Du ciel, MacLean pointe les aberrations urbanistiques
Nadar avait inventé, en 1858 et pour des raisons topographiques et une passion de l'aérostation la photographie aérienne. Aujourd'hui pas un seul arpent de terre, villes, monuments, etc. n'échappent désormais à ses épigones. Et la saison est propice aux sorties de ces livres de « belles images ». Mais seul « Over », de l'Américain Alex MacLean, prend de la hauteur.
Il n'y a pas un seul éditeur de « beaux livres » qui ne rêve, depuis 2000, du succès de « La Terre vue du ciel ». Près de cinq kilos de jolies cartes postales pour « sauver la planète » (et plus sûrement soutenir la filière bois) du récent académicien des Beaux-Arts Yann Arthus Bertrand.
Rééditée et réactualisée sous toutes les formes, déclinée sous tous les supports (carnets de chèques, émission de télé, album de Reporters sans frontières, cette photographie… mais non, il est vain de tirer sur un coffre-fort, d'autant que l'universitaire et critique André Rouillé, dans la revue en ligne Paris-art.com, sous le titre « Le commerce du beau » en a radiographié définitivement le contenu.
Tout y passe : Venise, Dijon, la Grèce, les déserts, les cabanes au Canada…
Dans la même maison (La Martinière) et dans la série exploit sportif, sort « African Air » de Georges Steinmetz. Ce géophysicien formé à Stanford, aux Etats-Unis, a survolé plus de quatorze pays d'Afrique attaché à un parachute motorisé, et « dresse un portrait unique, des grandes métropoles d'Afrique du Sud aux vastes terres verdoyantes du Bostwana où se cachent éléphants et bêtes sauvages, etc. » (extrait du communiqué de presse).

Un nombre significatif d'ouvrages sont du même tonneau, et tout y passe : Venise (obligé) et Dijon, les sites antiques grecs, tous les déserts (ah, les déserts ! ) les rives de la Gartempe ou de l'Amazone, les cabanes au Canada, etc.
Si les éditeurs sont friands de ces images, c'est par leurs caractéristiques sans risques, où un point de vue spectaculairement aérien rejoint l'air du temps.
Elles mixent, à égalité, confuses motivations écologiques et expériences technico-sportives, elles appliquent jusqu'au trognon l'aphorisme de « l'art qui imite la nature », elles insinuent sous toutes les latitudes et sous leurs formes apétentes : « Dépêchez vous de voir (d'acheter), tout va (doit) disparaître ». Le tout dans un emballage d'une palette de couleurs indexées sur une gamme standard.
MacLean aime autant le ciel que la Terre
Arrive Alex MacLean et le livre « Over, Visions aériennes de l'american way of life, une absurdité écologique ». Tout est là. Examinons de plus près.
Les prises de vues d'Alex Mac Lean, urbaniste et architecte de formation sont d'abord celles d'un aviateur classique. C'est-à-dire quelqu'un qui aime autant le ciel que la Terre. C'est important, ça se voit -il y a des cieux picturaux- et change globalement les perspectives de l'image. Et ça le crédite d'une sincérité dans son approche écologique.
Avec lui, les sujets observés ne sont pas des faits isolés, mais des éléments d'un environnement. La globalité de la photographie est préalablement cadrée par une réflexion et analyse de l » « american way of life », ce mode de vie consumériste à fond les bagnoles et les piscines entre autres et dont les conséquences par cumuls sur les usages de l'eau, de l'électricité, de l'urbanisme, sont à l'origine, si l'on peut dire, de tous les gaspillages d'énergie et de ressources.
L'American way of life, c'est aussi le développement sauvage d'une urbanisation ou bien cloisonnée de classes sociales uniques.
A quand le même travail au-dessus de la Côte d'Azur ?
Tout ceci trouve photographiquement ses exemples. Certains sont risibles, exotiques, d'autres inquiétants. Comme chez Burtinsky, il n'évite pas la contradiction esthétique entre le constat visuel critique d'un ensemble (usines, villes, parkings…) et sa perception plastique.
Si le travail de MacLean se focalise sur le territoire américain, il a valeur universelle. Au fait, où est l'aviateur photographe qui va survoler les banlieues des villes de notre côte méditerranéenne ?
On ne voit pas très bien ce qui pourrait arrêter la machine.
D'ailleurs, « Over » pose moins la question de ce que l'on va devenir que ce dans quoi l'on est déjà.
► Over, Visions aériennes de l'american way of life : une absurdité écologique d'Alex MacLean, préface de Bill McKibben - coédition La Découverte/Dominique Carré éditeur - 360p., 245 x 330 mm, 59 euros.
► African Air de Georges Steinmetz - éd. de La Martinière - 216p., 320x235 mm, 39 euros.
Photo : Pitons en grès dans la vallée du Karnasai, au Tchad (George Steinmetz/Cosmos).
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► Traversées mondaines. et frivoles de l'art contemporain.

























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De lanterne rouge
à cheval sur mon yawl | 10H33 | 20/12/2008 |
« à quand le même travail sur la côte d'azur ? » je ne suis pas persuadée que cela donnerait un résultat aussi étonnant… l'urbanité de l'amérique est plus photogénique que la française… vue d'en haut.
De gargamelle
11H22 | 20/12/2008 |
!
De gargamelle
11H20 | 20/12/2008 |
Voilà qui fait plaisir. Le travail fait par Maclean est autrement plus percutant que les photos habituelles des défenseurs de la planète tel arthus bertrand qui nous montre cette même planète avec de magnifiques images….Maclean nous montre les dégâts causés par l'homme à travers l'industrialisation, l'urbanisation à outrance, les réseaux routiers délirants…..et touche du doigt les besoins excessifs des hommes pour leur confort….. magnifique ouvrage. D'ailleurs avec certaines de ses photos aériennes il arrive sans problème à confronter les milieux sociaux. La crise des suprimes crêve même les yeux !
De Tinhinane
Médiatrice scientifique | 11H16 | 20/12/2008 |
Le sous-titre du livre est : « une absurdité écologique » et vous titrez les aberrations urbanistiques, ça affaiblit à première vue la porté de l'angle de lecture de l'auteur, alors que dans votre article vous rendez bien compte de ce que révèle son angle de vision et sa lecture socio-politique y compris à travers vos références critiques d l'approche éditoriale des éditeurs des beaux-livres.
En cliquant sur le diaporama on découvre les commentaires, sous la sélection de photos que vous nous proposez, ils sont très éclairants et complètent bien votre propos.
Merci.
De Gudule
14H06 | 20/12/2008 |
Le diaporama est fascinant, la première photo surtout, et puis celle des îlots en plein désert.
Il y a peu, j'ai longé un lotissement en voie d'achèvement, vers Vidauban, gros village du centre Var. Un océan de maisons préfabriquées, toutes pareilles, le même espacement entre elles, la même proportion de clôture, gazon, crépi. Le même coefficient d'éclairage par les lampadaires.
Et on appelle encore ça la campagne.
A chaque fois je me fais la même réflexion « plutôt mourir que de vivre là-dedans ! ». Rien que de voir ça, j'ai une sensation d'étouffement. C'est un peu ce que provoquent les photos de Mac Lean.
Pour avoir un aperçu de l'état d'urbanisation débile du département du Var (que je connais bien et depuis longtemps), petit morceau de Côte d'Azur, il suffit de jeter un coup d'oeil sur Geoportail. Au choix, la carte IGN au 25000e et on voit toutes les petites cases noires des maisons, ou bien la photo et là on aperçoit la mosaïque bleue des piscines.
Mais rassurez-vous, il y en aura bientôt pour tout le monde, grâce aux autoroutes qui désenclavent en un clin d'oeil, et aux lignes TGV qui font passer les bottes de 7 lieues pour des charentaises en bout de course.
Comme le dit Georges, le temps ne fait rien à l'affaire…
De GASTAUD
photographe | 15H06 | 20/12/2008 |
Tout arrive, voila que je suis d'accord avec cet article de louis MESPLE !
Yann ARTHUS BERTRAND n'est qu'un bon commercial. Laissons le jouer avec sa nouvelle epee d'academicien
De jjhb
cosmonaute | 15H07 | 20/12/2008 |
Enfin !
Ce n'est pas trop tôt !
Moins de barrières, plus d'espaces verts naturels et la priorité aux piétons dans les villes.
C'est fou de réaliser que tout est fait pour la voiture, tout est étudié pour la voiture, tout est dédié à la voiture.
Le piéton perd son temps et son énergie en détours avec des angles droits tout sauf ergonomiques au lieu de lignes droites et des belles courbes.
Dans toutes les villes il existe des « sentiers urbains » non viabilisés et qui deviennent de véritables bourbiers lorsqu'il pleut…
Ces chemins sont la mise en évidence d'une circulation nombreuse et fréquente.
Ca n'empêche pas les administrateurs locaux de dénier les faits, en laissant les choses en l'état actuel, et de privilégier la voiture, toujours la voiture, en colmatant plus vite que son ombre le moindre petit nid de poule sur la route, en donnant les autorisations nécessaires pour la construction de nouveaux parkings à voitures là où il n'y a même pas un seul anneau pour bicyclette ! ! !
Le monde est maboul. Vivement que la terre explose alors !
Bonjour l'urbanisme, bonjour le partage, bonjour l'incompétence !
De Xtophe
15H30 | 20/12/2008 |
Dans le même esprit je vous conseille le superbe
« Here to stay/nous resterons dur terre »
de Cédric Delsaux
aux Editions Verlhac
l'exposition est encore visible à Paris
De starsss
17H19 | 20/12/2008 |
_SUNNY ISLES, FLORIDE. Les tours d'Oceania Property se trouvent à seulement 2,50 mètres au-dessus de la mer et à moins de 60 mètres de l'océan Atlantique. En 20085, l'ouragan Wilma a causé plus d'un million de dollars de dégâts aux tours et aux terrains avoisinants. Il a fallu plus de deux ans pour obtenir l'accord des compagnies d'assurance afin d » effectuer les réparations._
voilà ce qui nous attend si on ne fait rien en 2008, veille de 2009… ; -)
La résolution sur écran est excellente, merci. C,est bien mieux que la vue au travers d'un quelconque hublot.
edit : Ouragan Wilma en 2005.
à starsss
De Les Grands Champs
Retraité, le doigt là où ça fait m... | 21H37 | 20/12/2008 |
« En 20085, l'ouragan Wilma a causé… »
Vous voyagez dans l'avenir ?
D'ici-là, nous serons surement décédé ; vous je ne sais pas, mais pour moi je ne serait même plus des cendres.
Mais ce n'est pas une raison pour ne rien faire.
Nous ne sommes QUE locataire de la terre lors de notre passage sur celle-ci !
Rendons-là moins crâde que lorsque nous sommes arrivé.
C'est pas gagné …
à Les Grands Champs
De starsss
10H06 | 21/12/2008 |
20085, c'est la coquille dans le libellé de la foto… justement…
à starsss
De Les Grands Champs
Retraité, le doigt là où ça fait m... | 21H39 | 20/12/2008 |
Doublon, j'ai la tremblote, à mon grand age …
Mais après avoir pissé, ce n'est pas un désavantage !
De puresonic
Contempteur irascible | 21H50 | 20/12/2008 |
Sur les 7 photos proposées par rue 89, je ne vois rien de choquant à part les éoliennes qui, même si elles sont implantées
en zone désertique, doivent bien perturber les aigles et les coyottes (je suis sérieux).
Evidemment l'augmentation du nombre d'êtres humains implique le création de nouveaux habitats. Soyez conséquents, arrêtez de vous reproduire, résiliez votre abonement à Meetic
à puresonic
De Gudule
11H59 | 22/12/2008 |
Vous, vous êtes un amoureux de l'humanité, ça se sent tout de suite.
De jean breton
républicain laïque | 18H51 | 21/12/2008 |
Quoi de plus absurde que d'installer une ville sur une lagune et sur des millions de pilotis en bois ?
Décidemment, depuis toujours, l'homme n'est pas très écologique.
Ou alors est-ce l'écologie qui ne tient pas compte de l'homme ?
Je veux dire, une certaine écologie réactionnaire qui verrait bien le monde reconquis par les loups.
Le mouvemnt écologique s'est fourré le doigt dans l'oeil depuis qu'il a quitté la ligne de René Dumont : assurer à long terme la survie de l'humanité.
De manuchan
à l'est | 06H42 | 22/12/2008 |
« L'American way of life, c'est aussi le développement sauvage d'une urbanisation ou bien cloisonnée de classes sociales uniques. »
Pas compris…
à manuchan
De Louis Mesplé
(auteur)
Rue89 | 09H25 | 22/12/2008 |
Cher manuchan,
je voulais dire, par le développement d'une urbanisation bien cloisonnée de classes sociales uniques : la classe moyenne habite avec la classe moyenne, la classe au dessus se groupe avec les mêmes et les pauvres et défavorisés…
Amicalement.
De Thucydide
Bêcheur de fond en Bourbonnais | 11H07 | 22/12/2008 |
Merci de nous présenter ce travail. Pour une fois un photographe justifie l'obligatoire débauche d'énergie et de pollution exigée par la photographie aérienne en nous donnant l'occasion d'avoir une analyse critique des excès de l'activité et de la paranoïa humaine.
Cela nous emmène loin des ecotartuffes que Marianne dénonçait naguère.
Les bisons affolés par Arthus Bertrand les poursuivant avec son engin volant motorisé (vu la vitesse, sûrement pas un ULM) pour vendre de belles images,
ou encore l'armada des Forces Spéciales Hulotiennes d'Intervention Médiatique investissant l'espace aérien du lac Natron,
ont gardé pour moi valeur emblématique de ce qu'on est capable de faire pour afficher des lieux dont la beauté découle précisément de leur préservation de ce genre d'invasion mécanique.
Pour ma part j'échange volontiers tous les financements de Hulot ou les soutiens logistiques d'Arthus Bertrand pour une page de Mac Lean ou Depardon ; le premier parce qu'il donne à réfléchir, le deuxième parce qu'il y ajoute le respect des sites et des êtres qu'il capture.
Par ailleurs :
En survolant : o)) ici même plusieurs commentaires, je me demande si les constructions montrées dans ce diaporama sont une réponse valable à la croissance démographique mondiale ?
Parce qu'au final il faudra bien nourrir tout ça, et donc dégager un maximum de surface au sol pour la production agricole en…
empilant les gens les uns sur les autres dans des zones stériles, les commerces et industries qui vont avec y compris, plutôt que leur installer des pavillons au milieu des terrains de golf loin de toute activité économique ?
Mettons courageusement ce problème sur la table, car c'est à cela qu'il faudra répondre à court terme.
L'avenir de l'humanité ne demande-t-il pas que nous acceptions de nous entasser dans le Larzac en rendant les terres d'Artois, de Picardie, de Brie… à l'agriculture ?
En cela, la maison Boutin est une aberration : si nous généralisons ce genre d'habitat, il n'y aura plus un seul m² cultivé entre Paris et Bruxelles.
Si nous tenons absolument à nos maisons, nos jardins, et nos bons petits plats, nous ne pourrons pas échapper à des mesures très strictes de contention démographique.
Je n'en connais aucune qui soit moralement acceptable.
De Florent Chiappero
etudiant en architecture, strasbour... | 22H27 | 23/12/2008 |
à Puresonic
Bonjour,
Ces photos ne vous choquent pas, et je n'en suis guère surpris. La majorité des gens n'ont aucune culture architecturale ou urbanistique. Combien d'entre-vous peuvent citer le nom d'un architecte autre que Le Corbusier ou Jean Nouvel ?
Alors quelques petits rappels, sommaires, s'imposent :
Une ville se doit de permettre aux gens de se rencontrer, d'échanger, de s'épanouir. On a mis de côté la ville hygiéniste ou fonctionnelle, Brasilia ou Chandigarh ne sont plus d'actualité.
Une ville se doit d'être agréable, ce qui passe par la diversité, la surprise, l'évènement. Le samedi après-midi, vous préférez vous balader dans un centre ville historique, où chaque rue est particulière, débouche sur une placette ou un jardin, etc., ou bien dans les lotissements aux rues sans fins bordées de maisons tous semblables les unes aux autres ?
Enfin une ville se doit dorénavant d'être écologique : prise en compte des transports en commun, circulation douce mise en valeur (pistes cyclables, piéton, etc.), traitement des eaux de pluies (bassin de rétention…), etc.
Au niveau de l'architecture, deux choses mes semblent importantes :
-oublier que la densité est un problème ! On peut et on sait construire dense tout en conservant des qualités de vies exceptionnelles (cf. tous les magazines d'architecture….)
-(re)tenir compte du milieu dans lequel on construit : soleil, pluie, vent, type de matériaux disponibles localement…Ce sont des choses simples, qui étaient évidentes il y a une centaine d'années encore mais que l'on a complètement occulté depuis….
Voila, c'est finalement assez simple, avec un peu de poésie et de bon sens, on peut éviter les aberrations que l'on découvre tous les jours pas très loin de chez nous…