
Lynne Cohen et son ministère de l'intérieur
Lynne Cohen, artiste américaine résidant au Canada, photographie depuis plus de trente ans les espaces intérieurs, déserts. Cela s'approche d'une mission, d'un ministère. Au Point du Jour, lieu d'art de Cherbourg-Octeville elle expose une trentaine de ses dernières photographies réalisées ces dix dernières années (et une dizaine de plus anciennes, en noir et blanc).
De ces lieux, on n'en connaît pas les adresses. Lynne Cohen a choisi de ne pas les divulguer. Il s'agit visiblement de lieux institutionnels (on le devine à leur neutralité affectée). Si l'on cherche leurs raisons sociales, on devine qu'il s'agit de laboratoires, de salles d'entraînement, de commande, de halls d'attente, de tir, de soins… tout est propre, nickel , simili lino et néo formica (univers tatiesque de Playtime). La filiation avec une photographie industrielle des années soixante, devenue, par le miracle du concept, plasticienne dans les années quatre vingt , crève les yeux.

Le préfacier du livre lié à l'exposition, « Cover », se nomme Jian-Xing Too, artiste et critique. Installé en postface (le livre s'ouvre directement sur les photos) son texte bien explicatif et traducteur du travail de Lynne Cohen parle, lui, d'une « démarche authentiquement conceptuelle ». Il met sa photographie en relation avec celle d'Eugène Atget (les intérieurs parisiens de 1910) et y trouve, page 123, encore « plus de similitudes avec les espaces intérieurs photographiés par Walker Evans dans les années 1930 pour la Farm Security Administration ». Il retrace précisément le trajet artistique de la photographe qui débute par l'estampe faite à partir de catalogues de mobiliers, de bricolage et la carte postale. Et puis il y a mots, les noms et les poncifs obligés du discours de l'art contemporain…

Tout ça pour quoi ? Pour une série parfaitement contrôlée, une constante géométrique dans le cadrage, un étalonnage scientifique de la couleur (tirage C-Print), une luminosité identique, un format standard (109x132), Deux neutralités, celles de la prise de vues et celle des lieux s'additionnent pour des descriptions glacées. L'absence de présence humaine finit de décortiquer ces intérieurs. La photographie, comme la nature, ayant horreur du vide, on s'y projette. On s'imagine marcher, travailler, s'activer. On s'y voit surtout piégé et consigné. C'est le but politique de Lynne Cohen : nous faire réfléchir, à partir de ces lieux anonymes, certes typés, sur l'architecture de contrôle et de surveillance dans laquelle nous évoluons.
Cover : exposition de Lynne Cohen au Point du Jour jusqu'au 20 septembre.
Livre : format : 24,5 x 31 cm,144 pages,129 photographies,Français/Anglais 35 euros
Photos haut : Lynne Cohen, sans titre (28) 109x132 ; bas : Lynne Cohen, sans titre (Red Door) 109x132.
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► Traversées mondaines. et frivoles de l'art contemporain.




















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De Liger
liger.amsud.net | 15H24 | 27/08/2009 |
C'est marrant, je n'éprouve pas du tout d'angoisse particulière devant ces photos.
Ça m'évoque plutôt un déménagement d'entreprise en cours, ou des lieux de travail en dehors des heures habituelles. Et donc plutôt un sentiment de liberté, de décalage par rapport à la fonction des lieux.
L'impression que ces lieux, normalement faits pour le travail et ses contraintes, s'offrent à d'autres activités, échappent au temps. Le sentiment qu'un enfant pourrait y courir dans tous les sens, alors que c'est normalement interdit.
C'est grave, docteur ?
à Liger
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 16H52 | 27/08/2009 |
J'ai eu la même impression, en 1985 à Paris quand Christo avait emballé le Pont Neuf. Ce qui devait être une « performance » n'était que la réplique des nombreux bâchages d'échafaudage que l'on voit sur les chantiers.
Quand la réalité dépasse la fiction, elle la rend parfois bien banale et ringarde…
à Waldeck
De airpur
libre | 17H01 | 27/08/2009 |
votre post me fait penser a ces gens qui devant un Miro disent …Ha mon mome il en ferait autant !
J'imagine que vous allez etre content de retrouver le championnat de foot !
à airpur
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 18H28 | 27/08/2009 |
Non, tous les peintres ne sont pas Miro, tous les sculpteurs ne sont pas Maillol, je ne dis pas non plus « mon gosse en fait autant… », je prends le risque d'être traîté de « beauf » et de poujadiste, mais je ne succombe pas - forcément - au charme obligé et incontournable de tous les artistes, selon les critères incontournables de la « critique » et des canons des galiéristes de la rue de Seine.
Je me réserve le droit de ne pas applaudir à toutes les impostures et toutes les mystifications.
Je n'entends pas renoncer à mon « esprit critique », n'en déplaise aux tenants de le pensée unique …
-« J'imagine que vous allez etre content de retrouver le championnat de foot ! “
- Et bien non, votre imagination vous égare : je suis désolé, je n'aime pas ( non plus ) le foot !