
Au maire de Clermont-Ferrand, qui m'a offert un livre de Nefzger
Monsieur le Maire,
En fin d'année dernière, j'ai reçu de votre part le livre de photographies de Jürgen Nefzger, « Nocturnes », consacré à votre ville, la nuit. Le bristol accompagnant cet ouvrage m'assurait votre bonheur de me l'offrir. C'est gentil. Etait-ce pour mon Noël ou le Nouvel An ?
Il n'empêche ; j'ai été fort intrigué par ce cadeau venant d'une personne publique dont, je m'excuse, j'ai découvert à cette occasion le nom et la fonction. C'est déjà ça.
Avant de déchirer le film protecteur du livre, je me suis demandé, comme dirait l'ami Charles Mouloud, si vous étiez un maire « de gaute ou de droiche ».
Renseignement pris, vous seriez de gauche, dans le Parti socialiste. De deux ou trois choses que je sais de vous, j'ai retenu qu'élu depuis 1997, vous avez opté pour le non au référendum sur la constitution européenne en 2005 et étendu, en 2006, dans l'agglomération clermontoise, le tramway. Sur pneus, évidemment.
Faire la com » de la ville avec des photos de Nefzger , c'est intrépide
En revanche, le nom de Jürgen Nefzger ne m'est pas inconnu. Récompensée par le prix Niepce en 2008, sa photographie n'est pas celle que l'on trouve habituellement dans les bulletins municipaux. Voir le diaporama
Certes, il a réalisé ces images dans le cadre d'une résidence artistique initié par votre Ville, mais les publier pour la communication de celle-ci, c'est intrépide.
En effet, constater qu'il ne passe rien, sauf les lieux, dans les lumières électriques et aléatoires d'une cité d'environ 200 000 habitants, n'engage pas, sincèrement, à faire le détour.
Mais cette ambiance de couvre-feu ne me déplaît pas.
- On décolle sur les parkings déserts du supermarché (avant que, peut-être, devant les difficultés à les ouvrir le dimanche, l'idée va jaillir de ne pas les fermer les nuits…), et les caddies sont mieux installés que dans une galerie du Marais.
- La pelouse du stade (Michelin ? ) attend vertement la revanche finale de votre vaillante équipe de rugby sur le Stade toulousain (je n'y crois pas trop).
- La baraque de pizza et le semi-remorque, détourés dans l'obscurité d'une périphérie font valoir leurs ambitions hyperréalistes.
- Quant aux cités HLM elles ressemblent à minuit comme à midi.
Mieux que des vues du ciel ou des soleils numériques
Connaissant seulement Clermond-Ferrand par les écrits -ironiques- d'Alexandre Vialatte, je présume que son centre n'a guère changé depuis ses déambulations.
A l'heure où beaucoup de vos collègues maires font péter leurs villes par vues du ciel ou soleil numérique, vous avez bien fait, cher monsieur Godard, de confier son image à la chambre argentique 4x5 inches de Jürgen Nefzger.
Ce photographe, en prenant le parti distancié et un peu fictif de nous promener dans la nuit quiète de Clermont-Ferrand, nous fait approcher lucidement les multiples soucis de son jour.
Je vous remercie de ce livre dont je m'aperçois qu'il est aussi le catalogue d'une exposition.
Et, vous comprendrez, je le donnerai à mon tour à la documentation d'un lycée voisin, qui n'est pas très riche en la matière.
Avec mes salutations distinguées.
► Nocturnes exposition de Jürgen Nefzger - à l'hôtel Fontfreyde, 34, rue des Gras, Clermont-Ferrand - jusqu'au 22 février - tlj. sf. lun. 10h-18h - entrée gratuite - Rens. : 04-73-37-38-63 - plan
Livre-catalogue (128p., 43 photos), éd. Hatje Cantz.
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► Traversées mondaines. et frivoles de l'art contemporain.


















8
De Cortex8462
Ingenieur | 11H32 | 18/01/2009 |
Je ne prendrai pas la défense de Clermont-Ferrand dans cet article, et encore moins de son maire, mais m'attaquerais plutôt au manque d'objectivité du rédacteur de cet article… S'il vous plait, avant de faire preuve d'un sinisme tel, à l'égard d'une ville que vous ne connaissez pas (ou à travers les mots d'Alexandre Vialatte…), prenez la peine de sortir de la capitale ! ! ! ! Désolé mais il est plutôt facile de lire votre adresse à travers vos propos (XIVe ou XVe ? )…
Combien etes-vous à parler de « La France » sans la connaitre ? Un peu trop à mon gout, surtout quand vous vous permettez d'en parler de la sorte. Alors, s'il vous plait, une fois encore, la prochaine fois que vous prenez votre voiture, allez plus loin qu'à IKEA…
Bon week end et bons voyages dans notre beau pays.
Un lecteur qui vous veut du bien.
De Yann Guégan
Rue89 | 13H20 | 18/01/2009 |
Un petit tour sur les autres articles du blog On est là pour voir vous montrera que Louis Mesplé sort souvent de la capitale, notamment pour arpenter les festivals photo en région (Arles, Perpignan, etc.).
J'ajoute que je pense pas que son propos soit « condescendant » envers cette ville ou ses habitants.
Mais qu'il voulait (avec un peu de malice) rendre hommage au choix du maire de montrer une image de sa ville originale, en utilisant le travail de Nefzger pour sa communication, plutôt que de montrer les « cartes postales » habituellement utilisées, flatteuses mais creuses.
De caro
délinquante avérée | 14H14 | 18/01/2009 |
je ne comprends pas bien ce que vous reprochez au maire de Clermond-Ferrand.
Est-ce l'envoi de cet album ? est-ce le choix des photos et le parti pris du photographe ? un autre grief ? ce n'est pas clair pour moi
J'ai fait une toute petite recherche sur Jürgen Nefzger. Une même expo a eu lieu à Dunkerque
http://www.ville-dunkerque.fr/fr/je-vis-adunkerque/direction-des-musees/…
C'est un photographe qui s'est spécialisé depuis des années dans les paysages de France, urbains ou non. Un très court extrait d'un bel article :
Le photographe nous montre une vision peu commode du monde dans lequel nous vivons. Nous avons adopté l'attitude de regarder ailleurs. Quand nous partons en vacances au bord de mer, c'est la mer que nous regardons et non pas les poubelles, les parkings, les forêts de panneaux le long de la route. Nous les voyons aussi, mais pour nous, ils ne font pas partie du paysage. Nefzger montre toutes ces choses que l'on préférait ne pas voir.
http://www.lacritique.org/article-les-paysages-de-jurgen-nefzger
Je ne le connaissais pas, merci au moins de m'avoir fait découvrir ce photographe.
De gévaudanais
si, finalement, criera au loup | 15H18 | 18/01/2009 |
Que de parisianisme dans certains de vos propos !
Clermont est pour nous, lozériens du nord, le lieu où l'on va faire nos provisions, les soldes, où l'on va voir nos spectacles à la Coopé de Mai, (les mêmes qu'à la Laiterie de Strasbourg ou à la Vapeur de Dijon), avec le petit ciné du soir à l'Ambiance, ciné d'art et d'essai, des petits plaisirs simples que l'on peut avoir dans n'importe quelle métropole régionale. Ce qui peut rebuter dans le centre-ville, c'est l'aspect sombre de la pierre volcanique, mais quelle fraicheur en été dans la rue des Chaussetiers. Plaisirs simples vous dis-je, mais Clermont c'est aussi les alentours, que celui qui n'a pas frissoné (avec 1 ou 2 n ? ) au sommet du Suchet ou du Puy de Come me le dise.
Plaisirs simples disais-je ?
De Yannick
16H35 | 18/01/2009 |
Du même Jürgen Nefzger, je recommande ses deux précédents ouvrages publiés à Cunlhat (un intrigant village où la « gaute » se prend des airs « d'extrême-droiche ») par les Éditions Fûdo :
http://www.fudoeditions.com/
Hexagone 1. Paysages fabriqués
1995-2001 paysages péri-urbains et de loisirs
Hexagone 2. Paysages consommés
2000-2005 Paysages ruraux et environnement
De oui ben non
06H10 | 19/01/2009 |
Ca y est, j'ai trouvé où était Clermont-Ferrand ! Là où je l'avais quittée il y a quelques années, et où je reviens chaque fois que je le peux, car c'est une ville qui m'a beaucoup donné. Et notamment le sens de l'humour, car il en faut pour subir le parisianisme méprisant.
Dans l'horoscope chinois, je suis rat. Mais dans la vie je suis cigale.
En tant que descendant de bougnat, je n'ai pas peur d'aller au charbon pour défendre la dignité des hommes ; les nègres pelisses ont le soucis de la solidarité, et cela se sent dans cette ville.
Ben voilà, c'est dit, je n'ai aucune acrimonie envers les Auvergnats, bien au contraire, et comme Brassens dans sa chanson, je leurs rends hommage.
De Louis Mesplé (auteur)
Consultant photo | 21H13 | 18/01/2009 |
Chère Zibel,
Vous avez bien compris entre les lignes narquoises mes intentions. Merci. Cette décision culturelle, artistique de confier des constats photographiques de ville à des auteurs reconnus pour leurs approches différentes et sans concessions de la réalité est toujours à saluer et je vous suis dans vos opinions sur les impressions qu'elles en dégagent.
Dunkerque, comme un intervenant l'a écrit plus haut, l'a déjà fait avec Jürgen Nefzger, qui est un des meilleurs photographes de sa génération, observateur et critique du paysage urbain, rural, montagnard, (lorsque par ex. avec « Pantha Rei » il découvre les conséquences du réchauffement climatique sur les zones glaciaires), etc.. Ces photographies ne sont pas réservées aux amateurs de photos mais doivent intéresser urbanistes et ceux en charge d'analyses de la cité.
Quant aux nuits dans ces villes dites « moyennes » (villes que je connais bien, j'aurai du commencer par là…), c'est un autre et vaste programme…
Pour le « procédé politique », il n'y en a sûrement pas.
Et merci également à Yann d'avoir répondu, comme je l'aurai fait, et mieux,aux commentaires suspicieux . Je pouvais pas, j'étais dans le TGV qui me ramenait de Perpignan…
De Sorj Chalandon
Journaliste | 09H34 | 19/01/2009 |
Louis Mesplé s'adresse au maire d'une ville après avoir reçu ses voeux. Ce qui le touche, c'est l'idée qu'à eu l'élu d'associer cette ville au travail de Jürgen Nefzger. Une idée étonnante et rare. Il l'écrit donc : « A l'heure où beaucoup de vos collègues maires font péter leurs villes par vues du ciel ou soleil numérique, vous avez bien fait, cher monsieur Godard, de confier son image à la chambre argentique 4x5 inches de Jürgen Nefzger. »
Nous voilà donc en présence d'un texte de remerciements. Légèrement distancié - chaque homme a son humour propre - un peu timide, même.
Et voilà qu'à cet hommage répond la méfiance propre au clavier solitaire et à l'écran suspect. « Parisianisme ! » répond un commentaire. Parisien ? Houla ! Qui connaît Louis entend aussi son accent soleil, plus proche du chant des cigales que du pavé pluvieux et gris.
Je cite encore Mesplé : « Ce photographe, en prenant le parti distancié et un peu fictif de nous promener dans la nuit quiète de Clermont-Ferrand, nous fait approcher lucidement les multiples soucis de son jour ». « Manque d'objectivité ! », reprend un autre commentaire. Bigre ! Manque d'objectivité ? Cela veut dire quoi ? que Jürgen Nefzger est un photographe du dimanche ?
La réaction de Mesplé est une façon de nous parler de la rencontre entre un maire et le travail d'un photographe. Sans lui, je ne saurais pas que Monsieur Godard avait choisi cette lumière-là pour nous parler de sa ville. Et que c'était une belle et bonne idée.
Pourquoi voulez-vous forcément que chaque mot soit une attaque, chaque réaction un rot de parisien, chaque appréciation une gerbe de canaille ?
Dans les quelques lignes de Mesplé, je ne trouve qu'une invite à savoir.
« La prochaine fois, prenez votre voiture et allez plus loin qu'Ikea », lui conseille une autre réaction.
Là, c'est différent. Et je viens de croiser le mépris.
S.Ch.