
Musée d'Art moderne : Rodtchenko de l'avant-garde à l'art officiel

Le titre de l »exposition Rodtchenko, » La Révolution dans l'œil » , au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, on ne sait pas trop bien par quel bout il faut le prendre… Restons dans une définition copernicienne, à savoir qu »Alexandr Rodtchenko a accompli de 1917 aux années cinquante, en URSS, le tour complet de la création d'une avant-garde artistique à son effacement par le stalinisme.
Au départ est le constructivisme, cette idée sœur cadette du futurisme et du cubisme, enfantée par les » soviets plus l'électricité » de la révolution léniniste d'Octobre 17. Avec Malevitch, Maïakovski, Rodtchenko en est le premier partisan. Le constructivisme se veut la création d' » usines vivantes de l'esprit humain : dans les rues, les tramways, les ateliers, les habitations des travailleurs, etc. »
A partir de cette » factory » idéologique dédiée au service du plus grand nombre, le peintre Malevitch dessine des modèles de vaisselle, le poète Maïakovski dirige des symphonies de sirènes d'usines, Rodtchenko invente des vêtements » constructivistes » .
En 1924, Rodchenko, après la peinture et la sculpture, s'oriente vers la photographie avec pour projet » d'effectuer une révolution dans notre pensée visuelle » . Rien que ça… Par des plongées, des contre-plongées, des gros plans, des prises de vue en diagonale, aériennes, et des angles non conventionnels, suivant les préceptes de son ami cinéaste Dziga Vertov, il renverse les bienséantes perspectives en usage dans la photographie mondiale. Sans oublier les photomontages.
L'œil est à l'apogée de sa révolution. C'était sans compter sans » la ligne générale » émise par Staline, ligne politique simpliste, nationaliste, édifiée pour éliminer tous les opposants et toutes les oppositions, et en premier lieu hommes et idées universalistes d'octobre 1917.
En 1927, le journal Sovietskoi Foto dénonce Rodtchenko comme, ce qui va devenir un classique, » plagiaire de photographes bourgeois » . Il y répond dans un texte riposte et manifeste à la fois, titré » Grande Inculture ou petite vilenie ? » Ce n'est pas fini. Petites calomnies et grandes persécutions se succèdent. Maïakovski se suicide en 1930. Malevitch meurt désespéré en 1935.
Rodtchenko se tourne après 1932 vers des thèmes » réalistes socialistes » : chantiers géants de construction, défilés et sports de masse… » La Jeune Fille au Leica » (1934) est un au revoir courtois à une esthétique, une idée du futur… Ses dernières photographies, sur le cirque, sujet sans enjeu, sont des impasses techniques et formelles. En 1951, il est exclu de l'organisation de la Société des artistes soviétiques. Il est réhabilité, en 1954, après la mort de Staline. Il meurt en 1956. Rideau. De fer.
Cliquer ici pour voir les photos en plein écran.
► Rodtchenko, « La Révolution dans l'œil », exposition de près de 300 photos, au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris (organisée avec le concours de la Maison de la photographie de Moscou), 11, avenue du Président Wilson, Paris XVIe - jusqu'au 16 septembre - 10h-18h sauf lun., le mer. jusqu'à 22h, les ven. et sam. jusqu'à 20h. - 3,5€/5,5€. - Rens. : 01-53-67-40-00. - plan. - catalogue disponible le 29 juin.
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► Traversées mondaines. et frivoles de l'art contemporain.




















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De pikasso02
18H00 | 25/06/2007 |
c'est bonnet blanc et blanc bonnet. L'avant-garde finit toujours par devenir officiel. Mais si la photographie s'est démocratisée, peut-on en dire de même de la peinture ? N'y a-t-il pas là, quelque chose qui cloche ? Notre cerveau qui fut le lieu de naissance des oeuvres géniales à venir, fut remplacé au 20ème siècle par la chambre noire, où s'inscrivit le monde. Le cerveau aujourd'hui ne pense qu'en photos. Il a oublié, perdu peut-être, sa faculté de voir. Le monde extérieur n'est pas l'homme. Ils sont nombreux, ceux qui pensent que la photo a permis de ne plus apprendre à dessiner en imitant. Imiter, quel horreur ! Pourtant, ce fut la seule façon qui permit aux peintres du passé depuis la préhistoire de communiquer des pensées nouvelles. Nous communiquons peut-être tous par la photo ! Mais que communiquons-nous ?
De
13H57 | 26/06/2007 |
La question de la photo en histoire de l'art est vaste ; simple témoignage d'un moment éphémère ou oeuvre en soi et en tant que telle ?
Penser photo, mais aussi mouvement, sensation, « ressenti », ce que la peinture a exploré bien avant (CF Chardin par exemple).
La raison de la mimêsis, l'imitation, n'est pas forcément le sujet ; mais devient l'objet de l'interrogation.
Et cette question dure depuis des siècles…
L'imitation a pourtant donné des résultats surprenants ; en donnant non des copies, plagiats, faux, mais également des itérations, de interprétations etc etc …
Je crois que nous voyons le sensible, parfois l'invisible, mais pas « l'invu » (ce qui nous reste à voir).
La photo, la peinture et le reste ont de belles heures devant eux ; )
Nikoala.
De pikasso02
20H50 | 26/06/2007 |
Bonsoir Nikoala
J'aime assez l'expression « d'invu ». C'est la première fois que je la vois écrite. Pourquoi les conservateurs refusent-ils de voir « l'invu » que je vois chez Picasso ? La part de lecture « objective » est-elle désormais impossible à communiquer à autrui ? Si mes questions vous ennuient, SORRY. Sinon vous pouvez retrouver mon « vu » sur mon blog en cliquant pikasso02 sur Google. Le SOMMAIRE est dense et se trouve en tête du blog. Ma thèse est présente dans plusieurs articles. Bonne soirée
De
08H41 | 27/06/2007 |
Bonjour
Je n'invente rien et vous invite à lire J.L Marion, « la croisée du visible » ainsi que M.Merleau Ponty et Simon Alexandre Zavadil, et Bataille, tant et tant : ) J'ai travaillé également sur Picasso, que j'apprécie.
Les conservateurs sont souvent des technocrates administrateurs, et plus rarement des esthéticiens ou critiques, hélas. Mais il en faut ! Certains sont historiens de l'art, mais guère philosophes en ce domaine.
Je pense à de nombreuses nuances entre visible, invisible, invu, vu, sensible, sensoriel etc etc .. Jeu sur les mots propre aux esthéticiens.
Picasso a amené davantage que le cubisme, je crois notamment à une certaine révélation du primitivisme (certaines ressemblances troublantes entre les demoiselles d'avignon et des masques africains …).
Il n'est pas le seul, certes, mais il a contribué à développer un art autre que figuratif. Il existe des axes de lectures techniques et objectifs des oeuvres, en histoire de l'art, et méthodologie de lecture du tableau ou de la sculpture, mais souvent trop objectifs et froids pour être réellement convaincants.
J'irai bien sûr voir votre blog avec plaisir : )
Nikoala.
De pikasso02
09H34 | 27/06/2007 |
Merci de m'avoir répondu.
Si le « système » de lecture que je propose, des oeuvres de Picasso n'est pas objectif, c'est à dire s'il n'a pas été utilisé par Picasso pour concevoir la majorité de ses oeuvres, alors ma thèse n'a aucun intérêt. Mais s'il est objectif, je peux vous assurer que le « froid » n'accompagnera pas la lecture de ses oeuvres.
Trop d'ouvrages se contentent de répéter ce qui a déjà été écrit sur ce peintre. J'ai 61 ans, et j'ai lu un grand nombre d'ouvrage sur lui et ces ouvrages me sont indispensables, mon travail consistant en une interrogation par le dessin de ses oeuvres.(Vous pourrez retrouver mes dessins d'après ses oeuvres dans mon blog)
Les générations passent, et aujourd'hui Picasso est presque devenu un mythe. Peut-on « s'attaquer » à un mythe ? La réponse est non. Alors que faire si nous trouvons du nouveau sur lui ?
Vous remercie par avance de la visite à mon blog. Visite qui apportera, je ne peux en douter, des remarques qui ne pourront que m'encourager à y croire. Ou à abandonner cette idée ! Mais il vous faudra alors me dire où le bât blesse si vous me permettez l'expression.
Pourquoi refuser l'invention ? Promis, je lirai « La croisée du visible ».
Bonne journée à vous.
De
10H24 | 27/06/2007 |
Lorsque les critiques attaquèrent Pollock, ils ne virent au départ que des gribouillages systématisés.
De nos jours, on s'accorde à le voir comme un précurseur du happening, en dansant autour de sa toile … Les interprétations changent en fonction de ce qu'on veut leur faire dire, selon l'époque et le spectateur. Qu'est ce qui est art ? La toile-témoignage ou l'acte en soi ?
Picasso n'échappe pas à la règle ; on peut l'interpréter différemment du classique cubiste, et se référer à une oeuvre antérieure pour expliquer ses oeuvres ou son « moteur » de création.
Je vois en lui un homme cultivé qui s'est approprié des ressorts primitifs, vous y voyez une sorte d'hommage et de réflexion basé sur un dessin antérieur de Cézanne, ensuite « pris à parti » par Gauguin et consorts …
La richesse du monde de l'art est justement de ne pas se fixer à une interprétation unique d'un évènement passé. Autant de biographies différentes, de recherches auxquelle l'auteur n'avait certainement pas pensé.
Il ressentait un besoin de s'exprimer, selon des influences, conscientes et inconscientes, comme tout artiste. Il faudrait, selon votre hypothèse, créer un réseau de relations entre Picasso, Cézanne, Gauguin et + tard Duchamp etc etc Tâche titanesque, car « tout est dans tout » et pas nécessairement chronologique.
Une sorte d'organigramme d'emprunts formellement identifiés, mais même là, ces emprunts pourraient appartenir davantage à un inconscient, une réserve collective de musée imaginaire (Malraux et Breton, voire léonard de vinci) dans laquelle l'artiste puise à partir d'une culture commune !
Léonard proposait de regarder les fissures ds les murs, breton les nuages et ainsi de suite… La créativité n'est pas unique et propre à chaque artiste ; la plupart disposent de références qui induisent ces réflexions et ces imaginaires…
Alors oui, il est possible de désencroûter les réflexions sur des artistes, même en se mettant à dos les nababs de l'histoire de l'art, et la difficulté se résume à faire progresser le débat et pas à des querelles de clocher. Et cela inclut également le marché de l'art … Cézanne inspirant Picasso ? Cézanne prendrait alors encore davantage de valeur ! Il n'est pas question de gradation, ni de « meilleur que », simplement de Savoir.
Je comprend et j'admire cette quête, parfois inssoluble et souvent vouée à l'hostilité des bien pensants.
Nous ne sommes pourtant pas ds un débat de poule et d'oeuf qui serait arrivé le premier.
Je vais réfléchir à tout cela à tête reposée et vous faire part de mes propres conclusions, bien entendu, très discutables ! ! ! ! ! ! !
De pikasso02
13H37 | 27/06/2007 |
Bonjour
Juste quelques mots pour vous éviter de vous perdre dans mon blog. Comme je l'ai déjà indiqué, ma thèse est présente dans divers articles, sur les 41 qu'il comporte. Une fois dans le sommaire, vous rendre :
pages 7 et 8 : Rubens volé par Picasso.
pages 90 et 91 : curieuses superpositions.
pages 318 à 338 : Je rêve ou la verrez-vous ? (cet article s'adresse à ceux qui connaissent les oeuvres de Picasso. Je n'ai pas indiqué les titres.)
pages 350 à 355 : Déchiffrage au moyen de mes dessins (Comme ci avant, mais ici, les titres sont indiqués. Par contre le lieu où les voir, n'est plus accessible à ce jour.)
pages 450 à 459 : Dernières apparitions
pages 459 à 465 : Année 1915
pages 465 à 471 : « VERRES »
NOTA 1 : Libre à vous de vous balader dans mon blog, mais je me suis permis de vous proposer ce cheminement pour limiter le risque de chaos en voulant tout voir.
NOTA 2 : Il est évident que ceux qui dessinent auront plus de chance de voir la peinture de Cézanne dans les « Picasso ».
Il est préférable de ne lire qu'un article, que de vouloir se faire une idée en regardant les articles trop vite.
Merci d'excuser ces mises en lecture directives et merci de me dire où et quand vous n'êtes pas d'accord avec mes confrontations.
De JilD
12H04 | 29/06/2007 |
Bonjour,
J'allais commencer par naturellement « une de mes références artistiques » ainsi que cette école russe.
L'oeil au bout du doigt (j'ai créé mon association : le doigt dans l'oeil ! )
L'originalité artistique me parait essentiel de ce début du 20eme siècle qui apportera une créativité sans égale,une liberté de tout les tons. Voir est un art ou art de voir ? Déconstruction de la vision nationaliste. Version sensitive d'une autre réalité.
à JilD
De pikasso02
20H43 | 29/06/2007 |
Bonsoir
En quoi la photographie a-t-elle apporté une déconstruction de la vision nationaliste ? Je ne saisis pas ! Merci, d'en dire un peu plus.