
UMP à Malakoff, PC à Levallois : être candidat en territoire ennemi

L'une est communiste à Levallois-Perret, fief de la droite et de Patrick Balkany. L'autre est militant UMP à Malakoff, banlieue rouge depuis plus de quatre-vingts ans. Dans ces villes, on ne connaît souvent leurs visages qu'à travers leurs tracts de campagne que l'on déchire.
Qu'importe, ils veulent croire en l'alternance des idées, bien décidés à siéger au conseil municipal. Pour qu'y vive la démocratie. Et qu'y survivent leurs idéaux. Portrait croisé.
A Malakoff, la droite sous les crachats
Il est parmi ceux qui ne gagneront pas et qui le savent. C'est pourtant fort d'un optimisme non feint qu'il s'est jeté à corps perdu dans la campagne. A Malakoff, où le maire communiste sortant a été élu en 2001 avec quelque 71% des voix, Thierry Guilmart se dit « fier d'être de droite et de porter haut les idées de l'UMP ».
Quitte à se faire insulter sur les marchés ou à voir sa permanence devenir la cible de certains, comme le raconte sa voisine boulangère Mina :
Dans sa ville, lui veut tout changer. Depuis un voyage à Leningrad à l'âge de 17 ans, où il se rappelle « le manque de libertés, la peur de parler, l'odeur du choux qui empeste dans toute la ville et les passeports confisqués pendant quinze jours ». Tout ce qu'il y a vu contredit les beaux discours alors tenus par les caciques du PC dans les réunions de quartier de Malakoff.
Première carte de l'UDF en 1990, « premier parti de droite à croiser son chemin », première campagne dans la foulée, aux côtés de l'opposant RPR de l'époque à Malakoff. Il le suivra sur deux cantonales, une municipale et une législative, avant que ce dernier ne disparaisse sans crier gare, laissant la ville sans opposition pendant deux ans.
Inimaginable pour Thierry Guilmart, qui passe alors à l'UMP, convaincu que l'avenir de la droite dans sa ville passe par ce nouveau grand parti :
« En 2001, la victoire était déjà de créer une liste de 35 candidats, avec seulement 12 militants de centre-droit. Nous l'avons faite en deux mois. »
Aujourd'hui, celui qui se définit comme un « idéaliste réaliste » a promis d'apporter Malakoff à Patrick Devedjian. « Un sacerdoce », selon le petit mot d'encouragement envoyé récemment par Alain Minc, conseiller des patrons du CAC40 et de Nicolas Sarkozy. Un avis partagé par un autre sympathisant de Malakoff, rencontré au détour d'une distribution de tracts :
Certes, l'homme n'est pas un parachuté. Mais l'atterrissage risque tout de même d'être mouvementé. Avec un prêt de 15 000 euros engagé à titre personnel pour faire campagne, Thierry Guilmart devra dépasser les 5% au premier tour pour se voir remboursé.

Trente ans d'opposition dans les Hauts-de-Seine
A Levallois, quand on est communiste, avant de penser au remboursement des frais de campagne, il s'agit déjà d'exister. Pour Annie Mandois, la question de son engagement ne se pose pas :
« Avec l'âge, on est encore plus révolté, parce qu'on supporte de moins en moins cette société injuste et inégale qu'on nous impose. Alors on l'ouvre. Mais c'est de famille. Ma mère est morte à 97 ans et elle disait jusqu'au bout il faut faire la révolution. »
A 65 ans, la candidate communiste de Levallois-Perret repart pour une énième campagne dans les Hauts-de-Seine, plus de 30 ans après la première. Une enfance à « baigner dans l'Huma et les idées progressistes », un père résistant et trois semaines de grève en mai 68 auront suffi à lui transmettre le virus.
Résister, tel est son credo. Contre ceux qui ne font de la politique « que pour défendre leurs intérêts ». Contre « cette haine des classes qui se dégage de Levallois ». Pour que survive aussi la mémoire ouvrière de la ville. Elle aime à rappeler qu'avant d'être une terre de droite, Levallois-Perret fut communiste et qu'on y enterra Louise Michel, la grande dame de la Commune de Paris.
Une époque bien révolue. En 2002, Patrick Balkany, UMP, y a été réélu au premier tour, malgré une condamnation à deux ans d'inéligibilité pour prise illégale d'intérêts quelques années plus tôt. Et cette année, PC et PS n'ayant pas réussi à s'entendre pour faire front commun dès le 9 mars, Annie Mandois partira seule. Pour la première fois depuis trente ans.
Une décision jugée « respectable » par le maire sortant lui-même, que la candidate communiste fit pourtant condamner pour diffamation en 2004. Il avait affirmé que l'ancienne institutrice avait, durant sa carrière, fait dessiner des faucilles et des marteaux à ses élèves.
Annie Mandois répond :
« Avoir une liste seul est déjà un bel acte de résistance, parce qu'on ne pensait pas être capables de le faire ici. A la limite, on peut même dire merci au PS de nous avoir permis de vivre cette expérience. »
Alors bien sûr, elle espère obtenir 5%, histoire de voir ses frais de campagne remboursés « même si l'on a dépensé le minimum ». Mais l'essentiel n'est pas là selon elle. « On veut surtout montrer à tout le monde que l'on peut tenir. Parce qu'une des forcses de nos adversaires est de laisser croire qu'ils sont touts puissants, de forcer au renoncement, de forcer les gens à se dire à quoi ca sert, ils sont trop forts ».
Et sa force à elle dans cette jungle électorale ? « N'avoir rien et ne rien devoir à personne. Je suis libre de toute pression pour me battre. Le revers de la médaille, c'est que je suis à mains nues pour le prouver, avec la seule force de mes convictions ». Qui lui feront agiter les drapeaux jusque dans les institutions.
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De Kereven
20H27 | 07/03/2008 |
C'est un peu le principe de la démocratie, non ?
Effectivement, il y a des villes où les couleurs semblent immuables, mais, parfois cela change…
De Thorgal46
Informaticien dans le Lot | 10H26 | 08/03/2008 |
Séquence émotion pour moi en lisant le début de cet article sur Malakoff : j'y ai vécu ma petite enfance et je revois la musette en toile kakie que mon grand père passait en bandoulière sur son épaule pour aller vendre « l'Huma » le dimanche matin
Mon univers s'étalait du stade Marcel Cerdan aux tobogans du parc Leon Salagnac.
J'aimais lire les aventures de Pif le chien et plus tard les Vaillant.
Si mon grand père apprend un jour que la commune est tombée aux mains d'un Devedjian, il va se retourner dans sa tombe mon Pépé que j'aimais…
à Thorgal46
De gérard lambert
travailleur de - pour gagner+ | 11H16 | 08/03/2008 |
laiise le dormir pépé , d'ailleurs ils ont entamés une partie de belote avec le grand Roger , et le p'tit marco et le mien de pépé….. z'ont déja déscendu une fillette.
c'est pas le tout mais toi et moi on à pas encore l'age alors,faut continuer le chantier qu'ils ont entamé , meme s'il y a eu un petit ralentissement pour cause de travaux mais maintenant qu'on va se débarrasser des contre-coups…………
NON…Nicolas la commune n'est pas morte !
De Thorgal46
Informaticien dans le Lot | 11H43 | 08/03/2008 |
@Gerard lambert
Tu sais, c'était un vrai Camarade, un peu têtu et fan de Georges Marchais, tourneur de son état de travailleur et pêcheur à la ligne ou pétanqueur assidu de son état de retraité.
Tu me croiras si tu veux mais je reste persuadé que la chute du mur de Berlin et la dissolution de la Grande U.R.S.S. ont fini d'anihiler ses idéaux et ont haté son Grand Départ à mon Pépé.
Il me manque encore aujourd'hui…
Mais c'est mieux qu'il ne voit pas ce qui se passe en France maintenant.
à Thorgal46
De jnspqd
15H24 | 08/03/2008 |
Allez, du courage, vos Pépés seraient les premiers à s'adapter aux temps modernes pour continuer de crier « no pasaran » au rythme « techno ».
Ce sont eux qui ont fait cette France qui ouvre et trace chemins, ce sont eux qui nous ont donné le sens et les valeurs socialistes, valeurs qui resteront début contre vents et marées ultralibérales :
« Todo pasa y todo queda,
pero lo nuestro es pasar,
pasar haciendo caminos,
caminos sobre el mar.
…
Caminante, son tus huellas
el camino y nada màs ;
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar »
Vers d'un grand poète de mon pays, contemporain certainement de vos grand-pères qui n'aurait pas démérité à leurs côtés.
De mathieu-s2
16H05 | 08/03/2008 |
Le parallèle entre les deux situations est artificiel. Ce n'est pas du tout la même chose d'être le héraut du parti du pouvoir en terre résistante ou le résistant de la démocratie au pays de la corruption.
Alors, merci de ne pas construire des symétries artificielles !
De JEAN.GISQUAND
08H51 | 09/03/2008 |
C'est bizzare comme les odeurs de cuisine peuvent influer sur les idées politiques, rappelez vous Chirac, maintenant les odeurs de choux qui ont irrémédiablement éloignées de la gauche le candidat UMP de Malakoff. Puisqu'on en est aux souvenirs d'enfance et aux langues régionales, je me souviens de l'odeur du « sou fassum » mais celle ci ne m'a jamais jeté dans les bras de l'UMP.
Rises pas de mon dòl, quand lo meu finira, lo teu commençara.
Lou tens bendro, ses pas bengut, que yéou bottrai cu m'o battut.
De NicolasB
Lycéen à Paris | 09H32 | 09/03/2008 |
C'est le principe de la démocratie. Il a des exemples aussi flagrants : le XVIe arrondissement. Les socialistes s'y présentent mais ils savent qu'il y a très peu de chance de remporter les élections municipales dans un quartier où le Président est élu à plus de 80%. Même les parachutages ne semblent pas changer les idées des Parisiens du VIIe : Rachida Dati qui, inconnu il y a encore quelques semaines du quartier, est en tête dans les sondages dans cet arrondissement. Là, on voit réellement que, finalement, ces quartiers-là (Malakoff, Levallois-Perret…) n'y voient rien de local et ils pourraient bel et bien élire un balai… du moment qu'il appartient à l'UMP.
à NicolasB
De jeanmarcd
21H05 | 10/03/2008 |
C'est ignorer les techniques de propagande de Patrick balkany : diffusion d'un numéro du journal municipal avec plein de ses photos, de ses projets 2 jours avant les élections.
C'est une des rares villes où les photos des conseillers d'opposition n'apparaissent pas sur le site de la mairie.
Balkany est un « Pasqualito » plus qu'un UMP.