Petite commune cherche candidat désespérement

Responsabilités, emploi du temps chargé, missions complexes : certains fauteuils de maire pourraient rester vides.

A Mauchamps, c'est le maire qui fait la queue au supermarché quand la commune a besoin de fournitures. A Villeneuve-sur-Auvers, il prend des coups lorsqu'il résout une discorde… Le quotidien des élus ruraux est souvent loin de l'idée qu'on s'en fait. Un temps de travail hebdomadaire moyen de vingt-cinq heures (souvent plus), indemnisé 600 euros, auquel s'ajoutent une vie de famille et un emploi salarié.

Villeneuve-sur-Auvers. Dans cette commune de 600 âmes, François Lassalle, maire sortant, renonce à briguer un troisième mandat pour se consacrer à sa carrière professionnelle. Problème : aucun de ses concitoyens ne désire prendre la relève. Selon lui, ils sont trop conscients du décalage entre l'image de la fonction et la réalité du terrain. (Voir la vidéo.)


Comme François Lassalle, Michèle Collard, maire de Mauchamps, dénonce un quotidien trop lourd à porter. Cette ancienne fonctionnaire n'a aucun regret, mais ne souhaite pas non plus renouveler l'expérience.

« On nous attribue les mêmes compétences que celles des grandes communes alors que nous n'en avons pas les structures administratives, ni humaines, ni financières. Quand il neige, c'est à moi et mon mari de dégager les trottoirs parce que l'employé communal n'habite pas Mauchamps.

“Sans compter tout le quotidien, les problèmes de voisinages, le téléphone qui sonne à 23 heures… tout ça pour 600 euros par mois. Je suis trop fatiguée pour me représenter.”

Si personne n'est candidat, tout le monde est candidat

Pour ces communes, que se passera-t-il si aucun candidat ne se présente ? Le jour de l'élection, chaque votant peut écrire sur un bulletin vierge fourni par la préfecture les noms des habitants qu'il veut voir siéger. Le conseil municipal ainsi désigné élit un maire. Si ce dernier refuse, la loi prévoit que le préfet mette en place une délégation spéciale pour gérer la commune avant d'organiser de nouvelles élections et mobiliser les citoyens.

Une solution d'urgence. Pour ne pas décourager les vocations en allégeant le travail des élus, Jacques Garau, sous-préfet d'Etampes, propose le regroupement en communauté de communes : (Voir la vidéo.)


Une aide reconnue par les élus, mais qui est loin de décharger les maires du poids de la gestion des petites communes.

Eviter les mauvaises surprises avec une réforme du mode de scrutin

En 2005, l'Association des maires ruraux de France appelait dans un communiqué à une réforme du mode de scrutin dans les communes de moins de 3 500 habitants.

Objectif : dissuader les habitants qui veulent se porter candidats sans être conscients de la difficulté de la tâche. Et éviter qu'un conseiller municipal se retrouve élu maire sans l'avoir prévu, faute de prétendants plus motivés. Les mesures envisagées :

  • L'obligation d'être candidat pour être élu ou obtenir des voix comptabilisables
  • L'obligation d'avoir été candidat au premier tour pour l'être au second
  • L'obligation de présenter des listes complètes dès lors que le conseil municipal comprend au moins quinze membres
  • L'obligation d'une représentation féminine dans chaque liste présentée

Pour son président, François Pelletier, le manque de candidatures provient en effet plus du poids de la fonction que d'une « crise des vocations ».

« Les gens sont prêts à s'engager. Simplement, les candidats potentiels des petites communes peinent à constituer une liste, et du coup, ne se déclarent pas.
Autre élément : la menace juridique et pénale qui pèse sur les maires dissuade énormément. Les retraités préfèrent profiter de leur temps libre, voyager plutôt qu'assumer de telles responsabilités. »

Beaucoup ne découvrent qu'une fois élus la complexité de la fonction

Tous les maires de petites communes ne baissent pas les bras. Depuis 2001, la proportion de maires briguant un nouveau mandat est même passée de 46% à 56%. L'Association des maires de France ne s'explique pas cette augmentation.

Mais pour tous ceux qui s'installent pour la première fois dans le bureau du maire, le manque d'expérience rend la tâche ardue, surtout quand il faut digérer les 5 000 articles du code électoral.

Beaucoup ne découvrent qu'une fois élus la complexité de la fonction, ce que confirme Jacques Muscat. Directeur du Centre de formation des maires et des élus locaux de l'Hérault, il voit passer beaucoup d'élus de petites communes en quête de conseils :

« Les personnes que nous recevons en formation n'ont souvent aucune connaissance des rouages juridiques et des principes de fonctionnement d'une mairie. Parmi elles, la moitié est issue de communes de moins de 500 habitants, et la quasi-totalité représentent des communes de moins de 3 500 habitants ».

La commune, le lieu où s'exerce la démocratie la plus directe

Alors, avec 20 898 communes de moins de 500 habitants en France, la démocratie locale dans les zones rurales est-elle menacée ? Voire. La pénurie de candidats sévissait déjà dans les années 80, les petites communes rencontraient ce genre de problème : à tel point que la Chaise-Dieu (Puy-de-Dôme) avait publié dans la presse locale un appel à candidatures ! Bernard Dapogny (DR)Bernard Dapogny, co-auteur du guide « L'Elu municipal » (éd. uits Fleuri), ne voit d'ailleurs dans cette situation que des cas isolés. La commune est, selon lui, le lieu où s'exerce la démocratie la plus directe :

Reste que le statut précaire des maires de communes rurales manque d'attractivité. Si l'on en croît Bernard Dapogny, le salut des élus réside plutôt dans le développement de l'inter-communalité :

A Villeneuve-sur-Auvers, Mauchamps, Chalo-Saint-Mars dans l'Essonne, ou encore Bazus en Haute-Garonne, Usson dans le Puy-de-Dôme, les élections risquent donc d'être mouvementées. Tout comme les nuits des prochains élus, qui devront répondre aux appels de leurs administrés, même à trois heures du matin.

Delphine Rigaud et Jean-Baptiste Roch (Centre de perfectionnement des journalistes).

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de Pierrot44

De Pierrot44

22H54 | 05/03/2008 | Permalien

Sur la solution « communauté de communes » (CC) comme remède à la crise des vocations en milieu rural, quelques observations.
Certes, la CC est un bon échelon de gestion de certaines compétences comme l'évoque le sous-préfet d'Etampes dans l'interview de Rue89. Ainsi certaines CC créent des services à la population bien utiles que ne peuvent mettre en place les communes seules : relais d'assistantes maternelles, salle omnisports, service technique intercommunal,… certes, mais ce schéma idéal (=la CC ne prend à sa charge que ce qui peut être mutualisé, et économiquement le machin est optimal) ne reflète pas la réalité de tous les territoires.
En 1er lieu, l'importance des compétences à transférer pour arriver à un service à la population qui ressemble à quelque chose pose clairement, dans certains patelins, la question de la fusion de communes, tabou plus que trentenaire (loi de 1971). Et pourquoi pas après tout ? Mais il suffit de fréquenter une fois le congrès des maires annuel de fin novembre porte de Versailles pour voir que cela n'est pas gagné…
En 2nd lieu, structurer une communauté de communes n'est pas la panacée. Pour l'avoir vécu de très près, regrouper 15 communes pour arriver à un ensemble de moins de 5 000 habitants, ça fait peut être plaisir aux élus et cela gonfle les stats de la préfecture, mais ça ne fait pas avancer le schmilblick : c'est trop petit, un point c'est tout !
Moralité : une CC bien pensée, oui c'est bien un début de solution pour rendre le rôle de maire rural plus vivable mais il faut (au moins) en plus :
- un vrai statut de l'élu et des indemnités décentes
- et, rêvons un peu, des concitoyens plus impliqués dans la vie communale et moins simples consommateurs de services publics ! !

Portrait de Lidenbrock

De Lidenbrock

00H02 | 06/03/2008 | Permalien

Dans ma commune de 2000 habitants, on se retrouve avec 5 listes. Depuis des semaines, les arguments de campagne volent encore plus bas que les pâquerettes. Pour décrypter tout cela, il doit falloir connaître les histoires du coin sur au moins quinze ans ou vingt ans, ce qui n'est pas le cas d'un bon tiers des électeurs (nouveaux arrivés comme nous).
Alors, on navigue à vue, car aucune des listes ne se réclame d'un parti ou d'un autre. On a du mal à ressentir le poids de ce scrutin au niveau national vu d'ici, où les enjeux invoqués sont d'ordre purement local avec de discrètes évocations de la communauté de communes, mais point trop.
Ceci est juste un témoignage des municipales vues d'un petit coin de campagne ordinaire.

Portrait de Numerosix

De Numerosix 14499

Prisonnier dans le village global | 01H03 | 06/03/2008 | Permalien

C'est pourtant pas si compliqué d » installer trois Vélib, un mini tramway électrique et une petite Médiathèque avec quatre livres et deux cassettes VHS ..

Portrait de chatel52

De chatel52

10H34 | 06/03/2008 | Permalien

Paradoxe
Par vocation, j'ai essayé de m'inscrire sur une liste électorale dans une ville de 70 000 habitants, je n'ai pas pu car j'ai emménagé au 01/01/08 et il fallait fournir un justificatif de loyer pour l'année 2007.
Autre paradoxe, pour compléter la liste où je souhaitai participer activement à la vie de cette ville, il figure sur cette liste deux retraités agés respectivement de 79 et 81 ans ! ! !
Comme quoi, par moment on se dit que la législation devrait être revue ! ! !

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