A Arles, pour 280 euros, t'as le droit de montrer tes photos

Depuis quelques années fleurit au sein ou en marge des Rencontres d’Arles la mode des lectures de portfolio. Des espaces singuliers et privilégiés pour tout photographe en mal de monstration, ou tout simplement de retour critique sur son travail -la pratique solitaire de la photographique favorisant souvent l’isolement pour celui que le réseau n’a su ou voulu inclure.

Il s’agit pour la formule officielle de rendre possible la rencontre avec des experts tels qu’Anne de Villepoix, Agnès B., Christian Caujolle, Robert Blake, Emily Adam, Nailya Alexander, Rémi Babinet, Enrico Bossan, Bernard Derenne, Hossein Farmani, Masoud Golsorkhi, Caroline Issa, Jean-Marc Lacabe, Patrick Le Bescont, Laura Serani, Gilles Verneret...

Sans oublier les éditeurs, commissaires d’expositions, directeurs d’institutions, directeurs d’agences, galeristes, collectionneurs, critiques, directeurs artistiques de presse, qui fréquentent le lieu.

Seule condition : se délester au préalable forfaitairement de 280 euros tous les dix rendez vous.

L’exercice de style semble des plus inconfortable pour chacune des parties. D’un côté, on a les photographes, sans sélection aucune, qui viennent présenter, l’espoir au cœur, le fruit de leur recherche visuelle quelque soit leur type de pratique (journalistique, mode, portrait, art …).

De l’autre, des experts reconnus et/ou parfois juste supposés tels, qui, par peur de heurter la sensibilité de ceux qui payent, usent et abusent d’un discours de convenance. Pour quelques-uns, l’intégrité reste de rigueur, mais elle ne vibre pas à l’unanimité.

La rencontre monnayée impose une autorité sur le discours préjugé attendu. On va faire une lecture de portfolio comme on irait chez le psy, « Racontez vous à moi »... Et tout cela dans le cadre on ne peut plus respecté de la vingtaine de minutes que notre argent a rendu disponibles.

Les experts enchainent les rendez vous dans une cadence stakhanoviste, et doivent au terme de leur journée, énoncer auprès des instances compétentes leur « chouchou », qui verra ses images tirées et exposées sur place.

Chaque séance ou presque se clôture dans le traditionnel échange de carte de visite, rituel paniniste s’il en est, rassurant quelque peu sur la nécessité de cet échange organisé : « Au moins, j’ai sa carte !


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fadatissime | Ouvrier d'art
19H04 14/07/2008

Cette histoire confirme bien que le monde de l’art est malade.
Le marché de l’art est tiraillé d’un côté par les sociétés de ventes publiques qui affirment haut et fort qu’elles « font » la cote des artistes et de l’autre le marché quasi occulte des marchands qui en silence manipulent l’autre marché et n’ont besoin de personne pour fixer les cotes de leurs poulains.
Où est l’artiste dans tout ça ?
Nulle part.
Celui qui a la chance d’être formaté, transparent et manipulable, pourra intéresser un grand marchand qui misera sur lui, comme un turfiste mise sur un canasson et il aura peut-être la chance de vivre de son travail.
Sinon – avec le même talent – il rejoindra la foule des anonymes qui hantent les lieux d’expositions à la recherche d’un bout de cimaise pour montrer son art.
Cette histoire de Arles est déplorable.
Elle ressemble à une arnaque minable faite pour engraisser quelques cloportes dont le but n’est pas de donner des conseils utiles à ces créateurs, mais seulement de les délester de quelques euros.
Pourquoi ne pas multiplier les espaces alternatifs partout où c’est possible et aider des associations sans but lucratif à les faire fonctionner ?
Pourquoi ne pas expliquer à ces créateurs qu’ils sont les dindons de la farce ?

 
Raven | Photographe
00H32 17/07/2008

« Pourquoi ne pas multiplier les espaces alternatifs partout où c’est possible et aider des associations sans but lucratif à les faire fonctionner ? »
parce que ce genre d’endroit est farci d’artistes et que les artistes sont dangereux pour la société. des fois qu’ils donneraient des idées subversives aux honnêtes gens.

 
cassino | Auteur
19H08 14/07/2008

ça en dit long sur la misère de la photographie ! Je suppose que les « experts » sont payés ; d’ailleurs si le jugement critique dans la photographie se réduit à une appréciation d‘« experts » c’est qu’il ne reste plus rien.
Les rencontres d’Arles sont vraiment devenues le témoin de la dégénérescence d’un art.

 
vakenat
20H53 14/07/2008

J’aimerai bien avoir l’avis des ces experts en photo : « Anne de Villepoix, Agnès B., Christian Caujolle, Robert Blake, Emily Adam, Nailya Alexander, Rémi Babinet, Enrico Bossan, Bernard Derenne, Hossein Farmani, Masoud Golsorkhi, Caroline Issa, Jean-Marc Lacabe, Patrick Le Bescont, Laura Serani, Gilles Verneret… »
sur les experts en chanson se la « Star acc »…
Ils bouffent dans la même gamelle ?

 
adaunis | Artiste....ailleurs....et ici bas...
07H54 15/07/2008

Heureusement que l’auteur (elle ou lui même photographe,Marikel Lahana) a pris soin de préciser :
« De l’autre, des experts reconnus et/ou parfois juste supposés tels », tant cette « expo » et cette initiative sent bon la « pantalonnade », pour ne pas dire l’escroquerie !
J’apprécie aussi la « cadence stakhanoviste des experts » !
Et pour cause.
A ce prix là, on n’est plus expert de rien, mais « usurier » et « receleur » !
Où est l’art, là dedans, quel est le projet artistique, sinon feindre de croire qu’il met des « amateurs » souvent plus « éclairés » que des « patentés », en rapport avec des « guignolos », au prix de 280 euros.
Pauvre dégénérescence de l’art !

 
GASTAUD | photographe
08H35 15/07/2008

D’une part il y a beaucoup plus de gens qui vivent grâce à la photographie & sur le dos des photographes et non par pour l’image, et d’autre part, la preuve que la photographie n’est pas reconnue comme un art à part entière, c’est qu’il faut inviter un couturier, pour faire mousser un festival de la photo!! C’est très bien qu’il ait un article comme celui-ci, pour faire rentrer un peu d’air frais dans un milieu de clansss et d’exploitateursssss!!!!!

 
arlo | employé
15H36 15/07/2008

idem pour participer au festival off d’Arles, il faut être très généreux pour participer!

 
Susanna
00H24 16/07/2008

Déjà, le principe est lamentable.
Il faut avoir vu les gens attendant leur tour aux ateliers SNCF, sans bien savoir la qualité réelle de ceux à qui ils vont faire face, pour mesurer ce que cette somme représente réellement : le mépris et l’incompétence d’une majorité de ces consultants.
Car
1 - Les photographes un peu chevronnés ne se retrouvent pas dans ces lieux (à Arles du moins. A Houston, qui a lancé la formule et où l’on est plus professionnel, il en va peut-être différemment). Rares sont ceux qui sont découverts dans de telles lectures de portfolios - même si en effet, il y en a.
2 - Les noms que vous citez peuvent apparaître sérieux - « Anne de Villepoix, Agnès B., Christian Caujolle, Robert Blake, Emily Adam, Nailya Alexander, Rémi Babinet, Enrico Bossan, Bernard Derenne, Hossein Farmani, Masoud Golsorkhi, Caroline Issa, Jean-Marc Lacabe, Patrick Le Bescont, Laura Serani, Gilles Verneret » - mais lesquels le sont vraiment? Hein?…
De Villepoix, sans doute, Caujolle malgré tout, et puis quelques autres…
Mais que dire de tel ou telle, en rade professionnellement parce que dépassé(e) dans ses compétences? Je pense à un certain nombre de gens qui, lorsqu’on les connaît un peu, inspirent moins confiance que pitié et jouent sans conviction une autorité et un pouvoir qu’ils n’ont pas.
Les habitués reconnaîtront…
Enfin, il faut savoir que d’autres, en dépit du « dédommagement » qui leur était promis, ont refusé de participer à cette mascarade, précisément parce que l’exercice est payant pour les photographes.
Et ceux-là sont tout aussi durs que je le suis pour la formule de M.Hébel.

(Je précise aussi que les lectures de portfolios gratuites ont toujours existé à Arles et qu’elles se poursuivent, notamment dans la cour de l’Archevêché. Les intervenants crédibles sont rares, mais au moins, il n’y a pas d’argent à verser).

 
MathGon | Apprenti Futur Chercheur en génétique
21H20 19/07/2008

Cela me semble un peu archaïque. La diffusion à l’heure actuelle ne nécessite plus la mise en contact physiques des personnes.
Il suffit de voir la quantité de photos somptueuses publiées sur les sites de partages. Je citerai l’exemple de FLickR, auquel je contribue. De nouveaux modèles économiques sont en train de se mettre en place à ce niveau, afin notamment de mettre en relation les photographes et les personnes souhaitant utiliser les droits.

Une certitude: il y aura des gagnants et des perdants…

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