01/05/2010 à 13h16

Beyrouth, capitale de la musique alternative du monde arabe

Mondomix"
Florence Thireau | Mondomix

Au Liban, que peut-on écouter au-delà de la sainte trinité musicale de la chanson traditionnelle, de la pop bubblegum et de la techno ? Dans la capitale, une vibrante scène musicale underground est à l’origine des sons les plus électro, rap et punk du monde arabe.

Au milieu des années 1990, alors que Beyrouth commence à se fournir en matériel d’enregistrement et voit s’ouvrir quelques salles de concert, le groupe de trip-hop Soapkills, formé par Yasmine et Zeid Hamdan, lance le mouvement alternatif.

Bien que l’aventure Soapkills ait pris fin en 2005, le duo symbolise bien la scène musicale alternative libanaise. Par son éclectisme, d’abord : Yasmine a sorti en 2009 un album électro-pop produit par Mirwais, sous le nom de Y.A.S., tandis que le caméléon Zeid poursuit ses explorations musicales par le biais de divers groupes, parmi lesquels The New Government.

Yasmine et Zeid ont aussi une histoire étroitement liée à l’Occident, comme la plupart des musiciens underground actifs aujourd’hui : ils sont trilingues (arabe, français et anglais) et ont vécu à l’étranger pendant la guerre civile libanaise (1975-1990).

Fins connaisseurs du répertoire classique arabe –Oum Khaltum, Ismahan et Abdel Wahab, entre autres– le duo cite aussi Portishead et Massive Attack. A partir de cet éclectisme musical, Soapkills fusionne rythmes orientaux et électroniques, lançant à la fin des années 1990 une nouvelle vague au Moyen-Orient dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.

Electro : Jawad Nawfal et le projet Munma

Héritier de cette tendance, Jawad Nawfal, à l’origine du projet musical Munma, puise dans les rythmiques orientales pour les recalibrer et les mélanger à des bruits de la rue et des extraits radiophoniques.

Essentiellement contextuelles -sa trilogie électro est sortie aux lendemains du conflit de l’été 2006-, les compositions minimales et abstraites de Munma s’adressent à un petit groupe d’initiés.

Car comme pour la plupart des groupes alternatifs libanais, le succès commercial n’est pas une priorité et peu importe si les affiches sont collées à la main, les albums autoproduits et vendus à une centaine d’exemplaires seulement.

Seules comptent la création et l’expérimentation. Jawad Nawfal peut se targuer de produire une musique orientale dénuée de tout exotisme.

Electro-rock : le duo Lumi

Mayaline Hage et Marc Codsi, le duo electro-rock de Lumi, sont eux, produits par EMI Music Arabia et ont enregistré leur premier album à Dusseldörf avant de partir en tournée à Dubaï et dans différentes capitales européennes en 2008. Ils expliquent :

« Contrairement aux rythmes lents et aux mélodies chantées en arabe de Soapkills, que nous adorons, nous avons voulu produire un son glam-pop plus accessible. »

Sarcastique et ironique dans ses propos, original dans son univers, Lumi véhicule, mine de rien, une idée sophistiquée de la pop libanaise, plus acide que sucrée. (Voir la vidéo)

Mayaline raconte :

« Lorsque je monte sur scène et que je chante comme une punk, je compte bien changer l’image de la chanteuse libanaise qui vend son corps. Les médias ont fait beaucoup de dégâts de ce côté-là. »

Rap et hip-hop : Wael Koudeih alias Rayess Bek

Si l’on cherche un son militant, c’est du côté du rap et du hip-hop qu’il faut chercher, et que l’on trouve peut-être le plus de « libanité ».

Avec des paroles en arabe et en français, l’univers hip-hop teinté de beats orientaux de Wael Koudeih, alias Rayess Bek, est à mille lieux de l’industrie du rêve de la pop arabe dont les clips sont diffusés en boucle sur la télévision libanaise. (Voir la vidéo)


Dans une interview accordée au réalisateur allemand Farid Eslam pour le documentaire « Yallah Underground », Wael fait part de son regard désabusé :

« Je ne vends pas du rêve, mais du réel, c’est la différence entre moi et un chanteur pop. »

Punk-rock : Scrambled Eggs

Et qu’en est-il du rock libanais ? En quoi est-il différent de l’anglo-saxon ? La question est à poser aux membres du groupe de punk-rock Scrambled Eggs, autres pionniers de la musique underground libanaise.

« Nous chantons en anglais parce que l’arabe n’est pas une langue qui va avec le rock. Mais notre rock est libanais, car il décrit une ambiance particulière, le chaos et le bordel de notre ville, Beyrouth », raconte Charbel Haber, le chanteur et guitariste du groupe.

Les Scrambled Eggs rappellent bien que la musique alternative libanaise est avant toute chose l’expression de cette ville inspirante et qu’elle est, à son image, multiculturelle, instable et en permanente (re)construction.

Publié initialement sur
Mondomix
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  • Monsieur Cana
    Monsieur Cana
    Artiste peintre/graffiti
    • Posté à 14h35 le 01/05/2010
    • Internaute 105960
      Artiste peintre/graffiti

    La fraicheur et la nouveauté culturelle et musicale des pays émergents est grandissante...et permet de souffler face à des productions commerciales et étouffantes.

    Un rap avec des textes engagés, réfléchis...et surtout fier de ses origines musicales.
    Ce qui donne des mix assumés entre la musique traditionnelle et les beats HipHop.

    Le rap ( pour ce que je connais de la scène marocaine) prend doucement sa place dans le paysage musical du pays...entre tradition et modernité...

    J’espère que dans ces pays il gardera sa couleur locale...tout en restant HipHop

    YO
     ;)

    • tomaz31
      tomaz31 répond à Monsieur Cana
      (immigre belge en Allemagne)
      • Posté à 15h02 le 01/05/2010
      • Internaute 107093
        (immigre belge en Allemagne)

      Oui, enfin, non commercial, produit par EMI Arabia quand même, une des grosses majors anglaises, enregistré à Düsseldorf en Allemagne... On aurait rêvé mieux pour une immersion totale dans le non-labellisé.

      Après je ne dis pas que c est mal, mais faut pas rêver, ceux qui passe sur le net et la TV et dont on parle dans les journaux sont rarement ceux qui sont seuls, faut arrêter de croire qu’on y arrive encore sans Label de nos jours, hormis dans le metal avec des labels bien spécifiques comme Nuclearblast ou Metal Balde, qui sont des labels créés par les groupes eux mêmes et qui réinvestissent dans des sides projetcs et des groupes d’amis.

      Ca existe ailleurs, mais je pense pas qu’EMI (2 milliards de CA par an) dans ce cas présent, laisse réinvestir les royalties dans les amis des amis afin de pousser le rock arabe sur les ondes secrétes du net... et de myspace. Dommage, mais le monde est comme cela.

      sinon j’étais a Mauerpark dans Berlin, musique gratuite, avec tambourin et autres, 1500 personnes, en pleine nature, puis spectable de jonglerie avec du feu, c’est si beau le vraiment gratuit... Aller, je vais au Berlin Fest, musique de rue dans tout Kreuzberg, faut jsute en partir avec 20h, histoire d’éviter les bagarres entre punks et police, mais bon, c est une tradition le 1er mai a Berlin... Musique, bière, puis bagarres de rue.. Mais tout est gratuit...

      • FuckSarko
        FuckSarko répond à tomaz31
        • Posté à 08h42 le 02/05/2010
        • Internaute 14689

        certes vous avez raison mais le fait que ce soit au Liban : c’est déjà tès bien et cela permet à d’autres artistes du moyen orient de lancer la tendances. Le Liban est au moyen orient est assez tourné vers l’occident : avec ses avantages et ses inconvénients
        Cet article a pour but d’informer les lecteurs français de ce qui se passe ailleurs et c’est très bien.

         
        • tomaz31
          tomaz31 répond à FuckSarko
          (immigre belge en Allemagne)
          • Posté à 13h41 le 02/05/2010
          • Internaute 107093
            (immigre belge en Allemagne)

          oui, vous avez bien raison, Beyrouth est une tres belle ville, je n’y ai jamais ete, mais on m’a dit que les filles bronzees, au yeux bleus et cheveux noirs sont assez belles, les boites de nuit y passent la meilleur musique de la mediterranee, c’est juste dommage que ce pays se retrouvent en guerre... Le Liban a reellement une vocation de liberte, j’aimerais bien y aller un jour peut-etre...

          Bon aller, on economise pour les vacances 2011. Sinon, je reste fan du gratuit, la vraie culture spontannee, le dernier truc gratuit dans ce monde hyper capitaliste, avec l’amitie et l’amour aussi.

          • Gorn
            Gorn répond à tomaz31
            Geek farceur
            • Posté à 12h04 le 03/05/2010
            • Internaute 92890
              Geek farceur

            Pour être aller à beyrouth, je peux dire que le ville est vraiment festive avec beaucoup de bars, de boites. j’ai trouvé les libanais très gentils. beaucoup de choses à découvrir.

            pour la musique, l’intérêt est que la plupart des artistes libanais ont une vie compliquée mais donc riche cf mika ou autres. Ayant vécu dans leur pays et d’autres pays, connaissant plusieurs langues cultures... Ils ont forcément pus de choses à raconter dans leurs chansons.

        2 autres commentaires
    • simonlow
      simonlow répond à Monsieur Cana
      étudiant
      • Posté à 13h33 le 02/05/2010
      • Internaute 113784
        étudiant

      Que recommandes tu en hip hop marocain ? ?

  • Yannick
    • Posté à 17h32 le 02/05/2010
    • Internaute 317

    Probablement indispensable :
    Lien

  • yoyo640
    yoyo640
    disquaire
    • Posté à 14h05 le 03/05/2010
    • Internaute 113860
      disquaire

    Bonjour à tous,

    Je ne peux que vous inviter à découvrir toute la discographie de ces artistes disponibles en exclusivité en France chez CD Mail suivez ce lien :

    Lien

    Cd Mail vous fait découvrir Mooz records, label fondé par le maestro des Soap Kills Zeid Hamdan et des musiciens et producteurs Khaled Mouzzanar et Omar Kabbabe. Ils nous présentent les plus connus des rockers, des chanteurs, des rappeurs de la scène local.

    En 2006 ils commencent à ce faire un nom avec de la musique actuelle contenant des critiques puissantes sur la société dans laquelle ils vivent ou tout simplement avec des sonorités moderne, fraîche, pour une jeunesse qui est profondément en demande de cela.

    Une nouvelle vague choisit la musique comme arme..

    Yoyo le disquaire...

  • pandanloeil
    pandanloeil
    Etudiant
    • Posté à 18h42 le 03/05/2010
    • Internaute 113904
      Etudiant

    Je reviens précisément de Beyrouth, et j’ai une vision sensiblement différente de la musique là bas. Tous les groupes dont on parle ici existent, mais sont écrasés par une industrie de musique arabe surmixée et bourrée de violons dégoulinants, omniprésente, et secondée par la musique de boite qui sort généreusement des 4x4 dans les rues. Beyrouth n’est pas une ville de musique, c’est une ville de bruit, une ville dure, où la musique qui passe est une agression. Lumi, Les Scrambled Eggs, et tous les autres, sont invisibles (malheureusement, je suis le premier à m’être fait avoir et à avoir été enthousiasmé par cette scène musicale, que je n’ai presque jamais pu voir, malgré tous les efforts possibles).

    • cpt.kirk
      cpt.kirk répond à pandanloeil
      passionné de musique et de (...)
      • Posté à 09h38 le 04/05/2010
      • Internaute 28042
        passionné de musique et de (...)

      Je pense que ce que tu dit est effectivement dommage mais n’est pas du tout spécifique a Beyrouth.
      En europe les artistes de qualités qu’ils soit rock, metal, hip hop, tekno, electro sont aussi totalement noyés sous des tonnes de variétoches ringardes, de comedies musicales insipides, et chez nous aussi le beauf de base te défonce les tympans avec les décibels de la dance pourris que vomit son autoradio tunning surdimensionné.
      La majorité des gens se contente d’aimer ce que la radio leur prémache à longueur de journée.
      L’accés à la musique originale, différente, de qualité n’est pas réservée à une élite, mais nécessite un travail de recherche, de curiosité et d’ouverture d’esprit que tout le monde n’a pas forcement envie de faire.

      La musique libre et de qualité est une richesse rare et cachée.

    • rigas
      rigas répond à pandanloeil
      sociologue
      • Posté à 18h08 le 04/05/2010
      • Internaute 1087
        sociologue

      A beyrouth plus qu’ailleurs faut être guidé !

  • castro
    castro
    structuralo-situ
    • Posté à 20h35 le 03/05/2010
    • Internaute 61302
      structuralo-situ

    comment ne pas parler de Machrou3 Leila !
    Lien

  • rigas
    rigas
    sociologue
    • Posté à 18h06 le 04/05/2010
    • Internaute 1087
      sociologue

    La plage sur le clip de Lumi je crois bien que c’est Jbeil (Byblos). Seul endroit sur la côte qui n’ pas été construit. On y voit la maison des archéologues, une belle maison traditionnelle libanaise sur la zone archéologique de Byblos. cé bô !

  • Amanouil
    Amanouil
    Levantin
    • Posté à 10h47 le 05/05/2010
    • Internaute 38307
      Levantin

    C’est l’article le plus paresseux que j’ai jamais lu sur la scène musicale alternative au Liban. Un saut à feu la CD-Thèque et une Almaza au comptoir du Torino Express aurait suffit à n’importe qui pour pondre ce papier... il y a quelques années. Car vous ne parlez que de groupes qui existent depuis au moins 5 ans et n’évoquez pas de nouvelles formations comme Machrou3 Leila, groupe novateur et véritablement ancré dans la réalité de la société beyrouthine (contrairement au New Government qui est à 75% un groupe français...)
    Bref, renouvelez vos sources et faites un saut à Beyrouth.
    Bien à vous.