussi au travers d'elle que la photo évolue.
Il y a dans les choix de Wpp de très beaux clichés et le ton de l'article est un peu trop violent. Je crois que l'on peut porter une juste critique sur les choix de photos en évitant de douloureuse lourdeurs telle que :
« Celle d'un photojournalisme droit dans ses boîtiers, qui ne nous apprend plus rien qu'on ne sache déjà depuis au moins deux décennies, aussi bien sur l'écriture photographique que sur l'information journalistique qu'elle véhicule »…
Mais bon c'est peut être le propre du « consultant » de faire de l'emphase…
De Pior
01H49 | 18/02/2008 |
Je m'heurte fatalement à une problématique de la photographique ; Le fondement même de la photographie de presse n'est il pas de traiter, de retranscrire de la manière la plus proche la réalité du monde ? Ne remarque t on pas une dérive sure de la lecture de l'image ?
Il y a pour moi visuellement ce problème d'esthétisme qui éloigne plus qu'elle ne l'est la représentation de la réalité. Je donne un sens secondaire à l'information que l'on cherche à montrer, comme un voile de communément beau, un cadrage, un instant …
Enfin… la demande semble être tout autre chose et il est vrai que je n'arrive pas à la cerner…
De thomas_F
journaliste, photographe | 09H44 | 18/02/2008 |
Le point de vue de Louis Mesplé est malheureusement celui généralement partagé sur le prix World Press, qui privilégie toujours l'émotion et la photo choc. Pour commencer, on n'a droit qu'à une photo. À ce jeu-là, oui, tout le monde est photographe.
Une autre rumeur, dont je ne connais pas la validité, veut que le jury soit constitué de tenants des grands journaux et agences, qui ne couronnent que leurs salariés…
De GBG
11H45 | 18/02/2008 |
Le Word Press a le mérite d'exister mais je préférerais voir récompenser le travail d'un photographe que plutôt une photo choc, c'est préférable de voir l'ensemble de son travail.
En ce qui concerne les services photos des journaux et magazines que je connais bien il y a un réel appauvrissement de la presse, pour plusieurs raisons les iconos sont trop scotchés à leur fauteuil et leur confort, ne sortent pas suffisamment et ne prennent pas le temps de découvrir d'autres talents, et ont peur d'aller voir ailleurs aussi… En somme ne prennent pas de risque. De plus certains jeunes iconos très peu payés n'ont pas la culture photos, mais les rédactions font des économies à tout prix et pensent qu'en sachant manier la souris ils peuvent tout trouver… Que nenni !
Et pour terminer pour ne pas choquer les lecteurs, les rédactions s'autocensurent. De plus les rédactions ne donnent pas les moyens, ni le temps aux iconos, les rédactions ne donnent pas non plus la possibilité aux photographes de partir en reportage, de s'exprimer… Donner carte blanche à un photographe c'est extrêmement rare. Sauf s'il est extrêmement connu…
De Calice
Journaliste/photographe à l'île Mau... | 12H47 | 18/02/2008 |
Henri Cartier-Bresson : « Le reportage est une opération progressive de la tête, de l'oeil et du coeur. »
De Myrdin
raleur | 22H49 | 20/02/2008 |
La photo est vraiment le parent pauvre de la presse. Je bosse souvent en PHR et PQR, là, on atteint des sommets. La photo est juste là pour illustrer ( d'où les nombreux rang d'oignons sniff). Rien n'est pensé pour elle, jusque dans le système de mise en page.
Par exemple Hermes, logiciel de mise en page très répandu, est assez caractéristique. Ses géniaux concepteurs n'ont pas percuté qu'une photo est rectangulaire et qu'il est assez simple de faire des homothéties. Au lieu de cela, il faut plier le cadrage de la photo aux désidérata du carton. On arrive a des situation ubuesque puisque dans 90% des cas, on est obligé de recadrer la photo ou d'en faire un crop. Adieu écriture photographique.
En mag et en presse nationale, j'ai souvent été stupéfait des gouts des iconographes. Je trouve qu'ils ont tendance à choisir des photos très classiques, convenues.