Festival Ile de France : la musique libère les femmes

Du 4 septembre au 11 octobre, le festival d'Ile de France ouvre ses portes aux musiciennes du monde entier. Mêlant musiques classiques et musiques du monde, l'événement accueille des instrumentistes, chanteuses, compositrices aux expériences diverses. Quelques réflexions de musiciennes invitées sur leurs parcours.

La Galicienne Mercedes Péon qui continue à faire vivre les traditions celtiques de sa petite région du nord de l'Espagne en les croisant aux musiques actuelles, explique :

« Si nous ne vivions pas isolés dans notre réalité, nous nous apercevrions que toutes les femmes qui nous entourent sont programmées pour admettre des rôles déterminés.

Les médias, l'éducation, et tout ce qui concerne le marketing font que les femmes et les hommes agissent d'une façon prédéterminée. »

Dans ces systèmes corsetés, les musiciennes ont dû faire leur place au fil des années et des combats. La chanteuse ibérique ajoute :

« Il faut tenir compte du fait que les religions actuelles refusent la présence de la femme au sein de leurs structures dirigeantes et cela a marqué la conscience et l'imaginaire pendant plus de 2000 ans. »

Les « cheikha » osent chanter en public

Au Maghreb, l'exemple des « cheikha » est éloquent. Pendant féminin des « cheikh », qui signifie « maître », titre traditionnellement attribué aux hommes. Les chanteuses ont longtemps été considérées comme des femmes de petite vertu parce qu'elles osaient se produire en public.

Aux Comores, la situation s'améliore pour les chanteuses, pourtant Nawal, qui fût l'une des premières à monter sur scène, a payé un lourd tribut à ses débuts : « ma mère m'a souvent donné des coups afin de me décourager. » Et son entêtement lui a coûté d'être battue par son oncle lors de la balance d'un de ses concerts en 1985. (Voir la vidéo)

Les musiciennes qui se produisent en public sont plus nombreuses, mais les mentalités évoluent difficilement. Nawal raconte comment de jeunes musiciens comoriens sont venus la complimenter après un de ses concerts :

« Ils m'ont dit : “nous sommes fans depuis les Comores, nous connaissons tes chansons par cœur, mais nous ne savions pas que tu assurais sur scène comme ça, comme un homme ! ” », il y a encore beaucoup à faire ! . »

Une femme n'accueille pas le succès comme un homme

La Bengali Farida Parveen, exceptionnelle interprète des poésies du fakir Lalon Shah, devenue célèbre au Bangladesh et dans le monde, analyse aussi les différentes réactions face à la réussite :

« Dans un couple entre deux artistes, l'un féminin, l'autre masculin, les comportements sont très différents. Si la femme a du succès, l'homme manifeste une certaine jalousie au lieu de s'en réjouir alors que la femme, à l'inverse, en sera flattée. » (voir la vidéo)

La reconnaissance du talent et de la maîtrise des artistes féminines comme Farida Parveen est, bien sûr, un facteur de changement des mentalités. A l'instar des cheikha du Maghreb, en devenant des « Gourou », elles sont les principales détentrices des traditions musicales qu'elles enseignent à des élèves garçons et filles.

La situation des musiciennes change selon les lieux et les cultures, la chanteuse grecque Savina Yannatou n'a pas connu la violence, mais voit tout de même dans les règles et les coutumes des barrières :

« Je ne sais pas si les difficultés auxquelles j'ai dû faire face dans mon travail sont liées au fait que je sois une femme. A chaque fois que j'ai présenté mes propres compositions, j'ai dû me battre, mais cela doit être la même chose pour un homme.

En tant que femme, les véritables difficultés sont plutôt liées à mon enfance. Les règles étaient très strictes pour les petites filles à l'école et en famille, essentiellement pour des questions morales. »

La créativité est plus dure à gérer en tant que femme

A l'image des éternels discours discriminants sur les femmes et le travail, les musiciennes se retrouvent coincées entre leurs passions créatives et leur rôle prépondérant dans le fonctionnement de nos systèmes comme le souligne la chanteuse palestinienne Kamilya Jubran :

« Dans la société actuelle, une femme artiste doit probablement faire face à des difficultés auxquelles un homme n'est pas confronté pour défendre et faire valoir ses aspirations artistiques.

Ajouté au fait qu'elle doit trouver le juste équilibre entre son rôle de mère, de pilier de la famille et sa création artistique. Ce n'est pas une mince affaire. » (Voir la vidéo)

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Portrait de tweesty

De tweesty

Polytechnicien de surface | 13H43 | 04/09/2009 | Permalien

La Galicienne Mercedes Péon qui continue à faire vivre les traditions celtiques de sa petite région du nord de l'Espagne en les croisant aux musiques actuelles, explique :

« Si nous ne vivions pas isolés dans notre réalité, nous nous apercevrions que toutes les femmes qui nous entourent sont programmées pour admettre des rôles déterminés.

Les médias, l'éducation, et tout ce qui concerne le marketing font que les femmes et les hommes agissent d'une façon prédéterminée. »

Ce combat est celui de tous sans distinction de couleur, sexe, appartenance ethnique, préférence sexuelle, héritage religieux…
On appelle ça la liberté.
Merci à la dame de nous le rappeler…

Portrait de lally

De lally

professeur | 12H38 | 06/09/2009 | Permalien

Plus la société est imprégnée de religion, plus il est difficile pour une femme artiste d'y avoir sa place.
Parce que la religion quelle que soit son obédience est majoritairement patriarcale. Donc la femme ne peut pas avoir de liberté personnelle, d'indépendance et de créativité.
Son univers se doit d'être restreint à la maison, à la fonction biologique maternelle et aux soins ménagers et alimentaires.
Et c'est très visible dans la plupart des sociétés théocratiques ou tout simplement des pays pauvres où dominent des dictatures ou un pouvoir masculin très fort.

Même chez nous, où pourtant les femmes ont conquis des droits, il est toujours plus compliqué d'être artiste et femme.
L'indépendance artistique et aussi la visibilité médiatique sont compliquées à obtenir dans la mesure où l'on doit généralement toujours passer par une forme de sponsoring masculin, étant donné que les maisons d'éditions, de production, les salles de spectacle, les galeries, etc sont le plus souvent gérées par des hommes.
Et si nous tombons sur des hommes peu ouverts, il sera bien plus difficile que pour un homologue masculin de nous faire connaître.

Enfin, concilier une vie affective et son travail artistique est encore très compliqué. Nous aurons toujours tendance à nous culpabiliser de nous garder du temps pour créer même avec responsabilités familiales.
Et quelque part, la société nous pense égoïstes de garder un espace de liberté et de création.
Il faut beaucoup de courage, d'anticonformisme et de détermination pour continuer de créer.

Bravo à ces femmes de se battre pour vivre pleinement leur art malgré les immenses défiances et difficultés qu'elles affrontent.
Se sont des exemples pour toutes.

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