
Don McCullin, photographe sans frontières : la guerre sans fard
A l'occasion de la journée internationale de la presse, qui s'est déroulée le 3 mai dernier, Reporters sans frontières édite un nouvel album de 100 photographies. Consacré à Don McCullin, il tranche par son sens et son souffle sur les précédents.
Jamais un homme n'a affronté autant de dangers de par le monde pour en ramener des témoignages sur la violence collective en manœuvre. Dès 1961, à 25 ans, il est reconnu par la presse britannique pour des photographies sur l'édification du mur de Berlin. Suit un enchaînement de lieux synonymes d'enfers sur terre, de massacres, de pays aux combats sans merci : guerres civile de Chypre, des « Six Jours », du Kippour, d'Irlande du Nord, du Congo ; massacre de la Karantine (Liban), grandes famines du Biafra, d'Inde, du Bengladesh… et toujours, entre 1964 et 1975, des allers et retours au Vietnam et au Cambodge, où il couvre les batailles essentielles.
Là, dans cet album, un texte de Jean Hatzfeld, journaliste et écrivain, descend l'auréole dont se pare depuis ce conflit la profession reporter et sur laquelle il serait gravé en lettres d'or que les images auraient une influence déterminante sur la fin des guerres :
« Il est beaucoup dit que les photographies ont provoqué la défaite des troupes américaines au Vietnam. Rien n'est plus faux. L'armée et le peuple vietnamiens ont vaincu les GI et leurs hélicoptères noirs. Mais la confusion sur le rôle de ces photographes, auxquels appartient Don McCullin, vient de ce qu'ils nous ont permis de comprendre cette défaite comme rarement nous avons compris une défaite auparavant. Celle des Marines, celle de l'Amérique, et aussi celle des Vietnamiens et la nôtre. Regardez les photos de McCullin, en première ligne pendant plus de trente ans, à la guerre, vous y lirez toujours une angoissante défaite. »
Effectivement, les photographies de Don McCullin sont des compositions -cadrages centrés, vues nettes et entières- sans l'attirail émotif de la mise en scène : on n'y pleure pas, on y sourit encore moins, la souffrance porte un visage neutre, fatigué et las, celui du destin, de la fatalité.
Ce que John Le Carré précisait mieux dans son introduction du livre de McCullin « Images des Ténèbres » :
« Son refus de laisser intervenir la distance, son refus de couper court, d'accepter le moindre compromis dans les rapports entre lui-même et son sujet, la façon véhémente dont il nous crie “REGARDEZ ! ”, tout cela nous dépouille de notre arsenal, de nos œillères, de notre complaisance, nous arrache à nos fauteuils. »
Il expliquera sa manière absolument désespérante de photographier par son enfance. Il est né en 1935 dans le quartier londonien, déshérité, de Finsbury Park :
« J'ai été élevé dans l'ignorance, la pauvreté et la superstition. J'en porterai le poids toute ma vie. C'est un poison dont on ne se libère pas. C'est comme si, à la naissance, on recevait un coup de tampon indélébile sur le bras. »
Une photographie tenace. Contrairement à l'acrobatique de Capa, qui se joue sur les mêmes terrains à la roulette russe, celle de McCullin compose avec un barillet toujours plein. Une photographie de « working class hero » , qui va au charbon comme l'image de cet homme de l'équipe de jour allant courbé vers l'aciérie de Hartlepool, Grande-Bretagne, en 1963.
En 1990, son visa lui est refusé par l'Arabie saoudite. Il ne pourra couvrir la première guerre du Golfe. A sa photographie ironique de soldats américains interviewés par des médias lors de la seconde, on devine ce qu'il pense d'un certain métier… (Voir le diaporama)
Seule infraction aux routes de sang et de larmes, des photos sans fards de Beatles en 1968.
Et, depuis quelques années, ces multiples et quasi panoramiques de la paisible campagne anglaise. Don McCullin était photographe, en 1965, sur le plateau du tournage de « Blow-up », d'Antonioni. En court résumé, c'est l'histoire où dans un sédatif jardin de Londres, se cache le meurtre…
Diaporama réalisé par Audrey Cerdan.
Pour toutes photographies : copyright Don McCullin (Contact Press images).
► 100 photos de Don McCullin pour la liberté de la presse. En vente dans tous les kiosques. 9,90€.
► A voir aussi : « Images des Ténèbres » éditeur Robert Laffont. 1980.
Don McCullin Collection Photo Poche n°53
- 3806 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque




► Traversées mondaines. et frivoles de l'art contemporain.




















6
(Pour réagir, connectez-vous)
De MathGon
Apprenti Futur Chercheur en génétiq... | 10H38 | 05/05/2009 |
L'article est très intéressant. Par contre, les photos du diaporama ne sont pas vraiment en accord avec les écrits… c'est dommage
www.mathgon.com/wp/
De sup. à la demande du riverain 29 juin
bye bye ... | 10H51 | 05/05/2009 |
ils sont très peu à pouvoir se dire de la même trempe que le « Don ».
Larry Burrows, Henri Huet, James Nachtwey, Luc Delahaye…
mais à la décharge des reporters actuels, les guerres se déroulent à huis clos sur ordre des agresseurs et la presse préfère les images des « peoples ».
De le soudanais
ici et là | 11H26 | 05/05/2009 |
« Jamais un homme n'a affronté autant de dangers de par le monde pour en ramener des témoignages sur la violence collective en manœuvre. »
Sans enlever ne serait ce qu'une once de respect envers le travail de McCullin, beaucoup de photographes reporters ont suivis tous les conflits des dernières décennies, et au même titre que lui, ont souffert dans leur chair et dans leur tête…
On ne revient pas indemne de telles expériences…
Merci pour ce papier, la photo est trop souvent délaissée de nos jours, surtout le photo reportage…
De michel 13
| 17H51 | 05/05/2009 |
Don McCullin fait partie des plus grands photographes. Il est de ceux que j'apprécie beaucoup et ses images de guerre, sans artifices, sont parlantes et nous plongent au milieu de cet environnement meurtrier. Merci de nous parler de ce photographe encore trop méconnu, qui mérite notre respect pour le travail qu'il a accompli, les témoignages qu'il nous a donnés à voir.
De Nelly Santos
Photographe | 20H11 | 06/05/2009 |
Belle initiative de RSF d'avoir fait un numéro sur Don McCullin , de superbes photos et un engagement qui mérite que l'on se précipite chez son marchant de journaux ! ! ! Plaisir des yeux et leçon de courage ! !
De GASTAUD
photographe | 13H00 | 07/05/2009 |
Il est bien navrant que Don McCullin prête son nom et ses photos à reporters sans frontières, alors qu'ils n'ont jamais fait le moindre effort pour défendre les précaires de la presse, aussi bien sous la direction de Menard qu'avec la nouvelle équipe.
Album à regarder mais à ne PAS acheter !