Etats généraux des musiques du monde en septembre à Paris

Les 11 et 12 septembre prochains se tiendront les états généraux des musiques du monde à Sciences Po Paris, et là, vous allez me dire : et alors ? Pourtant, derrière ce sujet qui ne paraît pas être au centre des préoccupations quotidiennes, se profile une réflexion sur nos sociétés et le rapport qu'elles entretiennent avec les cultures du monde et plus largement avec l'autre.

Le vocable « musiques du monde » est un fourre-tout. Un terme antagoniste réunissant aussi bien les musiques traditionnelles et rituelles, datant de plusieurs siècles, que les nouvelles fusions produites par de jeunes musiciens cosmopolites et modernes. Mais au-delà d'un simple problème de terminologie, ces musiques sont un parfait révélateur des déséquilibres et des faiblesses de notre monde, un témoignage de la diversité culturelle et de la globalisation de nos sociétés. Dans le contexte actuel, redéfinir clairement leurs identités et préparer leur avenir paraît indispensable.

Sur le forum, les débats sont lancés

Nombreux sont ceux qui pensent que la réforme et la transformation de ce secteur culturel passera obligatoirement par une action politique et un changement en profondeur de notre rapport au monde. Sur le forum de discussion ouvert pour l'événement, les premières réflexions apparaissent, mettant en lumière des problèmes historiques, comme le souligne la spécialiste des musiques caraïbes Hélène Lee :

« Je ne vois pas d'intérêt à remuer de l'air chaud autour de la globalisation ou la diversité culturelle (qui ne vous ont pas attendu pour exister), sans mettre en cause la relation Nord-Sud, néo-coloniale, qui préside à l'exploitation des musiques populaires du monde. »

Et la réaction du chanteur occitan Manu Théron, fondateur du groupe marseillais Lo Còr de la Plana :

« Peut-on rappeler que le néo-colonialisme français, avant même de se constituer en réalité économique, est une composante “anthropologique” de l'histoire nationale française, et qu'il déploie ses logiques de domination sur son propre territoire, afin de mieux les exporter, en instituant l'universalité de sa vision comme seule “connaissance” ? »

Ainsi, aucune réflexion ne peut être menée sur une définition claire de ces musiques sans approfondir l'influence que notre société, son histoire et sa politique, a sur elles.

Les problèmes rencontrés par les organisateurs de spectacles pour l'obtention des visas des artistes africains qu'ils programment sur les scènes françaises est un exemple de l'imbrication du politique dans le culturel. Comment une musique « étrangère » peut-elle exister au-delà des clichés, si ses musiciens n'ont pas le droit de venir se produire en concert ?

Des questions politiques autant que culturelles

On peut penser que voir le problème par ce biais, c'est le prendre par le petit bout de la lorgnette, mais des frontières inexorablement fermées aux hommes ne risquent-elles pas d'empêcher la compréhension de ces musiques dites « du monde » et de les laisser dans le flou qu'elles connaissent déjà ?

Alors que la question de la mondialisation de nos systèmes et de l'uniformisation de nos cultures est sur toutes les lèvres, définir clairement ce que l'on appelle la diversité culturelle ou les nouvelles manières de travailler plus équitablement avec le reste de la planète sont aussi des sujets très importants qui sont débattus sur le forum.

Alors quel avenir pour les musiques du monde, pour cette appellation et pour les acteurs de ce mouvement ? Comment appréhender l'autre et sa culture aujourd'hui ?

Les états généraux des musiques du monde, organisés par le Réseau zone franche, seront ouverts à tous ceux qui en feront la demande par mail à l'adresse : contact@zonefranche.com avant le 6 septembre.

Les états généraux des musiques du monde, à Sciences Po Paris, 27 rue Saint-Guillaume, Paris VIIe - les vendredi 11 et samedi 12 septembre

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10 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de shillom

De shillom

13H31 | 29/07/2009 | Permalien

Mouarf, ils veulent tuer la fête de l'huma.

Portrait de tweesty

De tweesty

Polytechnicien de surface | 14H12 | 29/07/2009 | Permalien

Je trouve étrange qu'on fasse un article sur « la sono mondiale » (terme emprunté à Bizot qui correspond mieux que « musique du monde ») sans prononcer une seule fois les mots « Internet » ou « sites de partage ».
On le sait déjà : le web est un formidable outil de promotion des artistes et de leurs courants musicaux, et on sait aussi qu'il est le fossoyeur des maisons de disques qui n'en seraient pas là si elles avaient été moins frileuses et nombrilistes.
Je parle bien sûr de celles qu'on appelle les « majors ». A une époque encore récente chez Sony Music France, le budget « décoration florale » était plus important que celui alloué à la recherche de nouveaux talents. Une grande majorité des employés était issue d'écoles de commerce, n'avait aucun amour de la musique et vendait de la musique comme ils auraient vendu un paquet de nouilles.
Des artistes comme (par exemple) Amadou et Mariam, Cheb Khaled ou Césaria Evora ont eu la chance de rencontrer les bonnes personnes et percer assez tôt pour profiter d'une industrie encore en relative bonne santé. Mais les plus jeunes, même s'ils peuvent accéder à une notoriété rapide, risquent d'éprouver des difficultés croissantes à ce niveau.
Il y a des pays où on passe quasi-directement du « support cassette », coûteux et peu fiable au MP3, support volatile et virtuel qui ne permet de quantifier l'impact d'un morceau sur le public (mis à part en visionnages ou en clics, mais ça ne suffit pas à faire bouffer un artiste).
Comment assurer la survie de ces artistes et la pérennité de la culture qu'ils défendent ?
Je crois que la question est maintenant posée à l'échelle mondiale et encore davantage dans les PVD.
De plus, au milieu des années 90, des artistes algériens, menacés de mort ont pu obtenir des visas grâce à l'argument des ventes de leurs disques en France. Cet argument étant sur le point de disparaître, on peut dès lors s'interroger sur les critères pour obtenir un visa de travail.
Je ne sais pas si Mathoub Lounès, chanteur kabyle « trop segmentant » pour les maisons de disques avait demandé un visa avant de se faire trucider…

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 14H12 | 29/07/2009 | Permalien

J'espère que le terme « musique du monde » sera enterré profondément, car je le supporte pas.
Si je vais à un concert intitulé de cette manière, je ne sais pas si je vais tomber sur du klezmer endiablé, ce qui sera génial, de la musique trop zarbi de Chine, ou une daube made in Africa avec une truffe qui chante trois paroles sur quatre notres.

Portrait de realchange

à Keldan Portrait de Keldan De realchange

Indépendant | 15H16 | 29/07/2009 | Permalien

C'est pour cela qu'on les appelle « musique du monde ». Ta daube made in africa peut ne pas te plaire tout comme ton Klemzer endiablé peut ne pas plaire à d'autres. Présenter toutes les variétés musicales existantes dans le monde ne signifie pas que toutes ces musiques doivent plaire à tous. C'est simplement permettre aux gens de les découvrir, les partager, les enrichir aussi.

Portrait de Keldan

à realchange Portrait de realchange De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 16H23 | 29/07/2009 | Permalien

Je ne vois pas trop le rapport une dénomination plus que vague…

Que ça plaise ou non n'est pas la question, ce que je trouve con c'est d'avoir un terme générique qui regroupe toutes les musiques du monde, excepté celle du monde occidentale.

Ça reviendrait au même que de parler d'intituler un concert « musique occidentale », sans savoir si on va avoir le droit à du jazz, du rap, de la techno ou du rock.

Portrait de jmc06

De jmc06

retraite | 16H44 | 29/07/2009 | Permalien

peutins ! ! bon courage a ceux qui vont s'taper, noah

et bien sur la star,mondial'ment connu, qu'a l'élysée circus

bruni, avec son groupe johnny patate the doryphores

Portrait de mick69

De mick69

17H42 | 29/07/2009 | Permalien

Et pour clore le colloque, il y aura un concert de Sciences Pipeaux ?

Portrait de deprav

De deprav

ou l'ambivalence de la misanthropie | 19H28 | 29/07/2009 | Permalien

La « musique du monde »… ou la pointe bisounours des clichés « post“-coloniaux des occidentaux. Sous l'appellation ‘musique du monde’ se cachent tranquillement tous les préjugés tel que ‘les renois ils tapent sur des tamtam’, ‘les chinois font de la musique chelou’ ou encore ‘les Russes font des chansons à boire de la vodka avec des chapka’…

En gros c'est le sommet du ‘fascisme culturel’ caché derrière la musique. c'est cantonner l'homme et sa façon de penser, d'interpréter et de s'exprimer aux clichés qui accompagnent ce qu'on appelle sa culture. J'ai l'impression que derrière le bon sentiment de vouloir protéger les différents patrimoines on contribue à pérenniser une ségrégation ‘raciste’ plus ou moins involontairement. Ce doit être la fâcheuse tendance des sociétés occidentales à vouloir imposer leur vision et leurs ‘convictions’ (y en a-t-il encore ? ) à ‘l'ignare’ reste du monde. Parce que selon les occidentaux, les africains continuent à taper sur des tamtam et le monde se portera mieux non ?

La mondialisation est un découlement logique de notre faculté à communiquer de plus en plus facilement, elle n'est pas un mal en soi. Mais l'uniformisation de la façon de penser n'en est pas un effet secondaire, c'est celui de la colonisation. Et elle continue, cette colonisation.

Portrait de flixp

à deprav Portrait de deprav De flixp

23H24 | 29/07/2009 | Permalien

« musique du monde » oui cela fait toujours un peu cliché. Mais cela tente de regrouper les musiques qui n'ont rien à voir avec les nôtres. Celles aux rythmiques « bizarres », celles où on joue avec des quarts de tons, celles où les instruments sont accordés bizarrement.

Alors oui cela crée un magma informe où tout ce qui semble être hors normes se retrouve, et ce sont les maisons de disques qui le font. Si j'avais à classer mes cds, je ne mettrai jamais la musique tzigane avec la musique cubaine.

Il est vrai que nos sociétés occidentalisées savent y faire pour nous faire tourner en rond avec des rythmiques binaires à la noix, des structures couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain. On a parfois le sentiment en écoutant de la musique d'outre-culture que eux aussi se mordent la queue. C'est probable, mais l'expression est différente. La question qui devient alors primordiale est celle du développement de la créativité et des moyens mis en place pour la faire partager et ce quelque soit l'origine musicale.

Portrait de Anne Honym

De Anne Honym

13H00 | 31/07/2009 | Permalien

« Musique(s) du monde », le terme qui effectivement ne veut rien dire. C'est comme s'il y avait d'une part la musique « bien de chez nous », et d'autre part la musique exotique et/ou barbare, du reste de la planète. Ça me semble toujours aberrant…
En tant que passionnée de musique asiatique (principalement japonaise mais aussi coréenne, chinoise… thaï à l'occasion), mon expérience, c'est que cela n'existe tout simplement pas. Quand on écoute un artiste japonais, on peut aussi bien tomber sur de la pop, du rock, du R'n'B, du folk, du reggae, du dancehall, du jazz, du ska, de la dance, de la techno… bref des genres qui n'ont rien d'exotiques ! Quand je parle de la musique que j'écoute, dans 99% des cas, j'ai droit à des variations autour de « ah ouais, de la musique asiatique ? genre traditionnel et tout ? ! “ ; je réponds alors que depuis, oh, quoi… quelques années ? Les pays asiatiques ont l'électricité et se sont mis à la guitare électrique, la basse, le clavier, et bien d'autres instruments dont nous sommes coutumiers. Évidemment, il y a l'enka, les variations locales type amami, etc… oui, des aspects plus traditionnels, mais auxquels on n'est pas obligés de sacrifier si on n'en a pas envie. Ou dont on peut juste s'apercevoir que les mélanges avec les sonorités que nous connaissons sont au contraire très rafraîchissants. Mais en soi, on n'est pas obligés d'en passer par là. ‘Bah si c'est pareil, pourquoi tu écoutes des japonais dans ce cas ? ’, et là je dois à nouveau être pédagogue, expliquer que le marché musical japonais est plus vigoureux que le marché français par exemple, qu'on y trouve un choix formidable de sons et d'univers, un panel bien plus large que ce qu'on peut trouver ici mais aussi de ce que les autres pays veulent bien exporter, et qu'en prime, les sonorités de la langue et la popculture japonaise donnent un cachet particulier à la musique. Que l'histoire du pays, faite d'alternance entre l'ouverture et la fermeture au monde, les a rendus experts en ce qui concerne l'assimilation puis la transformation de codes musicaux. Et bien-sûr là, je passe pour une illuminée.
Mais quand je vois ce que la plupart des personnes de mon entourage écoutent… ils se contentent de ce qu'on leur passe à la télé et sur les grandes chaînes de radio. S'ils n'ont pas de goût pour la musique japonaise/chinoise/coréenne/thaï, je ne vais pas les forcer, mais le problème est qu'ils se rendent souvent compte qu'ils n'ont pas de goût du tout. Ils écoutent ce qui passe. Parfois au fil de mes recherches, je tombe sur un artiste russe, allemand, indien… je tente, j'écoute, je ne connais pas après tout, on ne sait pas. On vit dans la communauté européenne mais on n'a aucune idée des productions locales de ces pays en matière de musique (également vrai pour la littérature, le cinéma… passés les classiques que tout le monde est censé avoir vus/lus/entendus, il n'y a aucune possibilité de suivre l'actualité culturelle de ces pays ! L'Europe, qu'ils disent ! ). C'est triste quand même. Sans internet on n'en saurait rien du tout ! Eh oui, il y a encore tant de préjugés stupides, où le monde moderne se résumerait à l'Europe et aux USA… on laisse perdurer ces stéréotypes bêtement, parce qu'une fois l'an, on nous sort une ‘chanson de l'été’ soi-disant de world music, en général produite de A à Z en Occident pour commencer, où les Africains tapent sur des tambours et dansent à moitié nus dans des décors sauvages, les Américaines du Sud ont le sang chaud et les fesses rebondies, et où les Asiatiques sont grimées en geisha. Aucune représentation de la vraie culture des pays qui nous entourent ! On reste chacun chez soi à se faire de fausses idées sur ceux qui nous entourent. Mondialisation ? Les grands labels ont tous leur maison de disque en Asie, mais entre les labels, aucune circulation d'artistes entre continents, sauf venant des Etats-Unis où on ne nous envoie qu'une infime partie de la production (j'écoute aussi de la country, et là encore, c'est mission impossible de me tenir au courant sans internet). Elle nous sert à quoi la mondialisation culturelle ? Rien du tout. La mondialisation est un terme purement économique.
En conclusion, moi je dis : appelez-ça les États généraux de la musique. Point barre. On se fiche d'où elle vient, du moment qu'elle nous plaît ! Et si on comprend pas les paroles (bien que je mette ma main au feu que tout le monde ne comprend pas nécessairement ce qui se dit dans les chansons en anglais qui passent dans les médias grand public…), eh bien on va chercher sur internet des traductions, ça ne manque pas !

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