
L'afrobeat à la conquête du « world »
Cette musique qui a vu le jour au début des années 70 au Nigeria, sous la houlette du légendaire Fela Anikulapo Kuti et grâce au batteur Tony Allen, connaît une période de développement unique. Avec la multiplication des groupes de tous les pays, l'afrobeat est devenu l'une des musiques qui accordent le mieux ambiances festives et prises de position politiques et sociales, à l'instar du reggae ou du hip hop.
L'afrobeat est un mélange de rythmes yoruba, d'éléments issus du jazz, du funk, des chants africains et de beaucoup d'engagement. Fela Kuti en avait fait une arme de lutte contre la junte militaire qui contrôlait le Nigeria de l'époque et une formidable machine à danser et à propager les idées panafricanistes, mais, aujourd'hui, joué à travers le monde par des musiciens de toutes origines, il s'offre de nouveaux chemins à défricher.
Le plus bel exemple de cette entrée à pas de velours sur le devant de la scène est apporté par Keziah Jones et son album « Black Orpheus », sorti en 2003, dans lequel, il incorpore à son célèbre blufunk des éléments rythmiques et mélodiques caractéristiques de la musique nigériane.
Alors, bien sûr, on ne peut pas parler d'afrobeat au XXIe siècle sans citer ses figures historiques et celles qui font parties de la descendance du roi Fela.
Honneur aux anciens -toujours fringants- avec Tony Allen. Le musicien, co-créateur du son nigérian, sort, en juin « Secret Agent », son dixième album. Et il est pour beaucoup dans la bonne santé de sa musique, œuvrant, depuis son départ du groupe de Fela à la fin des années 70, à son ouverture en la croisant à de nouvelles sonorités et en cherchant à universaliser, à l'image du reggae de Bob Marley, ses engagements politiques. Il a aussi adoubé, par sa présence à leurs côtés sur scène ou sur leurs albums, une bonne partie des artistes cités dans cet article. (Voir la vidéo)
Du côté des héritiers légitimes, deux personnages se distinguent. Tout d'abord, Femi Kuti, premier fils du maître à avoir pris la relève, qui, après une période de bons et loyaux services à la propagation et à la modernisation de la musique de son père, avait un peu délaissé les scènes internationales avant de revenir l'année dernière avec l'album Day by day. (Voir la vidéo)
Une absence dont a largement profité le second, son petit frère, le plus classique mais tout aussi efficace, Seun Kuti, en sortant, en 2008, son album « Many Things » et en embrasant les festivals français et internationaux.
C'est grâce au talent de ces artistes que l'afrobeat a gardé sa vitalité et a pu inspirer d'autres musiciens, entrainant, depuis une dizaine d'années, un mouvement de multiplication des groupes qui le représentent. La liste est déjà longue, les membres viennent des quatre coins de la planète.
A commencer par l'orchestre de Brooklyn, Antibalas. Fer de lance de la campagne contre le président Bush avec ses deux derniers albums, sortis en 2004 et 2007, « Who is This America ? » et « Security », cet ensemble qui remplit les salles de concerts dans le monde entier perpétue la tradition d'un afrobeat engagé. (Voir la vidéo)
Toujours aux Etats-Unis, le Kokolo Afrobeat Orchestra, Nomo et de nombreuses autres formations font vivre une scène en pleine mutation.
La vague afrobeat a aussi touché les cousins canadiens du Souljazz Orchestra ou les Québécois d'Afrodizz qui l'interprètent à leur façon, en travaillant sur sa forme, incorporant des éléments de leurs univers musicaux et transformant son esthétique. (Voir la vidéo)
En France, le groupe montpelliérain Fanga tient le haut du pavé. Il évolue dans le paysage musical depuis le début des années 2000 grâce à ses énergiques concerts et à la sortie de l'album « Natural Juice ». (Voir la vidéo)
Bien d'autres groupes, comme Ghetto Blaster, ont historiquement participé au mouvement français. Le musicien et producteur Doctor L, ancien du groupe de rap Assassin, a largement contribué, par son travail avec Tony Allen et avec son label Mind Records, à faire connaître et évoluer l'afrobeat dans l'Hexagone et à l'étranger. De nouvelles formations apparaissent tous les jours, Kélé Kélé à Dijon, le combo, très réussi, de Ruth Tafébé and the Afrorockerz…
Plus anecdotique, car peu accessible pour le moment puisque aucun disque n'est disponible, le groupe japonais Bunvestoro témoigne de l'exceptionnelle capacité des musiciens de ce pays à reproduire ce qu'ils aiment. La vidéo de cette reprise du fameux tube « Zombie », est, certes, d'une qualité sonore discutable, mais elle n'enlève rien à la très belle prestation que donne le groupe. (Voir la vidéo)
Il est, comme toujours, difficile de faire le tour d'une scène musicale en quelques lignes. L'afrobeat s'adapte à toutes les cultures et à tous les discours, des plus festifs aux plus enragés. Il n'a jamais été aussi présent dans les oreilles et les esprits des musiciens. L'afrobeat est en passe de devenir en France comme à l'étranger un mouvement musical et social d'envergure.
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De moijepense
16H58 | 28/05/2009 |
le chemin est encore long … si l'afrobeat est essentiellement une musique de danse/transe live le passage en radio ou sur les supports habituels posera toujours le meme problème qu » a eu le black président en son temps : la longueur des morceaux ( minimum 15 à 20 mm ) … féla qui savait à quoi s'en tnir a toujours refusé d'adapter ses morceaux au timing des majors ce que ne refusent plus maintenant ses pseudo héritiers . comme pour le reggae Bob marley est la référence ultime pour l'afrobeat c'est Féla les autres vous pouvez très bien vous en passer
à moijepense
De Azza
Ingénieur en informatique scientifi... | 15H56 | 29/05/2009 |
Houla ! reduire le reggae « Authentique » a Marley… vous allez pas vous faire des amis vous !
J'ai meme pas envie de polemiquer sur ce point avec vous. La liste est trop longue.
De Tyb
(par ici, par là) | 17H11 | 28/05/2009 |
grand fan de musique africaine des années 50 à 70, j'apprécie bizarrement peu Fela, j'ai vraiment l'impression d'entendre toujours la même chose d'un album à l'autre, ça se renouvelle très peu, le format des morceaux est toujours le même, bref un album ça va après ça me fait bailler…
je préfère de loin la chanson/blues malienne, le jazz éthiopien, et les multiples formes hybrides du ghana, bénin ou autre pays du coin, Franco et le TP OK Jazz, l'Orchestre Poly-Rythmo ce genre de trucs…
http://www.youtube.com/watch ? v=aX21YIMBbPI&eurl=http://analogafrica.blog…
j'en profite pour rendre aux gens qui m'ont fait découvrir tout ça la monnaie de leur pièce !
le label analog africa qui se consacre depuis peu à l'exploration de la scène beninoise avec de magnifiques compilations à livrets débordants d'information :
http://analogafrica.blogspot.com/ (deux mix gratuits à télécharger absolument ! )
Soundway , plus centré sur le ghana (2 excellentes compiles) et le nigeria, mais pas que :
http://www.discogs.com/label/Soundway
les deux compilations Africafunk sont également excellentes :
http://www.discogs.com/Various-Africafunk-The-Original-Sound-Of-1970s-Fu…
http://www.discogs.com/Various-Africafunk-Return-To-The-Original-Sound-O…
enfin, les mp3-blogs de deux grands passionnés, sources de découvertes constantes :
http://aduna.free.fr/aduna.blog/blog.htm
http://awesometapesfromafrica.blogspot.com/
à Tyb
De moijepense
17H55 | 28/05/2009 |
écoutes yellow fever par Féla et tu changeras d'avis … on parle ici d'un genre particulier l'afrobeat anglo saxonne à 99 % et oubliée par les francais très peu présents au Nigéria et pas de la musique africaine en général ….
à Tyb
De Antécitoyen
Pur produit de la crise | 15H40 | 29/05/2009 |
super ! ! !
de très bons liens.
j'en ajoute un, incontournable, avec de nombreuses compils à charger :
http://www.voodoofunk.blogspot.com/
De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 17H07 | 28/05/2009 |
De Lapin Bleu
Journaliste n°89910 | 18H37 | 28/05/2009 |
Salut,
Assurément politique l'afro-beat.
J'ai eu le plaisir il y a plusieurs années d'interviewer Femi Kuti, fils de Fela. Impressionnant d'engagement, de calme, d'analyse lucide de la situation de son pays (et de l'Afrique en général). Avec une empathie réelle pour ses concitoyens n'ayant pas sa « chance » d'une vie « internationalisée ». Sa capacité à mettre en pensée la situation politique africaine, au-delà des clichés habituels (que l'on retrouve par exemple dans certains textes de reggae) m'avait énormément impressionné. Surtout après le monumental concert que lui et sa troupe de 15 personnes venaient de nous offrir, nous inondant de joie.
C'était 15 jours après avoir interviewé Lee Scratch Perry, et la comparaison était fatale à ce dernier (caricatural, tox, dans la posture, irrespectueux, déguenillé, accompagné de sa péripathéticienne blondasse, vivant en Suisse la plupart du temps, déblatérant des âneries non pensées, jouant un rôle pour la presse, d'illuminé, de pionnier, « Je suis la côte de dieu, moi j'ai tout appris à Marley », etc.).
-- lapinesquement,
à Lapin Bleu
De brogilo
in angulo | 21H45 | 28/05/2009 |
Merci, Lapin Bleu, pour ce bel hommage à Femi Kuti qui m'a toujours beaucoup impressionné pour tout ce que vous dites.
Seun est aussi très bien mais semble davantage « mimer » son paternel.
Femi est plus réfléchi et cependant… plus aventureux.
Sinon,sur l'état actuel de l'Afrobeat, je trouve l'article d'Arnaud Cabanne très bien, exhaustif comme il faut, à ceci près que quelqu'un comme Lagbaja n'est pas évoqué…
à brogilo
De chucky
12,9 | 10H19 | 29/05/2009 |
Petite expérience vécue : Je ne suis pas fan de cette musique (plutôt Radiohead, Archive etc…). Je suis donc allé à reculons voir Seun à Sète. Et là, j'ai pris une claque magistrale. J'ai passé tout le concert à me demander comment un type peu concentrer autant de talent.
Je n'avais jamais vu en live (pourtant j'ai vu pas mal de concerts) une présence pareille.
Autre détail qui ne trompe pas : les musiciens, ex de son père, étaient scotchés autant que le public.
à chucky
De brogilo
in angulo | 11H48 | 30/05/2009 |
Bonjour chucky,
Je n'ai pas eu, jusqu'ici, contrairement à toi, la chance de voir Seun en concert et me base uniquement sur des extraits d'interwiew et de videos.
Je ne demande qu'à te croire, je dirais même que je souhaite vivement me tromper : -)
A la première occasion, j'irai.
Merci pour ton témoignage.
J'aime bien cette video où le guitariste des « Asian Dub Foundation », l'excellent Steve Chandra Savale vient débusquer Seun chez lui, à Lagos…
à Lapin Bleu
De Jovan
Nouille Orquee | 22H04 | 28/05/2009 |
Apres avoir annule sa tournee Nord Americaine (en fevrier je crois), Femi passe a New York le 4 juin… pour ceux qui sont dans le coin… see ya there
De notule
humanoïde | 00H26 | 29/05/2009 |
C'est quoi le « world » ?
Je n'ai pas trouvé ce mot dans le dictionnaire.
Et sinon la conquète, c'est un mot qu'on utilisait pour les « conquistadors » non ? ? ? !
à notule
De brogilo
in angulo | 07H35 | 29/05/2009 |
Je sais pas, mais à peine né, je te sens déjà sur les rotules, notule…
Tiens allez, un p'tit Tony Allen pour te réveiller en douceur…
Le vieux Tony, il vient s'approvisionner en basa-basa et autres ingrédients pour la peppersoup, à deux pas de chez moi, dans le dix-huitième à Paris. Hyper-gentil, le mec.
Je sens que ça te fait chier, mais c'est ça le « world », mon nono…
Essaie donc la peppersoup… : -)
Et pour la banane, un p'tit Femi de derrière les fagots…
De omnibuse
campagnarde | 08H34 | 29/05/2009 |
Music is the Weapon of the Future.
De Jennounou
[La Marginale] | 08H55 | 29/05/2009 |
Pour ceux qui habiteraient dans le coin :
Femi Kuti est présent au festival « La Tour prend l'air » à Voisins-le-Bretonneux (78)
Ce samedi à partir de 21h…
Plus d'infos ici : http://www.festltpa.com
De Manu de la bas
Altermondialiste light | 10H05 | 29/05/2009 |
L'afro beat est une sorte d'ancêtre de la musique électronique finalement … mais quand même bien plus évoluée et plus riche que sa descendance !
Fela ça me va …
En lisant l'article j'ai eu l'impression qu'on découvrait un mouvement qui pourtant est particulièrement ancien.
De radioshrine
ancien collaborateur de Fela Kuti | 12H16 | 29/05/2009 |
MAIS ENFIN ! ! Fela est L'UNIQUE créateur du son afrobeat ! !
Sans rien enlever au talent de tony, ni lui ni les autres musiciens n'ont jamais appris à lire et ecrire la musique à l'époque et c'est Fela qui indiquait à ces musiciens quoi jouer. Je le sais, j'étais à leurs côtés, de 1974 à 1983. Alors merci de rendre à Fela ce qui appartient à Fela. Comme ces DJ qui pillent le son de Fela en le vidant de son sens politique, sans jamais faire réference, ni à lui ni à son combat.
Si vous voulez en savoir plus, venez voir notre site felaradioshrine.com vous y trouverez des videos inedites avec Fela, Antibalas et bien d'autres.
Il est tout de même réjouissant de voir que les nouvelles générations et leur afrobeat font honneur au Black President en innovant, apportant leur style et leur énergie tout en préservant l'essence même du genre créé par Fela : une musique festive pour faire bouger et des textes forts pour faire penser.
Viva Fela !
ID et l'équipe Radio Shrine
De radioshrine
ancien collaborateur de Fela Kuti | 12H12 | 29/05/2009 |
MAIS ENFIN ! ! Fela est L'UNIQUE créateur du son afrobeat ! !
Sans rien enlever au talent de tony, ni lui ni les autres musiciens n'ont jamais appris à lire et ecrire la musique à l'époque et c'est Fela qui indiquait à ces musiciens quoi jouer. Je le sais, j'étais à leurs côtés, de 1974 à 1983. Alors merci de rendre à Fela ce qui appartient à Fela. Comme ces DJ qui pillent le son de Fela en le vidant de son sens politique, sans jamais faire réference, ni à lui ni à son combat.
Si vous voulez en savoir plus, venez voir notre site felaradioshrine.com vous y trouverez des videos inedites avec Fela, Antibalas et bien d'autres.
Il est tout de même réjouissant de voir que les nouvelles générations et leur afrobeat font honneur au Black President en innovant, apportant leur style et leur énergie tout en préservant l'essence même du genre créé par Fela : une musique festive pour faire bouger et des textes forts pour faire penser.
Viva Fela !
ID et l'équipe Radio Shrine
De yakiha
15H48 | 29/05/2009 |
Bien cet article recapitulatif sur l'afro-beat. Je connaissais pas Bunvestoro, une bonne découverte. En revanche, Fanga a le mérite de promouvoir un afrobeat français, mais pour les avoir vu plusieurs fois sur scène, le chanteur manque gravement du charisme necessaire à cette musique. Il devient même tres rapidement insupportable, ce qui est dommage pour les musiciens et lez choristes, qui sont eux tres doués.