Neuilly : Lucienne Buton, profession opposante

A Neuilly, tous les projecteurs sont braqués sur les querelles intestines de l'UMP. On en oublierait presque qu'il existe une opposition. Elle s'appelle Lucienne Buton et elle est candidate PS aux municipales pour la cinquième fois.

En campagne, sa voix sourde est celle d'une femme en colère. Par exemple quand elle déplore la trop faible proportion de logement sociaux dans la ville :


Depuis 1983, elle essaie, sans grande illusion, d'arracher la ville à l'UMP : elle n'a reccueilli que 13,4% des voix en 2001. Mais Lucienne Buton, 70 ans, ne renonce jamais à dénoncer la « gestion opaque » de l'équipe en place, « les gens qui partent parce qu'est c'est trop cher », « l'absence totale de plan d'urbanisme »… Quant à la valse-hésitation de l'UMP, elle lui inspire cette formule lapidaire : « C'est un carnaval. »

Ce mardi, elle est attablée à une terrasse ombragée de la place du Marché. Un collaborateur se penche vers elle, lui annonce la nouvelle : Arnaud Teullé, membre de l'UMP, vient de lancer une liste dissidente. Long soupir de Lucienne : « Ce n'est plus un carnaval, ça vire au bourbier. » Sa mine sévère, dure parfois, est vite atténuée par un sourire presque enfantin.

« Lucienne…qui ? “

Elle a été formée à la vie associative : dix ans à la Fédération des malades et handicapés (où elle fonde une section CFDT), puis La vie nouvelle avant l'hebdo Témoignage chrétien. Fille d'agriculteur vendéen, elle se définit comme une ‘catholique de gauche, très à gauche’.

Elle entre au Parti socialiste en 1971, fait ses classes au Ceres, courant animé par Jean-Pierre Chevènement, avant d'être repérée par Jacques Delors, qui lui conseille de se présenter à Neuilly, où elle s'est installée. Elle accepte le défi, sans être dupe : ‘Au PS, on a toujours su que la ville était ingagnable ! 1983, première candidature. Si elle échoue face à un candidat nommé Nicolas Sarkozy, elle entre au conseil municipal.

Acceptée par la ville de droite ?

A l'époque, elle est fraîchement accueillie dans cette ville très à droite :

« Quand ils me voyaient, les gens changeaient de trottoir. Aujourd'hui, je suis très appréciée. »

Pas si sûr. Quand on se promène dans les rues de Neuilly, on ne peut pas dire que son nom déclenche la passion. Lucienne…qui ? , s'interroge Cécile, 45 ans. Ah oui, la candidate du PS, enchaîne une pharmacienne. Vous savez, je ne m'intéresse pas à trop à son programme.’

Elle n'est pas la seule. Dans une ville où 11% des habitants paient l'ISF (Impôt de solidarité sur la fortune), la problématique du logement social, le cheval de bataille de Lucienne Buton depuis 1983, n'est pas le meilleur des arguments électoraux :

« La loi impose d'atteindre 20% de logements sociaux, mais les élus de droite ont toujours considéré ce problème comme secondaire. Un jour, à un conseil municipal, Nicolas Sarkozy m'a lancé : “Vous savez, habiter à Neuilly, ça se mérite ! ‘’

Elle accuse la mairie de ne pas publier de chiffres clairs concernant le nombre de demandeurs de logements sociaux dans la ville. Sur d'autres sujets, les formules tranchées de la candidate cèdent la place à un certain flou artistique.

Si elle affirme urgent de faire un ‘audit des personnes âgées’ pour connaître précisément leurs besoins, elle est moins précise quand il s'agit de leur venir en aide. ‘Il faudrait que des gens passent chez eux pour jouer au bridge’, propose-t-elle notamment.

L'écologie ? ‘Demandez à Thierry Hubert, le candidat Vert qui se présente sur notre liste.’ Elle est en revanche intarissable sur les pratiques politiques de la majorité :

« Il n'y a aucune transparence. Il n'y a pas de journal municipal dans cette ville. Les citoyens ne sont pas informés sur ce qui se décide par la mairie. »

Autre motif d'énervement, la façon dont la majorité traite l'opposition à Neuilly :

« On nous a exilés dans un local de 8 m2, au sous-sol d'un grand bâtiment. Les gens passent devant le 16 rue des Graviers sans savoir que nous y sommes. »

Cette fois, Lucienne Buton espère bien profiter de la confusion créée, dans les rangs de l'UMP, par les multiples coups de poignards de l'affaire Martinon. Avec un argument qui pourrait faire mouche : ‘Une position claire.’

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de netchou

De netchou

assis devant le clavier,m'sieur le ... | 00H05 | 14/02/2008 | Permalien

Voilà quelqu'un de gauche que nicolas connait trés bien et qui d'ailleurs a l'air trés bien,pourquoi ne profiterait-elle pas de l'élan d'ouverture de sarko et entrer au gouvernement ! Non j'déconne,mais si elle pouvait nous éclairer sur la facette du tsarko ,celui de neuilly pendant 20 ,cela serait trés instructif.Je vous soutiens chère Lucienne.Pourquoi ne pas vous présenter sans étiquette ?

Portrait de Baptiste Hamon

De Baptiste Hamon

00H21 | 14/02/2008 | Permalien

Courage à elle, même si la bataille est perdue d'avance… Si elle pouvait permettre de faire bouger un peu les choses dans cette ville si particulière… Dans le seizième, septième, huitième à Paris, c'est pareil, les habitants ne voient des gens de gauche qu'à la télé. Merci à Rue89 de leur donner un peu de temps de parole.

Portrait de Jambalaya

De Jambalaya

Le contenu de ce champ apparaît ent... | 08H31 | 14/02/2008 | Permalien

Gardez votre condescendance !

Neuilly reste une ville très agréable a vivre (nombreux espaces verts), très bien desservie par les transports en commun, et avec une insécurité quasi-nulle. L'enseignement privé comme public y est de bonne qualité.

Par ailleurs je ne comprends pas du tout cette exigence de logements sociaux. A Neuilly particulièrement ça sent très fort le dogmatisme déconnecté des réalités quotidiennes.
Quel intérêt de faire venir des gens aux revenus modestes qui ne pourraient s'acheter des fringues dans les magasins locaux qu'a condition de faire appel a Cofidis, dépenseraient beaucoup de fric pour l'alimentation quotidienne et dont les enfants nourriraient un complexe d'infériorité en raison de leur classe inférieure ?

Vous connaissez beaucoup de pauvres désirant habiter a Neuilly vous ? Et vous croyez peut être que les habitants vont voter pour une candidate dont le seul objectif est de construire des logements sociaux, ce qui déprécierait a coup sur la valeur des logements déjà existants ?

Désolé pour le cynisme de mon intervention, certainement excessif, mais qui traduit un certain agacement face a l'idéalisme complètement aberrant car dogmatique de beaucoup d'intervenants ici.

Si la gauche veut promouvoir la mixité sociale, alors qu'elle exige de Delanoe qu'il construise des logements sociaux dans le 16eme, le 6eme ou le 7eme arrondissement…

Sinon les neuilleens prouvent qu'ils ne sont pas les moutons que se plaisent a décrire les médias et qu'ils ne sont pas prêt a élire le premier venu pour peu qu'il porte l'étiquette UMP. Et ce n'est pas une première, Pasqua et Hersant peuvent en témoigner !

Au fait, les parachutages ça n'existe qu'a droite ? ; )

Portrait de Dominique Alain

De Dominique Alain

10H02 | 14/02/2008 | Permalien

Bravo à Rue 89 pour cet élan de démocratie…

J'avais écrit un commentaire hier sur les « Saigneurs de Neuilly »

Les Saigneurs de Neuilly : Enjeux politiques, enjeux personnels !

Voilà encore un bien étrange spectacle. La droite va l'emporter à Neuilly, c'est une certitude ! Qu'il s'agisse de Martinon, Fromentin, Sarkozy, Theulé ; ils sont tous de droite ! Leur souci à eux est de savoir qui. Il s'agit là d'un choix de personne et d'un choix démocratique (celui de la désignation ou de « l'imposition » du candidat) pas d'un choix politique.

L'enjeu n'est même pas droite / gauche. C'est un enjeu de pouvoir, un enjeu personnel ; il n'y a pas d'enjeu politique à Neuilly ; la ville est acquise à la droite et restera bien à droite.

Tout se passe, ici, comme s'il n'y avait que la droite et rien que la droite. Qui pourrait citer le nom de la candidate de gauche ? C'est comme si elle n'existait pas. Les dirigeants socialistes sont tombés eux aussi dans le piège dans la mesure où ils sont réduits au rang de spectateur et de commentateur dans les rebondissements des luttes internes et intestines de « Seigneurs » (saigneurs) de Neuilly !

Même si la candidate de gauche n'a aucune chance d'être élue, le respect de l'équité démocratique voudrait qu'on la cite, qu'on la nomme, qu'on lui donne un temps de parole plus conséquent de manière à porter un regard politique contradictoire sur la situation de Neuilly. Certains journaux télévisés l'ont fait et ont accordé quelques secondes à Lucienne BUTON, la candidate socialiste. http://www.psneuillysurseine.org/municipales%202008.htm

Ce qui se joue à Neuilly est bien une lutte de pouvoir et non un combat politique. Ce n'est pas un choix idéologique, un choix dichotomique entre deux alternatives, entre deux pensées politiques (le libéralisme et le socialisme) ou entre deux projets, mais c'est une lutte entre des personnes d'un même clan.

En mettant le « feuilleton » Neuilly en lumière et en boucle dans les journaux télévisés et dans la presse, les médias lui donnent un retentissement national et permettent à la droite d'occuper involontairement à elle seule la scène médiatique en niant toute forme d'opposition politique. Il est évident que Neuilly ne basculera pas à gauche. Heureusement, Neuilly est un village ! Un village atypique dans le paysage politique français ! Et il y a 35999 autres communes !

Dominique ALAIN

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