En grève 08/07/2007 à 18h41

Premières fissures dans le front syndical de SFR

Laetitia de Saint Jores | Salariée SFR

Vendredi 6 juillet : le répit

Un peu de mélancolie au réveil, pas envie d’aller au boulot. Ma crainte est de savoir ce qu’ils vont nous dire aujourd’hui. C’était sans compter sur l’avancée de notre mouvement.

La délégation reçue à l’Elysée a été écoutée d’une oreille bienveillante et attentive par un consultant de Nicolas Sarkozy, qui a tout de suite exposé le fait qu’il avait entendu les dirigeants SFR avant nous, à leur demande. Pour moi, c’est la preuve qu’ils ne sont pas à l’aise avec leur projet. Si, à notre écoute, ce consultant a semblé voir le côté obscure du plan de SFR, il ne peut rien faire. Il n’est pas décisionnaire. Ni influent et ne peut que tirer l’oreille de cette entreprise qui méprise tous les accords qu’elle signe.

S’ajoute à cela le succès de la délégation toulousaine, qui a réussi à bloquer plus de 500 personnes au siège de SFR à Paris. Je suis très fière d’eux car vraiment la marmaille que nous sommes aux yeux de ces dirigeants montre de quoi elle est capable. Des mamies à la grande gueule et des jeunes mamans qui se serrent les coudes pour sauver leur emploi.

Dernière nouvelle et pas des moindres : le projet a été repoussé en date du 31 décembre. C’est un point fort pour nous car cela veut dire qu’ils ont peur du verdict du 10 juillet. On gagne en tranquillité en cette période estivale. Je pense surtout à nos familles qui nous supportent dans tous les sens du terme et sont heureuses et soulagées de cette nouvelle.

Mais ce n’est qu’un délai. Nos dirigeants ont montré à quel point ils sont déterminés à se débarrasser de nous, ils vont affûter leurs armes pour mieux nous poignarder. Une tranquillité éphémère s’immisce peu a peu dans nos esprits. Pas suffisante pour qu’on remette nos casques et continue à faire du fric pour SFR. La lutte continue, mais avec un peu moins de pression sur nos épaules.

Aujourd’hui les plateaux téléphoniques sont déserts, beaucoup d’arrêts maladie, de congés. Il y a des gens que je n’ai pas revus depuis le 23 mai, date de l’annonce. Quel gâchis. Par exemple, à 9h00, on n’était que trois sur un plateau qui compte 50 places. Pas un bruit, pas une personne en appel ! Les gens sont fatigués, sous le coup de la réalité et des conséquences pour leur vie future.

Moi qui ne suis pas économe, et bien depuis le 23 mai les seules dépenses que je fais sont alimentaires, ou pour faire plaisir à mon fils. J’ai même pensé un moment à ne pas partir en vacance dans un mobile home, pour aller visiter la famille, car ça coûte moins cher, mais comme j’en avais déjà parlé à mon mari et à mon fils je ne peux pas les priver de ces vacances, c’est la première fois qu’on part tous ensemble ! Alors tant pis on mangera du riz s’il le faut !

Le silence fait place à nombre d’interrogations. Maintenant la question c’est de savoir ce que nous, salariés, voulons. Rester ? Partir ? Avec quoi ? Avec qui ? Où ? Comment ? La panique, aussi. Certains s’affolent, ils veulent un chèque de départ. Moi je leur demande : combien vaut un préjudice de cette sorte ? Du jour au lendemain, après 44 jours de grève, certains sont près à s’asseoir pour 1500 euros ! Dans l’absolu, je suis toujours salariée SFR et je veux rester SFR.

Samedi 7 juillet

Après une fête organisée hier soir dans les locaux, la colère gronde. Hier nous étions satisfaits mais abasourdis par cette nouvelle de report du transfert, aujourd’hui on doit être en tout une vingtaine sur tout le site. La fête n’est pas restée longtemps dans nos cœurs. Comme chaque matin, j’ouvre ma boîte mail et voilà que j’apprends qu’il faut envoyer un mail de mécontentement aux syndicalistes du CCE car ils veulent signer un accord de sortie de conflit la veille du jugement du tribunal, qui a lieu mardi.

Il est 10h00 du matin, j’aimerais bien savoir qui fait cela, qui craque, ou est idiot ! J’en ai vraiment marre. On me dit que l’intersyndicale est contre cette signature mais que les centraux, qui sont élus, détiennent tous les pouvoirs. Ça s’appelle la monarchie ! C’est incompréhensible. La direction est en train de craquer, les portes claquent, les sourires se crispent, les discours sont de moins en moins assurés. L’air de rien, ils se rendent compte de la pugnacité, de l’esprit collectif, de la créativité, de l’engagement des salariés trahis.

Le jugement du 10 juillet approche, peut-être qu’ils commencent vraiment à se dire que les grévistes pourraient avoir raison... Donc attendons la décision du juge et avisons ensuite pour regarder le protocole que les dirigeants proposent. Pourquoi la direction demande des signatures pour un changement de date et pour nous faire un chèque (correspondant à trois ans de nos salaires paraît-il), juste avant la décision du tribunal ?

A l’origine, on demande le retrait du projet afin de pouvoir partir sur d’autres bases de négociation. Pour moi, ce serait très risqué de signer ce protocole. Il faut absolument attendre la date du 10 juillet, et prendre des décisions à tête reposée, rien ne sert de jouer la montre, c’est la direction qui joue ce jeu-là, pas nous.

Les dirigeants jouent aussi sur la durée du conflit avec la fatigue accumulée et nos futurs départs en vacances. C’est maintenant qu’il faut être vigilant et ne rien céder. Si les DSC (représentants des syndicats au CCE) sont fatigués, qu’ils se fassent remplacer ! Ils sont responsables de l’avenir de 1900 salariés. Toutes les personnes autour de moi ne parlent que de ça et crient à la trahison. Moi je suis estomaquée et cherche des explications, mais on est samedi et le samedi rien ne se fait, rien ne se dit.

Le protocole d’accord doit être signé avant lundi 12h00, si un accord est trouvé. Cela permettra à SFR de sortir la tête haute quoi qu’il advienne lors du rendu de jugement le lendemain. C’est hallucinant ! J’ai quitté le boulot à ma pause repas et n’y suis pas retournée l’après midi. C’est la foire au gras sur les plateaux : « Trois ans de salaire qui dit mieux ! Moi je les veux, avec ou sans allocation chômage, avec obligation ou sans… » Je suis vidée, vannée, je ne sais plus où on va. Demain repos et ce soir dodo, car je vais finir par hurler.

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  • manu2005
    manu2005
    Afghanistan,Lybie, la france (...)
    • Posté à 10h02 le 09/07/2007
    • Internaute 1805
      Afghanistan,Lybie, la france (...)

    J’ai l’impression que vous n’avez pas du souvent vous retrouver dans cette situation.
    Qui plus est, la situation de cette courageuse demoiselle est une chose, la situation qui met en place une précarisation des emplois en est une autre.
    La personne qui se retrouve de nouveau à la recherche d’un emploi est fragilisée.
    La fragilisation des emplois est la source de tous les abus.
    Force est aujourd’hui de le constater.
    Pour vous faire une idée de cette dérive, je vous conseille de regarder le film de Ken Loach, très bien construit autour de ce sujet : « The Navigators ».

  • Anonyme

    bonjour ma fonction chez SFR est Chargée de clientéle, j’explique toutes mes activité dans la premier post.
    La difficulté n’est pas tant de trouver un nouveau poste, c’est surtout qu’on est 1900 a partir avec des qualification et une expérience professionnelle similaire.
    Cordialement Laetitia

  • Bonobo35
    • Posté à 07h06 le 09/07/2007
    • Internaute 4205

    Salut Laeticia
    un petit bonjour en ce debut de semaine .
    Bon courage et tenez bon ! ! ! !

  • Anonyme

    Attentio à F O c’est un syndicat de patron ils traissent trés vite

  • Anonyme

    Fo n’est plus avec les salariés depuis le debut du conflit ils nous auraient vendu pour une bouche de pain.Ils sont fourbe et destructeur.

    • Anonyme

      Je ne connais pas le tort que FO vous a fait, ni la position de ce syndicat (de ses dirigeants vaut-il mieux dire) dans ce conflit, mais pourriez-vous au moins faire l’effort de porter vos accusations répétitives, gratuites et anonymes en français ? Qui plus est, je ne vois pas en quoi elles permettent de clarifier la situation actuelle, ou apportent quelque lumière sur la distance qui semble s’opérer entre « la base » et les représentants élus (comme d’autres élections l’ont montré récemment : élection n’est pas nécessairement synonyme de choix entre des points de vue divergents ...).

      Quoi qu’il en soit, courage à tous les salariés dans leur juste combat.

  • Anonyme

    Depuis 2003 nous ne mangeons que du riz...ne croyez jamais les promesses elles rendent les enfants joyeux...
    Un conseil soyez très vigilants, pensez aux moulinex, well, jalattes etc..à tous les gens que l’on licencient sans cause réelle et sérieuse, et qui ne retrouvent pas d’emploi.
    Voyez du côté de la CGT, c’est le dernier syndicat en qui j’ai confiance, les autres ont même vendu les droits aux Assedic des intérimaires...en acceptant de modifier la convention...
    Beaucoup de belles paroles, mais rien au bout ! ...que du vent !

  • Anonyme

    PS : complément de mon commentaire Par courageux anonyme 19h32
    le 9/07/07
    Lien

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 21h02 le 09/07/2007
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Salut Laetitia, c’est vous qui avez raison. Tenez bon. Les syndicats auraient dû consulter les salariés avant de prendre une décision, ç’aurait été la moindre des choses, surtout pour une sortie de conflit. Ces messieurs-dames sont simplement les représentants des salariés, ils sont élus et révocables. Qu’ils ne l’oublient pas. C’est à vous, la base, à les pousser dans votre sens, le sens du sauvetage des 1900 emplois.

    Le 10, c’est demain. Tenez-nous au courant. Nous suivons avec attention ce qu’il se passe chez SFR.

    Je croise les doigts pour demain.

    PS il ne faut pas confondre les instances syndicales nationales et les syndicats des boîtes. Parfois, les positions sont totalement différentes. Je connais des syndicalistes CFDT très battants, alors que le national signe tout ce que présente le patronat. Pareil pour FO ou la CGT, certains sont battants, d’autres pas. D’autres, comme Sud ou la CNT ne sont pas jugés représentatifs, alors que, souvent, ce sont eux qui font le meilleur travail de défense des salariés.