24/10/2010 à 10h49

La belle imperfection de la Nigériane Asa

Mondomix"
Mondomix | Musiques et Cultures du Monde


asa150.jpg

Après un premier album vendu à 300 000 exemplaires en 2007, le petit faucon nigérian Asa revient avec « Beautiful Imperfection ». A cette occasion, l’auteur des tubes « Fire on the Mountain » et « Jailer » revient sur son enfance solitaire à Lagos, ses rêves, ses doutes, ses questionnements, son bonheur actuel et son désir de le danser ! Pas de doute : Asa groove !

Mondomix.com : Peux-tu nous raconter ton enfance à Lagos ?

Asa : J’étais la deuxième d’une fratrie de quatre enfants, la seule fille. J’ai passé mon enfance à prendre soin de la maison, de mes frères, à seconder ma mère. Je m’assurais que tout allait bien pour mes proches, je reléguais mes envies à l’arrière-plan. Je ne jouais jamais : une perte de temps dans mon agenda militaire.

J’étais responsable, sérieuse. A l’école, j’étais la copine de tous, sans être l’amie de personne. Je redoutais d’accorder ma confiance, d’afficher la moindre émotion... Je n’ai jamais manqué d’amour ni de bien-être, mais j’essayais d’arrondir les angles, de rendre la vie meilleure autour de moi... ça me blessait.

La musique constituait-elle ton échappatoire ?

C’était mon seul jouet. Dans la discothèque de mon père, un féru de musique, je me lovais dans un coin et m’enveloppais de Fela Kuti, Diana Ross, Miriam Makeba... A chaque boom, j’étais la première sur la piste. Je squattais même les tours de danse de mes frères fatigués : impossible de perdre une miette de musique !

A 12 ans, je me suis autoproclamée chanteuse, leader et directrice de mon propre groupe. J’ai rameuté quelques gamins du quartier pour interpréter mes compositions : ils ont déserté ! Mais j’avais la foi.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé d’être musicienne. J’emballais un bout de bois de vieux vêtements –ma guitare–, et j’adoptais une bouteille pour tout micro : à mes pieds, un million de fans hurlaient mon nom. Je leur envoyais des baisers, tandis que, dans un coin, mes frères se marraient.

J’étais la sœur gentiment tarée, celle qu’on ne prenait jamais au sérieux. Je m’en fichais.

A l’adolescence, tu désertes les bancs de la fac pour devenir chanteuse professionnelle...

J’ai détourné l’argent de mes études pour acheter une guitare et prendre des cours avec le saxophoniste Peter King, à Lagos. La tentation était trop grande : la musique me mènerait plus loin que l’université, dont l’inertie me pesait.

Quand mon père l’a appris, il a coupé les vivres. J’ai enchaîné les petits boulots dans le chant, les tremplins, les concours... A cette époque, je fabriquais de petites chansons sur un seul accord. Sans relâche.

En 2004, tu remportes une bourse de l’AFAA, Association française d’action artistique, et tu pars vivre quelques mois à Paris. Que t’a apporté la capitale française, ville où tu es née ?

Durant mon enfance, j’ai beaucoup fantasmé Paris. Quelle aurait été ma vie, si mes parents n’en étaient pas partis ? Au Nigeria, il y a de l’espoir, des vibrations, et de l’émotion au kilo, mais tout y est si difficile ! Rien n’est pensé pour te faciliter la tâche, tu dois travailler dix fois plus qu’ici...

Lorsque je suis arrivée en France, la solitude m’a pesé. Mais c’était un pas de plus : la cité cosmopolite m’apportait le monde sur un plateau, une diversité culturelle qui nourrissait ma musique. (Voir la vidéo)


Pourquoi as-tu composé ce dernier album, « Beautiful Imperfection », à Lagos ?

Après une tournée dans d’innombrables pays, j’éprouvais ce besoin de rentrer à la maison. Je ne me sens jamais plus moi-même que lorsque je suis à Lagos. Là sont mes racines, parfois dissolues. Au Nigeria, je me retrouve.

Peux-tu expliquer ton titre-paradoxe, « Beautiful Imperfection » ?

J’ai commencé par moi-même. Je me suis dit : tu es une créature de Dieu, tu as été créée si joliment, mais acceptes-tu d’être imparfaite ? Si tu l’admets, tu peux être celle que tu veux : ça te permet de t’élever. La vie alterne les hauts et les bas.

Parfois, tout semble aller pour le mieux, jusqu’à ce que tout s’écroule. Si tu as conscience de cela, tu peux accepter les changements. J’ai de toute façon l’impression que Dieu se marre, là-haut, quand tu planifies trop ta vie. Et c’est le même phénomène pour le monde : injuste, cruel, imparfait... mais résolument beau !

Ton album passe par de nombreuses esthétiques : du rock sixties, du reggae, des ballades... On y sent surtout une envie furieuse de groove et de danse...

Avant de le composer, j’avais ce besoin d’être heureuse, et de le danser ! Je n’ai aucun regret, je suis reconnaissante pour ma vie, pour ma santé... Mon premier disque était assez sombre. Là, j’ouvre les fenêtres en pleine conscience : je rigole, je savoure le bonheur. Let’s dance !

Propos recueillis par Anne-Laure Lemancel

Beautiful Imperfection d’Asa - Naïve - sortie le 25 octobre.

Publié initialement sur
Mondomix
  • 3787 visites
  • 15 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • observeur
    observeur
    Libre penseur chez les ch'tis
    • Posté à 11h22 le 24/10/2010
    • Internaute 37812
      Libre penseur chez les ch'tis

    bel article, merci de me l’avoir fait découvrir, j’ai écouté jailer, super !
    Bonne continuation a elle !

  • Kilwaxoni
    Kilwaxoni
    NYC DIESEL YUM YUM
    • Posté à 16h41 le 24/10/2010
    • Internaute 92406
      NYC DIESEL YUM YUM

    « Beautiful Imperfection »

    Étrange titre pour une musique et un clip aussi aseptisés...

    Non seulement le Français copie des pseudo-revivals de Soul/Pop déjà essoufflée au USA mais en plus, il le fait mal.

  • PIT LE CHIEN
    PIT LE CHIEN
    Wouaooouh!
    • Posté à 17h00 le 24/10/2010
    • Internaute 25924
      Wouaooouh!

    Je préfèrais la subtile ASA dans son premier album mais, de toute façon, à une admiratrice de Fela Kuti on ne peut que souhaiter tout le succès possible ! ! !

    • Anonyme répond à PIT LE CHIEN

      Je préfèrais la subtile ASA dans son premier album mais, de toute façon, à une admiratrice de Fela Kuti on ne peut que souhaiter tout le succès possible ! ! !

      Pas mieux.

      A voir, bientôt à Paris je crois.

      J’aime bien ce morceau avec Asa et Kesiah Jones sur scène.
      Aux alentours de 3.50, quand il se met à chanter, , il me fait chialer ce c...
      Manquent les images de la rencontre, malheureusement.

      • PIT LE CHIEN
        PIT LE CHIEN
        Wouaooouh!
        • Posté à 22h52 le 24/10/2010
        • Internaute 25924
          Wouaooouh!

        You can cry Léon Tontim........ ! , ASA et Keziah, c’ est plus que parfait, ça s’écouterait sans fin 24h durant au moins....
        (avec alternance d’OxmoPuccino, le plus grand poète des mots)...et d’autres.
        Mais ASA, une merveille !

    • Kilwaxoni
      Kilwaxoni répond à PIT LE CHIEN
      NYC DIESEL YUM YUM
      • Posté à 03h21 le 25/10/2010
      • Internaute 92406
        NYC DIESEL YUM YUM

      Mouais, sa musique est quand même bien lointaine de Fela Kuti hein.

      Un véritable hommage selon moi :

      • Anonyme répond à Kilwaxoni

        Pour un hommage distancié au maître, rien ne vaut Tony Allen, son batteur de (presque) toujours...

        Lien !

  • alangaja
    alangaja
    "Bank brother is watching you"
    • Posté à 19h38 le 24/10/2010
    • Internaute 93690
      "Bank brother is watching you"

    c’est gentiment nul.

  • andreroger
    andreroger
    Musicien
    • Posté à 20h45 le 24/10/2010
    • Internaute 69068
      Musicien

    Aretha Franklin the Blues Brothers - ThinkLien

    Mmmmmmmmhhhhh..... Ca vous rappelle quelque chose ?